PRINCE HÉRÉDITAIRE D'ORANGE AU DUC DE BRUNSWICK
Nienburg, 2 septembre 1798.
Protestation contre les projets de restauration prêtés à sa Maison. Elle ne peut se faire qu'avec Tatde du Roi de Prusse.
Je viens en cet instant de recevoir la lettre que Volpe Altesse m'a fait l'honneur de m écrire ainsi que celle qu'Elle a eu la b&nté d'y joindre et je m'empresse d'y répondre d'après ma manière de voir et d'envisa^r les choses qui en font l'o-bjet.
(T) Cf. Appendice. Note XTIIf. Les dépêches âvi comte de Starhemberg à lord Grenville des 8, 13 et 18 juillet et de lord Grenville aw comte de Starhemberçi du 10 juillet 1798.
rUOTESTATION DU PRINCK fn'::HKDITAIRK D'oHANOE 139
Ce n'est sans doute qu'à cette fatalité, qui a voulu que le crime et la scélératesse sortissent triomphants d'une lutte dont les annates du monde n'otîrent pas d'exemple que je dois m'en prendre des contre-temps qui, au milieu des disgrâces qu'éprouvent mon père et ma famille, m'ont ôté jusqu'à la possibilité de procurer quelque soulagement à de braves militaires qui, pensant trop noblement pour ramper sous la loi des vils factieux qui ont boulever.-é ma malheureuse patrie, aiment mieux partager l'infortune de ma Maison et s'exposer aux hasards et aux rigueurs d'un sort cruel et incertain que jouir du triste avantage d'une existence qui les déshonorerait à leurs propres yeux.
J'avoue à Votre Altesse Sérénissime que je ne conçois pas comment, après la déclaration que j'ai eu l'honneur de faire à Sa Majesté Prussienne, on peut encore taxer de rassemblement hostile la besogne qui m'occupe en ce moment et se borne à faire distribuer le strict nécessaire à la vie à quelques centaines d'ofticiers et de soldats non armés, auxquels Sa Majesté Prussienne a la bonté d'accorder un asile dans Ses Etats d'Allemagne et que mon Père, en vertu des droits qui lui sont communs avec les autres Princes Souverains de l'Empire, peut d'un jour à l'autre faire passer dans les Siens.
Je conçois tout aussi peu pourquoi Ton affecte de croire que mon Père caresse le projet de reconquérir avec les faibles débris d'une armée un pays que cette armée, lorsqu'elle se trouvait encore au milieu de ce pays même et en possession de la plupart de ses places fortes, ne put sauver, entravée comme elle l'était par un concours de fune!>tes circonstances, dont la plupart malheureusement n'ont pas changé depuis et dont les suites très probables de ces circonstances restant les mêmes laissent à l'homme non prévenu, qui sait les apprécier, prévoir la chute de maint autre Etat, même sans qu'il soit besoin qu'il eût lu ce triste avenir dans le livre oii sont écrites les destinées des Empires.
Si mon Père se flatte de la possibilité de rentrer dans la République et dans la possession de Ses biens et dignités, je puis assurer à Votre Altesse Sérénissime qu'il fonde cet espoir sur une base bien plus solide que ne l'est celle qu'il peut envisager dans les eûorts isolés d'un petit Corps de 3.000 soldats fidèles ; car je sais qu'il le fonde sur la puissante protection et sur l'assislance de Sa Majesté Prussienne elle-même. Il se persuade avec raison que, quoiqu'il arrive, Sa Majesté n'abandonnera non seulement pas une Maison qui a l'honneur de lui être attachée par les liens du sang, mais que surtout Elle n'abandonnera pas une République
malheureuse par une guerre qu'on ne peut lui reprocher d'avoir provoquée, une République qui n'a pas donné à Sa Majesté l'ombre d'un sujet de plainte ou de mécontentement et dont le Gouvernement légitime, quoique momentanément supprimé, conserve le droit de réclamer un appui, que lui assurait la sainteté des traités qui subsistent entre Sa Majesté et ce Gouvernement, traités qu'il ne peut regarder comme anéantis parce que, s'il était possible que dans nos malheureux temps l'honneur et la loyauté fussent absolument méprisés du reste des mortels, ces vertus devraient se manifester avec d'autant plus d'éclat dans le cœur des Souverains.
Au reste, je n'hésite pas à déclarer à Votre Altesse Sérénissime que, même dans le cas où l'on voudrait regarder la commission dont je me trouve chargé, comme une mesure réelle de précaution dictée par la prudence qui prescrit de ne pas se livrer, pieds et poings liés à la merci de son ennemi, j'oserai encore me promettre de la justice et de la loyauté de Sa Majesté Prussienne qu'Elie ne condamnerait pas cette mesure, vu l'incertitude des événements futurs et celles surtout de l'incertitude oîi se trouvent les Puissances à l'égard d'un ennemi astucieux qui, tout en montrant des sentiments pacifiques, n'a pas cessé jusqu'ici de faire lui-même des démonstrations hostiles.
Je ne crois pas avoir besoin de dire à Votre Altesse Sérénissime que je désire autant et plus que qui que ce soit de me voir sortir de la position désagréable et embarrassante où je me trouve. Car Elle comprendra sans peine que je ne saurais m'y plaire. Mais comme il ne dépend pas de moi d'en changer et qu'il faut de toute nécessité que je reçoive à cet effet des ordres supérieurs, que j'attends à chaque instant, je ne puis que rester dans cette réserve en butte à toutes les persécutions qu'on se plaît à me faire éprouver. Je supplie Votre Altesse Sérénissime d'agréer l'hommage de mon respect et de toute la considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être
Frédéric, Prince d'Orange.
PROJET d'accord ENTRE L'aNGLETERHE ET LA RUSSIE 141
Berlin, 30 août/iO septembre 1708.
Communication confidentielle du projet d'accord entre l'Angleterre et la Russie. Promesse d'envoi de 60.000 hommes sur le Rhin.
Je n'ai rien de caché pour vous, mon respectable ami, mais ceci n'est que pour vous seul. Nous avons proposé à la Cour de Londres un traité et le subside tel que celui que feu l'Impératrice allait conclure en 1796. Dès qu'il sera réglé, nous ferons marcher 60.000 hommes au Rhin. Il restera en Pologne une armée d'observation pour contenir le roi de Prusse. Si on l'entraîne à favoriser l'ennemi, cette armée punirait la trahison (2).
Après cette confidence, vous pourrez, je l'espère, garantir au Duc la vérité des informations contenues dans ma lettre ostensible ; mais j'exige que celte apostille lui soit inconnue. C'est pour vous en faciliter les moyens que je l'écris sur une feuille détachée. Je n'ai pas soufflé mot au porteur. Le Duc lui a découvert lui-même dans sa correspondance une partie de ce que vous vouliez sagement lui cacher.
Etes vous content de mes coups d'éperons à son Altesse ?
Examinez l'état du cachet de la présente et dites-moi si elle est arrivée intacte. Adieu.