LE MÉMOIRE DU PRINCE HENRI DE PRUSSE
Je résume en peu d'articles le sujet très légitime de mes craintes :
1° Si la France ne voulait pas d'une neutralité armée si utile pour le pays de Hanovre et le duc de Brunswick, sera-ce une raison pour retomber dans la Coalition et n'est il pas plus utile et beaucoup moins dangereux de prévenir cet événement, le plus funeste qui puisse arriver à la Monarchie Prussienne, et de s'unir avec les princes d'Allemagne et la France?
2" N'a-t on pas par ce moyen l'espoir de faire la paix générale telle qu'il convient au roi de Prusse de la faire, au lieu de moyenner la paix particulière pour tous les princes de l'Empire, à la tète desquels est le Roi de Prusse ?
S'' La France peut, si elle croit se trouver dans le cas de ne pouvoir espérer une alliance formelle avec la Prusse, elle peut, dis-je, finir cette guerre avec l'Empereur sur le champ.
4" En cédant aux volontés de l'Empereur le Traité de Campo- Formio, la Maison d'Autriche aurait de grandes obligations à la Prusse ; c'est pour elle qu'indirectement elle recevrait une pirtie ou toute la Bavière. Ce qui donne déjà lieu à la soupçonner, c'est qu'au moment où il paraissait que la rupture entre l'Autriche et la France allait se faire, le comte de Metternich venait de se ralentir sur la démolition d'Ehrenbreitstein. — Certes cela mérite attention.
Après ces quatre articles p3ut-on blâmer ma sollicitude ? Elle est fondée, et l'expérience m'apprend qu'il est dangereux de voir venir de tels événements. Car je ne crois pas que les Ambassadeurs du Roi à Rastatt ont fait un pas qui soit avantageux à la dignité du Roi et de la Prusse.
Je vous prie, Monsieur, d'envoyer cette lettre au Roi. Comme je crois que c'est votre devoir, je l'en ai prévenu. Je n'ai rien de caché pour Sa Majesté.
Vous me pardonnerez le mot de Rastatt. Dans votre place, on est quelquefois obligé de se conduire par des causes que je ne peux connaître, ni ne veux pénétrer.
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