DERNIÈRES CONFÉRENCES AVEC TIII^GUT
lui dans la même auberge et il a pour moi Èaille bontés, mille attentions. Si je pouvais racheter quelques années de ma vie ou que le Ciel voulut m'accorder un pea plus de santé, je voudrais ne plus me séparer de lui et lui consacrer le reste de mes jours. C'est avec bien des sentiments du dévouement le plus respectueux que j'ail'honneur d'être, etc. ..etc.
(Berlin, fin juin 1798).
Ses derniers entretiens avec Thugut. Reprise imminente des hostilités. Influence qu'aurait sur la nature de la guérite l'union de l'Autriche et de la Prusse. Concessions éventuelles de l'Autriche Deuxième audience de l'Empereur. Changement de ton des négociateurs français à Rastatt amené par la crainte d'un accord austro-prussien.
MoNStiGNEiJR, — Dans l'incertitude où je me trouve sur le sort de la lettre que j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Altesse Sérénissime, de Vienne en date du 13 de ce mois et qui devait partir le même jour par un courrier venant de Naples et allant en Angleterre, lequel n'était pas encore arrivé à Vienne le 27, jour de mon départ de cette ville, je joins ici un duplicata de cette même lettre qu'en quittant Vienne j'ai laissée entre les mains de M. le chevalier Ëden avec prière de la joindre au paquet de ses dépêches, en cas que le dit courrier arrivât après mon départ.
Je m'empresse aujourd hui de rendre compte à Votre Altesse Sérénissme des derniers entretiens que j'ai eu l'honneur d'avoir avec M. le baron de Thugut, dont celui, qu'il m'acorda deux jours avant mon départ de Vienne, fut de plus de deux heures. — Tout ce qui précédemment avait été discuté entre ce Ministre et moi et dont j"ai eu l'honneur d'informer Votre Altesse Sérénissime par mon rapport du 13, fut de nouveau agité dans cet entretien, de sorte que je puis me dispenser d'en écrire les détails^ puisque je ne ferais que répéter les mêmes choses.
Je me bornerai donc, quant aux points que j'ai déjà touchés dans ma lettre du 26 mai, d'observer à Votre Altesse Sérénissime que M. le baron de Thugut, en revenant sur les mêmes objets et
132 LE GÉNÉKAL DE STAMFOHL)
en m'en parlant avec une entière confiance, me fit connaître qu'il regardait une reprise d'hostilités contre l'Autriche et la France comme inévitable (i).
« Si les Français, me dit-il, nous forcent à reprendre les armes, « comme il est très probable qu'ils le feront, et que nous ne sa- « chions pas à quoi nous en tenir vis à vis de la Prusse, combien « la position de l'Autriche ne sera-telle pas embarrassante ? « Obligée à une guerre défensive en Allemagne, elle devra néces- « sairement chercher à l'éloigner le plus possible des frontières « de Ses Etats héréditaires. Les pays en avant seront par consé- « quent des victimes de cette nécessité, car le théâtre de la guerre (( s'y établissant, il faudra de toute nécessité se presser d'en tirer « toute les ressources qu'ils pourront fournir, afin de prévenir que « l'ennemi ne s'en empare. Les Princes, dont les Etats éprouve- « ront ces calamités, jetteront de hauts cris. Ils accuseront l'Au- « triche d'être l'auteur principal de leurs maux. Les inimitiés, les « haines, les divisions s'en accroîtront et bientôt il n'y aura plus « de remède aux désastres qui en seront infailliblement la suite. « Cependant tant de malheurs pourraient être prévenus sans peine « si on voulait s'entendre. La Prusse, qui se flatte de trouver son « salut dans la paix dont elle jouit et qu'elle croitsolide, n'aurait « qu'à unir sa voix à celle de l'Autriche pour la procurer égale- A ment à l'Empire ou lui procurer du moins une neutralité qui « obligerait les Français à se tenir strictement à la limite du Rhin. « Si le Cabinet de Berlin, ajouta-t-il, au lieu de se flatter, comme « il le fait peut-être, de tirer avantage, d'une manière ou d'une « autre, de la situation alarmante de l'Allemagne et de la position « où se trouve vis h vis d'elle l'Autriche, songeait plutôt combien « il lui importe de ne pas laisser pour toujours la Hollande entre « les mains des Français, il sentirait la nécessité d'éloigner de la
(1) « Je vous restitue la lettre du comte Razoumowski. Je crois comme « lui que Thugut son^e à la guerro comme à une chose inévitable, mais « je suis bien persuadé qu'ils ne se résoudraient jamais à la faire, si ce « n'est pour la défense de Naples. Encore, peut-être même pour cet « objet-là, ils n'agiront qu'après coup. Ce que Razoumowski propose est « inexécutable. Le public ici n'est déjà que trop prévenu contre la mau- « vaise foi de la Cour de Vienne, et malheureusement avec trop de rai- « son. Et toute l'éloquence de M. I^itt lui-même ne persuaderait point au « Parlement qu'il soit convenable ou raisonnable de contracter de nou- « Yeaux arrangements pécuniaires avec des gens qui se refusent, non « seulement à exécuter, mais même à ratifier leurs anciens engagements, « et cela après en avoir retiré tout le profit »
{Dropmore Paper.<, IV, '253, lord Grenville au comte Woronzow, Dropmore, 12 juillet 1798).