ZASTROW
<Za&trow ^Frédérk-Guillaunae-Christian de) (1752-1830) entré au service au régiment de cuirassiers N 11, versé presque immédiatement au régiment d'infanterie comte Lothum, où il passa enseigne en 1768 et sous-lieutenant en 1774. Suppléant parle travail aux connaissances qu'il n'avait pu acquérir dans sa jeunesse, il réussit à si Men regagner le temps perdu que Frédéric II lui décerna en 1778 l'ordre pour le Mérite en témoignage de la salisfaction qu'il avait éprouvée en prenant connaissance du projet de plan de campagne contre une armée autrichienne essayant de déJaoucher de la BoJiêûîe, dont Zastrow était l'auteur. — Aide de camp du général von Ram in pendant la Guerre de la Succesîiion de Bavière, il resta auprès de lui jusqu'à sa mort en 1782 et fut pi'omu major au régiment d'infant erie Briioneck en 1787.
Les travaux, auxquels il ne cessa de se consacrer, lui valurent la favBur de Frédéric-Guillaume II, qui l'attacha à sa personne en 1752- Aide de -camp du Roi, il laccompagna pendant la campagne de 1793 et celle de Pologne, qui lui valut une promotion, avec un choix tout à iait exceptionnel, au grade de Lieutenant- Golonel et la donation d'un domaine aux environs de Posen. Aide de camp général du Roi^ (décembre 1793) Colonel (janvier 1796; et en m-ême tera,ps Chef du Cabiinet militaire du Roi, dont il ne partageait en rien les excentricités, il continua à remplir ces mêmes foBCtions auprès de Frédéric-Guillaume III, qui le nomma Général-Major en janvier 1801. — Très éprouvé par la somme de ta?avail qu'il avait fournie, Zastrow demanda à être relevé de ses fonctions et obtint un commandement à Posen,
-Envoyé en mission à Sainl-Pétersboargen 1803, lors delà venue de Winzingerode à Berlin, lorsqu'il s'agissait de l'entrée de la Prusse dans ia Troisième Coalition,, employé pendant l'hiver de 1803-1806 au «orps d'observation posté en Saxe, il rejoignit en août 1806 le corps du prince de Hohenlohe, qui se rassemblait à Glogau et fut le 18 septembre appelé au Quartier-Général par le Roi, auprès duquel il se trouvait pendant la journée du 14 octobre et qu'il accompagna à Custrin. Le 26 octobre, il se rendit avec Lucchesini à Charlottenburg pour faire des ouvertures de paix à
Napoléon qu'ils saivirentà Posen, avant d'aller rejoindre Frédéric- Guillaume III après l'échec de leur mission. Au mois de décembre de la même année, Zastrow remplaçait Haugwitzau Ministère des Affaires Etrangères, où la positio-n, qu'il n'avait acceptée qu'à son corps défendant, ne tarda pas à devenir intenable à partir de l'adjonction de Hardenberg, imposé par Alexandre à Frédéric-Guillaume m. Le 2â mai 4807, il obtenait du Roi d'être relevé de ses fonctions.
Promu à ce moment général-lieutenant-, placé à la tête de linfanterie du corps du général de lEstocq, Zastrow demanda et obtint le 14 juin sa mise en disponibilité et vécut jusqu'en 1813 dans une propriété qu'il avait acquise aux environs de Crossen, D'abord commandant des formations de landwehr en Silésie en 1813 (qu'il ne tarda pas à céder à Gneisenau), il remplit les fonctions de Gouverneur militaire des territoires situés entre la Vistule et la frontière de Russie jusqu'au milieu de l'été de 1814 et fut peu après envoyé comme Ministre à Munich. En 1823, on lui confia le poste de tout repos de Gouverneur de la Principauté de Neuchâtel. Promu général d'Infanterie en 1824, il termina sa carrière en venant représenter la Prusse au sacre de Charles X.
« Un des premiers adjudants généraux du Roi, lit-on dans les Notes de rAn F/// jointes aux Instructions données au général de Beurnonville [Prusse, Mémoires et documents. Volume 9 f° 75) M. de Zastrow pourrait être regardé comme Ministre de la Guerre ; il en faisait presque toutes les fonctions On doit à la vérité de dire qu'il en avait toutes les connaissances et toute l'activité nécessaire pour bien tenir cette place. Son crédit était autrelois très grand et il aurait pu devenir fatal à la France. La haine qu'il a conçue pour les principes de la Révolution et son ambitioo excessive en avaient fait un des partisans les plus ardents de la Coalition. 11 n'a pas tenu à lui que son Maître n'ait déclaré la guerre à la France. On disait depuis quelque temps son crédit diminué. Ce, serait un ennemi de moins pour la République.
« M. de Zastrow est encore jeune. Ses talents et son activité doivent nécessairement le faire regarder comme un homme très important en Prusse, soit qu'il conserve sa place, soit qu'il rentre dans l'armée en activité de service. »
« Quand les dangers de l'Europe se sont accrus, ainsi s'exprime CzARTORYSKi dans le « Mémoire sur les rapports de la Russie et de ia Prusse (1), qu'il rédigea le 27 janvier 1806, et que la Russie
(1) CzAUTOHYSKi.. Wmoù-es, I, 73.
songea à réunir des moyens puissants pour s'opposer aux progrès rapides de Bonaparte, la Prusse a été invitée à prendre part à la défense commune ; mais elle s'en est toujours défendue avec l'apparence d'une grande impartialité et d'une amitié infinie pour la personne de l'Empereur. Les vœux de la Prusse, disait-elle, étaient pour le succès de la réussite des plans de la Russie ; mais un système de neutralité inviolable, le manque de ressources, le danger de précautions empêchaient le Roi d'y prendre part. Un général prussien, témoin de la fermeté des résolutions prises par l'Empereur, qui le rendit le dépositaire de ses vœux et de ses offres, sut les apprécier dans toute leur étendue.
Comment ne se serait il pas empressé de les porter à la connaissance de son Maître et de les appuyer auprès de lui Le général de Zastrow le fît et une disgrâce fut le prix de son zèle inconsidéré )).
Ad pièce XXXIII.
Comte Panin au comte 'Woronzow^ (1).
Berlin, 18 octobre 17 98.
(( Dans plusieurs entretiens confidentiels, que j'ai eus en dernier lieu avec M. le comte de Haugwitz, il m'a fait des ouvertures d'un tel intérêt pour le Gouvernement britannique que je crois devoir en faire part à Votre Excellence pour que milord Grenville puisse prendre des mesures préalables au cas où les idées du Ministre prussien s'accorderaient avec les siennes.
« Le papier ci-joint expose l'état de la question et les points sur lesquels je pense qu'il soit utile de donner des ordres à la mission de Berlin. J en ai fait lecture à M. Garlike en le priant d'y conformer son rapport ; mais cette démarche a eu plutôt pour objet de lui donner personnellement un témoignage d'égard que tout autre motif.
« Si milord Grenville désirait encourager M. de Haugv^^itz et si vous-même, M. le comte, jugez convenable que je lui parle dans ce sens, je n'hésiterai pas à le faire ; mais je vous avoue qu'il
(l) Dropmore Papers. IV, 34 i, 349.
répugQerait à ma délicatesse de traiter la moindre affaire d'une des Cours alliées à l'insu de la personne qui la représente ici.
« Votre Excellence voudra bien observer ici que c'est Haugwitz, et non le Ministre du Roi qui a fait ces ouvertures, d'où il résulte qu'on peut également leur donner suite ou les ensevelir dans l'oubli.
« Je puis me tromper, mais je pense qu'il était de bonne foi en parlant de ce projet. Malgré cela, il n'y a guère d'apparence qu'il se décidée le négocier formellement avant que l'Empereur des Romains n'ait tiré l'épée et qu'on ne voie des forces imposantes en Allemagne.
ft Je vous supplie, M. le Comte, de me faire connaître le jugement que milord Grenville portera de l'exposé ci-joint ainsi que votre opinion personnelle. »
Exposé des questions qu'il faudrait soumettre à milord Grenville.
« Depuis l'époque où Ton remarque un changement dans les opinions de M. le comte de Haugwitz, ce Ministre a parlé dans plus d'une occasion avec chaleur du danger qu'il y aurait à laisser la Hollande sous le joug des Français. Il a dit même en propres termes : « Qu'il n'y aura point de paix stable, ni de sûreté pour les Puissances, tant que la Hollande et la Suisse seront dans leur état actuel. » Il est à observer que M. de Haugwitz traitait cette question de son propre mouvement, sans provocation quelconque, mais aussi toujours confidentiellement comme une opinion personnelle.
« Il est allé plus loin; et en parlant de la possibilité d'une coopération active de la Prusse dans la guerre actuelle, il a dit que le but principal de cette coopération serait la délivrance de la Hollande et, en cherchant à prouver les grands avantages qui en résulteraient pour la cause commune et pour chacune des Puissances en particulier, il finissait toujours par dire : « Reste à savoir le prix que l'Angleterre attache à cette opération et ce qu'elle donnerait pour en faciliter les moyens. » Il paraissait regretter que Sa Majesté Britannique ne s'était pasjusqu'ici expliquée à ce sujet.
« On a objecté au Ministre d'Etat qu'après les déclarations réitérées de sa persévérance dans le système de neutralité et le
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refus de toutes les propositions de la Russie et de l'Autriche, on ne pouvait guère s'attendre à Berlin à des explications de la part du Cabinet de Saint-James, puisque rien n'en faisait augurer le succès ; Que si la Prusse voulait coopérer au plan général, elle devait manifester cette intention d'une manière claire et précise ; Que la Grande Bretagne aurait probablement plus de facilité à soutenir aujoud'hui les efforts delà Prusse par des secours pécuniaires que lorsqu'un embrasement général sur le Continent rendait bien moins utile l'appui du roi de Prusse, puisqu'il s'agissait alors de sa propre défense.
c Par les réponses de M. de Haugwitz, il semblait que ce Ministre ne doutait pas de la prestation de subsides pour la délivrance de la Hollande, quelle que soit l'époque Où on les demanderait.
« Comme il est assez vraisemblable que M de Haugwitz n'en restera pas à ces insinuations et qu'il cherchera à pénétrer jusqu'à quel point la Cour de Londres serait disposée à soutenir l'opération dont il s'agit, il serait peut-être utile d'avoir en réserve quelques instructions sur les questions suivantes :
(( 1° Les dernières dispositions de la Cour de Londres en faveur d'un subside, telles qu'on les a annoncées à milord Elgin, sontelles applicables à ces cas et peut-on en faire usage si M. de Haugwitz entre en explication avec celui qui est chargé des affaires du Roi?
« 2° Si le Ministre se borne à en parler d'un ton amical et confidentiel au comte Panin, comme il a fait en dernier lieu, trouvera t-on nécessaire que l'Envoyé de Russie lui réponde d'une manière encourageante et en quels termes? »
Comte Panin au comte "Woronzow (Confidentielle).
Berlin, 18 octobre 1798.
« Notre Cour n'a aucune connaissance de ce que j'ai l'honneur de vous communiquer par la présente. Je n'en ai pas fait rapport, comme, depuis quelque temps, j'ai passé sous silence bien des choses dont Haugwitz me parle d'un ton amical et confidentiel.
« Voici les motifs de cette réserve : S'il est véritablement de bonne foi, il ne se bornera pas à ces premières insinuations et il exposera les mêmes idées dans une correspondance secrète qui m*est connue. Alors, ayant des garants de sa sincérité, je pourra
APPElViUCE
rendre compte de ses ouvertures de manière à écarter tous les doutes.
« Si, au contraire, lise donnait un nouveau démenti, j'aurai l'avantage d'avoir prévenu une cause d'aigreur et d'animasité contre la Prusse. Au reste, les véritables intentions de Haugwitz ne peuvent pas tarder à s'éclaircir. Je me flatte que Voire Excelle«ce, en se rappelant ces observations, voudra bien engager milord Grenville à ne pas faire paraître mon nom dans les relations qui pourraient s'établir sur la base que je vous préseate aujourd'hui. »
Ad pièce XXX VI.
COMTE WORONZOW (Noxict; biographique).
WoRONZow (Siméon Rommovitch, comte) (1744 1832;. D'abord page delà cbambre, puis gentilliomma de la chambre en t7(î2, il passa immédiatement sur sa demande comme lieutenant au Régiment Préobrajensky. Le coup d'Etat da 2{i juin 17'i2 le mit dans une fureur inexprimable et si fidélité à Pierre lll le fit mettre aux arrêts. Dégoûté de la Garde, il passa, grâce à 1 entremise de son oncle, comme Conseiller d'Ambassade à Vienne, fut aom-né en 1766 premier Major au 4^ régiment de Grenadiers et donna peu après sa démission.
Rentré au service au début de la Guerre de Turquie, il se distingua sur la Larga, le Kagoul et à Silistrie, ce qui lui valut le ^rade de Colonel et la croix dd Saint-Giorgea de 4^61 de 3* classe. — A la paix, l'injustice de Potemkine l'empêcha d'être promu autre chose que brigadier, injustice qui lui fît prendre sa retraite comme Général-Major en 1776. Il passa alors six ans tantôt à Pétersbourg, tantôt à Pise et en t782 il fut nomaé Ambassadeur à Venise. Deux ans ap.^ès, il passa à Londres, où il arriva au lendemain de la m^rt de sa femoij et oii par sa fermeté et sa perspicacité il rendit des services considérables à son pays,
Paul V lui témoigna d'abord une extrême bienveillance, lui conféra en 1796 le grade de général d Infanterie et le titre d'Envoyé Extraordinaire et plénipotentiaire et le 5 avril 1798, jour de son couronnement, la dignité de Go^mle. Il voulut auîsi faire de Ini le précepteur du Grand-Duc Nicolas Pavlovitch et lui proposa
le poste de Chancelier. Mais Woronzow encourut bientôt le courroux de Paul pour diverses représentations contraires à sa volonté. Destitué le 22 mai 1800 avec faculté de se fixer où il voudrait, il retourna en Angleterre. Alexandre P'' lui rendit le poste d'Ambassadeur à Londres, le combla d'amitiés en 1802 et, après un séjour de quatre mois qu'il fît en Russie, n'accepta pas la démission qu'il lui offrit peu après et le retint en fonctions jusqu'à l'achèvement des pourparlers relatifs à la Coalition contre la France.
Woronzow quilta définitivement le service en mai 1806, se fixa pour toujours en Angleterre et mourut à Londres le 9 juin 1832.
Ses contemporains trouvaient à Woronzow de brillantes facultés et d'aimables qualités rehaussées par sa modestie. Au physique, distingué, des manières courtoises et aflables, un cœur ardent, relevé encore par de l'esprit et par une rare bonté, tendre comme père et comme frère, il n'était pas susceptible de faiblesse. (( La fermeté, écrivait-il, est la toute première qualité de l'homme. L'intelligence et le savoir ne signifient rien sans la fermeté. »
Comme diplomate, il estimait de toute nécessité une politique absolument exempte de concessions « Plus nous nous avilissons et plus on nous avilira. » — La tradition le représente comme russophile farouche et champion de l'amitié avec l'Angleterre qu'il considérait comme l'alliée naturelle de la Russie, il avait contre les Français « qui contaminent tout le genre humain au poison de leurs mœurs » un parti-pris qui s'était encore développé sous l'influence des excès de la Révolution. Avec sa connaissance de l'esprit anglais et le cas qu'il faisait de la civilisation anglaise, il trouvait, en ce qui concerne les Anglais, lucompatible avec l'intérêt de la Russie de se complaire à tous leurs caprices, souflfrir leurs impertinences et les encourager par là à en faire de nouvelles.
Tout en accordant à l'organisation anglaise, œuvre de longs siècles, ce qui lui était dû, il n'était pas d'avis de transplanter les institutions anglaises sur le sol russe, mal préparé par sa culture et redoutait « les sauts brusques du despotisme à l'anarchie. » Sa devise, comme champion de l'honneur familial : « Point de noblesse^ point de monarchie. » S'intéressant vivement aux affaires intérieures de la Russie, observant les jeûnes orthodoxes et désirant sur ses vieux jours vivre plus près de l'Eglise, le comte Woronzow avec ses dehors danglomane, avait bien le droit de dire : « Je suis Busse et seulement Russe. »
Grand Duc Nicolas Mikhaïlovitco. Portraits Russes II 4. 42.
Il ne me serait jamais venu à l'esprit d'ajouter une seule ligne à la Notice biographique qu'on vient de lire si le Grand Duc Nicolas Mikhaïlovitch lui-même n'avait cru devoir tracer un portrait encore plus détaillé, plus caractéristique du comte Siméon Romanovitch Woronzow dans l'introduction du beau travail qu'il a consacré au comte Paul Stroganow (I, XXXV-XL)
« Favori de tout temps de la haute société anglaise, considéré parle Ministère, ami personnel de Pilt qui le consultait sur les plus graves problèmes de la politique extérieure, le comte Woronzow représentait (en 1806) son souverain à Londres depuis plus de vingt années. Il avait rendu en 1791 un service signalé en empêchant la guerre entre la Russie et l'Ângleleri'e
Quel homme était le comte Siméon Romanovitch Woronzow ?
Sa famille n'était point ancienne. A la fin du XVIP siècle seulement on voit apparaître dans les Strelisy des chefs de compagnie et des colonels du nom de Woronzow.
Lui-même était un simple gentilhomme et le titre de comte, qui échut à son père, n'était dû qu'au hasard. Son oncle Michel Hilarianovitch l'avait reçu en raison des services qu'il avait rendus lors de l'avènement au trône d'Elisabeth Petrovna et n'ayant pas de descendants, il en avait obtenu la réversion au profit de ses deux frères, Ivan et Romain. Romain fut le père de Siméon. Le père de Michel, Hilarian, était un fort petit seigneur de 200 paysans ; aussi, à la suite de la révolution du 25 novembre 1741, il eut, en raison de la part qu'y avait prise son fils Michel, un beau domaine et Michel eut bien mieux encore. Toute la fortune de la famille vient de \h.
Le comte Siméon Romanovitch Woronzow ne devait qu'à son propre mérite la situation qu'il occupait au service de l'Etat. Ce n'était pas un courtisan, moins encore « un favori ». Il était plutôt en disgrâce. Page de la Chambre d'Elisabeth Petrovna, puis gentilhomme de la Chambre de Pierre III, il échangea, sur sa demande, cette place pour un grade de lieutenant à la compagnie de Grenadiers du régiment Préobrajensky. Arrêté au Palais d'Hiver lors de la révolution du 28 juin 1762, il résolut de ne plus servir dans la Garde « qui avait trahi son devoir ».
Il ne fut pas plus heureux dans l'armée. Ne recevant aucune distinction, en butte même aux passe-droits pour son avancement, il finit, bien qu'il aimât passionnément le métier de militaire, par jeter là « cocarde et uniforme ».
Sept années se passèrent ensuite pour lui dans l'inaction et dans des voyages. A son retour en Russie, il mena une vie privée
et ce fut seulemnut en 1783 qu'il fut accrédité ministre de Russie à Venise, d'où deux ans plus tard il fut transféré à Londres. Il ne tarda pas à y acquérir l'estime générale et à se lier avec les premières familles du Royaume. Son ministère à Venise lui avait permis de ne plus vivre en Russie, « le pays du despotisme; » sa mission à Londres lui plaisait d'abord « parce qu'il vivait dans le pays le plus libre de tout l'univers ^.
Le comte S. R. Woronzow ne devait ni à sa naissance, ni à son éducation, mais à sa tournure d'esprit et à son caractère des convictions politiques formellement opposées à toute révolution violente et nettement décidées pour le pouvoir du Souverain. A Pétersbourg, lors de la Révolution du 28 juin 1762, sa première pensée fut de prévenir l'Empereur Pierre 111 des dangers qui le menaçaient.
D'un caractère juste et droit, il ne dissimulait ni ses sentiments, ni ses opinions devant Catherine II et Alexandre l", auxquels il fit entendre de dures vérités, ce qui n'empêchait pas qu'il n'y eût dans la Russie d'alors de sujet plus fidèle et plus dévoué au Souverain.
Lorsqu'il apprit le partage de la Pologne, il blâma hautement « cet acte de la plus grande injustice ». L'exil de Radilchine l'indigna. « Dix années de Sibérie, s'écria-t-il, mais c'est presque la mort ! et encore pour une étourderie. Quelle sera donc la peine réservée aux crimes politiques et aux séditions en règle? ». Plus tard, dans sa correspondance diplomatique, s'étant aperçu qu'Alexandre P"", dans sa confiance envers le comte iN. P. Panin, se décidait d'agir d'après les indications personnelles du Ministre, il écrivait à l'Empereur; « Il n'y a rien de plus dangereux que de régler les affaires en tête à- tête avec les Ministres. Comment Votre Majesté peut-elle s'assurer qu'ils ne l'induisent pas en erreur volontaire ou involontaire ? Savez-vous si les Ministres vous instruisent de tout ce qui doit être porté à votre connaissance? De quelle manière Votre Majesté peut-elle s'assurer que ses ordres ont été exécutés ponctuellement ? De sa nature l'homme aspire à l'influence, au pouvoir. C'est là ce qui explique le despotisme des Ministres et ce despotisme deviendra intolérable, si Votre Majesté cesse d'examiner les affaires en Conseil pour les régler en tête-à tête avec tel ou tel de ses Ministres. »
Le comte S. R. Woronzow n'aimait ni la France, ni les français. Dès l'année 1784, ayant eu le choix entre la mission de Paris et celle de Londres, il préféra celle-ci, attendu, dit-il, que « la France ne pardonnera jamais à la Russie d'avoir, en moins d'un siècle.
annihilé son influence en Turquie, Suède et Pologne ». Il conseille de créer un Consulat général en Morée « d'oii, disait-il, on pourrait suivre pas à pas les Français. »
Homme d'esprit et diplomate clairvoyant, il estimait que la France ne pouvait échapper à la Révolution ; il fut même un des premiers Russes à en prévoir le caractère irrémédiable et dès 1787 il avait prédit que « la secousse serait violente ».
Quand la secousse éclata, le comte Woronzow embrassa dans une inimitié qui alla jusqu'à la haine « toute la France maudite, populace de Paris et population des campagnes, démocrates et aristocrates, émigrés et princes du sang jusqu'au Roi et à la Reine ». Il ne peut tolérer un seul Français ; il les noircit tous. Dans ses lettres, le peuple est lâche et infâme ; les émigrés, libertins et vilaines gens ; les princes, méprisables et sans élévations. Mirabeau est un scélérat qui aspire à renverser tout ordre en France. Necker est le principal auteur de la destruction du pouvoir royal; le comte de Provence, une nullité, l'objet du mépris général ; Dumounez, un vaurien qui n'a souci que de son intérêt personnel. Parfois la haine l'égaré si loin qu'elle lui fait prendre pour des réalités d'étranges rêveries. Ainsi le 4 septembre 1791 , il sollicita des instructions au sujet de l'attitude qu'il doit prendre vis-à-vis de Chauvelin nommé récemment Ambassadeur de France à Londres. « L'ambassadeur de France, dit-il, ne représentera pas Louis XVI qui est en exil, mais bien Messieurs Robespierre, Pétion et Grégoire. » Or, à cette date, Louis XVI était à Paris, il était libre et il avait lui-même signé les lettres de créance de Chauvelin.
L'apparition de Napoléon ne fit qu'échauffer encore la haine du comte Woronzow contre la France et les Français. 11 ne comprenait pas Napoléon, auquel il déniait même les talents d'homme de guerre. Il l'appelait d'ordinaire « Sa Majesté Corse » ce qui n'eût été que pour faire sourire même l'Empereur des Français; mais en lui contestant toute valeur militaire, il se trouvait entraîné à raisonner à faux sur les mesures purement militaires qu'il convenait d'opposer aux entreprises de « Sa Majesté Corse ». La bataille d'Austerlitz même ne parvint pas à dessiller ses yeux.
Sous Catherine, comme sous Alexandre, le comte Woronzow ne rêvait que de Coalitions et il se trouva aussi satisfait en 1795, lorsqu'il signa avec l'Angleterre le traité d'alliance défensive, auquel l'Autriche accéda le 17 septembre, qu'en 1805, lorsqu'il participa à l'accord conclu entre l'Angleterre et la Russie. Pour-
tant les Coalitions étaient vaines, Napoléon appliquant en diplomatie la même tactique qu'à la guerre, brouillant les alliés, semant entre eux la mésintelligence, rendant leur réunion impuissante et battant séparément chacun de ses adversaires.
Pitt était l'ami du comte Woronzow et il éprouvait comme lui une haine implacable contre Napoléon. Lorsqu'il mourut, il eut pour successeur Fox qui, partisan de la paix, prit aussitôt une mesure gracieuse vis-à-vis de Napoléon eu le faisant informer d'un complot qui se tramait contre lui.
Le comte Woronzow sentit qu'après ce changement, lui-même devenait « impropre » à représenter son Souverain près la Cour de Saint-James et demanda spontanément sa mise à la retraite. Il fut remplacé par d'Alopeus, « Prussien de la tête aux pieds », disait Catherine IL
« La partialité du comte Woronzow, écrivait de Londres le 30 décembre 1805, H janvier 1806, le comte Paul Stroganow au prince Adam Czartoryski, est une chose bien malheureuse et lui fait faire bien des faux pas ; car il faut pourtant lui rendre justice, il a de bonnes qualités... »
(Grand Duc Nicolas Mikhaïlovitch. L". comte Paul Stroganow, II, 219).
Rien ne mettra mieux en pleine lumière la haine féroce que Woronzow portait plus encore à l'Empereur qu'à la France que les quelques lignes que j'emprunte à une lettre en date du 27 février 1803 de lady Bessborough à lord Grenville Leveson Gower :
« Au cours de sa visite, Starhemberg m'a dit que, dînant avec le comte Woronzow et Monseigneur En... on parlait du bruit qui courait de l'assassinat de Bonaparte. Woronzow dit : « Ah! que je voudrais embrasser le galant homme qui porta le coup ». — Starhemberg dit qu'il se réjouirait des conséquences, mais qu'il condamnait de pareils moyens et ajouta à propos de Bonaparte : « Je n'aime pas trop le gueux, mais encore moins l'assassinat. »
Ces mots amenèrent une vive discussion entre Woronzow et le Monseigneur; mais Starhemberg ajouta que s'il se réjouirait assurément de la chute de Bonaparte, s'il lui arrivait de le rencontrer dans un bois, attaqué dans un bois par deux ou trois bandits, il serait porté aie défendre « sauf à me battre avec lui le moment d'après. »
Woronzow bondit et déclara qu'il ne pouvait rester plus longtemps assis à la même table. Monseigneur, d'un ton patelin, voyant comment la chose allait, se mit à dire dans son mauvais français : « Pour moi, si je me trouvais une bonne fois Solo a
Solo avec lui, j'aurais bien de la peine à résister (faisant le geste du stylet) ». Là-dessus Woronzow courut à lui, lui serra la main et l'appela un galant homme.
Depuis lops, les avances de Starhemberg n'ont pu calmer Woronzow, qui continue à le regarder de travers.
Starhemberg m'a dit de plus que le Monseigneur avait fait une cour éhontée à Bonaparte et à ses entours.
Un jour, où il était plus obséquieux que de coutume et oii il était avec Starhemberg au milieu d'amis de Bonaparte, Starhemberg alla à lui et lui dit à mi-voix : « Solo a Solo. » Monseigneur saisit son bras et lui dit tout tremblant : « Mon ami, par pitié ne me perdez pas. »
« Voilà ce que c'est d'être Jésuite et Nonce, ajouta Starhemberg. »
Je vous communique la chose telle que Starhemberg me l'a racontée, mais je ne le fais que sous toutes réserves, bien entendu. »
(Lord Grenville Leveson Gower. Privais Correspondence, 11,^ 339).
Ad pièce XXXVII.
COMTE DE SGHULENBURG (Notice biographique).
Il était l'un des principaux ministres vers la fin du règne du Grand Frédéric. La Prusse honorait son caractère et ses lumières. Pendant les premières années du règne suivant, n étant plus ministre, il s'était retiré sur ses terres où l'estime générale l'avait suivi. A l'époque du Congrès de Pillnitz et des préparatifs de guerre contre la France et ;la Pologne, il fut bien de ceux qui se prononcèrent le plus fortement contre le nouveau système politique du Cabinet de Berlin. Les bons Prussiens mettaient alors son nom à côté de celui du prince Henri.
Le comte de Schulenburg fut peu de temps après rappelé au Ministère. Rien ne fut plus juste selon lui que la guerre contre la France et la Pologne, rien n'était mieux vu, rien n'était plus convenable aux intérêts de la Prusse. Il fut un des principaux artisans de ces deux guerres et accompagna le roi en Champagne. Le public eut alors la mesure de sa moralité.
M. de Schulenburg, pendant le premier temps de cette campagne eut une grande infiuence sur l'esprit du Roi. Il retourna à Berlin.
Pendaut son absence, les intrigues des WôUner, des Bischofswerder, des Lucchesini et des valets lui ôtèrent la confiance du Roi. Il se retira de nouveau sur ses terres et pour ne pas s'ôter les moyens de revenir en scène, lorsque les événements le permettraient, il conserva une petite place à la Banque qui l'obligeait au séjour à Berlin pendant deux mois de l'année. Il revint dans cette ville aussitôt après la mort de Frédéric-Guillaume II.
Le Roi actuel lui donna l'examen des affaires relatives à la nouvelle ferme du tabac et ce fut d'après son rapport que cette ferme fut abolie. Le Roi fut si content de ses manières et de son travail qu'il crut devoir se l'attacher et créa pour lui la charge de Contrôleur des Finances. Il a encore fait attribuer à son Ministère la connaissance et la recherche des délits contre le Roi et l'Etat, qu'on appelle en Prusse la Haute Police, qui dépendait avant du Ministère des Affaires Étrangères, ce qui n'a pas contribué à le mettre bien avec le comte de Haugwitz
Son opiniâtreté, sa hauteur, son mépris pour ses collègues ne pouv ient que lui faire beaucoup d'ennemis. Le souvenir de son ancienne et longue faveur, de sa fortune rapide, de sa sagacité donne de la crainte à ses émules et à ses rivaux. Plusieurs fois attaqué par eux depuis sa dernière faveur, il a demandé à se retirer.
Le comte de Schulenburg a beaucoup d'esprit ; il s'exprime avec facilité ; il sait bien prendre ses entours et choisir ses collaborateurs. Il aime à être utile. Cependant l'expérience a prouvé qu'autant il était présomptueux dans le bonheur, autant le moindre revers était capable de l'abattre. On lui reproche de trouver tous les moyens bons pour parvenir à ses fins. On blâme son ambition qui lui a fait chercher sur ses vieux jours les honneurs de la carrière militaire qu'il n'avait jamais connus que dans sa première jeunesse par le grade de lieutenant de cavalerie et d'avoir voulu joindre à son titre de Ministre d'État celui de Lieutenant-Général des Armées. Le comte de Schulenburg influe sûrement beaucoup sur les résolutions du Cabinet Prussien. On assure qu'il a abandonné ses anciens errements et qu'il est favorable à la France. Les circonstances changent les hommes.
(Aj'chiues des Affaires Etrangères. Prusse. Méraoires et Documents, an VIII (1800). Volume 9, folio 73, 74. Notes sur quelques personnages en Prusse),
Ad pièce XXX VIL M. DE KÔKERITZ, Aide de Camp du Roi.
Dès le commencement du règne, cet officier parut jouir de toute la confiance du Roi et on en conçut les pins belles espérances. Sa bonhomie, sa simplicité convenaient au jeune Monarque. De plus intimes rapports de goût et de caractère contribuèrent sans doute aussi à le faire élever au grade de Premier Aide de Camp. M. de Kokeritz passait pour aimer beaucoup les petits détails militaires et avait dans son Corps une réputation tonte faite de ce genre de service. Le Roi, très partisan de cette espèce de mérite, l'avait depuis longtemps remarqué dans cet officier et à son avènement au trône il s'empressa de le récompenser.
Cet officier n est nullement propre à la place importante qu'il occupe. A sa simplicité, à sa bonhomie et h ses talents de sousofficier près, il n'a aucune qualité propre à justifier l'opinion que le public s'était trop hâté d'en concevoir. Son esprit est excessivement borné; ses connaissances en politique, en administration et daas les hautes parties de l'Art militaire sont nulles. Sa probité, que tout le monde est forcé de reconnaître, aurait pu seule le rendre propre à servir les véritables intérêts de son Moître, si les Illuminés ne s'étaient depuis longtemps emparés de son esprit, il n'est pas sans doute initié dans tous leurs mystères ; leurs véritables desseins lui sont inconnus ; mais, dupe comme tant d'autres de cette secte si dangereuse, son génie étroit, son ignorance sur toutes sortes d'objets, la confiance et l'attachement du Roi ne le rendront que plus propre à devenir dans des mains habiles un instrument bien dangereux.
D'après ce que nous venons de dire, la France ne peut regarder M. de Kokeritz que comme un homme intervenant dans les intérêts de ses ennemis.
Notes jointes aux Instructions données tiu général Beurnonville an VIII (1800) (Archives des Affaires Etrangères. Prusse. Mémoires etlDocuments, volume 9, folio 75, 70).
Ad pièce XXXVIII.
Mémoire du duc de Brunswick sur la coopération de la Prusse et de la Grande-Bretagne à l'expulsion des Français de la République batave.
22 octobre 1798.
« Il est vain de prétendre que la Prusse abandonne le système de neutralité une fois miopté, aussi longtemps que la guerre ne se déclare entre l'Autriche unie à la Russie et à Naples contre la France. Même alors, la Prusse ne pourrait convenablement rentrer en lice qu'en déployant des forces pour le rétablissement d'une paix générale, dont les bases seraient stipulées d'avance entre l'Angleterre, l'Autriche, la Russie et la Prusse. Comme il est nécessaire de séparer dans cette guerre les intérêts de la Nation française d'avec ceux du Directoire, il serait de la plus grande importance de déclarer qu'on n'en veut aucunement à la France, point à ses anciennes possessions, ni à la forme de gouvernement qu'elle s'est donnée, mais qu'on veut concourir au rétablissement d'une paix générale ; que tous les sacrifices qu'on a faits doivent prouver qu'ils n'ont servi qu'à augmenter la dureté des conditions imposées par le Directoire et que la liberté rendue à la Suisse et à la Hollande doit servir de base à la paix générale et donner les moyens à l'Angleterre de s'expliquer sur les restitutions à faire à la Hollande, redevenue un État libre et consistant par lui-même. La guerre en Italie, sur les frontières de la Suisse, dans le Sud de l'Allemagne et une coopération des armées navales anglaises, russes et turques dans la Méditerranée, pourraient alors faciliter des démarches vigoureuses de la part de a Prusse, combinées avec une entreprise sur la Hollande. Toute entreprise sur la Hollande doit rouler sur les bases suivantes :
« 1° S'accorder parfaitement d'avance sur quels principes on veut rétablir l'ancienne forme de gouvernement en tout ou en partie.
« 2" Se former sur ces principes le parti le plus considérable que possible dans les Provinces Unies et convenir avec lui de livrer soit Goerworden, Groningue ou telle autre place au parti d'Orange.
« 3° Rassembler sous le prince héréditaire d'Orange l'ancienne armée hollandaise dans ce poste
« 4° Faire avancer une des armées prussiennes sur les frontières de rOveryssel pour couvrir et favoriser ces opérations, tandis qu'une autre armée prussienne occuperait les armées françaises entre le Rhin et la Meuse.
« 5* Avoir par l'Angleterre des vaisseaux plats dans le Zuyderzée avec quelques canons pour transporter de Stavern (1) 10 à 12.000 hommes dans le Nord- Hollande.
« 6" Cette opération devrait être favorisée par une armée prussienne ou alliée, qui passerait l'Yssel, se portant sur le Grebbed par des démonstrations des flottes anglaises, soit sur la flotte hollandaise dans le Texel, soit sur les côtes de la Zélande.
« 1° Les troupes hollandaises transportées en Nord-Hollande se porteraient avec le gros sur Beverwjik et une autre partie sur Buykslooten (2) vis à-vis d'Amsterdam, où les menaces et la préparation des esprits par le parti d'Orange devraient faire recevoir les troupes hollandaises, à la tête desquelles le Prince Héréditaire se trouverait en personne, avec des pleins pouvoirs du Prince Stathouder pour le rétablissement de l'ordre des choses.
Ceci est le précis d'un Mémoire beaucoup plus étendu d'un homme qui n'est rien dans la politique, qui n'a aucune influence dans les Cabinets, mais qui se fera employer pour l'exécution de tous les plans qui peuvent tendre à rétablir l'ordre et à sauver l'espèce humaine du joug avilissant sous lequel la France la tient enchaînée. »
(Cf. Dropmore Papers, IV, 350-3M).
Ad pièce XXXJX.
OTTO (Notice biographique).
Otto (Louis Guillaume, comte de Mosloy) (1754-1817j « homme d'un mérite rare et d'une instruction profonde » (Frédéric Masson, Le Département des Affaires Etrangères pendant la Révolution) (pages 243-244) fît ses études de droit public à l'Université de Strasbourg. A la fin de 1776, M. de la Luzerne, s'étant adressé aux professeurs pour lui procurer un secrétaire, on lui désigna Otto,
(1) Stxveren ou Stavoren dans la Frise.
(2) Ou Buikasloot.
qui l'accompagna d'abord à Munich, puis aux États-Unis (1779;. Secrétaire de Légation en 1785, il remplit en 1785-1786 et çn 1790 les fonctions de Chargé d'Affaires aux Etats-Unis et ne revint en France qu'en décembre 1792. Le 29 janvier 1793, Lebrun le nomma Premier Commis (Chef de la 1" Division Politique) en remplacement de Nfaret, chargé d'une mission à Londres. Arrêté, conduit au Luxembourg et mis au secret le 12 brumaire (2 novembre 1794), soupçonné d'avoir entretenu une correspondance mercantile avec La Margellière, agent se«ret à Londres, il fat rendu à la liberté à la fin de frimaire et sa détention ne lui nuisit pas dans l'esprit des dictateurs. Apprécié par Sièyès, il le suivit à Berlin et y resta Chargé des Aff'aires de la Légation lors du départ de son chef, nommé Directeur. Envoyé à Londres en 1800, en qualité de Ministre plénipotentiaire pour y entamer des négociations de paix avec le Gouvernement anglais, Otto eut la joie, dit TuiERS, -de signer les Préliminaires du traité d'Amiens. A son retour, il fut envoyé à Munich, sut faire de ce poste secondaire un poste d'observation de la plus hante importance et réussit à détacher la Bavière de la Coalition (1806). L'Empereur lui en témoigna sa satisfaction en le faisant Conseiller d'Etat et en hii conférant le litre de Comte de Mosloy. En 1809, il passa de Munich à l'Ambassade de Vienne, où il resta jusqu'au commencement de 1813. Fait presque aussitôt Ministre d'Etat, Otto fut envoyé à Mayence à la fin de 1813 comme Commissaire Extraordinaire, mais il ne put arriver jusqu'à sa destination. Sous-Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères pendant les Cent-Jours, chargé après Waterloo d'une mission extraordinaire auprès du Gouvernement anglais, il ne put, faute de passeports, aller au-delà de Calais. A partir de ce moment il vécut dans la retraite.
Marié en 1787 aux Etats-Unis, oii il était Chargé d Affaires du Roi, il épousa, paraît-ii, en secondes noces une fille de Saint-Jean Crèvecœur, Consul de France à New- York.
Ad pièce XLIL
Un accord secret (?) de RoT^espierre avec la Coalition 1(1793-1794).
N'est il pas étrange, presqu'incompréhensible même, de trouver ces deux phrases, relatives à un fait, alors déjà vieux de cinq
ans, dans la lettre qu'un personnage aussi circonspect, aussi égoïstement prudent que le duc de Brunswick, mieux placé aussi que personne au monde pour connaître la gravité de cette assertion, ne craint pas de laisser tomber de sa plume dans la lettre que, de sa capitale, le 7 décembre 1798, il adressa à Panin : « H vous est réservé de vaincre, sous les heureux auspices de S. M. IjEmpereur de toutes les Russies ces malheureux principes qui, dès 1 793, firent négocier V Autriche en pleine guerre avec Robespierre, ce qui fit perdre le fruit de nos sièges et de plusieurs batailles. Ces mêmes négociations poursuivies en 1794 occasionnèrent après de brillants succès l'évacuation des Pays-Bas, l'abandon inexplicable de places conquises sur la France et en préparant l'abandon de la Hollande et de la rive gauclie du Rhin fournirent les matériaux des premières démarches pour la paix de Bâie. »
Ces déclarations, déjà fort graves en elles mêmes, méritent d'autant plus de fixer l'attention que, dans la préface de la publication des documents relatifs à la Première Coalition, un historien allemand, collaborateur de HiïlTer, le docteur F.. Luckwaldt, enrichit le dossier de cette aflfaire d''un témoignage aussi inattendu que curieux. « Un ministre d»; l'Empereur, et des mieux informés, écrit-il, pages Ll-LlI, fit remarquer qielques année s plus tard que l'évacuation de la Belgique pourrait bien avoir été la conséquence d'un accord avec Robespierre. On affirmait même qu'on avait eu l'intention de conclure paix et alliance avec le Dictateur »
vt Oii assure, nous apprend en effet Zinzendorf (1) {Détail de sa aie, p. 459) qu'en 1794 nous avons voulu faire la paix et nous allier
(1) CaroliComitis a Zixz :ndorf et PoTTiviXDORF. Détail de sa vie et des événemoits publics qui se sont passés de son temps, principalement dans la Monarchie autrichienne depuis l'avènement de l'Empereur Léopold Second jusqu'au 31 décembre 1708 (Manuscrit tou' entier de sa main).
(Haus, Hof and St lats Archiv, 6J. Troisième volume, première partie, relié le 9 décembre 1801 Volume commençant à la page 3(51).
Zinz;;nd()I!F (Gharles-Jean-Christian, comte de) (1739-1813) neveu du fameu.K évoque des frères Moraves. En:ré au service de l'Autriclie en 1763, Ministre d'Etat en novembre 1792, puis chargé peu après du Département des Comptes de l'Etat. Esprit ouvert, indépendant, libéral, vivant très retiré, il avait toute sa vie eu le soin de garder par écrit la trace de ses idées e! de ses observations. C'est ainsi qu'il légua à la biblio'lièque de la Cour 116 volumes in-folio contenant différents travaux, notices et mémoires. Il tint de plus un Journal qui se compose de 60 volumes qui font aujourd'hui partie du Haus, Hof und Staats Archiv, et dont il a rédigé lui-même un résumé, auquel il a donné le titre indiqué ci-dessus. (Cf. Luckwaldt, Der Frieden von Campoformio, p. 433, notej.
640 Lfc; GKNÉRAL DE SÏAMFORD
avec Robespierre, que c'était le secret du prince de Waldeck (1) et le motif pour lequel, par ordre supérieur, il évacua les provinces belges. Pour contrecarrer ce projet, l'Angleterre nous envoya le Lord Privy Seal Spencer et M. Grenville, qui, peut-être pour la mêoie raison, aimèrent mieux négocier avec le prince de Rosenberg (2) qu'avec le seul baron de Thugut, Le premier me parut saisi de la nouvelle de la mort de Robespierre, que peutêtre l'Angleterre fit massacrer ».
Je m'empresse d'ailleurs d'ajouter qu'en dehors de cette note de Zinzendorf on ne trouve au Haus, Hof und Staats Archiv aucun document relatif à pareille négociation ; mais que, d'autre part, dans son Journal de l'année 1194, à la page 39, écrite sur l'heure même, Zinzendorf note à la date du 16 août 1794 : « Le prince de Rosenberg nie que nous ayons traité avec Robespierre. Il dit qu'il faut suivre une campagne, sans quoi l'Angleterre s'allie avec le roi de Prusse à notre détriment. Je priai le prince de se consulter avec les Ministres étrangers. »
Je me borne à signaler, sous toute réserve et h titre de curiosité, ce fait sur lequel il serait assurément curieux de faire la lumière, A ceux qui voudraient tenter ces recherches, je me permets de signaler avant tout le tome IV de l'Europe et la Révolution française, de Luckwaldt, Der Frieden von Campo-Formio, les ouvrages de Vivenot Zeisberg, L'archiduc Charles, Thugut, Vertrauliche Briefe. Vivenot, Thugut, Clerfayt, und Wûrmser et plusieurs bulletins de Paris, qui figurent au tome II des Manuscripls of J. B. Fortescue.
(1) I^our satisfaire l'Angleterre, on remplace Cobourg et Waldeck par Clerfayt et Beaulieu, mais en leur donnant des instructions qui excluaient toutelaction énergique (Cf. dans Vivenot, Thugut, Clerfayt und Wûrmser, p. 19, la lettre du 11 août 179i de l'Empereur François à Beaulieu )
« Avec un babil qu'on prenait pour de l'insîruction, dit, à propos de Waldeck, Langkron, dans son Précis historique des campagnes des Autrichiens et de leurs alliés dans les Pays-Bas, en Hollande et sur le Rhin en 1193 et noi. [Archives des Affaires Etrangères, France et divers Etats, volume 651), une loquacité qui passait pour de l'éloquence, un mouvement perpétuel qu'on croyait de l'activité, une jactance qu'on regardait comme de l'audace el un vernis de politesse qu'on disait être de laloyauîé. »
L'archiduc Charles ne le jugeait guère moins sévèrement.
(2) Grand Chambellan de l'Empereur. « Personne, ainsi s'exprimai*- Jacobi dans une lettre du 30 mai 1792, ne contes -e au prince de Rosenberg une habileté décidée, laquelle, s'il avait voulu, lui aurait fait échoir depuis longtemps une pari des plus distinguées dans les affaires. Il y avait de cerlains moments où il aurait pu aspirer avec succès à la place du prince de Kauniîz ; mais il est d'une indolence extrême et depuis quelques années il est si souvent sujet à des accès violents de goutte qu'il est pour ainsi dire forcé de préférer son repos et ses aisances à tout ce que l'ambition pourrait lui offrir d'attrayant. »
STRUENSEE
Ad pièce XL VI.
M. de Struensee, frère, compagnon de l'infortuné Comte de ce nom. Ministre ti la Cour de Copenhague, aurait peut être aussi été enveloppé dans ses malheurs sans l'asile qu'il vint chercher en Prusse, sans l'accueil que lui fit Frédéric II et la confiance qu'il lui témoigna. Longtemps chargé d'un grand travail avec le titre de Conseiller privé des Finances, sa capacité, ses grandes vues, ses connaissances l'ont enfin porté au Ministère du Département de la Banque Royale et peu d'hommes sont aussi bien à leur place que lui actuellement. Déjà avant ce temps quelques-uns de ses prédécesseurs, dirigés et conduits par lui, se sont distingués dans la carrière. Son ouvrage a paru le leur et il n'a pas cherché à désabuser, ce qui sert à établir que M. de Struensee, dans ce qu'il fait, sait mettre autant de modesUe que de savoir et de zèle. On n'est pas plus laborieux que lui ; il est difficile d'avoir des connaissances plus étendues dans le calcul, dans le commerce, dans les finances et dans l'économie politique. Ses lumières ont été utiles à la Prusse. Il n'a pas dépendu de lui que cette Puissance ne fît mieux. Mais M. de Struensee est étranger II lui est impossible de faire beaucoup de choses sans choquer l'amourpropre des nationaux, sans blesser l'orgueil des ministres, sans déplaire aux Rois sous lesquels il a servi et nommément sous un Roi aussi dissipateur que l'était Frédéric Guillaume II, qui trop souvent n'avait que des passions grossières pour guides de ses volontés. Et puis il faut le dire, si M. de Struensee aime la gloire, il aime peut-être encore mieux la tranquillité et le repos et pour y parvenir il cherche soigneusement à éviter tout ce qui fait obstacle. Ayant contre lui les courtisans et presque tout le ministère, on sent tout ce qu'il a à faire pour se maintenir.
M. de Struensee s'est évidemment prononcé contre la guerre de la Prusse avec la France. Il s'est élevé avec véhémence contre le partage et contre tout ce qui s'est fait en Pologne. Il pense que la Prusse ne peut être heureuse que par la paix. S'il a parlé des Français, ce n'a toujours été qu'avec égard et estime. Il ne cesse de voir comme très utile une union intime de la Prusse avec la
642 LE (;î:x!'.!; A!, m-: stami-'oud
République. Il est très estimé en Prusse. C'est un des hommes, dont la France peut tirer un très grand parti.
M. de Struensee a encore en Prusse un frère, qui a quelque mérite. Il occupe un poste de confiance dans !a Prusse Méridionale (1).
Ad jnéce XLIX.
SANDOZ-ROLLLN. — EPIIRAÏM
Sandoz RoLLiN (David-Alphonse, baron de) (1740-1809 , né à Naumburg. Secrétaire de Légation au Ministère des Affaires étrangères à Berlin (1767), à Londres (1768), à Paris (1769; où sa manière de servir lui valut les félicitations de Frédéric II. Ministre à Madrid (1784), à Paris de décembre 1795 jusqu'en septembre 1800 oil il est rappelé et remplacé par Lucchesini, il vécut à partir de ce moment tantôt à Paris, tantôt à iNuremberg oi^i il mourut en 1809. Le to brumaire an VII (15 novembre 1798), Talleyrand avait en eflet adressé à Siéyès la note suivante : « Depuis quelques jours, M. de Sandoz tourne autour de moi pour m'insinuer des propositions de paix avec l'Angleterre Je l'ai écouté jusqu'à présent sans rien répondre J'ignore jusqu'à quel point M, de Sandoz est incité à se mettre en avant dans cette circonstance et d'où vient l'excitation? Vient-elle de sa Cour? Vous pouvez le savoir^ ou y aurait -il à Paris quelque agent secret du Cabinet de Saint-James ou simplement Sandoz veut-il se mettre en avant pour agrandir sa position diplomatique ? Je persiste dans l'opinion que rien ne doit êlra traité sur ce terrain, où les négociations des Anglais (2) ont l'année dernière créé et alimenté les Clichyens {'S) et cette année ils alimenteraient les anarchistes. Si vous recevez quelques ouvertures directes, préparez, en les écoutant, tout ce qui pourrait attirer sur vous la négociation ».
Le 7 frimaire (27 novembre 1798) Siéyès était en mesure de répondre à la question que Talleyrand venait de lui poser: « Rien encore ne peut me faire présumer que Sandoz ait été chargé par
(1) A'i'clùrvs ilt'>i Affiiin's Et rail CI ('!■<'.<. Prusse, Mémoires cl docurnenls... VoUihk' ii" i'- l'uliu 7(i, 77. Nuîes. sur quelques iiL'rs.juuuges eu l^rus.se).
(2) Les conférences de Lille.
(3) Réunion des dépuics de rOiqMisiiiori ainsi suriiummée d'après le Club qu'ils ara l'en' rornio : G?"-'' de Clichy.
Al'i'KMUCK 643
son G3avepnenfi3nt de vons insinuer des propositions de paix de TAnglelerre. /ai seul'ement aperçu dans quelques-uns dés ailenfouTS d'uR'oi uTie sorte d'ailentîon K nous dire*, à nous répéter qir'îî est d'e rintérêt d'e la France de faire la paix. . Quant à M. de San doz,onle travaille fortement ici à l'occasion de celte éternelle retire du prince Rad'ziwrll où iî est nommé comme approvateur {sic) du projet de ressasciter la Pologne sous un prince dé la Kaison d'e Prusse. On lui a écrit, dit-on, et s'il ne se justifie pas, il sera rappelé. Deux personnes sont déjà sur les rangs pour luf succéder M. de Lucchesini et M. de Rodes, ministre prussien en Espagne. Le Roi semble préférer ce dernier
« Le projet de faire une nouvelle ligne de démarcation au sud^ de la Franconie est de M. de Hardenberg.
a J'ajoute un détail fort intéressant que le citoyen Otto vient d'e me conter. C'est lui qui parle : « J'ai entretenu Ephraïm d^un bruit étrang-e qui s'est répandu ici touchant les propositions de paix faites par l'Angleterre. li m'a dît et répété : « Ce bruit est très fondé, M. Sandow vient d'en inform'ir le Gouvernement. Cest M. Azara (i) qui a fait la proposition., mais le Directoire ne vent rien enten dre » .
« Ne croyez TOUS pas, lui ai-je dît, que la lettre du prince RadziwFll puisse compromettre M. de Sandoz. »
« En aucune manière. M. de Sandoz a rendu compte de toute cette affaire dans le temps et M. de Hiugwitzen fut content. Mais M. de Schulenburgetle général de Môlleadorf jettent feu et flamme contre M. de Sandoz Je ne sais pourcjuoi (2) »
Il ne sera pas inutile, je pense, de faire dès maintenant plus ample connaissance avec un personnage dont il sera encore à plus d'une reprise question dans celte correspondance.
Epuraïm: (B. iïaikel) Conseiller prussien de Commission (Commissions Rath), employé en 1790 par la Prusse comme agent à Paris (3).
10 mars 1790. — On apprend à Berlin la nouvelle de l'arrestation à Paris du juif Ephraïm, que le roi de Prusse entretenait maintenant à Paris pour lui envoyer des bulTe tins dtes nouvelles courantes. Ce même juif avait été' envoyé précédemment dans le Brabant lors de la révolution des Pays-Bas. A Paris il chercha à
(1) Miuisirc d'Espagne ;i Paris.
(î) Pwusse, volume 2i4i Tallayniiuil à Siéyèï n° 9: Paris 2i) brumaire, au, Yll, f* 153 e' Siévès n^9 TalleycaïuL ((lépéche cliitïrée n" -21) Berlin, 7 frimiire an VIL f."' 173 174).
'3' Gf. SvrrvL. Rocx)Iulions-Geschich>c: P. 54».
exercer quelque influence sur les journalistes. II répandit beaucoup d'argent et tint en plusieurs circonstances des propos atroces sur la personne de la reine Marie-Antoinette. (Cussy. Souvenirs, I, 100. Extraits des archives de la Légation de France à Berlin). .
(( Un juif nommé Ephraïm, nous apprend la Correspondance du baron de Slael Holstein (n" 214-18 juillet 1792), a été arrêté la nuit dernière par ordre du Comité des Recherches. On avait déjà vu ce matin un commencement de lettre en chifïre adressé au roi de Prusse où, me dit-on, Ephraïm lui dit : « Il n'est pas encore temps que vous entriez. Ce pays est gangrené et c'est pour longtemps. » Ephraïm entra un peu plus tard en relations avec la France (Cf. HûFFER Kabinetts Regierung, 474) et fut d'autant plus utile à nos représentants h Berlin qu'il continuait à jouir delà confiance de Haugwitz et avait ses entrées chez Lombard. « Quant au juif Ephraïm, écrivait de Berlin le 20 mai 1800 Beurnonville à Talleyrand (Prusse, volume 227, n° 40, f" 120) mes lettres ne vous ont pas laissé ignorer ce que je fais de ce messager politique. Il peut quelquefois être utile et je ne me sers de lui que comme l'instrument du Ministre. Je pense que M de Haugwitz ne l'a employé jusqu'à présent que parce qu'il se bornait à des insinuations. Mais aujourd'hui que les circonstances obligeront ce Cabinet, s'il veut avoir quelque paît au dénouement qui s'apprête, à en venir à des faits, je ferai entendre à M. de Haugwitz que cet homme ne doit pas se trouver entre la République et le Gouvernement prussien. »
Il n'en fut rien cepeadant, puisqu'on 1806, au moment de la rupture avec la France, Ephraïm, sur le point d'être arrêté, fut obligé de s'enfuir pour se mettre en sûreté (Cf. Pertz. Stein, I, 3^0).
Enfin, on Irouve encore dans le volume Prusse n° 9, Mémoires et Docmnents, les renseignements suivants sur Ephraïm, joints à la Dépêche n° 22 de Reinhard, d'Altona, le 21 nivôse, an V (10 janvier 1797) et qui font partie du Mémoire de Georges Kerner. « M. d Ompteda, Ministre de Hanovre, est un homme dont on dit du bien sous le rapport du cœur et de la tète. Il est une des causes innocentes qui donnent quelque relief à un des fripons les plus rusés de la Prusse, au fameux juif Ephraïm, dont le gendre, homme. estimable, est établi à Hanovre (M. Stiglitz, médecin).
« La physionomie de cet Ephraïm dénonce au premier coup d'œil toutes les friponneries dont on l'accuse, tous les actes d'iniquité et de lâcheté qui font de lui un objet de mépris général.
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Les différents Ministres se servent, au reste, de ce misérable comme instrument d'espionnage. Il affiche une gallomanie, qui est à toute épreuve, excepté celle de l'argent. »
Ad pièce LI.