‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 21 sur 171 · LORD GRENVILLE AU GÉNÉRAL DE STAMFORD · texte numérisé non relu

LORD GRENVILLE AU GÉNÉRAL DE STAMFORD

Importance que l'Angleterre attache au rapprochement entre Vienne et Berlin.

« La commission, donl le prince d'Orange a chargé M. le « général Stamford, présente un double avantage : celui « d'écarter l'un des obstacles à l'union des deux Cours que « l'on fondait sur les prétentions de la Maison d'Orange à « une indemnité territoriale en Allemagne, et bien plus « encore celui de donner à M. le Général l'occasion de « s'adresser encore personnellement au Roi de Prusse et « ensuite à l'Empereur, et de travaitler auprès de c^s deux

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« Souverains à l'acheminement du grand ouvrage de la < réunion des Cours contre la France.

« Dans le moment actuel, le premier et le principal de « tous les objets serait de disposer les deux grandes Cours « d'Allemagne à s'entendre et à s'unir. Cette difliculté sur- « montée, les circonstances et l'urgence de la crise amé- « neraient rapidement tout le reste. On fait déjà des propo- « sitions de la part de l'Empereur de Russie pour une « alliance défensive. On témoigne déjà à Vienne le désir de « se rapprocher de l'Angleterre. Les Ministres du Roi dans a ces trois Cours ont déjà tous les pouvoirs et toutes les « instructions nécessaires pour traiter les détails. Mais si la « méfiance continue entre Vienne et Berlin, tout devient « inutile. Le caractère et les talents du général de Stamford « ne pourront manquer de contribuer efficacement à pro- « duire cette impression sur ces deux souverains, de laquelle « dépond absolument aujourd'hui le salut du Continent et « la conservation de la religion et de la société civile en « Europe (1). »

Pendant les quelques semaines qui s'étaient écoulées depuis son retour de Berlin, où le duc de Brunswick n'avait pas encore jugé à propos de se rendre, Slamford n'était pas resté inactif. Il s'était si fort occupé de préparer et d'assurer le succès de sa mission que, le jour même où De Luc revenait d'Angleterre, le comte Panin répondait de la manière la plus flatteuse et la plus encourageante aux communications que le général lui avait fait parvenir.

(l) R. O. F. O. 95;6. Voir ;i l'Appendice, note Xlli. Lord Grenville au duc de Brunswick, Londres, 23 avril 1798.

Berlin, /«■• mai 119$. Il espère que Paul I'^'^ appuiera les démarches du Général.

N'ayant que quelques instants à ma disposition, je dois me borner, quoiqu'à regret, au seul témoignage de ma vive reconnaissance pour la lettre intéressante dont vous m'avez honoré. Je ne puis qu'applaudir de toute mon âaie aux idées qu'elle renferme et surtout h cette élévation de sentiments qui vous distingue.

J'ai tout lieu de croire que l'Empereur^ mon Maître, se chargera avec empressement du rôle si sérieux que vous lui atiribuez. C'est sans contredit le plus bel usage qu'il puisse faire de sa puissance. "Vos vœux ne seront pas stériles, mon cher Général, et nous aurons la consolation de voir ramener aux principes d'une politique saine les Cabinets qui sont encore abusés par la perfidie des apôtres d'une fausse liberté.

Je me chargerai avec plaisir de tout ce dont il vous plaira me charger pour M. le Prince de Reuss (2j et, dans cette occasion

(l) R. 0. F. 0. 95.6. Gsneral Slamford's Papers.

Le même jour, 1" mai,, Panin avait encore écrit à Stamford un autre billet : « Par la communication dont vous m'avez honoré et par d'autres « avis plus récents, je vois qu'on a caché au Duc les propositions impor- « tantes que j'ai faites, il y a environ trois semaines, par ordre de ma « Cour. Il s'agissait d'une alliance défensive entre les deux Cours impé- « riales et celles de Londres, de Berlin et de Copenhague à l'effet de « garantir la sûreté et l'intégrité de tous les Gouvernements. On m'a « fait une réponse évasive et dilatoire. Je vous prie d'en instruire Son' « Altesse Séréaissime. Elle reconnaîtra dans cette circonstance une nou- « velle preuve de la mauvaise foi de M. de Haugwitz et je me flatte « qu'Eile se déterminera à appuyer de tout son crédit les vues salutaires « de ma Cour. Je suis obligé de remettre tous les détails au moment où « j'aurai le bonheur de vous revoir. On m'assure que cela est p-ochain « et je m'en réjouis pour bien des motifs. » [Dropmore Papers, IV, 191. Comte Panin à Stamford, Berlin l" mai 1798).

Stamford. se rendant à Berlin, partit de Brunswick le 8 mai.

(■2) « Le prince de Reuss, Ministre d'Autriche, se distingue par son « extérieur sans-cu'.otte et par le respect qu'il sait inspirer au Ministère (( de Prusse ». « Archives des Affaires É rangères ». [Prusse, Mémoires et Documents. W.ume 9, f" 27-28. Mémoire sur le Corps diplomatique à Berlin).

Le prince de Reuss mourut à Berlin en février 1799.

l.'AIItlEXCE DU ROI IJK Plils^i: H7

comme dans toute autre, vous me trouverez toujours prêt à vous donner des preuves de mon respect pour vos vertus et de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être... etc. etc..

Le comte de Panin. (i).

Berlin, 12 mai 1798.

Son audience chez le Roi. Bernadette et l'affaire du Drapeau. Il n'augure pas bien du résultat des conférences qui s'ouvriront dès l'arrivée de Repnin. Influence de Haugvsritz sur le Roi.

J'ai eu l'honneur de remettre au Roi, à Potsdam, le 8 de ce mois, la lettre dont j'étais chargé pour Sa Majesté de la part de Votre Altesse Sérénissime. — Sa Majesté m'accueillit aveo beaucoup de bonté, ouvrit sur le champ la lettre et, après l'avoir lue, me dit : « Ce noble désintéressement fait un honneur infini « au Prince. Il serait bien à désirer que d'autres voulussent « l'imiter.

« Je ne doute point, ajouta-t-il, que la Cour de Vienne ne « s'empresse de faire valoir les justes réclamations du Prince et « déjà a-t-on envoyé d'ici à Rastatt les pièces nécessaires à cet « effet. »

« Hélas I répondis-je, il est à craindre, Sire, que les négo- « cialions de Rastatt ne finissent par une reprise des hostilités, « si toutefois on peut admettre que les hostilités, de la part des « Français, aient cessé jusqu'ici en Allemagne, quand on réflé- « chit à la manière dont ils se conduisent. Les pays de Nassau se « ressentent surtout de leurs vexations et pour peu que cela « continue. Monseigneur le Prince dOrange n'en tirera plus un M sol de revenu. »

« C'est un état de choses des plus affligeants, reprit le Roi « après un moment de réflexion ; mais il y a lieu d'espérer qu'il « ne durera pas. On peut même se flatter que l'on en viendra à « une paix honorable avec l'Allemagne. Du moins paraît-il que « le Directoire ne donnerai pas de suite à cette dernière brouille-

(1) Cf. Appendice. Notice Biographique de Panin.

« rie survenue à Vienne au sujet du drapeau. Aussi, cette con-' « duite de Bernadotte est elle bien ridicule (1) ! »

« Elle me parut telle aussi au premier coup d'œil, Sire, répon- « dis je. Mais, en y réfléchissant, je l'ai considérée depuis comme « un vrai guet-apens, ayant un objet très sérieux, celui de tâter le « peuple de Vienne afin de connaître ses dispositions. Si ce « peuple en eût témoigné qui eussent paru favorables aux des- « seins perfides du Ministère français, je ne doute pas qu'il s'en « fût prévalu pour pousser plus loin les choses. Mais le contraire « étant arrivé et n'ayant pas trouvé que ce peuple fût mûr encore « pour une révolution, il travaillera probablement à le faire parce venir à ce degré de maturité ».

Le Roi me fixa et, après un moment de silence, il me dit :

« En vérité, je crois que vous avez raison. »

« Il me semble, Sire, repris-je. qu'en général on ne donne pas « une attention assez sérieuse à la marche révolutionnaire des « Fran-çais et que souvent on regarde comme insignifiantes ou « extravagantes des démarches de leur part qui ne sont rien « moins que cela. Par exemple, dans les journaux qui paraissent K à Paris et qui s'écrivent sous la dictée du Directoire, ils an- « noncent à haute voix qu'ils en veulent à tous les trônes de l'uni- « vers et qu'ils ne poseront les armes que lorsqu'ils auront « délivré toutes les nations de la terre du joug de leurs tyrans. « Cependant, aux Cours, avec lesquelles ils se disent en paix, ils

(1) Envoyé à Vienne pour donner des explications : u Cabinet autrichien, Bernadotte, comme le fait avec rnison observer M. Thikrs, était peu propre au rôle qu'il était destiné à remplir. On connaît la maladresse qn'il commit en arborant à sa porte le drapeau tricolore et les scènes tumultueuses qui en résultèrent et qui furent peut-être provoquées par les émissaires anglais. II n'en sera donc que plus curieux de voir de quelle façon le comte de Starhemberg faisait part à lord Grenville d'un événLement qui risquait fort d'avoir des suites fàclieu.ses. « Vous savez « que ma Cour, ayant tâché, avec assez de noblesse cependant, de calmer « le courroux de Bernadotte, il a répondu qu'il enverr;iit les conditions, « sous lesquelles il voulait bien rester à Vienne: 1" Le renvoi de Thugut, (( 9» Punition exemplaire du Chef de la police et du Chef militaire. — • <«■ 3" Que l'on accorde à la mission française un quartier de liberté et de <( franchise à Vienne. — 4° Que l'Empereur fasse refaire à ses frais le « tableau des armes françaises et le pavillûn et qu'il le fasse hisser au « haut de la Maison de l'Ambassade en le protégeant contre toute insulte,

<( Notre réponse a été polie, mais un refus. — Bernadotte s'est em- (f porté au delà de toute expression. Il a juré qu'il viendrait venger cet « Affront sur la place même et ayant demandé ses passeports, il est parti <( le 15 en sept voitures, escorté d'un régiment, sans lequel le peuple l'eût « mis en pièces. Quelle bonne nouvelle ! Je ne me possède pas de plai-

« sir! » [Dropmore Papers, IV, [S2. Comte df Sfarhemherg à lord

Grenville. Londres, août 1798).

AKIUVÉE PROCJUINE \)E lîKPNIN A BKHLIV i \i)

« lunl liiiiir parleurs Ministres un langage bien différeot .de celui « de leurs folliculaires. Lesqaiiels des deux feut-ril «roire^ Sire ? « Les premiers sans doute, paroe que ceux-là, parlant aux M peuples, entretiieûneot les œéciiants dans toutes les Nationu « dans l'espérance que !a Révolution ne tardera pas à venir « jusqu'à eux et que les autres, parlant aux Rois et à leurs Mi- « nistres portent la paix dans la bouche et la perfidie dans l'ànae « en détournant leur atientian de dessus les dangers qloût ile « eavironoent leurs trônas, dangers qui ne tarderont pas à « devenir inévitables, vu la funeste division qui continue à régner « parmi les Puissances. »

J'en étais là quand on vint annoncer que Sa Majesté était servie. J'étais invité à dîner chez le Roi et j'eus la satisfaction de remarquer durant le repas que Sa Majesté, qui m'adressa souvent la parole, ne fut pas fâchée de ce que j'avais osé Lui parler avec ma franchise ordinaire. J'en fus d'autant plus convaincu que, le soir même Elle me fit inviter à une promenade avec la [amille Royale hors de la ville, dont malheureusement je ne pue profiter, me trouvant indisposé et au lit lorsque je reçus cette invitation.

Je partis le lendemain pour Berlin où mes premiers pas m* portèrent chez mylord Elgin. Je rne rendis de là chez le prince de Reuss qui communiqua sous le sceau du plus profond secret que, dès l'ouverture des conférences qui vont avoir lien à Berlin après rarrivée du prince Repnin, attendu le 18 de ce mois, il déclarera au nom de son Souverain que l'Autriche est prête à renoncer à toute indemnité en Allemagne, si la Prusse veut agir avec la même modération et se concerter loyalement avec elle sur les moyens de sauver le \il\is qu'il sera possible de l'état constitutionnel et territorial de l'Empire Grermanique. Qoant aux iritérêts de la Maison d'Orange, relativement à ses réclamations au sujet des possessioris qui anciennennent ont été enlevées à ses Etats en Allemagne, l'Empereiur déclare dans les termes les plus obligeants pour Votre Altesse Sérénissime, qu'il les Lui fera rendre toutes., sans restriction.

Je dois me borner ici à ajouter à cela, n'ayant pas, faute de temps, la faculté d'entrer là-dessus dans tous les détails, que le priûce de Reuss désire bea^icoup que jte me rende à Vienne (1). Je im'y rendrai s'il le faut, puisque Vot^'é Altesse Sérénissim« m'y aufo-

n Cf. Dmfimorc Papers. tX. 202. Be Lrtc A lord Grenvilie. Berlin, 12 mai il^. « Le prince -ée fteuss en particulier a dit à M. de Stawiford, «* -cfn'ayant fait confidence à M. de Thugrut de mon départ -pour Londreg <( dans ce but, celui-ci l'avait assuré que, si le général vervirt à Vieime,

rise ; mais ce ne sera que lorsque j'aurai vu la tournure qu'auront prise ici les affaires après l'arrivée du prince Repnin ; 1). Cependant, je ne cacherai pas à Votre Altesse Sérénissime qu'elles me paraissent susceptibles d'en prendre une très malheureuse, malgré les intentions droites et justes du jeune Roi de Prusse, qui continue à se laisser égarer par son Ministre favori, lequel met tout en œuvre pour empêcher la réunion entre les Puissances, de laquelle dépend si évidemment le salut de l'Europe.

Le duc de Brunswick, que je me propose d'aller voir à Potsdam, où il arrivera le 15 de ce mois, se trouvera plus que personne à même d'ouvrir les yeux du Roi sur la conduite de son Ministre. Je pousserai à la roue pour que le Prince le fasse au risque de rompre l'essieu.

PosT-ScRiPTUM. — Pour qu'on ne soupçonne pas que, voyageant

« il l'aiderait de tout son pouvoir, quoiqu'ayant pris sa démission de la « place de Ministre des Affaires Etrangères, mais restant Ministre de « conférence.

« Cette démission avait d'abord fait beaucoup de peine à M. le prince « de Reuss ; mais M. de ïhugut l'avait rassuré, M. de Cobenzl, qui a pris « sa place, étant très zélé pour la même cause et il l'a informé en même « temps que les restitutions des parties du pays de Nassau, que Monsei- (( gneur le prince d'Orange réclame, seront appuyées de l'Empereur et « n'éprouveront aucune difficulté ».

(1) Appendice, l^rince Repnin, Notice biographique. — Cf. Dropmore Papers, IV. 308-311. Observations que les Ministres du Roi ont ordre de participer à M. le Maréchal prince de Repnin sur le projet de Convention éventuelle, qu'il leur a communiqué co n fide n tiellement au sortir de la Conférence du i4 juin 1798.

« Le Roi avait reçu pour mot d'ordre de son père nii urant, écrit (( SoREL {L'Europe et la Résolution Française, V, 331-332] la neutralité « et pour Ministre, Haugwitz, l'homme de cette politique. Peu d'histoires « se sont plus constamment répétées que celle de ces négociations d'al- « liances entre la France et la Prusse qui aboutirent à la guerre en 1806. « Au temps où Siéyès se rendait à Berlin, la Prusse, comme il advint en « 1805 lors des propositions de Napoléon, se trouvait en pourparlers avec « la Russie. Le prince Repnin arrivé à Berlin le 16 mai, tâchait d'accor- « der les prétentions de la Prusse avec celles de l'Autriche, d'étouffer « les méfiances des deux Cours et de les liguer pour résister à la France « dans l'Empire, de les attirer dans la Coalition qui se tramait entre « Londres, Vienne et Pétersbourg. Les l^russiens n'avaient pas plus con- « fiance dans la Cour impériale que dans la République. Ils redoutaient

« l'alliance de la Russie presqu'autant que son inimitié La conclusion

« du Roi fut de demeurer neutre, d'étendre cette neutralité à l'Allemagne « du Nord, d'y former une union restreinte, de s'en faire le dictateur et « de tirer de cette neutralité les mêmes avantages que les Français « tiraient en Italie de leurs Républiques. Quant à la France, on s'en « tiendrait aux indemnités éventuelles de la Convention de Berlin de 1796. « Le Roi de Prusse déclina donc les ouvertures du prince Repnin et de « la même façon et pour les mêmes motifs celles de Siéyès. » Cf. Mar- TENS, VI, 257,

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