‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 138 sur 171 · PAUL 1-, EMPEREUR DE RUSSIE, AU COMTE WORONZOW · texte numérisé non relu

PAUL 1-, EMPEREUR DE RUSSIE, AU COMTE WORONZOW

Saint-Pétersbourg, 30 décembre 1798.

« Jusqu'ici nous avons retardé de répondre aux propositions de la Cour de Londres, tant à celles qui vous ont été faites par lord Grenville qu'à celles qui ont été répétées ici par le chevalier Whitworlh (1), ayant rencontré des circonstances qui exigeaient des éclaircissements ultérieurs. Mais, en attendant, nous avons senti dans toute sa force la solidité de ces communications amicales et la nécessité réelle d'un accord sincère entre les Puissances intéressées et, en conséquence de cela, d un concert unanime de leurs efforts.

(' Sans répéter ici la part active que nous avons prise au commencement de cette année dans la cause commune par nos forces de terre et de mer, envoyées au secours et à la défense de nos alliés, mais voulant que notre coopération s'étende le plus loin possible, nous avons cru que le premier pas était de tâcher de rapprocher nos deux alliés vers les liens qui leur conviennent et aux intérêts communs ; et si nos derniers conseils seront (sic) considérés par le roi de la Grande-Bretagne avec les dispositions amicales touchant les disputes survenues avec l'Empereur des Romains, il en résultera un bon commencement pour des opérations vigoureuses contre l'ennemi, car on ne saurait nier que, sans la participation de la Cour de Vienne, il est difficile d'espérer de grands succès sur le Continent

« Le second effort efficace de notre côté a été fait en faveur du roi des Deux Siciles. Aussitôt que nous avons su qu'il a fait une démarche convenable à sa dignité afin de délivrer l'Italie du joug français, accompagnée des mesures de prudence, nous avons con-

(1) Cf. Lord Grenville à Sir Charles Whilworth. Alost Secret. Downing Street, 16 novembre 1798 (Dropmore Papers, IV, 377-380).

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seati volontiers à lui donner un secours de nos troupes, consistant en 8.000 hommes d'infanterie et d'artillerie avec 200 Cosacks, en les expédiant par le chemin le plus court par la Moldavie, la Valachie, le Banat de Krays ovée (?) et la Croatie jusqu'à !a ville de Zary (1), qui est dans la DaJmatie actuelle de l'Aulriche ; d'où ils doivent être transportés par des bâtiments napolitains en Italie, sans en demander aucun autre avantage que leur nourriture, comme cela est stipulé ordinairement dans les traités d'alliance.

« Le troisième moyen, et très efficace pour faire du mal à l'ennemi, ou pour mî^ux dire, pour atteindre le but que nous attendons avec l'Angleterre et avec toutes les Puissances bien organisées, est le consentement du roi de Prusse d'entrer avec nous dans la Coalition commune. Nous lui avions déjà préalablement .proposé taut ce qui pouvait excilei' l'amourpropre et l'appas des acquisitions en donnant l'espérance de notre jprqpre secours. Nous renouvelons actuellement las ordres à nolxe Ministre, comte Panin, de lui faire définitivement les mêmes demandes, commue vous le verrez par notre Rescrit dont la copie est ci-jointe. Nous faisons consister le secours en question dans 45.000 hommes d'iofamterie et de cavalerie avec le nombre suffisant d'artillerie, aussitôt qu'un traité prévisionel (^ifc) conclu par notre Ministère et par le chevalier Whitworlh et signé par ce dernier sub spe rati aura été ratifié par S. M. Britannique. Quoique, d'après nos intentions qui assurent le salut de nos alliés, et même on peut dire de toute 1 Europe, nous ne doutions pas que la Cour de Londres approuvera la ccnduile de son Jdinistre, néanmoins cous avons jeconnu nécessaire d'expliquer ici le contenu de ce traité.

(' Dans'le préambule, on fait mention du but des opérations du roi de Prusse du côté de la Hollande, conformément aux propositions mêmes de l'Angleterre qui vous ont été communiquées par lord Grenville et à notre Ministère par le chevalier Whitworth. Nous envisageons ccmme une acquisition grande et utile pour toutes les Puissances bien intentionnées, si les ci-devant Pays Bas .Autrichiens prissent être airachés à la France et joints à la Hollande. Touchant cet article, de même que des acquisitions que le roi de .Prusse pourra faire en sa faveur aux dépens de notre ennemi, nous avons des assurances de la Cour de Vienne qu'elle ne s'y ppposera en aucune manière.

« Dans les articles suivants du traité, nous.bornons notreseeours au roi de Prusse, comme il est dit ci-dessus, à 45.000 hommes,

(1) Z'ira.

APPENDICK 647

et d'après cela oa a posé par une diminution proportionnée d'avec les projets précédeats tout les subsides en les fixant à 900.000 livres sterlings, que pareillement la somme una fois à payer, nécessaire pour équiper lesdites troupes, faisant 225.000 livres sterlings et pour d'autres dépenses à raison de 37.500 sterlings par mois que le roi de la Grande-Bretagne prendra sur lui comme dette payable après la conclusion de la paix. Quoique ce traité doive être considéré comme prévisionnel, car il est naturel que, si le roi de Prusse ne se décide pas à agir en faveur de nos alliés et reste dans sa précédente neutralité suspecte, dans quel cas, nous devons aussi nous borner à observer sa conduite et nous tenir prêt» à arrêter par la force toute démarche de sa part contre les Puissances en guerre avec les Français ; dans quel cas ledit traité n'aura point son effet. Néanmoins, si pendant la continuation de la présente guerre il s'ouvre une ''acilité pour employer notre secours, ledit traité y servira.de fondement et de règle.

(( En laissant à vos soins de conduire à son terme celte affaire avec le ministère anglais, nous revenons à d'autres propositions de lord Grenville relativement à la guerre et à ses conséquences*

« Nous considérons comme un moyen salutaire pour toute l'Europe et comme le seul pour tranquilliser toutes les Puissances, de ramener la France dans les limites où elle a été avant la Révolution qui y eut lieu. Pour l'atteindre par la force des armées, c'est l'atTaire de tous les alliés, et ayant conclu la paix à ces conditions, on peutespérer très aisément qu'il s'y opérera de soi-même un changement, par le moyen duquel il s'y établira un Gouvernement régulier et qui ne sera ni dangereux, ni préjudiciable pour les autres Puissances. Mais, au reste, toutes stipulations détaillées provisoires relativement aux réquisitions de la, Cour de Vienne et autres objets pareils entraînent plusieurs inconvénients» Premièrement l'acquisition des succès dépendra des suites et avantages de la guerre e xposée à beaucoup d'incertitudes. En second lieu, en les fixant d'avance dans une vue raccourcie, ne donnera-t-on pas par là- même un prétexte à cette Cour et chercher préalablement à la guerre, suivie de grandes dépense» et de grands dangers, à obtenir quelques avantages, môme secondaires, par le moyen de sa négociation avec les Français. Et quoique, sans doute, cela ne sera pas solide, mais ayant résolu une fois de rester neutre, toute la Coalition sera réduite alors à un graa4 afïaiblissement. Et enfin, troisièmement, il ne saurait ne pas exister quelque proportion entre les acquisitions des Cours de Vienne el de Berlin, établie communément d'après les rapports précédent»

648 LE GÉNÉRAL DE SïAMFORD

de la puissance et de l'étendue de l'une et de l'autre. C'est pourquoi nous croyons plus convenable pour nos vues communes avec l'Angleterre, sans ôter à ces deux Cours la perspective des acquisitions, si par malheur elles y trouvent plus d'appas que dans la sûreté pour les temps à venir de leurs propres trônes et de leurs possessions acluelles, de tâcher de les amener à une prompte décision. Nous ferons auprès de la Cour de Vienne de nouvelles instances en lui représentant que dans le temps que, non seulement le roi des Deux Siciles est entré dans les Etals de Rome et de Toscane pour en chasser les Français, mais que ces derniers ont déjà déclaré la guerre au roi de Sardaigne, menacé d'une ruine totale ; quand leur traité conclu à Campo-Formio est évidemment enfreint du côté des Français par l'expulsion du Pape de sa capitale et de ses Etats et par la subversion hostile de la Suisse ; et quand la négociation entamée à Rastatt est accompagnée des démarches violentes tendant à la ruine de l'Empire d'Allemagne, la dignité personnelle de l'Empereur d'Allemagne et sa bonne foi à l'égard de ses alliés exigent impérieusement qu'il prononce sa détermination et adopte sans délai des mesures actives ; que personne ne peut le regarder comme agresseur, aussitôt qu'il défend le traité violé par la partie adverse, et l'Empire, dont il est le Chef, exposé aux vexations cruelles d'un ennemi acharné à la ruine de toutes les Puissances et que c'est actuellement qu'il se présente l'occasion et les moyens de montrer et sa grande force dans les opérations et sa fermeté dans les principes et dans les procédés.

« Quant à ce qui regarde la restitution au Pape de sa capitale et de ses Etals, le rétablissement du roi de Sardaigne dans son ancienne indépendance et d'autres articles expliqués par l'Angleterre, nos idées et nos intentions ne sont nullement difïérentes de celles du roi de la Grande-Bretagne et nous désirerions sincèrement que dans tous les arrangements et transactions exigés par la nécessité, on puisse autant qu'il est possible éviter les chan gements ou les secousses qui entraînent après soi l'annihilation des Puissances ou des Etats entiers.

« D'après ces explications confidentielles de notre part et les efiforts employés pour l'avantage de la cause commune, nous nous flattons d'obtenir que la Cour de Londres reconnaîtra que personne ne saurait nier que nous ne soyons dans la guerre actuelle une des principales parties agissantes.

« Tout ce qui a été dit ci-des.sus et tout ce que nous faisons pour nos alliés est un témoignage meilleur que les déclarations

AJ'PKNOICK 64y

quelconques ; mais si, d'après le consentement général des alliés, il sera trouvé nécessaire de faire des déclarations pareilles, soit auprès des autres Cours afin de les exciter d'entrer dans la Coalition, soit à la Diète de l'Empire et au Congrès de Rastatt avec l'explication de nos intentions, en insistant de rompre une négociation aussi préjudiciable et de conseiller aux membres de l'Empire Germanique de faire cause commune avec leurs Chefs, nous ne nous refuserons pas à le faire en expédiant en son temps à cet effet des ordres à nos Ministres, afin qu'ils agissent ensemble et d'accord avec les personnes accréditées par Leurs Majestés l'Empereur des Romains et les rois de la Grande-Bretagne et de Prusse, avec cette réserve cependant que les paroles soient fortifiées par les actions: carautrement les suites dépareilles déclarations produiront seulement des réponses indécentes, des désagréments et une inconsidération {sic universelle.

« Vous communiquerez le contenu de ce rescrit au ministre de Sa Majesté Britannique dans toute son étendue en demandant qu'on envoie des ordres à Vienne et à Berlin pour exiger les efforts nécessaires et uniformes des Ministres anglais avec les nôtres qui se trouvent auprès de ces deux Cours. »

Traduit du russe.

(Di'opmore Papers, IV, 42743 »)■

Ad pièce LKlIl.

GÉNÉRAL DE STAMFORD AU DUC DR BRUxVSWIGK (1)

(.<. Si j'ai déféré jusqu'ici de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime de l'état de nos affaires politiques pour autant qu il m'est connu, c'est que cet état ne présentant ou ne laissant entrevoir que des choses infiniment vagues et incertaines, j'espérais d'un jour à l'autre que les négociations et les fréquentes conférences des Ministres du Roi avec les Envoyés de Londres et de Pétersbourg amèneraient enfin un résultat quelconque sûr et positif. Mon espérance, à cet égard trop souvent trompée, m'oblige enfin de rompre le silence et d'offrir à Voire Altesse Sérénissime,

(1) Copie annexée purTliomns Grenville à la dépêche particulière qu'il adress L à son frère, lord Grenville. de Berlin le .5 avril 1709.

faute de certitudes, du moins des probabilités ou des coojectnres sur rissue prochaine de ces conférences et de ces négociations.

« Les propositions faites à Ja Cour de Berlin par celles de Londres et de Pétersbourg sont claires et précises. Elles consistent dans des offres de secours d'argent et de troupes, si la Prusse se décide à prendre une pari active b la guerre. Celle-ci rejette ces oiTres et témoigne le désir de substituer à des traités offensifs des traités d'alliance défensive, mais sans vouloir stipuler d'autre casu3 fœderis que celui d'une attaque directe de la part des Français contre sa ligne de neutralité. Ce qui doit paraître plus extraordinaire encore, c'est que le Cabinet de Berlin donne à entendre, qu'en conséquence de ses vues, il lui «erait agréable que l'Angleterre voulût fournir quelques subsides à la Prusse afin de suppléer par là à ce qu elle manque de moyens pour se mettre sur un pied de guerre respectable et pour renforcer par quelques mille hommes son armée d'observation en Westphalie. Gela veut dire, si je, ne me trompe, que la Prusse désirerait que la Russie et l'Angleterre concourussent à consolider sa sûreté et son état d'inertie et de repos,, même aux dépens des moyens qui leur sont nécessaires pour défendre une cause qu'il serait surprenant que la Prusse ne regardât pas comme la sienne, puisqu'elle ne saurait se perdre sans que ce malheur n'entraînât irrévocablement sa chute comme celle de tous les Etats du monde. Nous saurons dans peu ce que les Cours de Londres et de Pétersbourg jugeront devoir répondre à des vues si peu conformes aux leurs et aux circonstances, et je pense que leur réponse n'est pas difficile à prévoir.

« Au reste, il ne me parait pas, d'après la manière dont M. le Comte de Dietrichstein se prononça ici, que la Cour de Vienne désire infiniment d'engager la Prusse à reprendre les armes. Il me semble au contraire qu'elle ne serait pas fâchée qu'elle se tînt strictement renfermée dans son système de neutralité et que les secours qu'elle a à attendre de la part de la Russie et de l'Angleterre fussent augmentés de ceux que ces deux Cours otïrent à la Prusse et que celle-ci refusa.

« Je suis d'autant plus porté à croire que telles sont les dispositions et les vues du Cabinet de Vienne qu'il me semble que j'en pénètre le motif et les raisons que voici ;

« Ce Cabinet voit dans le Nord de l'Europe un faisceau de puissance et de forces qui pour mériter ce nom, n'a besoin que d'un lien qui les unisse et qui, dans les circonstances présentes, sera formé et serré aussitôt que la Prusse le voudra.

Ai'PExnict; i'tM

« Il voit qae celle-ci, reprenant les armes, disposera de ce faisceau pleinement à son gré ; et que combattant alors avec d'aussi puissants alliés sur un théâtre de guerre indépendant de celui de l'Italie et du Haut Rhin, elle sera en état de poursuivre ses succès au delà du Bas-Rhin, aussi loin qu'elle le jugera à propos et convenable à ses intérêts et à «eux de ses alliés.

« II voit que, lorsque ces succès l'auront mise à même de régler avec ces-mêmes alliés le sort de la Uollande et de disposer de celui de la Belgique, elle saura également trouver moyen de prescrire et de faire prescrire des bornes à l'Autriche, dans le cas où. d'heureux succès l'engageraient à porter trop loin ses vues ambitieuses.

« Enfin il voit que, si la Prusse se décidait dans le moment actuel de tirer parti de la position favorable où elle se trouve, il en résulterait probablement, pour des temps Futurs, un système politique et une balance entre le Nord et le Midi de l'Europe, d'un avantage incalculable pour la Prusse. D^oi^i le Cabinet de Vienne conclut qu'il lui importe de ne point tirer cette Puissance de 'inaction à laquelle elle se condamne, mais de profiter de son sommeil et de ses faux calculs pour donner naissance à un système et à une balance qui tourne au profit de l'Autriche.

« YoiLà, Monseigneur, les raisons qui me paraissent motiver la froideur de la Cour de Vienne envers celle de Berlin et le peu d'empressement qu'elle témoigne depuis quelque temps de se rapprocher d^elle.

« Dans ce moment il dépend encore de la Prusse de déjouer la politique de sa rivale. Les moyens lui en sont offerts; mais elle n'a plus qu'un instant pour se décider; et je crains que ce ne soit en vain que ceux qui s'intéressent à sa gloire et à ses vrais intérêts forment des vœux pour qu elle mette cet instant à profit. Elle s'aliène imprudemment les deux plus fermes appuis de son trône, qui sont l'Angleterre et la Russie, et cela dans un temps où les fondements de ce trône sont journellement minés. Aussi s'aperçoit-on déjà que, par une conduite si peu appropriée aux temps et aux circonstances et pour cette raison si inapplicable., elle a amené à inspirer une sorte de méfiance à la Cour de Saint- Pétersbourg ; puisque celle-ci, ne croyant pas la ville de Hambourg suffisamment garantie, se propose d'y suppléer par un corps de ses propres troupes et que ces jours passés elle a fait donner connaissance de sa résolution à cet égard au Ministère de Berlin. »

(J)ro[jmore Paper s, TV, blO-sU .)

Ad pièce LXIV.

DIETRIGHSTEIN

DiETRiCHSTEiN i Fratiçois-Joseph, comte, puis prince de) (1767- 1854). Général-Major, s'était distingué comme colonel au siège de Valenciennes, fut employé à d'assez fréquentes missions diplomatiques à Saint-Pétersbourg, Berlin et Munich, conclut en 1800 l'armistice de Parsdorf avec Moreau et renonça à la carrière di plomatique en 1801, lors de la chute de Thugut, dont il avait été le confident et le porte-parole. Après la paix de Lunéville, il quitta l'armée. Grand-maître en 1809 de la Cour de l'archiduc François, qui devint plus tard duc de Modène, il fut ensuite envoyé en qualité de Commissaire Impérial dans la partie de la Galicie occupée par l'ennemi et y resta jusqu'à la paix de Vienne (Cf. Criste. Erzherzog Karl, I, 481-484 et Passim et II, 103).

« Le comte de Dietrichstein, l'ami de confiance de Thugut, écrit Siéyès le 26 mars 1799 (1), peu de jours après l'arrivée à Berlin du diplomate autrichien, a annoncé qu'il n'était ici que pour quinze jours. L'objet de sa mission paraît être de rendre compte des démarches et des vues de l'Autriche et d'expliquer le passé pour dissiper les méfiances. Il ne quitte pas M. de Haugw'itz

« Heureusement toutes les affections aristocratiques cèdent au calcul des intérêts, quand il s'agit de rompre ou de conserver la neutralité »

Quatre jours plus tard, le 30 mars, il consacre encore à Dietrichstein toute une partie de sa dépêche à Talleyrand :

« J'imagine qu'en ouvrant m33 dépêches, vous cherchez d'abord ce que j'ai à vous dire des négociations Dietrichstein, Grenville, elc, etc. J'ai rencontré le premier dans plusieurs bals. Car on danse autant dans cette Cour qu'on y parle peu. C'est un jeune homme, d'une jolie tournure, presque française, portant le nez au vent d'une manière toute particulière. L'émigré Caraman, qui l'accompagnait et qui tient, comme vous savez, la tête haute et lestement orgueilleuse, disparaissait sous l'arrogante supréma-

(1) Prusse, volume 225. Dépêche chiffrée n° 58, f° 64. Sii'ijès à Talleyrand. Berlm, 6 germinil an VII.

Al'PENDR-.t; 6o3

lie de l'air et du Ion aulrichien. Je n'avais pas idée de cet air là, qu'on m'assure être commun à Vienne. Le pauvre prince de Reuss représentait mal la Cour Impériale. Il ressemblait à un singe hautain et malade. Les manières hautaines de M. de Dietrichstein paraissent peu propres à lui faire des amis à Berlin. On les lui pardonne d'autant moins que ni son âge, ni le rôle qu'il a joué avant de venir à cette Cour, au dire du public, ne l'autorisent à affecter aucune supériorité sur le Ministère prussien. Joignez à cela la vanité prussienne révoltée, le scandale général parmi les Allemands, qui a suivi la publication des Pièces et Conventions secrètes entre le Cabinet Impérial et la République et vous jugerez avec raison que l'ami particulier du baron de Thugut ne fera probablement qu'un voyage inutile (1) »

« Oserais-je vous demander, écrivait près de dix-huit mois plus tard, le 27 septembre 1800 le comte de Starhemberg à lord Grenville, s'il est vrai que le comte de Dietrichstein soit mis à la pension ? On ne me le mande point de Vienne, mais je l'ai lu dans les Gazettes. J'en serai étonné et même fâché, car, quoique, de vous à moi, ce soit un pauvre sujet: il est honnête et bien pensant. Je suis lié avec lui et il est une créature de Thugut (2). »

« Dietrichstein, lit on dans la dépêche que William Wickham adressait à lord Grenville quelques jours plus tard, de Kremsmiinster le 9 octobre, a racheté maints de ses péchés (sans parler de la confession générale qu'il m'a faite) par sa conduite en celte occasion (la retraite de Thugut). Il s'est de plus jeté tout entier dans nos bras. C'est là un instrument dont nous pouvons tirer grand parti. Aussi je n'hésite pas à vous recommander à propos de ce gentleman, (qui est après tout rien autre qu'un assez pauvre sujet) d'oublier mes anciens griefs et de lui rendre notre faveur. Je l'ai eu ici pendant une semaine avant la reprise des hostilités. Je l'ai si bien gavé, si bien cajolé et endoctriné que je crois réellement qu'il n'a pas eu de secret pour moi (3).... o

(1) Prusse, volume 225, h" 59, T" 69-76. Siéyès à Talleyrand, 10 germinal ;.n VII (30 mars 1799).

(2) Dropmore Papers, VI, 33't.

(3) Dropii ore Papers, VI, 312.

654 L1-: OKNI-liAL !)!•: STAMFOlil)

Ad pat 11} 2-9'.

PtîPHAM {Sir Iforme Mg'gs^) (i762=-t820j), néà Téhéran, où son père, dont il était le 21* enfant, était Consirl' d'Angleterre. Entiré dan& la marine eiï l'778, lieutenant en- I783v il obtint no- congé en 1187 et partit d'Ostende sur un bateau' marchand naviguant sous paTilEon aogïais et se rend'aiif aux Todes. A son retoor en t-793 à Ostende on saisit le bâtiraient {t'Etruxcn) qu'il a-vait acheté et qu'on soupçonnait affrété poar Le compte de la- France et porteur d'une eargarson dtestinée à ce pays. Ce fut seulement en tSOB qu'il réussit à se faire rembourser 25.000 livres. Entre temps, dès son retour en Angleterre, on l'avait attaché à l'armée, qui opérait eiï Flandres sous les ordres d^ir duc d'Yorlr. l'I s'y ftt remarquer' lors dte l'évacuation de Tournay, Gand et Anvers. Sur la proposition dont il avait été K'objet il fut nommé pmt-captain en 1793 et chargé en Ï798 d'ff commandement des cotres depuis Deal jusqu'à Beachy-Eead. En 1799', \\ est envoyé à' Cronst'adt pour y régler tes quiestiotis relatives au transport d'an corps russe en Hollande et' commanda pendant l'hiver de 1800; une escadrille de canonnières dans lé canal d'Alkmar.

Les services qu'il rendit à ce momen*) lui" va-lurent une pension annuelle de 500 livres-. Gommandiant du vaisseau de 50 canons, le Romney, il fit à la fin de l'aunée et jusqu'en 1803 partie des forces HETales des Indes. Commodore et commandant d'une expédition envoyée au Cap de Bionne Espérance, il participa à la prise dé la ville du Gap le 10 janvier 1806. Parti de son propre mouveraenV sur la foi de rapports à lui faits par le capitaine d''un bateau de commerce américain, delà baie delà Table au mois d'avril 1806 avec 1300 hommes sous l'es ordres du brigadier William Carr Beresford, il débarqua le 23 juin à proximité de Buenos-Aires, dont le général s'empara sans peine, mais où attaqaé par des forces supérieures il lui fut impossible de se maintenir. Trop faible pour rien entreprendre, Popham dut, en attendant les renforts qu'amenait en janvier 1807 son successeur le contre-amiral Charles Stirling, se contenter de bloquer le Rio de la Plata

Rappelé en Angleterre et traduit en Conseil de guerre pour avoir quitté sans ordres le Cap de Bonne Espérance et avoir risqué de

Al'I'KMilCi; .'{."').'>

compromettre la sûreté de cette colonie, il ne put malgré les arguments qu'il fit valoir, convaincre sesjuges, qui lui infligèrent une sévère réprimande. La Cité de Londres, au contraire, désireuse de lui témoigner sa reconnaissance pour la conduite qu'il avait tenue en voulant par celle expédition dans l'Amérique du Sud ouvrir de nouveaux débouchés à l'activité commerciale britannique, lui vola et lui offr'd une épée d'honneur. Il ne tarda pas du reste à reprendre sa pl;>ce' dans la Marine Royale, prit part avec l'amiral Gambier à l'expédition contre Copenhague, et fui avec Sir Arthur Wellesley, le futur duc de Wellington, et le lieutenantcolonel George Murray, t'un des conQimssaires chargé de rédiger les condiliions de ta redditio» de la ftokte danoise. Commandant du vaisseau de 74, le Vénérable, il fait en tS^O partie de l'expédition de l'Escaut et en 1812, tout en conservant son pavillon sur ce Taisseau ik est placé à la tête d'une escadrille qui soutient sar les côtes septentrionales de l'Espagne les opérations des guérillas. Contre-amiral en 1814, son dernier commandement à la mer fut de 1817 à 1820 celui de la station de la Jamaïque. L'état âe sa santé l'obligea en juillet 1820 à rentrer en Angleterre, où il mourut deux mois après son retour.

Cf. pour plus de détails sur le rôle joué par Popham lors de l'expédition de Baenos-Aires, l'article de la Revue historique GXXXIX, 229-289. George Nestler Tfticocus Batailles oubliées Les Anc^lais à BuenoS" Aires.

« Dans le Mémoire intitulé : L'Europe en f799, que le baron (à ce moment encore chevalier) de Bray, représentant! de la Bavière à Saint Pétersbourg, adressa à son Gouvernement, on trouve ces quelques lignes qui nous prouvent que Popham et Stamford eurent d'autant plus de mérite à obtenir l'envoi du corps russe en Hollande que Paul I" avait eu le pressentiment de l'inutilité el de l'insoecès de cette entreprise « L'Empereur, écrit-il, s'était toujours montré contraire à cette expédition ; mais le caprtaîne Popham, lïomnae éloquent et adroit, avait rejeté toutes ses objections avec succès et arraché ea quelque sorte la convention qui fut signée par le chevalier Whitworth : « Allons y donc, puisque vous le voulez, dit; l'Empereur, mais je n'en ai pas bonne opinion. »

Cf. Revue d'Ifistoire Diplomatique, 1909, page 587. La Russie sow* Paul P'.

Ad 'pièce LXXIIL

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