‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 14 sur 171 · UNE NOTK CONFIDENTIELLK DU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

UNE NOTK CONFIDENTIELLK DU ROI DE PRUSSE

« L'objet de la présente est de vous instruire et d'informer « confidentiellement par votre organe la Cour où vous rési- « dez d'un incident dont ma façon de penser et mon amitié (c pour elle ne me permettent plus de faire un secret.

« Le Gouvernement français vient de charger son Ministre « à ma Cour de me témoigner officiellement le désir qu'aurait « la République de terminer par mon entremise la guerre « avec la Cour de Vienne et l'Empire germanique ; qu'elle « était prête à entrer en discussion par rapport aux pa5^s « occupés par ses armées durant cette guerre, dont la réunion « ou l'occupation n'a pas été prononcée par des lois. »

a Mon Ministre a répondu au S"" Gaillard par mon ordre : « Que d'abord je ne pourrais jamais me prêter à une inter- « vention qui ne fut pas compatible avec les principes et le « système de paix et de neutralité que j'avais pris pour « règle immuable de ma conduite politique; puisque, ré- « solu d un côté à la maintenir intacte par tous les moyens (( qui dépendent de moi, je l'étais également de Tautre à « ne m'en écarter moi-même en aucune manière ; que du « reste rien ne m'empêcherait à la vérité, si tels étaient le « désir et l'intention de toutes les parties intéressées, de « porter entre elles des paroles de paix, de rapprocher les « esprits et de chercher autant que possible à concilier les « prétentions respectives ; mais que, quel que pût être mon « désir de contribuer ainsi à cet ouvrage salutaire, ma « dignité et les relations qui dérivent de ma qualité de u Membre de l'Empire ne me permettront jamais d'être « l'organe d'une proposition pacifique, à moins qu'elle ne « reposât sur la base de l'intégralité de l'Empire, et que de « plus je ne pouvais me charger de l'emploi de ces bons « offices qu'autant qu'il serait question d'une négociation « pour la paix générale, dans laquelle la Cour de Londres « serait également comprise. J'ai demandé, et il ne me « reste qu'à attendre sur ces deux points, la déclaration « précise et positive du Gouvernement français.

« Vous donnerez part de ce que dessus en mon Nom et « d'une manière confidentielle au Ministre des Affaires « Étrangères, baron de Thugut Je ne crois pas trop présu-

« mer en me flattant que Sa Majesté Impériale rendra jus- « tice aux sentiments, dont ma conduite en cette occasion « porte Tempreinte et qu'elle la trouvera conséquente aux « principes que j'ai ouvertement professés jusqu'ici et dont « je ne me suis écarté en aucune manière. »

Signé: Frédéric-Guillaume (Ij

FlNKENSTEIN. AlVENSLEBEN.

L'eût-il même voulu, Frédéric-Guillaume II n'aurait pu intervenir utilement. Les événements avaient marché à pas de géant. Ses ordres venaient à peine d'arriver à Vienne que Bonaparte se chargeait de trancher la question en signant le 7 avril avec Bellegarde et Merveldt les préliminaires de Leoben.

D'autre part, l'insuccès des efforts tentés à Lille par lord Malmesbury, dont les bonnes intentions avaient été, une lois de plus, paralysées par les exigences de son Gouvernement, l'imminence de la signature du traité de Campo- Formio et de la mort de Frédéric-Guillaume II augmentaient encore la gravité de la situation pour le Cabinet de Saint- James» Pitt et ses collègues savent que le Prince Royal de Prusse, entièrement dominé par sa femme (Louise de Mecklemburg-Strelitz, nièce de la reine Charlotte), a toujours écouté respectueusement les conseils politiques du beau-frère de Georges III, le duc de Brunswick. Le Roi, Pitt et Grenville ont reconnu la nécessité de tout préparer pour que le futur Roi de Prusse se sépare de Haugwitz, auquel on ne pardonne pas d'avoir été l'auteur du traité de Râle, la cause de l'inaction, de la neutralité de la Prusse et pour qu'il devienne le chef d'une nouvelle Quadruple Alliance, qui ressuscitera celle qu'a fait crouler en 1796 la défection de Frédéric Guillaume II et qui seule peut conjurer les dangers, dont le triomphe de la Révolution française menace plus que jamais l'Europe. C'est à cette tâche qu'avec le concours de M. De Luc, qui le rejoindra un mois plus tard, Stamford (2)

(1) Prusse, Mémoires et Documents, volume 9, f 43-44.

(2) On n'avait pas attendu jusqu'au lendemain de Leoben et à la veille do Campo-Formio pour faire oppe) :ui dévouement et à l'activité de Stam-

GEORGK III, DE LUC ET STAMFOHl) 85

va désormais se consacrer corps et âme et c'est dans ce but que dès les premiers jours d'octobre il va revenir à la charge auprès du duc de Brunswick, seul personnage capable d'exercer sur l'esprit du roi mourant et de son successeur l'action qui doit sauver le monde en faisant renaître la Coalition.

ford. On s'en convaincra par cette note que George 111 adressait à lord Grenville, de Windsor le II janvier 1797 :

«... Je suis absolument du même avis que vous. Dans le présent « état des affaires, des négociations privées doivent être préférées aux « tractations publiques. Lord Grenville doit en conséquence prescrire à « M. De Luc (A), présentement à Hanovre (envoyer la lettre sous cou- « vert à M. de Steinberg, mon Conseiller privé) de retourner à Bruns- « wick, de décider le Général Stamford à se rendre im.nédiatement à « Berlin et de l'autoriser à offrir telle somme, que lord Grenville et « M. Pitt auront fixée, au roi de Prusse pour le cas où la France ferait « mine de lui déclarer à nouveau la guerre, parce qu'il aurait défendu le « Nord de l'Allemagne... »

{Dropmore Papers. III, 293).

(A) Jean-André Dk Luc, physicien célèbre, né à Genève en 1727, s'établit en 1773 en Angleterre, où il fut nommé l'année suivante lecteur de la reine Charlotte. Profitant des loisirs que lui laissaient ses fonctions, il fit plusieurs voyages en Suisse, en France et en Hollande. De 1798 à 1804, il vécut en Allemagne, où il séjourna successivement à Gœttingue, dont l'Université lui décerna, sur l'ordre de George III, le titre de professeur honoraire de géologie et de minéralogie, qui lui permit de donner ainsi le change sur la nature de la mission essentiellement politique que le Roi venait de lui confier (Cf. Dropmore Papers. IV, 8-10. Lord Grenville à M. De Luc, Londres, 10 novembre 1797. Mémoire pour le duc de Brunswick et De Luc à George III, Brunswick, Ibidem 19, 21 et 2i novembre 1797).

En 1798, on le trouve à Berlin, puis de nouveau à Brunswick. Après avoir parcouru l'Angleterre, de 1804 à 1807, il passa les dernières années de sa vie au village de Clewer, près de Windsor, et y mourut le 7 no» vembre 1817.

J.-A. De Luc était membre des Sociétés Royales de Londres, de Dublin et de Gœttingue, correspondant de l'Académie des Sciences de Paris.

La météorologie et la géologie lui sont redevables de plusieurs découvertes utiles... Il a laissé de nombreux écrits.

Cf. A. DK MoNTPrr, Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Lausanne, 1878, 2 vol. 8°.

J.-A. De Luc avait un frère, Guillaume-Antoine, naturaliste, moins connu quo lui (1729-1812), et un fils, qui s'appelait aussi Jean-André (1763- 1.^47).

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