‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 126 sur 171 · CXGIII DE HEDEMAN AU GÉNÉRAL DE STAMFORD · texte numérisé non relu

CXGIII DE HEDEMAN AU GÉNÉRAL DE STAMFORD

Hanovre, 20 mars 1806

Affaires de Hamelu et de Wesel. — Rapp à Hanovre. Sa conférence avec Schulenburg.

Les événements de nos jours touchent à la fable. A peine peuton croire ce qu'on voit. Vous savez sans doute, mon respectable ami, que le jour était concerté entre la France et la Prusse où la double reddition de Wesel et de Hameln devait se faire. On n'a pas manqué d'envoyer ici à point nommé des commissaires, mais qui bientôt mandèrent que le général Barbou était sans les ordres nécessaires, ou qu'il était même sans avis. Ces Messieurs ont donc fait leurs dispositions de retourner.

Voilà qu'il leur arrive le général Rapp, qui a porté des ordres, mais en même temps celui d'un payement assez considérable. Celte somme qu'on demande a été payée une fois dans le temps du général Mortier. Mais ce noble lord peut-être avait une mauvaise mémoire. En outre, je suis très disposé à croire que le général Rapp a encore d'autre objets in Petto. Le's commissaires repartent aujourd'hui et une porte de Hameln a été occupée par les Prussiens (2). Nous en verrons bientôt la suite. Mais ce qui est très remarquable, c'est que les lettres d'Angleterre sont très consolantes. J'en possède une du duc de Cambridge, à qui j'avais fait le rapport sur ses affaires domestiques et qui me parle d'arrangements, comme si l'avenir était à sa disposition. De même, d'autres lettres particulières parlent de grandes espérances, dont on oserait se bercer. Pour moi, je crois qu'on sera bientôt désabusé et que les choses ne sont que trop décidées.

Notre ami Suédois n'a pas donné signe de vie. Vous a-t-il écrit? Enfin la justification du général Wallmoden a paru (3j. Sûrement vous en aurez un des exemplaires et j'espère que vous en êtes

(1) R. O. F. 0. 353.80. Jackson Papers.

(2) Cf. Correspondance XII, 9919. An général Rapp, Paris 9 mars 1806. — Instructions relatives à sa mission auprès du général Barbou, à Hanovre et à Hambourg pour l'exécution du traité avec la Prusse.

(3) A propos delà capitulation qu'il avait signée avec Mortier.

aussi content que moi. Il me semble qu'il a trouvé le style digne de lui et propre au sujet dé discussion.

M. Rappest arrivé ici et a d'abord eu une conférence avec iM. de Schulenburg. Les menées, que la France se permet avec la Prusse, ne sont rien moins que consolantes pour les habitants d'une nouvelle province prussienne.

Agréez les assurances de mon attachement zélé et dévoué avec lequel j'ai l'honneur d'être.

Votre très humble et très obéissant Serviteur, DE Hedeman.

Brvnsivick, 13 avril 1 806.

Attitude embarrassé© du viuc de Brunswick depuis son retour de Berlin. — Le roi de Prusse seul, cause de la situation de son pays. — Le général se place sous la protection de l'Angleterre et envoie à Jackson une lettre de Francfort.

Monsieur, Je n'ai pas vu le duc de Brunswick depuis qu'il est de retour dans sacapitale et je mettrai autant de soin à l'éviter qu^il avait autrefois d'empressement à me rechercher pour me parler d'objets politiques.

Madame la Princesse d'Orange ne l'a vu qu'un couple de fois. Il lui a parlé d'affaires politiques, mais d'un air si embarrassé et tellement à bâtons rompus qu'elle a pu s'apercevoir que ce qu'il lui disait partait d'une mauvaise conscience.

Le Roi tout seul est cause de l'embarras oii il se trouve aijjourd'hui, voilà ce dont il a voulu persuader la Princesse. « Mais, a-t-elle dit, Sa Majesté voit maintenant mieux les « choses. Elle comprend enfin qu'Elle ne pourra pas échapper « à la guerre. »

Oui, mais avec qui et contre qui Sa Majesté la fera-t-elle? Voilà la grande question. En attendant que cela se décide, je vais faire mes paquets et aller me mettre sous votre protection que je réclame d'avance n'en ayant plus à espérer dans ce pays. Je serais d'autant plus malheureux si l'Angleterre me retirait la sienne

(1) R. O. F. O. 353.80. Jackson Papers.

LA (iUEHKE INEVITABLE. L ARiJEE FRANÇAISE EN MARCHE OO.^

qu'ayant placé une partie de ma fortune en Hanovre, je dois la regarder comme perdue ou peu s'en faut.

J'attends de votre amitié, Mousieur, des conseils et des directives dans ces circonstances critiques, car s il m'arrivait que vous fussiez hors d'état de m'en donner, encore vous serais-je obligé de m'en informer le plus tôt possible afin de voir quel autre parti il me resterait à prendre.

P. S. Je joins ici la copie d'une lettre que M. de Hackel, attaché à la cour de Madame la Duchesse de Brunswick, vient de recevoir d'un de ses correspondants de Francfort-sur-le-Mein Peut-être contient elle quelque circonstance dont vous n'êtes pas informé.

GXGV X A HÀGKEL (1)

Francfort-sur-le-Mein^ 8 avril i 806.

La guerre inévitable d'après Haugwitz. — Ordre à Lefebvre de se mettre en mouvement. — Griefs de Napoléon contre l'Autriche. — Braunau et Cattaro. — Consternation générale. — Mouvements de Bernadette.

M. le comte de Haugwitz, à son passage ici, a fait entendre qu'indubitablement la guerre s'allumerait. Depuis, on nous l'a mandé de Paris et d'ailleurs, le Maréchal Lefebvre s'était déjà mis en route pour se rendre à Paris, lorsqu'à Sarrebriick il a rencontré un courrier qui lui portait l'ordre de repasser le Rhin avec ses troupes ; ce qu'il a déjà exécuté avant-hier, et à l'heure qu'il est, il occupe de nouveau le pays de Darmstadt. Les Français, au nombre de 3000, occupent de nouveau Wiiizburg, et Ney a déjà rebroussé chemin et marche sur Ulm.

On cite différents griefs que les Cabinets de Vienne et de Saint- Cloud ont l'un contre l'autre. Les Français refusent d'évacuer Braunau. Ils ont demandé le passage de 180C0O (?) hommes par les Etats de l'Empereur, ce que ce dernier ne veut pas accorder. Ils reprochent aux Autrichiens d'avoir trop lot évacué Cattaro qui devait leur être remis et dont les Russes ont jugé à propos de s'emparer {i).

(1) R. O. F. 0. 353.80. Jackson Papers.

(2) Correspondance XII. 99G8 à Talleyrand. Paris, 14 mars ; 997'2 à Berthier, l\ mars ; 0988 à Talleyrand, Paris, 18 mars; 10016 et 10034 à Berthier, Paris, '24 mars et la Malmaison 18 avril 1806.

Quant à ce dernier point, le fait est : Que les Français, ayant voulu se rendre d'Italie aux bouches de Cattaro, en ont été empêchés par les croiseurs russes et anglais, obligés de faire un grand détour et y sont arrivés plus tard qu'ils n'auraient dû.

Au reste, le bruit court que la Prusse a fait alliance avec la France contre l'Aulriche et la Russie et que nous sommes à la veille d'une guerre générale.

Ici nous sommes dans la plus grande consternation. Il est même à craindre que la tranquillité de nos contrées ne soit également troublée et que vous ne vous ressentiez, soit directement, soit indirectement, des calamités de la guerre.

On assure que si la guerre éclate, l'Empereur Napoléon ne se rendra pas en personne à l'armée. Plusieurs Ministres étrangers accrédités à Paris mandent que son intention est de se rendre à Rome avec toute sa Cour et de s'y faire accompagner par les Ministres étrangers. Peul-être jugerait-il à propos de s'y faire couronner Empereur d'Occident.

Depuis que les princes Murât, Berthier, Borghese, etc., etc.. ont été richement dotés, les intrigues et les cabales sont à l'ordre du jour. Bien des gens forment des prétentions sur des Duchés et des Principautés, soit en Allemagne, soit en Italie.

Le maréchal Bernadotte vient de faire envahir par ses troupes une assez grande étendue de pays appartenant au prince de Tour et Taxis. A ce que l'on prétend, il vient également de s'étendre du côté de Bayreuth et l'on assure qu'il regarde ces pays envahis comme la dot qui lui est destinée.

Des troubles ont éclaté en Tyrol au point que les Bavarois, accompagnés d'un corps de troupes françaises, ont dû en toute diligence se mettre en marche pour ce pays.

On assure que les Autrichiens ont déjà formé un camp à Wels.

ETAT d'esprit DU ROI ET DE LA REINE DE PRUSSE 557

GXGVI GÉNÉRAL DE STAMFORD A GEORGE JAGKSON (i)

Brunswick, ^4 juin 1 806.

Ses piojets, si les événements ne s'y opposent pas. — Etat d'esprit du Roi et de la Reine. — On méprise Haugwitz. — Impopularité du duc de Brunswick. — Derniers préparatifs de Napoléon. — Parti que devrait prendre la Russie. — Il reste à Bruns^vick sur le désir exprimé par la princesse d'Orange.

Après ravoir remercié de la lettre de Thomas Grenville et l'avoir assuré de la reconnaissance qu'il lui doit pour toutes les bontés qu'il a pour lui, il lui fait part de ses projets éventuels.

« Dans l'incertitude où on est quant à la tournure que prendront les affaires en Allemagne, je ne puis encore m'arrêter à aucun plan bien décidé pour ce qui me regarde personnellement. Si d'ici au miilieu du mois prochain, il n'arrive rien de grave, j'irai aux eaux en Saxe pour revenir ensuite ici et y rester tant que je pourrai m'y croire en sûreté. Dans le cas contraire, je songe me rendre à Stockholm

Je ne vous apprendrai probablement rien de nouveau en parlant de ce qui se passe à Berlin. Le Roi, m'écrit-on, y vit dans des transes continuelles et ne sait plus de quel bois faire flèche.

La Reine est dans le parti anti-français et témoigne en toute occasion une extrême aversion pour Bonaparte, dont le Roi cependant continue de suivre les conseils. Le Ministre (Haugwitz) est détesté et des bourgeois et des militaires de Berlin (2) Le mépris, qu'on a pour lui, va si loin qu'étant un jour invité ù dîner chez le Roi, les deux places à côté de lui se

(1) R. O. F. G. 353.80. Jackson Papers,

(2) « Les dépêches apportées de Paris (fin juillet) par le sieur de Bohm « (Conseillera la Légation de Prusse à Paris), lit-on dans un Mémoire « rédigé par Lucchesini en novembre 1806 et qui contenait des révéla- « tiens que les événements ont toutes confirmées, paraissent avoir servi x de prétexte au parti pris par Haugwitz de changer de politique. Cette « métamorphose lui rendit les bonnes grâces de la Reine, retournée sur « ces entrefaites de I^yrmont et plus portée que jamais à essayer la « voie des armes contre toutes les insultes dont Napoléon accablait la « Prusse »

(Cf. Bailleu, — Preussen und Frankreich, II, 628).

trouvèrent vides lorsqu'on se mit à table, de sorte que Sa Majesté fut obligée de nommer les personnes qui durent s'y mettre.

Le duc de Brunswick n'est guère plus aimé à Berlin que le comte de Haugwitz. On lui attribue, non sans raison, en grande partie lavilissement où est tombée la Prusse. Son Altesse voudrait cependant nous persuader ici du contraire et nous faire croire qu'il n',a donné à Berlin que des conseils vigoureux. Mais personne n'est sa dupe, quoiqu'il déclame journellement contre la France h ce que me dit Madame la Princesse d'Orange. Car pour moi, il y plus d'un an que je ne l'ai vu et je doute qu'après notre dernière correspondance et l'accomplissement de mes prédictions, il souhaite beaucoup de me voir, quoiqu'il me menace de temps en temps d'une visite, dont au reste je ne suis guère curieux.

Pendant que Bonaparte met la dernière main à ses projets en Italie et nous place devant le nez un roi de Hollande (1), il paraît que les Puissances du Nord, à l'exemple de la Suède, pensent qu'elles n'ont rien de mieux à faire que d'attendre qu'il vienne les reprendre en sous-œuvre, ce qu'il ne manquera pas de faire. Il me semble cependant que ce serait précisément en ce moment que la Russie devrait se mettre en mouvement en portant une forte armée en Pologne aussi près que possible de la Prusse et une deuxième à l'appui de la Suède. La Prusse, sans doute, en serait épouvantée ; mais je ne crois pas que dans les circonstances actuelles elle risquât de se brouiller avec la Russie. Elle aurait à craindre de trouver de l'opposition dans sa propre armée.

Et pourquoi la Russie ne prendrait-elle pas ce parti ? L'occupation de l'Allemagne par les armées françaises ne justifierait-elle pas cette mesure? Elle est rigoureuse, j'en conviens; mais employée aujourd'hui, elle pourrait avoir pour effet d'arracher la Prusse à la dépendance française, tandis qu'employée plus tard, (car il faudra toujours en venir là) elle ne produira que l'effet de bouleverser tout le Nord. Ce n'est que par un bouleversement général du Continent que Bonaparte se flatte de triompher enfin de l'Angleterre et ce n'est que par ce triomphe qu'il espère consolider et rendre permanente son usurpation.

Je laisse à votre amitié, dont vous m'avez donné tant de marques

(1) Louis-Bonaparte venait d\tre proclamé roi de Hollande le 5 juin. Joseph était roi de iS'apies depuis le 30 mars et I^auline, princesse de Guastalla. Talleyrand avait eu la principauté de liéuévent et Bernadotte, celle de I^onte-Corvo, le jour même où Louis avait été appelé à monter sur le trône.

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