‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 36 sur 171 · LA FRANCE EN DANGER · texte numérisé non relu

LA FRANCE EN DANGER

« le tapis. » (Happoris de Bâcher, de Ratisbonne, 10 et 17 décembre 1798). Les Allemands ne pensent plus qu'à se garantir à la fois contre la République et contre l'Autriche, en attendant que la guerre manifeste la raison du plus fort, qui sera pour eux, comme toujours, la meilleure. 11 ne faut pas s'y tromper : C'est la guerre de 1793 qui menace de recommencer avec, en plus, la révolte des peuples, l'appoint redoutable de la Russie et en moins la Pologne qui n'est plus là pour retenir les Russes, rappeler les Prussiens et distraire TAutriche. Ajoutez les prétendus Alliés, les Alliés par contrainte : la Hollande, l'Espagne, qui guettent la première défaillance pour secouer le joug. Dans ce péril le Directoire, successeur éloigné du Comité de Salut Public, en retrouve,

pour quelques heures, l'âpre énergie Les Conventionnels,

portés au Gouvernement de la République, restèrent toujours des hommes de la Révolution, des hommes d'assaut ; ils n'étaient pas des hommes d'Etat Dans la crise, ils reprenaient leur aplomb ; ils savaient oser, risquer les coups désespérés. « Tenez pour certain, dit Reubell à Sandoz au « commencement de décembre 1798, que la République « Française, provoquée comme elle vient de l'être, saura se « défendre et attaquer à outrance (1)... »

Berlin, 8 décembre 1198.

Son entretien avec Haugwitz. Pourquoi le duc de Brunswick désapprouve les projets du Ministre sur Ehrenbreitstein. Confiance et optimisme de Haugwitz. Tout en croyant à la paix, Haugwitz voudrait savoir si, en cas d'attaque, l'Angleterre soutiendrait la Prusse.

J'ai eu l'honneur d'informer Votre Altesse Sérénissime à la lin de mon rapport précédent du 4 de ce mois (3), que j'eus dimanche passée le 2, une conversation avec le Roi au sujet des

(1) SoREL. L'Europe et la Révolution Française, V, 365-367, (■2) R. 0. F. O. 05.6.

(3) Cf. Pièce XLI.

affaires de Hollande. Je ne saurais en rendre à Votre Altesse Sérénissime un compte plus exact que je ne l'ai fait dans une lettre que j'écrivis le lendemain au duc de Brunswick et que pour cette raison je vais transcrire ici mot à mot.

(Suit la copie de la lettre en question) (1).

Je me rendis chez M. de Haugwitz le o. Il m'apprit d'abord qu'il venait de recevoir une réponse de M. le Duc sur le sujet d'Ehrenbreitstein et que Son Altesse Sérénissime le désapprouvait absolument.

Les raisons, sur lesquelles le Duc s'appuya, sont, à ce que m'a dit le Ministre (qui ne m'a pas montré la lettre), que les Français regardent l'entreprise comme une reprise d'hostilités de la part des Prussiens ; qu'elle peut les décider à conclure promptement une paix avec l'Autriche, avec laquelle il ne doute pas qu'ils sont en négociations ; que, tranquilles de ce côté, mais ayant toujours besoin d'une guerre, ils tourneraient probablement leurs armes contre la Prusse ; que celle-ci, n'ayant jusqu'à ce moment pas d'allié sur lequel elle put compter, se trouvera par là jetée tout à coup dans des embarras si graves qu'on ne saurait leur comparer ceux que causerait la chute d'Ehrenbreitstein (2) ; enfin que, si cette entreprise n'offre pas de difficultés militaires insurmontables, ce n'en serait pas moins une grande témérité de la hasarder sans avoir une armée d au moins 60.000 hommes prêle à se porter en avant pour soutenir la démarche dans le cas oîi elle entraînerait les suites qui sont à prévoir.

M. de Haugwitz, quoique ne désapprouvant pas ces raisons, m'a paru très fâché de ce que le Duc n'est pas mieux entré dans ses idées. Il m'observa qu'il n'était pas vraisemblable que les Français, entourés de peuples exaspérés et en partie en pleine insurrection, osassent attaquer la Prusse dans des circonstances qui leur sont si défavorables, à l'occasion d'une querelle oti tous les torts sont de leur côté puisque le blocus d'Ehrenbreitstein est une infraction au traité fait pour le ravitaillement de cette place et que ce sont eux qui commettent un acte d'hostilité en y mettant obstacle.

Je lui observai à mon tour que, si j'avais bien compris les objections de M le Duc. ce prince ne s'opposait pas absolument à l'idée

(1) Cf. Pièce XLI.

(2) Le colonel Faber, qui commandait à Ehrenbreitstein, ayant perdu tout espoir d'être ravitaillé, sortit, le 2(5 janvier 1799, de cette place que les Français occupèrent sur-le-champ, sans en démolir les fortifications, ainsi qu'il en avait été convenu à Rastatt.

l'optimisme de haugwitz -191

de forcer les Français à lever le blocus de cette place, mais donnait à entendre que, si on voulait la chose, il fallait aussi vouloir les moyens et qu'un des principaux était d a^oir une bonne armée prête à soutenir la gageure en cas de nécessité.

A mon grand étonnement il me répondit que, quant à ce dernier article, il était persuadé que, même appuyé de l'opinion du Duc, il ne déciderait pas le Roi à faire pour sauver Ehrenbreitstein les frais d'un grand préparatif.

C'était me faire comprendre que le Roi, à côté des conseils du Ministre et de ceux de M. le Duc, en écoute d'autres qui souvent peut-être leur sont opposés.

Sans m'arrêter à cette réflexion, je lui expliquai que les mesures indiquées par le Duc devaient, en tout état de cause, être présentées au Roi comme étant une nécessité indispensable dans les circonstances actuelles. — « Car, lui dis-je, supposé que « l'Autriche fasse la paix, nul doute que les Français tourneront « leurs armes contre la Prusse, la guerre étant pour eux un besoin. « Combien donc votre position ne serait-elle pas critique, si vous « vous trouviez n'avoir pas pris à temps vos mesures pour laire « tace à cet événement?»

La réponse fut qu'il ne croyait pas que pareille chose était à craindre.

« Je Ja crains si peu, répondis-je, que même sans le secours de « l'Autriche, pourvu qu'on y fût préparé, j'espérerais voir au bout « d'une seule campagne les Français chassés de la Hollande et des « Pays-Bas jusque dans leurs anciennes limites et cela rien qu'avec ç les forces de la Russie, de la Prusse et de l'Angleterre. »

Mais, tout en n'étant pas de mon avis sur ce point, il lui échappa après un moment de réflexion de me dire qu'il désirait vivement avoir la certitude que l'Angleterre fût disposée à accorder des secours à'ia Prusse, dans le cas où on se serait décidé ici à marcher avec des forces suffisantes pour rétablir les choses en Hollande.

Comme je savais que, quelques jours auparavant, il avait tenu les mêmes propos au comte Panin, je lui répondis qu'il ne pourrait rien faire de mieux que de s'expliquer sur cet objet avec le Ministre d'Angleterre à Berlin qui, peut-être, serait en état de lu.i donner une réponse satisfaisante. Il me dit qu'il le ferait, ayant à l'entretenir d'un certain Irlandais qu'on avait arrêté à Hambourg (1), et ici se termina notre entretien.

(1) Probablement, presque certainement même, Napper Tandy, comme on le sait, tout acquis à la T'rance, et qui, après l'insuccès de notre teu-

Berlin, 11 décembre 1798.

Haug-witz s'entête sur Ehrenbreitstein. Les subsides de l'Angleterre. Réveil des idées belliqueuses à Berlin.

M. de Haugwitz, quoique se rendant aux raisons alléguées par Voire Altesse Sérénissime contre le projet d'Ehrenbreitstein, aurait cependant désiré qu'Elle eût voulu la proposer au Roi. Il me paraît qu'il a cette entreprise extrêmement à cœur, tant pour les raisons que j'ai eu l'honneur de rapporter dans mes lettres du 1" et du 4 que parce qu'il a été informé depuis, que quantité de riches particuliers y ont sauvé leurs effets les plus précieux lors de l'invasion des Français.

Dimanche dernier, m'apercevant à la Cour du Roi, il est venu me dire qu'il fallait de toute nécessité songer à délivrer cette place et qu'il voulait engager le Roi à inviter Votre Altesse Sérénissime à se rendre à Berlin pour se décider sur le parti à prendre (2). Il

tative de débarquement en Irlande, était allé chercher un refuge à Hambourg et y avait été arrêté ainsi que ses compagnons par ordre du Sénat. Cette mesure avait paru insuffisante à Paul I'% qui, le 26 avril 1799, écrivait à Mouraviefî, son Ministre à Hambourg : « Notre bienveillance et « notre protection ne peuvent être restaurées à la ville de Hambourg « avant qu'elle ne détruise le club, nommé la Société Philanthropique « et qu'elle n'ait livré au Ministre Britannique ou encore mieux à son « G^ouvernement les rebelles irlandais, qui y ont été arrêtés et parmi « lesquels se trouve aussi Napper Tandy. » (Dropmore Papers, V, 33).

L'intervention de Paul I"'' n'avait pas, ce qui est d'ailleurs a.?^ez naturel, eu l'heur de plaire au Cabinet de Saint-James, comme le montre bien clairement un passage de la dépêche, que Thomas Grenville adressait h son frère, le Secrétaire d'Etat, de Berlin le 31 mai. (Cf. pour plus de détails sur l'affaire Napper Tandy les volumes Prusse et Hambourg, des Archives des Affaires Etrangères).

On sait que le général Humbert, envoyé avec 1500 hommes pour soutenir le soulèvement de l'Irlande, avait débarqué le 22 août, mais n'ayant pu être rejoint par les renforts que devait lui amener le général SaVrazin, il avait été battu et fait prisonnier le 8 septembre 1798 par les troupes "du général Lake. l'un des lieutenants de lord Cornwallis.

(2) Thomas Grenville, qui n'allait pas tarder à se rendre à Berlin, était du même avis que Stamford et que Haugwitz : » Il est tellement « urgent que le duc de Brunswick se rende à Berlin, où son action per- « sonnelle est indispensable, écrit-il à son frère, de Yarmouth le 19 dé-

LA PHUSSK KT LES SUBSIDES DE L'ANGLETElUiE 193

m'a confié aussi qu'il s'est ouvert au Ministre d'Angleterre sur l'article des subsides et qu'il a reçu une réponse assez satisfaisante. Si on peut se rapporter aux apparences, on se monte ici peu à peu à la guerre. Zastrow doit avoir dit avant-hier à M. d'Ompteda (1), l'envoyé de Hanovre, que les choses étaient si embrouillées que la guerre seule offrait une issue pour sortir de ce chaos. Je me réserve de revenir sur ces objets plus ea détails. Eq attendant, je supplie Votre Altesse Sérénissime de méditer sur le parti qu'il y aurait à prendre, si la Cour de Vienne venait à faire une paix avec les Français en abandonnant la Hollande, les Pays-Bas avec les pays qu'ils ont arrachés à l'Allemagne. Je pense que leurs affaires n'en iraient pas mieux si la Russie, la Prusse et l'Angleterre ne jugeaient pas à propos de s'accommoder d'une pareille paix.

« cembre, que je ne serai nulleiTient peiné d'apprendre ù Brunswick qu'il

« est déjà à Berlin « {Dropmore Papers, IV, 418),

(1) Omptkda (Louis-Gharles-CTCorges d') (1767-1854) d'abord auditeur à la Chancellerie de Justice à Hanovre, entra peu après dans la diplomatie et fut envoyé comme Secrétaire de Légation à Dresde, puis en 1794 à Berlin, où il ne tarda pas à devenir chargé d'affaires, fonctions qu'il remplit jusqu'en 1800. Directeur général des Postes hanovriennes en 1801, Ministre du Hanovre à Berlin en 1803, il demanda ses passeports en 1806 lors de l'occupation de l'Electorat par la Prusse et remplit momentanément les fonctions de Ministre d'Etat à Hanovre, fonctions qu'il dut quitter après léna. Réfugié à Prague, il s'y lia avec Gentz et Adam Millier et envoya de cette ville de fréquentes et utiles informations, tant t Londres qu'à Vienne. Ch.irgé en 1809 par le Cabinet de Berlin d'une mission à Londres, il fut choisi en 1811 par le Prince Régent pour entamer et suivre des tractations avec la Prusse et facilita la mission, dont Scharnhorst s'acquitta à Vienne en novembre 1811. En 1812,^11 continua de travailler à Berlin au rapprochement entre la Prusse et l'Angleterre et contribua puissamment à assurer le succès des accords que Sir Charles Stewart conclut avec la Prusse au commencement de 1813. Nommé de nouveau à la fin de cette année Ministre du Hanovre à Ber- ,in, accrédité en outre auprès de la Cour de Dresde en 1817, il ne quitta ce poste qu'en 1823 pour devenir Ministre d'Etat et de Cabinet. En 1831, il alla remplacer^à Londres le comte de Munster, qui s'y était rendu impossible et prit sa retraite en 1837 lors de la mort du roi Guillaume IV.

TAMFORD 13

Berlin, 15 décembre 1798.

L'Autriche, la paix et les singulières tendances belliqueuses de Haug-witz. La défiance et le mutisme de Thugut.

J'ai parfaitement reçu la lettre avec toutes les incluses que Votre Altesse Sérénissime a eu la bonté de m'adresser par le sieur Tempe. Quant à ce qui regarde le projet de M. de Haugwitz relativement à Ehrenbreitstein, je n'ai fait que transmettre à Votre Altesse Sérénissime les idées de ce Ministre sans y joindre mes propres réflexions, persuadé que j'étais que Votre Altesse Sérénissime saurait mieux que moi lui en démontrer les inconvénients. Obligé néanmoins de rendre compte à notre Cour de ce qui se traitait ici à ce sujet, je l'en ai informée dans ma dépêche du 4 de cse mois.

II n'est malheureusement que trop vrai que nous devons nous attendre d'un jour à l'autre avoir la Cour de Vienne sortir de la iice et préférer d'avoir fait servir à ses intérêts particuliers les victoires de l'Angleterre à la gloire de se joindre plus étroitement à ses Alliés pour achever le Monstre révolutionnaire qui, la rage dans le cœur, ira chercher de nouvelles victimes. Grâce à cette défection honteuse, l'Autriche lui permettra de reprendre des forces...

Sans la destruction de la flotte des brigands dans la Méditerranée et l'anéantissement de leur armée en Egypte (2\ le Ministère de Vienne n'eût sans doute pas pensé à discuter la cause de l'humanité, ni peut-être celui de Berlin, à se remettre sur les rangs pour la défendre. Ce dernier qui, l'été passé, alla faire

(2) A la nouvelle de la. victoire d'Aboukir, Razoumowski avait écrit ce qui suit à Woronzow : « Ce grand événement, qui annule la Marine

« française, se passait au moment où douze vaisseaux russes venaient

(c de passer les Dardanelles pour joindre les Anglais, au moment où « notre Cour, indépendamment de '20. 000 auxiliaires, en promit 60. 000 à « l'Autriche. Si cette Cour ne profite pas d'une pareille circonstance qui « peut et doit immanquablement réparer ses malheurs et changer de la « manière la plus avantageuse la face de l'Europe menacée de s^ perte, « l'Autriche sera cause de nos malheurs et responsable devant la posté- « rite ». iDropmore Papers, IV, 33-2. Vienne, 8-19 septembre 1798V

l'évolution de HAUGWITZ, LE MUTISME DE TIIUGUT 195

une promenade de trois semaines avec son Maître au moment où renvoyé d'une des plus grandes Cours de l'Europe était venu pour traiter avec lui des intérêts de la Prusse (1), qui, trois semaines plus tard, le fit renvoyer, comme on renvoyé un petit négociateur subalterne et qui enfin traita de même, il y a quatre mois, M. deCobenzl (2) qui en quittant Berlin a dit : « La Prusse s'en « repentira. Nous serons toujours à même de faire notre paix quand « nous voudrons », ce même Ministre parle aujourd hui de reprendre les armes après avoir donné, il y a quatorze jours, line réponse évasive à une proposition qui ne tendait qu'à faciliter son but. Qu'espérer du sort des Empires, lorsque le soin de veiller à leurs intérêts est confié à de tels gardiens?

Si les talents, les lumières et l'énergie de caractère du comte Panin avaient pu inspirer une portion des mêmes talents et les mêmes vertus aux hommes auxquels il a à faire ici et à Vienne, l'état des choses se présenterait sous une face aussi riante qu'elle paraît sinistre aujourd'hui.

Mais les arguments les plus solides du comte Panin pour prouver à M. de Thugut la tendance incontestable de la Cour de Berlin vers un rapprochement avec celle de Vienne se sont brisés contre les préventions funestes de ce Ministre.

A mon arrivée ici, de Brunswick, la bienséance m'obligea d écrire à M. de Thugut une lettre en réponse à des choses infiniment honnêtes et flatteuses, qu'il avait écrites à mon sujet à M. le prince de Reuss. J'en pris occasion pour lui parler des changements qui s'étaient faits dans les dispositions de la Cour de Berlin en faveur de la bonne cause, uniquement parce que le comte Panin et le prince de Reuss souhaitaient que je traitasse cet article.

Je m'étendis donc longuement dans ma lettre sur ce que je crus propre à vaincre son incrédulité, vraie ou feinte, à l'égard de la Cour de Berlin. Je lui dis : Que les ruses employées par le Gou

(I) Il s'agit évidemment ici de la mission du prince Repnin à Berlin. — Cf. De Luc à lord Grenville, Berlin, 12 juillet 1798, le passage relatif au dépit et au désappointement de Repnin à la suite des conférences qu'il venait d'avoir avec Haugwilz. {Dropmore Papers, IV, "257-258).

[i] Lord Elgin à lord Grenville. BIackhe:ith, 12 septembre 1798,

« J'ai, si je ne me trompe, fait savoir à Votre Seigneurie, que le

« comte de Cobenzl n'a pas caché son mécontentement, même à des per- « sonnes appartenant à la Cour. Les lettres, que j'ai reçues de Berlin « depuis mon départ de cette ville, mandent [que le langage de Cobenzl « est devenu de plus en plus violent et qu'il a été fort désappointé et « fort surpris on voyant que le roi de Prusse jugeait inutile de lui offrir « une tabatière » {Dropmore Papers. IV, 306).

vernement français pour attirer la Prusse dans une alliance avaient ouvert les yeux au Ministère prussien ; qu'il était convaincu que ce Gouvernement ne cherchait à prolonger la guerre que parce que son existence dépendait de sa durée ; que de là ce Ministre tirait celte conséquence toute naturelle que le Directoire, forcé de perpétuer la guerre au dehors, cherche à empêcher l'union des Puissances par tous les moyens que peuvent lui suggérer l'astuce et la perfidie qui ont contribué à ses triomphes plus que l'audace et la force et que, s'il a conçu le projet outrageant de s'associer la Prusse, ce n'a été qu'avec le dessein d'en faire sa victime après qu'elle aurait été assez longtemps sa complice.

Il y a près de cinq semaines que ma lettre et celles du comte Panin et du prince de Reuss sont entre les mains du Ministre de Vienne, mais aucun de nous n'a été honoré jusqu'ici d'un seul mot de réponse. Cependant, comme il est impossible qu'il garde plus longtemps le silence avec le comte Panin, qui lui a écrit par ordre de son Souverain, j'attends une lettre d'un moment à l'autre et c'est pour cette raison que j'ai invité le sieur Tempe à remettre son retour à Brunswick jusqu'à la fin de la semaine prochaine.

Berlin., 17 décembre 17 98.

Conversation avec Struensee et le Roi au sortir du dîner. Effet produit par la déclaration de guerre de la France à la Sardaigne et à Naples. Le journal « La Verge ».

Jai eu l'honneur avant-hier de dîner chez le Roi. C'est probablement à ma qualité d'Envoyé de Monseigneur le Prince d'Orange, oncle de Sa Majesté, que je suis redevable de jouir de temps en temps de cette faveur. Si elle ne me procure pas l'avantage d'entretenir le Roi d'objets intéressants, du moins le hasard me fournit-il parfois l'occasion de placer un mot pouvant faire quelque bonne impression. Ce fut le cas ce jour-là.

J'eus, au sortir de table et pendant qu'on servait le café, un entretien avec M. de Struensee (2), dont les opinions sont connues de^Votre Altesse Sérénissime. Il me parla de l'expédition de Bona-

(2) Cf. Appendice, Notice biographique.

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