PROBABLEMENT DU PRINCE HENRI DE PRUSSE A LOMBARD
Rheinsberg, 20 septembre 17 98.
Envoi au Roi d'un Mémoire sur la situation.
Monsieur. — Voici un Mémoire que je viens d'envoyer au Roi (2). J'aurais voulu y mettre loute l'âme avec laquelle j'envisage la situation présente. Car elle est telle que, si la Prusse ne prend pas la position qui lui convient à tous égards, on peut prévoir de très grands malheurs qui se développeront, un peu plus tôt, un peu plus tard, mais dpnt le calcul est facile à faire... Je crois, Monsieur, que l'intention, que j'ai eue en développant la vérité au Roi, est également intéressante pour vous qui travaillez dans la partie des AfFaires Etrangères pour le bonheur de la Patrie.
'1) R. O. P. O. 95.6. Cette lettre a été très probablement écrite par le prince Henri de Prusse et adressée par lui plutôt à Lombard qu'à Haugwitz
(;,') « On m'a communiqué, écrit Garlikc à iurd Grenyille de Berlin le (i 19 octobre [Dropmore Papers, IV, 349) un Mémoire du prince Henri « relatif à la France, tout à fuit hostile aux alliés. Je n'ai pu m'en pro- « curer une copiei Mais comme le comte Woronzow ne manquera pas de « le placer sous les yeux de Votre Excellence, je m'abstiendrai de lui « dire ce que je pense de cet extraordinaire factum. »
Le 5 novembre, lord Minto transmettait à lord Grenville les copies de
certaines lettres écrites au comte d'Artois par ses agents et qui lui
avaient été remises par- le duc de Sérent. Dans l'une d'elles, datée de
Brunswick le 1'' octobre, l'agent de Monsieur lui rendait compte de cer--
tains faits et gestes récents du duc de Brunswick: « L'excellent Duc
« s'est héroïquement conduit dans son séjour à Potsdam. Il y a parfaite-
« ment exécuté tout ce qu'il s'était proposé en partant de Brunswick. La
« transcendance du prince Henri et la sorte d'empire qu'il avait pris sur
« le Roi, son neveu, a été attaquée, ébranlée au point de n'en avoir plus
« rien'à craindre. On est parvenu à faire sentir au jeune Monarque la
u honte et le danger, auxquels il exposerait sa gloire personnelle et sa
« couronne en se laissant guider par les conseils de son oncle. Ce der-
« nier avait remis depuis peu de jours un Mémoire détaillé sur la con-
« duite que la Prusse avait à tenir dans le cas où la guerre se renouvel-
« lerait. On croit que ce Mémoire était, en grande partie, l'ouvrage de
(( l'abbé Siéyès, dont le Prince est le protecteur affiché. L'objet qu'on se
« proposait dans cet écrit', ne tendait à rien moins qu'à déterminer Sa
« Majesté Prussienne à se lier étroitement avec la France Républicaine
« contre l'Autriche, sa seule et véritable ennemie. On a promis au Duc
« de ne pas même le lirc^. « [Dropmore Papers, IV, 363).