‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 4 sur 171 · DANGERS POUR LA PRUSSE D UNE PAIX SEPAREE · texte numérisé non relu

DANGERS POUR LA PRUSSE D UNE PAIX SEPAREE

la ligne de ia Meuse (1). La campagne d'automne avait achevé de décourager les Alliés. Elle avait donné à la France la Belgique, la Hollande, tout le pays entre la Meuse et le Rhin. La Coalition ne pouvait résister à de pareilles secousses. L'Angleterre, qui en redoutait et pressentait la dissolution, s'employait par tous les moyens à taire durer la guerre. Tout le monde en Prusse inclinait à un accommodement avec la République française. Bien que n'ignorant rien de ces tendances^ Stamford n'en crut pas moins qu'il était de son devoir d'ouvrir les yeux du Roi de Prusse sur les dangers inévitables d'une paix séparée avec la Convention.

(Vers la fin de 1794).

Impossibilité d'espérer une paciâcation générale. La Prusse ne peut et ne doit pas faire une paix séparée. Obligation pour l'Angleterre et la Hollande abandonnées par la Prusse de rechercher de nouvelles alliances.

Votre Majesté. — La question au sujet d'une pacification générale, qui depuis quelque temps semble occuper plusieurs Cabinets et particulièrement celui de Berlin — qui paraît regarder cette pacification comme l'unique moyen de sortir du labyrinthe de cette complication d'intérêts qui, ayant divisé les Puissances pendant tout le cours de cette guerre, a principalement causé leurs revers — a fini par faire perdre entièrement de vue à quelques-unes le seul intérêt digne de les occuper toutes, savoir l'intérêt de leur gloire joint à celui de leur conservation rcciproque. — Cette question paraît tout à fait .«superflue lorsqu'on se tenant en garde contre les insinuations d'une prévention trop décidée, on examine avec quelque attention les points suivants :

1" Si le Gouvernement français, dans son état actuel, pesit inspirer aux Cours un degré de confiance suffisant pour les

(1) Thieiis. Révolution française. T. VI.

(•2) R. O. F. 0. 95,6. Sans lieu ni date, cette note, comme on ne saurait en douter, a été évidemment écrite vers la fin de l'année 179 i.

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déterminer à entrer avec lai en négociations au sujet d'un objet aussi important que celui d'un Traité de paix ?

2° S'il est probable que ce Gouvernement veuille et puisse entrer sincèrement en une négociation de ce genre?

3° Si les Puissances ne perdraient pas infiniment dans l'opinion de leurs peuples en s'abaissant à faire un Traité de paix, dont l'ennemi dicterait d'autant plus indubitablement les conditions que ces Puissances négligent le seul moyen d'échapper à cette humiliation, savoir : celui de se concerter et de se préparer incessamment pour la continuation de la guerre ? Et si une paix pareille, en passant pour un aveu de leur faiblesse comme de l'insuffisance de leurs armes, ne deviendrait pas un bien puissant encouragement à des insurrections et à des révoltes nouvelles ? Enfin. A" Si la Prusse, en cas qu'elle prît le parti de s'isoler pour une paix particulière, tandis que les autres Puissances se détermineraient pour la continuation de la guerre, ne donnerait pas, en abandonnant ainsi ses Alliés, occasion à des alliances nouvelles et à un système politique moins avantageux pour elle que le système actuel?

Quant au premier de ces points, on croit qu'il suffira d'observer que la Convention nationale se trouvant aujourd'hui partagée en plusieurs factions très distinctes dont les plans sont inconciliables, il doit nécessairement en résulter entre elles une lutte plus ou moins longue selon que leurs partis se trouveront en forces à peu près égales ou non ; que l'incertitude, si celle de ces factions, qui à la fin aura subjugué les autres, laissera après son triomphe subsister en entier ou en partie, ce qu'au moins en apparence elle aurait établi, ou bien si cette dernière renversera tout de fond en comble, est une conséquence naturelle de l'opposition qui existe entre leurs projets et que, par conséquent, un traité de paix, qui aurait été conclu avec un Gouvernement d'une instabilité si palpable n'assurerait pas seulement aux Puissances la ressource du temps pour réparer quelques-unes de leurs pertes, mais les entretiendrait constamment dans la crainte de devoir reprendre les armes.

Peu de réflexions relatives au second point feront voir de même qu'une pacification générale ne saurait entrer dans les vues d'aucune des factions qui composent le gouvernement actuel de la France, à moins qu'on ne veuille supposer qu elles seront trop peu clairvoyantes pour s'apercevoir que du calme rendu au reste de l'Europe naîtrait en France l'orage d'une guerre civile qui, renversant tous leurs projets à la fois, les

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