‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 142 sur 171 · LE MARQUIS DE LUC€HESINI · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE LUC€HESINI

Ce négociateur a eu une trop grande réputation sous le règne de Frédéric-Guillaume II pour ne pas en parler ici.

Il est né à Lucques d'une famille noble et pauvre. — Disciple de Spallanzani, il se montra très jeune digne de son maître. Il soutint sans lui des thèses sur toutes les parties des mathématiques, sur la physique expérimentale, sur l'histoire naturelle qui confandirent tous les collègues de Spallanzani, jaloux de sa célébrité et qui croyaient y porter atteinte dans la personne de son élève. Ce qu'on remarqua alors dans Lucchesini, indépendamment de la force et de laprécisio-n de S3S réponses, ce fut sa modestie pour lui-même et son obligeance pour ses adversaires qu'il avait terrassés. Il eut l'art d'3 les faire valoir et de les comtler d'éloges dans ce qu'ils avaient dit de mieux. Lucchesini montrait déjà ses dispositions.

L'Italie ne pouvait être un fhéâtre pour Lucchesini qui avait une fortune à créer, une réputation à agrandir, une grande ambition à satisfaire. Quelque temps il fut en France. Ne pouvant

(1) Prusse. Mémoires et Documents, volume 9, ^ 77-82.

i ;i. LE GENERAL DE STAMFORD

aborder Versailles, les hommes de lettres, qu'il vit à Paris^ n'étant pas à môme de lui ouvrir la carrière des richesses qu'il voulait parcourir dans toute son étendue, il se rendit à Vienne. Dans cette capitale, où pour être quelque chose, l'air de la Cour est le seul qu'on puisse respirer, où pour parvenir il faut absolument le regard et l'accueil des Ministres, le marquis de Lucchesini s'empressa défaire une cour assidue à IVIarie Thérèse et à son grand Ministre, le prince de Kaunitz. On dit que le marquis de Lucchesini était beau alors, je n'en sais rien ; mais il avait vingt-quatre ans. Il était bien fait, très aimable. Marie Thérèse en parlait avec beaucoup d'intérêt. Le chef soupçonneux de la Diplomatie autrichienne en prit de l'ombrage. Lucchesini eut beau prodiguer au prince les plus doux parfums de la flatterie ; il ne fit sur lui aucun efïet et ne répondit à tous ses soins que par la froideur la plus soutenue. Lucchesini, pensant que la persévérance était inutile et voyant les avances des places et des grâces fermées pour lui à Vienne, résolut de tenter fortune en Prusse.

Il se présenta à Frédéric II avec une lettre de d'Alembert. Son esprit, ses talents plurent au -loi. Il l'attacha d'abord à sa personne, puis l'associa à ses travaux littéraires. Lucchesini eut un logement à la Cour, la table, des appointements. Chaque jour il passait plusieurs heures tête-à-tête avec le monarque, lui faisant des vers latins et italiens, arrangeant ses vers français, causant avec lui science et littérature, le séduisant par les grâces de sa conversation. Il avait acquis auprès du roi à peu près la même occupatiqn que celle de Voltaire pendant le temps qu'il avait passé à Sans-Souci et à Berlin. Cette manière d'être agréable et distinguée dura jusqu'à la mort de Frédéric II.

La position de Lucchesini devint alors inquiétante. Il ne pouvait remplir auprès du nouveau Roi le même poste qu'il avait sous son prédécesseur. Frédéric II ne lui avait laissé dans son Testament que le soin de la rédaction de tous ses ouvrages qu'il devait partager avec un nommé Moulines, homme sans goût et d'un médiocre esprit. Il avait fait à Polsdam un mariage qui ne l'avait pas enrichi. Ne pensant pas que Frédéric-Guillaume II put l'employer à quelque chose, s'attendant au contraire à chaque moment à recevoir l'ordre de se retirer, il lui demanda un congé de six mois pour aller dans son pays en lui témoigant ses regrets « de quitter une Cour où régnait un Prince qui avait hérité des « vertus du héros auquel il venait de succéder. »

Ces paroles flatteuses séduisirent le Roi. Il fit à Lucchesini beaucoup de caresses, lui demanda pourquoi il voulait partir, l'en-

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gagea à rester et le pria de lui fournir les moyens de lui être utile Quand un Roi vous dit de si belles choses, quand il vous presse d'une manière si aimable de rester près de lui, comment songer à voyager? (l)

On présume bien que Lucchesini ne pensa plus à aller fi Lucques. 11 roula alors dans sa tète plusieurs projets de fortune. Tantôt il voulait une place de finance, tantôt une de commerce. Il sollicita la direction de la Société Maritime. Malgré la bonne volonté du Roi, il ne put obtenir aucune de ces places qui donnent un grand mouvement de fonds. Trop d'obstacles s'y opposaient. Il s'arrêta alors à la diplomatie. Je ne sais s'il pensa alors qu'elle pouvait lui procurer plus de fortune que de gloire.

Lucchesini persuada au Roi qu'il pourrait lui être utile à Rome. « Joseph II, dit-il, par ses réformes et ses entreprises contre l'Eglise a nécessairement mécontenté le Pape. Votre Majesté, comme roi de Prusse est chef de cette Ligue Germanique, formée par votre oncle pour s'opposer aux vues ambitieuses de la Maison d'Autriche. Les intérêts de la Prusse et de Rome sont les mêmes. Si en cas de guerre, la Prusse par la Cour de Rome pouvait agir auprès des Souverains catholiques de l'Allemagne, sans le secours desquels un Empereur ne peut être redoutable, ce serait un grand coup porté à l'Autriche, un grand avantage pour la Prusse. »

Frédéric Guillaume H goûta les vues de Lucchesini et r.e décida à lui en confier l'exécution. Il vint donc à Rome, y fut reçu avec une magnificence extraordinaire jusqu'alors inconnue pour les étrangers de son rang et surtout pour le ministre d'une Puissance qui n'était pas orthodoxe.

Ce n'est pas à Rome, mais à Varsovie, à Sistova et à Reichenbach que Lucchesini a déployé ses talents de négociateur et qu'il s'est rendu célèbre, si l'on peut appeler talents, les moyens qu'il a mis en action et célébrité, la réputation qu'il s'y est acquise. Il nous importe de l'examiner dans ses missions.

Lucchesini vint solennellement à Varsovie déclarer à la Diète

(1) « La considération personnelle de Luccliosini, a dit Mirabeau, sérail devenue immense, s'il eût quitté la Prusse huit jours ai>rès la mort du Roi, avec cette unique réponse h toutes les offres qui lui avaient été faites : « Je n'ai ambiliontié qu'une place que /oit.s les Rois de la lèvre ne ijeuvent ni in'ôter, ni me rendre, relie d'ami de Frédéric II ».

Gela est bien vrai, mais ici comme dans tant d'autres circonstances VAuri mcni famés l'a emporté sur la gloire. Il (^st possible de penser que Mirabeau qui trace si bien la marche brillante que Lucchesini devait suivre, à sa plac(^ n'aurait peut-être pas fait autrement que lui.

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que li roi de Prusse, son Maître, reconnaîtrait l'indépendance de la Pologne, assurerait l'intégrité de son territoire, garantirait telle constitution que les Polonais jugeraient à propos de se donner, ferait une convention qui assurerait la liberté du commerce de la Pologne, à condition que les Polonais feraient avec lui un traité d'alliance offensive et défensive, par lequel les deux Puissances, en cas de guerre, fourniraient chacune un certain nombre de troupes. Les Polonais accueillirent avec transport les propositions de Lucchesini.

Le roi de Prusse, en s'alliant avec les Polonais, n'avait en vue que « d'humilier la Russie et l'Autriche unies par des projets de conquête sur la Turquie, dont lui-même était exclu, que d'empêcher une alliance entre la Russie et la Pologne que Catherine II avait déjà arrangée lors de son voyage en Crimée, que d'entraver à la Russie les opérations de la guerre qu'elle soutenait déjà contre les Turcs en empêchant aux Russes toute communication par la Pologne. » Les Polonais, dans l'excès de leur joie, ne virent rien de toutes ces choses.

Ils crurent tout bonnement que ces propositions du roi de Prusse avaient été faites par attachement pour eux, qu'il voulait réellement, comme le disait Lucchesini, « recréer une nation. » Lassés du joug humiliant que leur imposait la Russie, ils le voyaient déjà brisé. Ces droits inconnus de fiscalité, ces prohibitions, toutes ces entraves mises par la Prusse à leur commerce, les Polonais les croyaient abolis ; ils se flattaient que la Vistule serait pour eux aussi libre que l'air qui entretient la vie. Ils regardèrent ie roi de Prusse comme leur libérateur ; et son ministre fut comblé par eux de soins, de présents, d'égards et de caresses.

Lucchesini se servit adroitement de la confiance des Polonais pour exercer toute la vengeance du roi de Prusse contre la Russie. Ce fut d'après ses notes et ses demandes que le Conseil Permanent, cet ouvrage favori de Catherine II, fut détruit ; que les magasins, que les Russes avaient en Pologne, furent enlevés ; que les troupes russes fussent obligées de quitter le territoire polonais ; que le passage des armées russes par la Pologne, fut refusé ; que l'ambassadeur Stackelberg, qui, au nom de Catherine avait gouverné la Pologne, fut obligé d'en partir dune manière humiliante. Ce fut encore Lucchesini qui signa le traité d'alliance qui devctit unira perpétuité la Prusse et la Pologne.

Peu après que la Russie eût fait sa paix avec les Turcs, les Polonais s'aperçurent d'un changement de la Prusse à leur égard.

Les communications étaient moins actives. On leur mandait de Gonstantinople que le Ministre de Prusse cherchait à entraver les négociations qu'ils avaient déjà commencées ; de plusieurs autres endroits, que le Cabinet de Berlin se rapprochait de la Russie. Lucchesini fut le confident de toutes leurs craintes. Ces Polonais, qui dans leurs rapports avec la Prusse avaient mis tant de franchise et de simplicité, crurent à ses protestations. Ils y crurent jusqu'au moment où la Russie ayant déclaré la guerre à la Pologne, lej"oi de Prusse dit positivement aux Polonais qu'il se refusait à l'exécution de son traité.

Le-^ négociations de Lucchesini à Sistova etàiReichenbach sontelles donc plus heureuses ?En revenant sur les faits qui appartiennent à l'histoire, on trouve peu de circonstances plus favorables que celles où s'est trouvé ici ce négociateur. Les Congrès de Sistova et de Reichenbach avaient été établis pour donner les conditions qui devaient faire cesser la guerre des Turcs contre les Autrichiens La Russie et l'Autriche étaient alors plus que jamais les ennemies de la Prusse. Tout ce qui a déjà été dit des raisons qui engageaient la Prusse, à contracter une alliance avec la Poloj4;ne peut servir à prouver que celte Puissance avait contre les deux Cours Impériales une grande vengeance à exercer (1). Cette guerre des Turcs contre les Russes était alors dans toute sa force. Le canon suédois avait fait trembler la Cour de Catherine à Pétersbourg. Frédéric-Guillaume II, encore possesseur de la plus grande partie des trésors de Frédéric, avait une armée de 60 000 hommes qui brûlaient d'entrer en Bohême. Ce n'était qu'aux conditions les plus dures que la Prusse devait consentir à la paix. La Russie devait rendre la Crimée aux Turcs, l'Autriche devaitreslituer la Galicie aux Polonais, et la Pologne, pour reconnaître ce service, devait céder les villes de Thorn et de Danzig avec les districts entre la Netze et la Wartha. Au lieu de cela, qu'arriva t-il? La paix la plus avantageuse pour les deux Cours Impériales fut signée à Reichenbach. La Russie garda la Crimée,

(1) Panai les plans iiiiaginé.s par la Prusse pour affaiblir la Maison d'Aulriche, celui d'oi>érer l'iadépondaiice de lu Honprrie avait été un de ceux qu'elle voulait tenter d'exécuter. p]lle avait envoyé en conséquence des émissaires secrets s'aboucher avec quelques-uns des chefs des principales familles hongroises. Les Hongrois séduits par les avances de la Prusse envoyèrent des députés à Berlin. Lorsque le traité de Reichenbach fu signé, Lucchesini. sans doute d'après un ordre de sa Cour, d' nna au ministre d'Autriche tous les détails de cette conspiration et les noms de ceux qui y étaienL entrés. Le (Gouvernement autrichien en fit mourir quelques-uns d'une mort viilente. Les autres furent condamnés à la dépurlation et à la cunfisi-atio i de leurs biens.

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l'Autriche, la Galicie ; la Turquie perdit quelques portions de sou territoire et la Prusse, celte Puissance qui se trouvait dans une si belle position, qui eût pu imposer sa volonté aux deux Congrès, en fut pour ses menaces, ses frais d'armements et de marches de ses troupes. L'armée prussienne était furieuse. Et qu'on vante encore les négociations de Lucchesini ! (1)

Le long séjour du marquis de Lucchesini à Vienne comme ministre de Prusse n'offre rien de susceptible d'un grand intérêt. 11 a été l'organe du Cabinet de Berlin pour le dernier partage de la Pologne et, après beaucoup de discussions, il lui a laissé consentir que l'Autriche demeure en possession de Cracovie, position qui lui donne un si grand avantage en cas de guerre. Cette faute, il est vrai; il la met tout entière sur le compte de Haugwilz qui n'a pas voulu tenir ferme. Lucchesini a eu l'art de se faire détester à Vienne pendant les dernières années, de faire demander son rappel et de s'en faire un mérite à Berlin comme ayant pris dans toutes les occasions avec beaucoup de chaleur les intérêts de son Roi.

Maintenant avec une fortune immense il vit en Prusse sans remplir d'autre fonction que celle de Curateur de l'Académie. Il lui faudrait quelque chose de très grand pour le tenter. Le Roi le considère et le distingue beaucoup.

Comme le marquis de Lucchesini a eu l'art d'amasser des richesses immenses dans les différentes missions qu'il a remplies, tandis que toujours les ministres de Prusse se sont ruinés en servant leur Roi, je ne crois pas déplacé de dire ce qu'il a fait pour cola.

D'abord en Pologne, lors du traité d'alliance, il a eu en présents, à lui tout seul, la même valeur que ceux qui ont été donnés parla Prusse, à dix ou douze Polonais, qui ont signé le traité. Aux deux Congrès sa maison était entièrement payée par les Turcs et il n'en recevait pas moins son traitement de Ministre. Les Turcs

(1) Un propos indiscret de Lucchesini fut cause du niass.icre d'Ismaïl, Il était à Sislova. Les Turcs, abandonnés à eux-mêmes, venaient d'cpr uver un échec, dont on parlait en sa présence. Lucchesini répliqua : « C'esl à Isniaii que la gloire des Russes va ikhouer ! « Le ministre de Russie manda ces paroles à Poîemkine. Celui-ci reçut sa lettre à une partie de whist. Sins bouger de sa place, il écrivit à Suvorinv : « Je veux dans trois jours faire hommage d'Ismaïl à l'Impératrice. Vous en ferez le siège. C'est dire qu'lsiuaïl est à nous ». Suvurow prépara ses troupes. Le fioid ét-.vit si in'ense que la respiration gelait sur les lèvres. Les officiers murmuraient, les soldats hésitaieni. Suvorow quitte ses habits, les déchire et révolu truiie simple chemise et de ses c >rdons, il commande l'.îssaut, pendm! lequel 4.000 Turcs furent massacrés et où 15.00 J Russes péi iren* plus par le froid que par le feu des Turcs.

lui firent encore des présents considérables lors de la signature du traité dé Keichenbach.

Une espièglerie à V Italienne lui a valu au moins un demi-million. Dans le secret de la Prusse, il n'ignorait pas le dernier partage, dont les bases étaient annoncées par les trois Puissances. Que fait-il? Il ramassa des mains des Juifs tous les billets du roi de Pologne qu'il put trouver, billets qui perdaient de 50 à 60%- H fait avec ces Juifs ce qu'on appelle une affaire^ leur achetant ces billets le meilleur marché possible et leur vendant en échange le mieux qu'il pouvait les bijoux que les Turcs lui avaient donnés. Il eut l'air alors de vouloir reconnaître les boutés que le Roi lui avait témoignées en Pologne et, lorsqu'il prit congé de lui en lui remettant ses billets,, il lui dit: « Qu'il avait vu avec peine des signatures de Sa Majesté entre les mains de personnes peu dignes de les posséder; qu'il avait cru devoir les retirer et les Lui rendre. Que, quant à la valeur des promesses, Sa Majesté la lui remettrait quand Elle le jugerait à propos. » — Lucchesini s'est fait valoir de ce traité auprès du roi de Prusse, qui lui a fait payer par le Trésor le montant des billets du roi de Pologne.

Krédéric-Guillaume II ne s'est pas contenté de se reconnaître par un tel don envers celui qui lui avait donné plusieurs provinces en Pologne. La terre de Meseritz, appartenant au prince Jablonovski, Gastiïlon de Gracovie, a été confisquée, on ne sait pourquoi ; car ce prince n'avait pas pris la moindre part à la Révolution de Pologne. Le marquis de Lucchesini, qui connaissait la valeur de cette possession, l'a demandée au roi de Prusse. Ce Prince généreux la lui a accordée. La terre de Meseritz vaut plus d'un million. En voilà assez, je crois, pour satisfaire un homme, quelqu'avide qu'on le suppose.

Oq a peint Lucchesini en homme tout truffé d'argent, conservant dans le monde un ton ministériel, ne répondant que par monosyllabes et ne se servant que d'expressions vagues et insignifiantes (li. J'avoue que je ne lui ai rien trouvé de tous ces traits. Il m'a paru au contraire trop occupé à faire distinguer le brillant de son esprit pour ne pas être causeur, questionnant même à l'excès et trop soigneux d'être bien avec tout le monde pour ne pas mettre dans ses manières beaucoup de souplesse et d'afïabilité. On ne peut trouver M de Lucchesini Ministériel, lorsqu'on a vu le baron du Thugut et les comtes do Stackelberg et de Haugwitz.

M. de Lucchesini n'est jamais sorti d'une assemblée, quelque

(\) GoHAM. Mi'moires sur lliulic.

nombreuse qu'elle pût être, sans avoir parlé particulièrement à toutes les personnes qui s'y trouvaient et pris avec chacune d'elles le ton et le sujet de la conversation qui lui convenait le mieux. Autant qu'il pouvait, il y ajoutait à tous quelque chose d'aimable ; car de tous ses talents, le talent de la flatterie est incontestablement celui qu'il possède le mieux ; il lui doit une partie de sa fortune.

On peut reprocher avec plus de raison à Lucchesini d'employer comme moyens une foule de petites finesses voisines de la fourberie. Mais elles sont trop maniérées pour échapper à un œil exercé. A présent qu'il est connu, elles ne peuvent nuire-.

Lucchesini, a-t-on dit encore, est Vennemi irréconciliable de la régénération française. On peut le croire. Il n'est l'ennemi de rien; ou plutôt il ne déteste que ce qui ne donne pas beaucoup d'argent ou quelque réputation littéraire. A la suite de l'armée prussienne en Champagne et ayant fait la fameuse campagne de Frédéric-Guillaume II, je le crois devant lui et ses courtisans, il se sera toujours prononcé contre la régénération française., mais devant des philosophes il se fut tout autrement exprimé. Une fois qu'il s'était échappé d'auprès du Roi et qu'il était venu de Mayence passer quelques jours à Leipzig, je l'ai entendu maudire son dur métier de courtisan, regretter ses livres et sa primitive obscurité. Lucchesini ressemble beaucoup à quelques hommes de notre Révolution De l'esprit, beaucoup d'esprit, mais point de caractère, des opinions mobiles qui tournent à tout vent.

Lucchesini paraît ambitionner le Ministère. Il paraît encore ne pas être fâché s il pouvait avoir la mission de France, espérant par elle détruire la réputation que ses autres missions lui ont donnée. Mais ce n'est pas à son âge qu'on change. Nous n'aurions pas tardé à le mettre à sa juste valeur. Si nous avions reconnu d'abord l'homme spirituel, l'homme aimable, l'homme très instruit, nous n'aurions jamais pu voir en lui l'homme public et le négociateur.

Il semble d'autre part à en juger par les quelques lignes que l'on trouve à la date du 13 novembre 1800 dans la correspondance de Louis XVIII avec ses Agences que l'envoi de Lucchesini à Paris avait fait naître quelques espérances à la Cour de Mittau.

« Le Roi désire, fait-il savoir à Kilien (D'André) que ses agents ayent quelque moyen de se mettre en rapport avec Lucchesini. Il croit que le Cabinet prussien est bien intentionné pour le rétablissement de la Monarchie légitime et que ses ménagements

envers le gouvernement usurpateur ne tiennent qu'à la conservation de sa puissance. Comme Lucchesini a des connaissances et aime particulièrement la littérature, elle offrirait peut-être un

premier moyen d'accès (1) »

Un an auparavant, en novembre 1799, se plaçant, il est vrai, à un tout autre point de vue, Stamford avait été bien loin d'augurer favorablement du choix de Lucchesini et des conséquences probables de son envoi à Paris. Il voit trop \q mal que fera cette mission pour espérer que ce mai puisse être balancé par quelque avantage soit en faveur de l'intérêt général, soit en faveur de l'intérêt particulier de la Prusse. Il ajoute à l'appui de ses conclusions une anecdote qu'il tient de Lucchesini et qui lui sert à faire voir » jusqu'où va l'ascendant de Sieur Lombard sur le Roi. Lorsque M. de Lucchesini a pris congé de Sa Majesté, Elle lui a dit : « Je suis d'autant plus heureux que vous ayez bien voulu vous charger de cette mission que mon Secrétaire du Cabinet Lombard est au comble de la joie et que je sais que mes intérêts ne sauraient être en meilleures mains que les vôtres (2) »

Ad pièce LXXXV.

LES iNÉGOCIATIONS ENTRE L'ANGLETERRE ET L'AUTRICHE

La situation d'après un billet de lord Gr en ville au comte de Starhemberg.

Le 14 février 1800, lord Grenville faisait passer au comte de Starhemberg le billet suivant :

« Lord Minto me renouvelle l'assurance de la ratification

incessamment, en disant même que l'Empereur l'a signée. — D'ailleurs rien de nouveau, toutes nos mesures sont conditionnelles.

« Si cette éternelle ratification a été donnée, lord Minto pourra conclure des arrangements pour de nouveaux secours pécuniaires. Si non, il n'en sera rien, comme de raison.

« Bonaparte paraît n'avoir fait aucune ouverture à Vienne et on nous répète que l'on n'écoutera rien, jusqu'à ce qu'on ait eu de nos nouvelles (3). »

(,1) Fonds Bourbon. Supplément 1, volume 607/25, cahier 10, f* 144. C'2) Cf. Dropmore Papers, VI, 55.

(3) Dropmore Papers, VI, 120.

Ces quelques lignes en disent bien long, si long même qu'il serait intéressant de rechercher quelles étaient les « mesures conditionnelles » prévues ou préparées par l'Angleterre, les vues, les intentions du Cabinet de Saint-James, de quelle façon il envisageait la situation dans ces premiers mois de l'année 1800.

Ad pièce LX XX VIII.

Angleterre, Autriche et Russie.

Vers le milieu de février, ainsi que le relève M. Walter Fitz- Patrick, dans l'Introduction au Tome VI des Dropmore Papers, le Cabinet britannique avait définilivement arrêté les grandes lignes de son programme politique pour l'année 1800 et lord Grenville avait communiqué ses instructions à Wickham, à lord Miuto et à Sir Charles Whitworth. Il avait fait savoir à Wickham qu'on avait approuvé tous ses plans et qu'on s'était rallié à son opinion. On l'autorisait à conclure les traités avec les Electeurs de Bavière et de Wurtemberg et les petits Etats du Sud de l'Allemagne, dont les contingents, à la solde de l'Angleterre, qui ouvrait à cet effet un crédit d'un million de livres, porté par la suite à un million et demi, serviraient sous les ordres de l'archiduc. On mettait en outre à sa disposition 500.000 livres de fonds secrets destinés à subvenir à l'entretien des armées royales, commandées par les généraux Pichegru et Willot. Enfin le Gouvernement britannique prenait l'engagement d'envoyer 20.000 Anglais dans la Méditerranée pour y opérer de concert avec Willot.

La dépêche de lord Grenville à lord Minlo répondait aux pro positions faites par Thugut. En dehors des sommes mises à la disposition de Wickham, des 20.000 livres destinées à la solde des troupes piémontaises, qui devaient servir sous Mêlas, on consentait à faire à l'Empereur, et sans réclamer des intérêts, des avances mensuelles jusqu'à concurrence de 1. 000 000 livres remboursables par un nouvel emprunt, que l'Autriche émettrait à la fin de la guerre. George III s'interdisait d intervenir de quelque façon que ce soit, conseils ou critiques, dans les questions relatives aux opérations militaires des Autrichiens et s'engageait, à les soutenir vigoureusement pendant la prochaine campagne par des expéditions sur les côtes de France. Il donnait son approbation aux échanges de territoires proposés par Thugut et qui devaient

avoir pour conséquence la restitution intégrale de ses possessions au roi de Sardaigne.

Dans le cas où l'Empereur ne désirerait pas garder ses provinces belges, elles seraient, selon qu'il en déciderait, données soit au prince d'Orange, soit à l'archiduc Charles, qui les détiendrait à titre de fiel de l'Empire, soit au Grand-Duc de Toscane, en vue de faciliter les arrangements de l'Autriche en Italie.

Quel que pût être le mode de règlement auquel on s'arrêterait, le Gouvernement britannique donnerait à l'Autriche l'aide financière demandée par Thugut en prenant à sa charge tout le poids des derniers emprunts autrichiens. En échange, l'Empereur prendrait l'engagement de s'opposer à toute cession à la France de la moindre partie des Pays-Bas et de ne jamais signer de paix séparée avec ce pays.

Le Gouvernement britannique avait d'ailleurs exposé tout au long dans une lettre particulière à lord Minto les causes des modifications qu'il avait apportées aux dispositions relatives à la Belgique.

En même temps, dans une dépêche très confidentielle, lord Grenville avait chargé Whitworth de faire savoir au Tzar que son Gouvernement n'avait désormais plus besoin des troupes russes et qu'il avait conclu avec l'Empereur un nouveau traité assurant à l'Autriche une aide financière qui lui permettait de faire face à tous ses besoins II recommandait à Whitworth de ne rien négliger pour combattre l'impression que cette communication pourrait faire sur l'esprit de Paul P'.

Pour s'acquitter d'une tâche aussi difficile et aussi délicate, il eût fallu un diplomate plus habile, plus fin et ayant surtout plus de tact que le Ministre qui représentait à ce moment la Grande- Bretagne à Saint-Pétersbourg. De toute façon, du reste, Whitworth n'aurait pu y réussir.

Les propos inconsidérés, qu'il avait tenus dans une conversation avec le comte de Cobenzl, étaient venus aux oreilles du Chancelier Rostoptchine, peut-être même étaient-ils tombés sous ses yeux, lorsqu'en sa qualité de Directeur-général des Postes, il était parvenu à mettre la main sur la clef du chiffre du Ministre d'Angleterre et à prendre ainsi connaissance de ses dépêches dont la teneur avait gravement off'ensé la Cour de Russie. Toujours estil que Paul P' ne reçut plus Whitworth et chargea au commencement de février le comte Woronzow de demander son rappel.

Presque à la même époque les relations entre la Russie et l'Autriche s'étaient également tendues de plus en plus. Après avoir

fait passer le général Froelich devant un Conseil de guerre qui avait reconnu le bien fondé des plaintes formulées par la Russie, on s'était contenté de le relever de son commandement. La disproportion flagrante entre la faute commise par le général à Ancône et la punition qu'on lui infligeait acheva d'exaspérer le Tsar qui rappela sur l'heure même Kalitcheff, qu'il avait envoyé à Vienne avec une mission spéciale et qui retourna même sans les ouvrir, les lettres que lui avaient adressées l'Empereur et l'Impératrice. Le comte de Cobenzl, découragé et las de subir, sans sourciller, des avanies, quitta à son tour Saint-Pétersbourg.

Les sympathies nettement autrichiennes du Gouvernement britannique, sa préférence bien marquée en faveur de l'alliance avec l'Autriche ne pouvaient que contribuer à éloigner de plus en plus Paul P' du Cabinet de Saint-James. Traitant Whitworlh comme il venait de traiter Cobenzl, il refusa de délivrer des passeports aux courriers de l'Ambassade britannique. Sir Hope Popham, arrivé à Pétersbourg vers la fin de mars, dut, après un mois de vains efforts, repartir sans avoir été reçu en audience par les ministres russes et sans avoir reçu la moindre réponse aux lettres officielles dont il était porteur. Elevé entre temps à la Pairie, Whilworth avait été autorisé par lord Grenville à rentrer en Angleterre, tandis que de son côté Paul P"" accordait au comte Woronzow un congé que pour rétablir sa santé il lui permettait d'aller passer sur le Continent. Les relations amiables entre les deux Gouvernements étaient momentanément absolument rompues.

Au reçu de la réponse faite par lord Grenville aux propositions de Thugut, lord Minto s'était bercé de l'espoir de voir l'accord complet rétabli entre les deux Cours. Il avait pensé également que TAutricbe allait désormais imprimer un tout autre caractère à ses négociations avec Bonaparte. A sa grande surprise, le Chancelier Impérial avait été pris d'un accès de rage folle. Au dire de Thugut, le Gouvernement britannique avait écarté la plus essentielle de ces demandes, l'emprunt de deux millions de livres, l'avance immédiate de 200.000 livres, la coopération effective de troupes indispensables pour faciliter à l'Empereur l'annexion des Légations. La discussion avait été orageuse. Lord Minto l'empêcha de s'envenimer irrémissiblement en cédant sur tous les points, sauf sur la question des Légations, dont il remit la solution à lord Grenville.

En revanche, Thugut lui avait fait quelques confidences relatives à sa correspondance avec Talleyrand. Il déclara à lord Minto

que tlonaparte était tout disposé à lui laisser pleine et entière liberté d'action en Italie et que l'Empereur ne continuait la guerre que pour défendre les intérêts de l'Angleterre dans les Pays Bas, Or, on savait par Wickham qu'il se refusait à rendre les Provinces rhénanes. Et comme Thugut se croyait sûr d'arracher à la France de meilleures conditions par les armes que par les négociations, lord Minto en avait conclu que la reprise des hostilités au printemps était inévitable. Finalement, le Gouvernement britannique consentit à avancer à l'Empereur 2.400 000 livres sterling, payables en trois termes de 800.000 livres chaque, au commencement d'avril, juin et septembre, à conseiller au roi de Sardaigne d'accepter les échanges de territoires proposés par l'Autriche, h ne pas s'opposer à l'annexion des Légations Pontificales. Le traité devait lier jusqu'au mois de février 1801 les parties contractantes qui s'engageaient à garder secrets les articles relatifs à la Sardaigne et aux Pays-Bas.

Le roi de Sardaigne avait cependant refusé de souscrire l'arrangement que lord Grenville lui avait présenté au nom de TAu- Iriche et en avait appelé au Tsar qui lui avait promis de défendre ses intérêts.

D'autre part et, bien que Thugut ait eu gain de cause sur toute la ligne, l'Empereur ne se décida à signer ce nouveau traité d'alliance avec George III, que lorsque le sort des armes eût décidé (momentanément) des destinées de l'Europe. Pendant quelques mois, sans être toutefois liée par aucun instrument, la Grande- Bretagne n'en agit pas moins de concert avec l'Autriche, qui restait libre de signer une paix séparée avec la France et à laquelle d'ailleurs elle ne fournit aucun subside.

Cet état de choses hybride, ces hésitations de l'Autriche à conclure et à signer un engagement avaient causé au Gouvernement britannique autant de surprise que d'embarras. Les dépêches des représentants de l'Angleterre à Vienne montrent en effet que l'opinion publique était en Autriche unanimement et radicalement opposée à la continuation d'une guerre qui n'avait plus en réalité d'autre objet que l'expulsion des Français des Provinces- Unies et la restauration de la royauté en France. Grâce à une ou deux victoires remportées par les Alliés au début de la campagne, Thugut se flattait d'atteindre les buts qu'il s'était proposés, sans se lier par un traité qui l'aurait obligé à poursuivre des résultats qui n'intéressaient, à proprement parler, que la Grande-Bretagne.

Wickham, entre temps, s'était acquitté avec un plein succès d'un e mission qui n'avait pas été sans présenter de très réelles

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dilficultés. Il avait réussi à faire signer à l'Electeur de Bavière, au duc de Wurtemberg, au Cercle de Souabe et à l'Electeur de Mayeuce des Iraités, par lesquels ils s'engageaient à fournir à l'Autriche des contingents soldés et entretenus éventuellement par la Grande-Bretagne. 11 avait été en revanche moins heureux dans les efTorls qu'il avait faits pour fomenter des troubles, pour provoquer une nouvelle levée de boucliersà l'intérieur delà France.

Ad pièce XClll.

L'attitude de la Prusse (mai-juin 1800).

Le 25 floréal an Vlil (15 mai 1800),Beurnonville rendait compte de l'entretien qu'il avait eu la veille avec Haugwitz. Au lieu de la réponse qu'il devait lui apporter après s'être concerté avec l'env«yé de Russie, le Ministre de Frédéric-Guillaume III lui avait exprimé ses regrets de ne pouvoir le satisfaire et attribué ce retard aux nouvelles contenues dans deux lettres que Sandoz-Rollin avait expédiées après avoir été reçu par le Premier Consul. Bonaparte lui aurait déclaré que, quant aux Provinces transrhénanes, il était décidé à laisser les choses en l'état jusqu'à la paix, et que, quant à cette paix même, comme Masséna était déjà engagé dans la Rivière de Gènes et que Moreau avait ordre d'attaquer, il lui fallait remettre cette négociation à des temps plus opportuns. Haugwitz, du reste, attribuait ce changement d'attitude du Premier Consul à Carnot, qu'il considérait comme un homme très dangereux dans le nouveau Gouvernement. Il a ajouté que, malgré cela, il continuait à s'occuper avec M. de Krïidener d'un plan de pacification.

« Haugwitz avait un air extrêmement soucieux, écrivait Beurnouviile. Il semble craindre plus que jamais quelque arrangement entre la France et l'Autriche et n'a jamais été aussi caressant, aussi prodigue de démonstrations amicales (1) ».

Avant que Beurnonville n'ait fait partir le 30 floréal (20 mai 1800, une nouvelle dépêche, on avait eu connaissance à Berlin de l'avantage remporté le 21 floréal (11 mai) par Lecourbe à Memmingen.

<( M. de Haugwitz m'a promis de ne négliger aucun des moyens propres à nous ramener la Russie et à provoquer la paix sur mer.

(1) Prusse, volume 227, dépêche chiiïrée n° iO. f" \V2. Beurnonville à Talleyrand. Berlin. 25 floréal an VIII (1 i mai 1800).

Il laisse percer quelque joie de voir les Autrichiens battus et ne dissimule pas que le Tsar en éprouve une aussi grande satisfaction. 11 est permis de croire jusqu'à un certain point à la sincérité de ce sentiment sous le rapport de la haine pour l'Autriche. Mais il est bien probable que ces deux Cabinets aimeraient encore mieux une guerre où les forces des deux parties s'épuiseraient mutuellement sans avantages décisifs Au reste la joie, vraie ou simulée, que montre M. de Haugwitz, est troublée par la crainte de la conclusion d'un traité de paix entre l'Autriche et nous. La mission secrète de Carnot ajoute encore à cette inquiétude {i). »

« 11 serait superflu, mande t-il quelques jours plus tard le i\ prairial 2) (31 mai 1800), de vous rendre dans tous ses détails un entretien du 6 prairial que la stérile fécondité de M. de Haugwitz a prolongé pendant trois grandes heures. C'est une admiration sans bornes pour les talents extraordinaires du Premier Consul, un attachement sincère à la République Française, alliée naturelle de la Prusse, une amitié toute cordiale pour moi. C'est une méfiance raisonnée du caractère changeant de Paul l" qu'on veut lier solidement avant de s'engager avec lui dans des questions communes. C'est du côté du Roi une délicatesse scrupuleuse qu'aucune considération ne peut déterminer à proposer le démembrement de l'Empire ; c'est une volonlé décidée à nous soutenir, si nous éprouvons des revers en Italie, où l'on ne veut pas que . l'Empereur s'agrandisse. C'est encore le projet d'une ligue du Nord qui tendrait à limiter la navigation britannique et à faire restituer par celte Puissance les colonies qu'elle a conquises sur la France et ses alliés. C'est enfin le rétablissement en Europe du juste équilibre qui convient à la Russie et à la Prusse en y faisant concourir le Danemark et la Suède, ouvrage dont le résultât tournerait surtout à l'avantage de la France, de l'Espagne et de la Hollande. — Tels sont les traits principaux des longues dissertations de M. de Haugwitz ; mais en définitive il ne pose aucun fait et s'en excuse par la déclaration faite par le Premier Consul qu'il remettait à un temps plus opportun à profiter des bons offices de Sa Majesté Prussienne. Il n'a pas encore fait cet aveu à la Russie de peur de la dégoûter et changer ses bonnes dispositions qu'il importe de ménager pour en tirer parti, lorsque le moment opportim sera venu.

(1) Prusse, volume ■î-ll, dépêche rhilTrée u° U, f* 119. IJerliii, 30 (loréal ;ni VIII (2iJ mai 1800).

(■2) /Nnts.sc, volume 227, dépêche chiffrée n° ii. 1''= l.'n-1.3K. Berlin, 11 prairi 1 ail VIIT (:il mai ISOO).

M. de Haugwilz ne croit pas que la République Française et l'Empereur puissent faire un traité solide sans l'intervention de la Prusse et de la Russie. »

Talleyrand avait entre temps mis Beurnonville en mesure de remettre les choses au point et de priver Haugwitz de l'excuse qu'il lui était si commode d'invoquer. Quoique n'ayant pas assisté à l'entretien de Sandoz avec le Premier Consul, il n'hésite pas dans la dépêche qu'il adresse à Beurnonville, le 17 prairial 6 juin 1800), à affirmer que « les réponses du Premier Consul n'ont pas été telles qu'Haugv*'ilz les a rendues. » Le seul moyen pour Talleyrand de faire échec à la domination des mers de la Grande- Bretagne, le seul frein à lui opposer, « c'est la neutralité armée du Nord garantie par la Russie et par la Prusse. » (1)

XLIU

Ad pièce XC \ .

Stamford annobli par l'Empereur (mai-juillet 1800).

COLLOREDO A M. .VoN HCDELIST A BeRLIN.

(Chiffré) Vienne, le 22 mai i SOO {=!).

En assurant le général de Stamford, qui se trouve dans ce moment à Berlin de tous les sentiments de mon inaltérable attachement et de ma considération toute particulière, je vous prie de lui dire que je suppose que la lettre, que je lui ai écrite en date du 31 janvier de cette année et que j'ai adressée à Brunswick, lui sera parvenue (3), par laquelle il aura vu que l'Empereur est "parfaitement disposé à satisfaire à son désir relativement à l'aftaire exposée (4) dans une lettre confidentielle qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire.

Rapport a l'Empereur.

Vienne^ 25 juillet i 800.

Le général de Nassau-Orange de Stamford, Gouverneur du prince d'Orange, si glorieusement mort au service de Votre

(1) Prusse, volume '227, n°9, f" 147, Paris, 17 prairialaii VIII (6 juin 1800).

(2) Haus. Hof und Staats Archiv, Prusse, correspondance 76 (180 >)

(3) Cette lettre, comme celle de Stamford à Thugut. ne se trouvo plus dans les dossiers des archives d'Etat de Vienne.

(4) Stamford lui exposait son désir d'être annobli par l'Empereur.

APPEXDICK 687

Majesté demaQde dans une requête respectueusement adressée à Votre Majesté son admission parmi les Chevaliers de l'Empire. Les mérites de cet homme universellement et justement estimé, sa fidélité à la bonne cause, l'incessante activité qu'il a déployée auprès de plusieurs Cours allemandes et surtout le zèle dont il a fait preuve en toute occasion pour servir et défendre les intérêts de la Cour d'Autriche, le rendent à tous égards digne de la grâce qu'il sollicite.

« J'ose donc, en raison même des sentiments manifestés et des services rendus à la cause autrichienne par cet homme d'honneur et plein de talents, prier Votre Majesté de lui conférer ce titre en lui faisant remise des taxes et droits et de lui délivrer un diplôme qui sera pour lui un précieux témoignage de la bienveillance et de l'estime de Votre Majesté.

collohedo (1). »

Réponse favorable de la main même de l'Empereur François

A LA proposition DE CoLLOREDO.

Ad pièce XCV.

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