‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 23 sur 171 · LES CONFÉRENCES DE BERLIN · texte numérisé non relu

LES CONFÉRENCES DE BERLIN

concerne les intérêts de la Maison de Monseigneur le prince dOrange. Lorsqu'il fut proposé, M, le prince de Reuss répondit que Sa Majesté i'Empereur, ayant à cœur les intérêts de la Maison d Orange, Elle s'employerait avec plaisir pour la satisfaire sur la demande faite à ce sujet, mais que Sa Majesté Impériale espérait qu'en revanche la Cour de feerlin ne s'opposerait pas à ce qu'un dédommagement équivalent à celui qu'on destinait à Monseigneur le prince d'Orange fût accordé au duc de Modène et que ce dédommagement serait pris sur les Etats voisins du Brisgau. Cette condition ne fut pas admise par les Ministres du Roi et la conférence se termina là (1).

MM. les Plénipotentiaires me témoignèrent le même jour encore combien cette difficulté les embarrassait, surtout si elle devait retarder la marche des négociations. Je répondis que le Ministère de Berlin ne regardait pas sans doute comme une indemnité satisfaisante pour les pertes qu'avait faites la Maison d'Orange, le peu qu'on demandait pour elle et qu'il me paraissait qu'en cela il n'avait pas tort ; que je ne doutais pas que la Cour de Vienne, en considération du désintéressement généreux qu'avait témoigné le prince d*Orange en renonçant à des indemnités réelles dans la vue d'écarter par là un des principaux obstacles à un rapprochement de cette Cour avec celle de Berlin ne se laissât aisément porter à donner à cette dernière une première preuve d'un retour sincère d'amitié et de confiance en accordant ce qu'elle demandait en faveur du prince d'Orange sans y mettre de conditions. Et j'ajoutai que je craignais si peu de me tromper à cet égard qu'il me semblait que, sans attendre que la Cour de Vienne se soit expliquée ultérieurement à ce sujet, on pouvait, pour ne pas perdre le temps, continuer les conférences ei* mettant cet objet de côté, qui, dès qu'il serait repris, se réglerait certainement à l'amiable.

Le comte Panin et le prince de Beuss approuvèrent cet avis, qui fut aussi celui de mylord Elgin, qui était présent à cet entretien. Reste à savoir si les Ministres du Roi l'approuveront également. Si je puis être informé avant le départ du courrier, je ne manquerai pas d'en informer Votre Altesse dans cette dépèche (2).

(1) Cf. Dropmore Papers, IV, 307. Réponse des Plénipotentiaires de ^a Majesté le roi de Prusse aux ouvertures faiies par Monsieur le Plé^ nipotentiaire de 8a Majesté l'Empereur el Roi dans la conférence du 21 mai.

(2) La situation semblait en effet s'être momentanément améliorée, puisqu'avant le départ de Fîerlin du duc de Brunswick « on lui avaiè « donné lien de croire que les choses étaient eu bon train », écrit De

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Le rappel de Gaillard (1) qui, à ce qu'on prétend, sera remplacé par l'abbé Siéyès, étonne ici, non sans raison, beaucoup de monde. Pourvu qu'il ne vienne pas ici dans les mêmes intentions qui le firent, il y a quelque temps, aller en Hollande où il mit la dernière main à la Révolution ou, pour mieux dire, au bouleversement de celte malheureuse République. Je n'oserai assurer que ce démon ne trouvât pas ici assez de matières combustibles pour qu'en y mettant le feu, il ne pût se flatter de causer un embrasement général (2). Du moins ne vois-je pas comme le duc de B... (Bruns-

ce Luc à lord Grenville, le 28 mai. On lui avait même montré de la « confiance. Car Son Altesse Sérénissime était informée de la réponse « que le Roi ferait donner aux Ministres des deux Empereurs, d'après « laquelle on devait bien augurer de la conférence qui devait se tenir ce « jour-là entre les Ministres ; et Son Altesse Sérénissime partit dans cette « espérance ; mais le jour même, celle qu'Elle nous avait aussi donnée, « s'évanouit. » {Dropmore Pupers, IV, 219).

(1) La situation de Gaillard à Berlin semble avoir été bien peu enviable à ce moment. « M. de Il^ugwitz m'assura qu'il n'y avait plus personne « à Berlin qui, depuis ces événements (ceux de Suisse) osât encore parler « en faveur du Directoire français, tant l'indignation était générale, telle- « ment, que M. Gaillard, quoiqu'un homme très calculé prir sa place, par « ses manières et son instruction générale, qui auparavant était un grand « objet d'attention dans les sociétés et y paraissait avec assurance, y « était aujourd'tiui déconcerté et isolé, peut-être honteux lui-même de « représenter de tels maîtres. C'est ce que m'avaient déjà dit des per- « sonnes qui le rencontraient dans la société. » Dropmore Papers, IV, 210. De Luc à lord Grenville, Berlin, 19 mai 1798).

(2) « Le Roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses Etats un révolu- « tionnaire si célèbre. Cependant on n'osa pas le refuser. Siéyês se com- « porta avec mesure et dignité. Il fut reçu de même, mais laissé dans « l'isolement (Thiehï', X, 71).

Comme lord Elgin le mandait à lord Grenville, le 12 juillet, « Siéyès, « à peine arrivé à Berlin, avait l'instruction de ne rien brusquer. » (Dropmore Papers, IV, 283).

Les instructions, données à Siéyès à la date du 6 prairial ;.n VI (23 mai 1798) étaient en effet conçues dans un esprit tout à fait gracieux pour ia Prusse. On commençait par rappeler au nouvel ambassadeur les instructions générales données en Vendémiaire an IV à Gaillard, les raisons pour lesquelles on consentit, sur les instances de la Cour de Berlin, à modifier la ligne de neutralisation stipulée à Bâle par la Convention éventuelle et secrète du 18 thermidor an IV et par l'accession de la Saxe le 9 frimaire an V. On n'avait naturellement pas passé sous silence le changement produit en Prusse par la mort de Catherine II. On avait fait allusion à la tentative infructueuse de la Prusse de se rapprocher de la Russie, rappelé en passant que la Cour de Berlin allait s'allier à la France au moment de la signature des préliminaires de Leoben et que la France lui avait fait de nouvelles ouvertures après le 18 fructidor.

Telle était la situation lorsque se réunit le Congrès de Rastatt. Les instructions faisaient ressortir qu'à ce moment la Prusse, qui craignait de voir la France se rapprocher de l'Autriche, avait redoublé de prévenance envers la République Française. — « Ce qu'il importe de savoir, « marquaient d'une façon toute particulière les Instructions, c'est jusqu'à

DKPART DE STAMKOFiD POUR VIENNE 125

wick), dans les premiers pas qu'on vient de faire vers un rapprochement entre les Puissances un désir bien marqué et inconleslable de parvenir à ce but par les voies les plus courtes et les plus promptes, et, ne voyant pas cela, je crains toujours les machinations des Français et les intelligences secrètes qu'ils ont su se ménager partout... Au reste, je dois au duc de B... (Brunswick) la justice de dire que pendant ce dernier séjour qu'il vient de faire à Berlin, il s'est beaucoup plus ouvertement prononcé auprès du Roi sur l'état des choses et la nécessité d'une réunion qu'il ne l'avait fait auparavant et que je n'avais osé l'espérer après un entretien très vif que j'eus avec lui à Polsdam et où je lui dis : « Si 'Voire Altesse ne met pas à profit ce moment oîi les Cours « de Saint-Pétersbourg et de Vienne tendent la main à la Prusse « pour conseiller à cette dernière de leur tendre aussi la sienne, « toutes les Trois et l'Europe entière s'en prendront un jour à « Elle de tout le malheur qui leur en arrivera et à Votre Altesse « elle-même ».

Le Duc, ainsi que les envoyés de Londres, de Vienne et de Saint Pétersbourg désirent que je me rende à Vienne, parce qu'il devient urgent de mettre promptement cette Cour d'accord avec celle de Berlin par rapport aux intérêts de la Maison d'Orange et parce que j'y trouverai de mon côté occasion de travailler à rétablir l'harmonie entre ces deux Cours. Je me suis donc déterminé à entreprendre ce voyage le 28 de ce mois, quelque peu compatible qu'il soit avec le mauvais état de ma santé. Dieu veuille qu'il en résulte quelque bien !

Il y a deux ans qu'employé comme je le suis aujourd'hui, j'aurais pu effectuer quelque chose. Je crains beaucoup qu'aujourd'hui il ne soit trop tard.

« quel point les insinuations réunies de Vienne, Londres et Saint- Péters- « bourg, leurs efforts pour refaire une Coalition ont influé sur le Cabinet « de Berlin. »

On ne se dissimulait pas que malgré la sécurité de Gaillard, la Prusse semblait être assez disposée à se lier avec ces I^uissances. Enfin, malgré l'attitude prise pur la IVusse lors de l'événement de Vienne (Affaire des Drapeauxy on avait lieu de penser « d'après quelques mots de Jacobi « qu'une intrigue formelle est sur le point d'entraîner le Cabinet de Ber- « lin. Siéyès a donc pour mission de lier la l^russe à notre système par « un traité d'alliance offensive et défensive, auquel pourront accéder « ensuite la Suède, le Danemark et quelques princes allemands.... » Cf. Mémoire pour servir d'Instructions au Citoyen Siéyès, Ambassadeur extraordinaire de la République Française près Sa Majesté le Roi (le l*russe. 6 prairid an \'I (23 ma! 1798) [Prusse, Mémoires et Documents, Vo'. 9, F" 49-64). Cf. Ai)poiidice, Un portrait de Siéyès.

Vienne, i 3 juin 1798.

Son entretien avec Thugut. Impression peu satisfaisante qu'il en rapporte. En audience chez François II, Tliugut l'oblige à proloager sou séjour à Vienne. Le prince Frédéric d'Orange.

Monseigneur, — Un courrier anglais venant de Naples et passant par cette ville pour se rendre en Angleterre, m'ofTre une trop bonne occasion d'écrire à Votre Altesse Sérénissime sans que j'aie besoin de me servir du chiffre pour que je la laisse échapper. Je souhaiterais seulement que ce que j'ai à mander à Votre Altesse Sérénissime fût aussi consolant qu'il l'est peu, ou que du moins je puisse dire avec quelque fondement qu'il y a lieu d'espérer que les choses prendront dans peu une face plus riante

J'ai eu l'honneur de me présentera M. le baron de Thugut le lendemain de mon arrivée qui a eu lieu le 6 de ce mois. Je m'aperçus d'abord, à l'accueil favorable que me fit ce Ministre que M. le prince de Reuss avait eu la bonté de le prévenir en ma faveur. Aussi était-il parfaitement informé du but de la mission dont j'ai l'honneur d'être chargé de la part de Votre Altesse Sérénissime et entra-t-il d'abord en matière avec moi sur son objet.

Après m avoir assurt3 que Sa Majesté l'Empereur désirait vive ment de donner à Votre Altesse Sérénissime des preuves réelles de l'intérêt qu'il prend au but qui La regarde, il chercha à me prouver l'impossibilité oii se trouvait Sa Majesté Impériale d'acquiescer à la demande de la Cour de Berlin concernant l'espèce d'indemnité à accorder à Votre Altesse Sérénissime et l'indemnité que cette Cour exige pour Elle-même en demandant le Statu quo dans Ja Franconie « où, disait-il, elle s'était permise toutes sortes d'usurpations. »

Là-dessus, se laissant aller à des plaintes très amères contre la Prusse, il repassa sur toute sa conduite jusqu'au moment actuel et il finit par me dire : Qu'on était déterminé ici à ne traiter « Tç^rticle des iudemnités que lorsque la Prusse, conjointement « avec l'Autriche, aurait pris l'engagement formel de maintenir

(1) R. 0. F, O. &0.6. Cf. Appendice. Documents du « Haus. Hof und Stiiat.s Arcliiv » relatifs à la mission de Staiiiford à Vienne.

CONFÉlVliNCE AVEC ïltL(iUT 12:7

« la paix en Allemagne, si une fois on venait à vouloir la troubler de nouveau.

Je répondis à tout cela en substance que je ne doutais pas que la Cour de Vienne ne fût d'autant plus disposée à passer une bonne fois l'éponge sur le passé qu'il était urgent de s'entendre et de s'unir promptement afin d'empêcber que ce passé ne continuât d'intluer d'une manière funeste sur l'avenir ; que je ne disconvenais pas que la Prusse avait, bien légèrement et presque sans aucune nécessité, cédé son pays de Clèves à la France ; mais que, la chose étant faite, elle ne pouvait plus à cet égard revenir sur ses pas ; que disposée cependant, comme elle l'était aujourd'hui à se contenter de l'indemnité peu considérable qu'elle demandait pour elle-même et pour la Maison d'Orange, il me semblait que la lui accorder serait lui donner une preuve biea marquée du dé?ir qu'on avait de se rapprocher d'elle. « Enfin, ajou- « tai-je en riant, je crois qu'il serait à propos aujourd'hui de la « traiter, comme on traite souvent un méchant enfant à qui on « accorde quelques fois des choses qui ne sont pas trop déraison- « nables uniquement pour ne pas irriter sa mauvaise humeur et « exciter ses caprices. »

« Dites plutôt, répondit-il sur le même ton, qu'il conviendrait « de la traiter comme une enragée. »

« Eh bien ! soit ! répartis-je, mais considérée comme telle, « encore faudrait-il la lier pour l'empêcher de faire du mal. »

u Que la Prusse se prononce, reprit le Ministre, qu'elle dise ce « qu'elle prétend faire pour l'A-llemagne, alors celle-ci saura ce « qu'elle peut et ce qu'elle doit faire pour la Prusse. Car, si cette « dernière continue à n'exiger que des sacrifices, sans dire pour- « quoi , ni comment elle se propose de les mériter., il est impossible « que nous nous accordions jamais. »

« Mais, répondis-je, n'y aurait-il pas un juste milieu à tenir ici ? « Votre Excellence voudrait que la Prusse articulât le genre de « protection et de secours qu'elle croirait devoir accorder à l'Aile - « magne dans le cas où celle-ci viendrait de nouveau à être atta- « quée, afin d'y proportionner les sacrifices qu'on exigerait d'elle. « Le Cabinet de Berlin désirerait au contraire qu'on réglât l'indem- « nité à accorder à la Prusse pour la perte du pays de Clèves avant « que l'on en vînt à l'autre point. Ne pourrait-on pas s'entendre sur « le premier de ces deux points, sauf à ne conclure que lor/sque ce « Cabinet se serait prononcé d'une manière satisfaisante sur le « second ? »

M. de Thugut sembla d'abord ne pas rejeter entièrement cette

idée. Mais après quelques instants de réflexion, il me dit : « Il « serait imprudent, Monsieur, de se fier au Ministre qui dirige « aujburd'liui le Cabinet de Berlin plus absolument encore qu'il (( ne faisait ci-devant. Il nous a donné trop de preuves de mal- « veillance pour qu'on n'ait pas à craindre qu'il cherchât à faire « tomber sur nous tout le blâme d'un acte, au fond très illégal « et odieux, comme serait celui de priver des princes de l'Eglise « d'une partie de leurs possessions pour en gratifier la Prusse, « sans qu'on pût leur prouver l'avantage qu'on attend de ce « sacrifice, et pour eux et pour l'Empire en général ».

« Si cet acte peut être appelé odieux, répliquai-je, il ne méri- « terait pas une qualification plus douce, ce me semble, si la « Prusse consentait à ce qu'on accordât au duc de Modène une « indemnité équivalente à celle que le Cabinet de Berlin demande « pour elle et pour la Maison d'Orange ».

Cette remarque parut frapper un peu M. de Thugut, mais ne voulant pas qu'il en prît de l'humeur, j'ajoutai sur le champ : « Au reste, Monseigneur le Prince d'Orange, en renonçant de <i plein gré au dédommagement très considérable que la Prusse « croyait devoir lui procurer, a été charmé de donner en cette « occasion à Sa Majesté Impériale à la fois une preuve non équi- « voque de son désintéressement et de son désir de voir l'union « et l'harmonie se rétablir entre deux Cours, dont dépend aujour- « d'hui si manifestement le salut de l'Europe, et je me persuade « que si Sa Majesté pouvait croire que Ses intérêts seuls fussent « un obstacle au rétablissement de cette union, Elle les verrait « sans peine mis de côté, malgré les pertes immenses qu'EUe a « faites, auxquelles se joignent encore celles qu'Elle fait journel- « lement, Ses Etats en Allemagne étant tellement foulés par le « séjour qu'y font les troupes françaises qu'elle n'en tire en ce c moment presqu'aucun revenu. »

M. le baron de Thugut, après s'être de nouveau étendu en éloges sur les sentiments nobles et généreux de Votre Altesse Sérénissime et sur son dévouement à la bonne cause, finit par m'assurer que Sa Majesté Prussienne n'avait qu'à donner des preuves de son désir sincère de se rapprocher du Gouvernement Impérial pour trouver Sa Majesté Impériale toute disposée à aller en faveur de la Maison d'Orange bien au-delà de ce qu'on deman dait pour elle et que Votre Altesse Sérénissime devrait d'autant moins douter de la sincérité de cette disposition qu'Elle avait donné à Sa Majesté Impériale un de ses fils qui était 1 idole de ses Armées.

l'audience de l'empereur 129

Le surlendemain de celte entretien avec M. de Thugut, j'eus l'honneur d'avoir une audience de l'Empereur, dans laquelle je remis à Sa Majesté Impériale la lettre, dont je me trouvais chargé pour Elle de la part de Votre Altesse Sérénissime.

« Je sais déjà, me dit l'Empereur en la recevant, ce qu'elle « renferme. Il serait à souhaiter que tout le monde, en pensant « aussi noblement que le prince d'Orange, voulût imiter son Œ désintéressement vraiment généreux. »

« Le Prince, en donnant l'exemple, répondis-je, espère contri- « buer par là au rapprochement si désirable et devenu si néces- « saire entre Votre Majesté Impériale et Sa Majesté Prussienne « qu'il n'existe guère d'autre moyen de rétablir solidement la « paix en Europe. >»

« Ce rapprochement, répartit l'Empereur, que je désire de tout « mou cœur, ne rencontre de difficultés qu'à Berlin. Quanta moi, « je suis prêt à faire tout ce qui peut être agréable à cette Cour, « pourvu qu'elle veuille m'en faciliter le moyen en me mettant à « même de prouver aux Princes, dont elle exige des sacrifices par- « ticuliers, que c'est dans la vue du bien qui en résultera pour « l'intérêt général qu'ils doivent les faire. Mais toutes les instances « que j'ai faites à Berlin ont été jusqu'ici infructueuses. ^)

« Votre Majesté, répartis-je, ne doit pas en être découragée. Ce « que n'a pu faire le raisonnement seul sera produit par l'évidence « des faits et l'expérience des malheurs ainsi que par la situation « actuelle des choses qui commande si impérieusement cette union « des Puissances devenue trop urgente pour qu'on tarde plus « longtemps d'en reconnaître la nécessité. Je prendrai la liberté, « ajoutai-je, d'observer à Votre Majesté Impériale qu'EUe a pris «■ une voie pour se faire écouter à Berlin qui ne restera pas sans « succès. Elle a écrit à difïérentes reprises directement au roi de « Prusse et je crois être sûr que Ses lettres ont fait sur ce jeune « Monarque de très bonnes impressions qui seront même du- « râbles, si Votre Majesté daigne continuer de se servir de la « même voie. Les Monarques, continuai-je, n'ont aujourd'hui « plus qu'un même intérêt, celui de leur conservation. Ils se « doivent donc de s'éclairer réciproquement sur les dangers qui « les menacent et de se concerter sur les moyens de les écarter. « Plus ils le feront avec cette franchise et cette cordialité capables « d'écarter le doute, plus tôt ils verront la confiance prendre la « place de cette défiance si difficile à vaincre et qui a causé tant « de malheurs. »

« Je ferai de tout mon cœur ce que vous me dites, répondit

i30 LE (IKNéliAI. 1)1-: SÏAMFORD

« l'Empereur, s'il peut en résulter le moindre bien, car je suis « sûr que si dans ce moment on était d'accord pour ne tenir qu'un « même langage aux Français, nous obtiendrions, peut-être sans « brûler une amorce, ce que séparément nous n'obtiendrons « jamais, quand même chacun de son cAté ferait les plus grands •c efforts. »

Voilà, Monseigneur, un rapport fidèle de la manière dont je me suis acquitté jusqu'ici de la mission dont il Lui a plu de me charger. M. le baron de Thugut m'ayant répété plusieurs fois pendant l'audience qu'il a eu la bonté de m'accorder, qu'il fallait de toute nécessité qu'il m'entretînt encore, je compte prolonger mon Séjour ici jusque vers le 20 de ce mois pour être de retour à Berlin vers le temps où le Roi sera revenu de Silésie. J'y attendrai soit de nouvelles instructions, soit Tordre d'en partir, si l'on juge que ma présence ne puisse plus y être utile. Mais, dans ce dernier cas, je souhaite de recevoir cet ordre le plus tôt possible, ayant besoin d'un reste de la belle saison pour donner quelques soins à ma santé, qui se ressent de fatigues qui excèdent de beaucoup mes forces, surtout lorsqu'accablé d'écritures comme dans ee moment, il faut que je passe plusieurs heures de suite la plume à la main.

Si je n'étais pas aussi pressé à cause du départ du courrier, je pourrais mander mille choses satisfaisantes à Votre Altesse Sérénissime de son aimable et brave prince Frédéric qui, dans toute la forme du terme, est ici généralement adoré (1). Je loge avec

(1) « UnQ autre dépêche », écrivait le 15 avril le comte de Starhemberg à lord Grenville {Dropraore Papers, IV, 108), « me dit d'insinuer au « prince Frédéric d'Orange (ce que j'ai déjà fait) de revenir bientôt à « Viennt}, parce que l'Empereur se propose de l'employer d'une wa.- « nière analogue y l'eslime que sa valeur et sea éminçâtes qualités lui « ont inspirée pour sa personne. »

« Bien qu'âgé seulement de 24 ans, le Prince a fait une bonne partie « de la guerre de la Révolution en commandant le Corps hollandais dans a l'armée coalisée, en combattant contre Jourdan à Fleurus et en servant « comme général de brigade soua les ordres de l'archiduc Charles pen- « dant la campagne de 11%, Passé ensuite à Londres, puis rappelé à « Vienne lors de l'incident de Beraadotte et destiné dès lors au çomman- « dément de l'armée d'Italie, il a reçu au mois de novembre le grade de « Feldzeugmeister, au lieu de celui de feld-maréchal lieutenant qu'il avait « précédemment. Dans ce nouveau â'rade il reprend des mains du géné- « rai comte Wallis le commandement en chef de l'armée. « (Mahon, Etudes sur les Armées du Directoire, 33-2).

« Le prince Frédéric d'Orange, qui venait de recevoir le commandece ment de l'armée d'Italie, partit de Vienne le 17 novembre pour se V. rendre à son Quartier-Général. « {Ibidem, 321). Il arriva à Padoue le 29 novembre. (Cf. Cro.-^saud, Mémoires militaires, II, 4fi}.

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