‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 27 sur 171 · PRINCE D'ORANGE · texte numérisé non relu

PRINCE D'ORANGE

Hampton-Courty iô septembre 1798.

Instructions pour le Général de Stamford.

Le prince d'Orange, étant parfaitement satisfait de la manière dont le général major de Stamford s'est acquitté des commissions

(2) Cf. Appendice. Note XIX. Paul I'' au comte Woronzow et au comte Panin, 30 août 1798.

442 LE GKNÉKAL DE STAMFOliU

dont il l'avait chargé tant à Berlin qu'à Vienne, le charge de continuer à veiller à ses intérêts et à ceux de sa Maison et lui donne pour cet efîet la lettre de créance ci jointe au roi de Prusse, l'autorisant jusqu'à nouvel ordre de se rendre h Berlin ou Potsdam, aussi souvent et aussi longtemps qu'il jugera que sa présence pourra y être utile.

Le général-major de Stamford se concertera dans toutes les choses relatives à sa mission avec le Prince Héréditaire d'Orange. Il tâchera sur toutes choses de contreminer les mauvais desseins des Français et de leurs adhérents et d'empêcher qu'ils n'engagent le Cabinet de Berlin de s'allier plus étroitement avec eux et, s'il se peut, il tâchera d'effectuer que le roi de Prusse prenne une part active à la guerre en faveur de la bonne Cause, si elle se rallume sur le Continent, pour délivrer l'Allemagne et la République des Provinces-Unies du joug des F'rançais.

Ne pas perdre de vue que le prince d'Orange désire par dessus toutes choses la délivrance de sa Patrie et de l'Allemagne et préfère n'avoir point de dédommagement que d'en obtenir qui devrait Inî faire perdre l'espoir de voir sa Patrie libre et heureuse.

Le prince d'Orange s'attend que le général-major de Stamford continuera à le tenir informé de ce qui viendra à sa connaissance qui pourrait l'intéresser et l'autorise, dans le cas où il y eût quelque afïaire importante et secrète dont il fut utile qu'il fût promptement informé, de lui envoyer un courrier, s'il ne se présente pas d'autre occasion sûre et prompte qui pût en tenir lieu.

Si le général-major de Stamford jugeait nécessaire, de concert avec le Prince Héréditaire d'Orange, et avec la connaissance el te consentement de Son Altesse Sérénissime, de se rendre encore à Vienne pour le bien des affaires générales ou des intérêts du prince d'Orange et de Sa Maison, le prince d'Orange l'autorise à s'y rendre.

G. PRINCE d'Orange (i).

(i) « Le Général de Stamford a fait rapport au prince d'Orange qu'ayant « eu l'honneur de remettre au roi de Prusse la lettre dont il l'avait « chargé pour le Monarque, il en avait été reçu très gracieusement, et le « Roi, lui ayant demandé s'il re^teraft quelque te-mps à Rerlir» et le gé- «■ néral da Simifordlui ayyn.t réporkdu que i'intfintioa du priDice d'OraiOge « était (lu'il y prolongeât son séjour, se flattant que Sa Majesté n'y serait « pas contraire et que lui nourrissait le même espoir, le Roi lui serra la « main et il fut invité ce jour là, qui étiit le 18 novembre, jour annrver- <« saîre de la princesse héréditaire ^Orange, à la tafele au Boi où iî n'y « avait que la famille royale et le prince Auguste, flis de Sa Majesté « Britannique « {Dropmore Papers. IV,407. Noie on Prussian Affairé).

ACTIVITK nK< PARTISANS DE LA COALITION A HKHLIX 143

De part et d'autre on avait, pendant les deux ou trois derniers mois, redoublé d'activité. A Berlin notamment, les partisans de la Coalition avaient gagné un peu de terrain. Le duc de Brunswick lui-même, semblait avoir momentanément dépouillé le vieil homme et être tout disposé à faire valoir auprès du Roi, les arguments les plus propres à l'amener à modifier la marche politique qu'il avait suivie jusque-là. Le comte de Haugvvitz, lui aussi, avait changé de ton et d'allure. Sans être venu jusqu'à rompre avec Siéyès, sans même le négliger, il n'avait pourtant pas craint de rechercher ouvertement Panin, de prêter l'oreille à ses discours, de s'inspirer de ses insinuations, et presque de lier partie avec lui.

Noie rédigée à Londres le 7 décembre pu- le prince d'Orange et envoyée par lui à lord Grenville).

Stamford ayant fait allusion ici au prince Auguste d'Angleterre, j'ai pensé qu'il ne serait pas tout à fait inutile de reproduire ici les renseignements que Sieyès, Bignon et Beurnonville firent tenir au Département sur le séjour et la conduite de ce prince à Berlin. Pkingk Auguste d'Anglktkhu!:,

« Le jeune prince, qui est gros et grand avec la tournure d'un lazza- « rone, ne soupire qu'après le moment où il pourra retourner à Rome « auprès de sa chère Grassini. 11 veut se rendre à l'armée autrichienne « en Italie dans l'espérance qu'il sera fait prisonnier et qu'on ne lui refu- « sera pas de le laisser à Rome sur sa parole. 11 vient, dit-on, d'acheter « un grand sabre, trois paires de grandes bottes et un grand chapeau à « la prussienne et il s'e.xerce tous les matins dans son cabinet contre « une tête de Jean-Jacques Rousseau, qu'il prend pour une tète française. »

(« Arcliives des Affaire.*; Etrangères *. Pi'itsse. Volume 225 F' 60. Sieyés à Talleyrand. Berlin, ti germinal an VII).

»< Le prince Auguste d'Angleterre est parli de Berlin, il y a quelques « jours. On crie contre son brusque départ, attendu qu'il laisse ici des « dettes assez considérables. Ce Prince était tenu hors d'Angleterre « depuis quinze ans- Tl retourne, dit-on, voir si on veut lui donner « quelque titre ou apanage. Je l'ai entendu dernièrement en petite société « se plaindre du triste métier de cadet de famille. »

(Ibidem. Prusse. Volume 228, Dépêche chiffrée n" li F" 9i Bignon à Talleyrand. Berlin, 9 floréal an VllI ('20 avril 1800).

« Le prince Auguste d'Angleterre, écrit quelques jours plus tard Beur- « nonville Ibidem, n" 3>i. F° 95. Berlin, le 13 floréal an 8 (3 mai 1800) « qui, comme vous le savez, est brouillé avec sa famille, lui a fait der- « nièrement demander des fonds qui lui ont été refusés. Il vient de quit- « ter Berlin. On prétend qu'il laisse beaucoup de dettes. »

Le prince Auguste avait depuis longtemps l'habitude de brûler la politesse à ses créanciers. Se trouvant à Rome au moment où à l'approche des Français la frayeur y avait atteint son paroxysme, le 2i juin 1796. trois jours ayant la signature de l'armistice de Bologne, il avait « cru « bon de profiter de ce moment pour se soustraire à ses créanciers en « sortant de Rome à -cheval comme pour aller faire une promenade, ses « voitures l'ayant joint à Velletri pour passer de là à Naples. )^ « Arehives de» Affaires Birangères, Rome, Volume 920, F* "23(3 >>.

144 LE GÉNÉHAL DE STAMFOIID

Berlin^ 41 1 5^ septembre 17 98.

Questions qu'il lui pose relatives au projet de paix remis par Haugwitz à Siéyès et à un Mémoire en réponse de Siéyès.

Il y a des points essentiels de vos communications des 20 et 27 août qui exigent quelques éclaircissements. Je n'ai différé de vous les demander, mon Général, que parce que je me flattais de les recevoir par la suite de votre correspondance. Cependant les dernières postes ne m'ont rien apporté de votre part et je ne puis résister à mon impatience.

Pouvez-vous me résoudre les questions suivantes:

Est-ce de son propre mouvement et sans y être incité que M. de Haugwitz a remis un projet de paix à Siéyès ?

Ce projet a-t-il été confié chez vous et quelles en sont les clauses ?

Dans quelle forme est-il rédigé ?

Par quel organe le Roi a-t-il fait la réponse citée dans votre lettre du 27 ? Serait-ce par Zastrow (2) ? De bouche ou par écrit? En Note verbale ou officielle ?

Siéyès a-t-il donné un contre-projet ?

On assure ici qu'il a donné un Mémoire en réponse à celui de Haugwitz (3). Car il est bon que vous sachiez, mon cher Général,

(2) Cf. Appendice. Note, Zastrow. Notice biographique.

(3) Haugwitz adressa le 3 aoûl à Siéyès une longue note déclinatoire,

que l'on croirait écrite au lendemain de la paix d'Amiens Siéyès se

montra plus pressant ; alors Haugwitz s'anima et découvrit le fond de sa

pensée Où la France s'arrètera-t-elle ? Est-ce qu'elle veut commander

partout? Nous ne souffrirons pas que la France se conduise à notre

égard, comme elle a fait partout où on l'a écoutée, en Suisse, en Italie... Si la République est rassurée contre nous, le Roi ne l'est pas moins contre elle. Les officiers français, la nation tout entière est pour la Prusse. Il ne dépendrait pas du Directoire exécutif lui-même, d'ailleurs si changeant, de nous déclarer la guerre.

Le 25 août, Siéyès écrit alors, en suggérant l'idée de répandre des émissaires dans l'Allemagne du Sud, de se faire un parti dans le peuple, de gagner les gouvernements des Etats secondaires, « parce que, dit-il, « si je propose l'alliance nettement, catégoriquement, j'aurai une réponse « négative et ce sera pour la quatrième fois que la République sera « refusée. ».

Mais le Directoire tient à la Prusse : « C'est avec elle que nous réus-

Page 1