‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 140 sur 171 · DÉTAILS NOUVEAUX SUR PAUL I · texte numérisé non relu

DÉTAILS NOUVEAUX SUR PAUL I

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« Paul P' a présentement une des figures les plus hideuses qu'on puisse voir, si on en juge par un de ses portraits que Dumourieza apporté et que l'on dit très ressemblant.

« On ne peut lui refuser de l'esprit, de l'imagination. Il lui échappe souvent des reparties heureuses. Ses manières sont brusques, son ton est dur. Il se prête cependant quelquefois à discuter et lorsqu'on a le courage de n'être pas de son avis et qu'il le souffre, il discute avec chaleur. Mais si l'on se bornait aux discussions verbales, il serait impossible d'en terminer avec lui. A chaque instant, il interrompt, tranche, passe rapidement d'un

(1) Joints à la dépêche u° 13 de Hambourg. 19 lloréal an VIII. {Russie. Mémoires et Docwnents, volume 3.% f° 0;«C6).

sujet à un autre. Mais par écrit, il est possible de captiver son attention. 11 lit, juge, répond. On peut même quelquefois hasarder une critiq.ue. Il 1 examine et répond encore.

« Sévère, rigoureux jusqu'à l'inflexibilité, bien souvent il décide promptement ; ferme et très souvent opiniâtre, il a la prétention d'èlre juste.

« A-t-il été égaré par sa précipitation ou d'infidèles rapports, on a la plus grande peine à le ramener, parce qu'il craint de compromettre sa réputation de sagacité et surtout son autorité qu'il veut rendre éminemment respectable. Alors il prend des moyens détournés pour rectifier un jugement prononcé ou réparer une injustiice commise. A t-il enlevé à quelqu'un sa place sans raisons valables, il ne la lui rendra pas, mais il lui en donnera une autre. . .

« Il gouverne mal assurément, mais il gouverne seul et évite 0^ croit éviter d'o-béirà aucune influence. Il a cependant auprès de lui un de ses domestiques qui joue un rôle important

11 suffit d'avoir déplu au barbier de Paul P'" (1) pour perdre sa place ou être envoyé en Sibérie.

« Cependant, (car ce prince est composé de contradictions) il veut avoir des informations exactes sur tous les agents du Gouvernement et n'épargne rien pour qu'elles lui parviennent sans altérations. Tout le monde peut porter dans un lieu indiqué des mémoires, des réclamations, dés rapports signés. 11 se les fait remettre, il examine et prononce.

« Il est extrêmement jaloux de manifester, de constater son autorité et sa puissance absolue et c'est sous ce rapport que son esprit louche à l'extravagance. Il v€ut qu'on sache bien qu'il est seul, non seulement maître despotique, mais la source de toute grandeur, l'arbitre de toute existence. Il prendrait volontiers la devise de l'Eternel : « Je suis celui qui est. »

« On lui faisait des observations sur le traitement un peu dur qu'il avait fait éprouvera un personnage démarque, à un Grand, lui disait on. « Un Grand, répliqua-l-il. // ny a de Grand que celui à qui jp parle ei dans le moment où je hn parle ».

« On connaît l'ordre donné à tout le monde, sans exception, de s'arrêter, de descendre de voiture et de se courber respectueusement lorsqu'il passe. Cet ordre est strictement exécuté même par 1 Impératrice.

« Il vient d'ofTrir une nouvelle preuve de ses caprices et en

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même temps de son aversion pour tout ce qui peut rappeler les forâtes, les costumes des républicains français.

« D'une extrémité à l'autre de son Empire, les hommes de toutes les classes, de tous les âges, à sa Cour, dans les villes, dans les campagnes (les seuls militaires exceptés), doivent être vêtus d'un habit taillé sur un modèle qu'il a fourni et boutonné du haut en bas. Tous doivent porter un chapeau à trois cornes pointues parfaitement semblables. Ce chapeau doit être placé d'aplomb, sans pencher d'aucun côté- et la corne du milieu dans la direction du nez. Cet uniforme bizarre contrarie beaucoup les jeunes élégants de sa Cour ; mais personne n'ose s'en écarter.

« Avec de pareilles mesures il ne doit pas se concilier l'affection de ses sujets. Peu lui importe. Il lui suffit d'être craint, respecté et obéi.

« La frayeur qu'on a des dénonciations qu'il ne manquerait pas d'accueillir, des châtiments que quelquefois il inflige luimême, prévient tous les murmures. Il connaît l'avilissante docilité de la Nation qu'il gouverne.

« Violent et extrême en tout, il passe brusquement delà bienveillance à l'aversion et à cet égard les puissants et leurs représentants ne sont pas mieux traités que ses sujets. Son indignation contre la Cour de Vienne est sans bornes et il l'exprime sans ménagements.

« M. de Choiseul-Gouffier, M. de Lambert et quelques autres Français, qu'il avait bien accueillis, ont été disgraciés pour la seule raison qu'ils avaient envoyé prendre des nouvelles de M. de Cobenzl.

« Voilà encore un autre fait qui s'est passé, il y a quelques mois, et qui prouve plus qu'aucune autre chose son caprice, son despotisme et sa brutalité. Un jeune homme de la Cour dansait avec une des princesses. Dans un moment de distraction il lui arriva de tourner le dos à l'Empereur. Paul le rappela à son devoir en lui donnant cinq ou six grands coups de canne sur l'os de la jambe. Le malheureux danseur sort de la salle boitants et sanglant. La princesse l'excuse et intercède. Paul se laisse fléchir. — « Eh bien ! qu'il rentre. » — « Mais il est blessé ». — « N'importe, qu'il rentre. » — Le jeune homme fut obligé de rentrer et de continuer la contre-danse avec sa jambe sanglante.

« Malgré tant de défauts grossiers et révoltants qui semblent écarter tout espoir de le dorapU^r, ceux qui l'ont vu de très près prétendent qu'avec de l'esprit et des connaissances, avec Vart de flatter adroitement sa passion favorite, son orgueil, il ne serait

point impossible d'obtenir quelque ascendant sur lui et de l'amener à un but désiré ; mais il n'est entouré que de sots et d'esclaves dociles et tremblants. »

Le jugement que portait en 4800 sur Paul P"" dans la partie du Mémoire qui a pour titre : Coup d'œil sur la Cour, l'Empereur et les personnages les plus influents de la Russie le chevalier de Bray, représentant de la Bavière à Saint-Pétersbourg me paraît si juste, si impartial que j'ai cru devoir en reproduire ici ces quelques phrases :

« L'Empereur est le despote le plus absolu qui ait jamais existé. Ce qu'il veut, ce qu'il sent, c'est à Pétersbourg le principe de toute sensation, de toute volonté. Ce prince, né avec beaucoup d'esprit naturel, avec un cœur noble et généreux, affectueux même, mais retenu par trente années de contrainte, obligé de concentrer tous ses sentiments, de dissimuler ses intentions, à peine a t-il été le maître que des ressorts impétueux comprimés pendant si longtemps se sont détendus avec une force effrayante » Et pour

mieux expliquer encore l'état d'àme de Paul P'", de Bray ajoute : « La mort de son père a fait sur lui une impression ineffaçable. »

Ad pièce LXXIV.

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