LA PRUSSE ET LA COALITION
sont rapprochés d'Âncône. Les Napolitains sont positivement à Rome et un corps de 4000 hommes, à Livourne pour empêcher les Français de prendre la route de Sienne et de se jeter en Toscane dégarnie de troupes. La retraite des Français sur Ancône, ainsi que des renforts qu'otr pourrait leur envoyer du côté de Mantoue pourrait, il me semble, devenir pour eux des mouvements également difficiles, si l'armée autrichienne, depuis Padoue, peut en combiner avec l'armée napolitaine (1).
Berlin^ 18 décembre 1798.
Effet produit par la déclaration de guerre de la France aux Rois de Naples et de Sardaigne. Analyse de la lettre qu'il vient de recevoir du duc de Brunswick. Le Duc lui expose l'attitude qui conviendrait à la Prusse en cas de formation d'une Coalition contre la France.
La déclaration de guerre des Français aux rois de Naples et de Sardaigne produit ici une vive sensation. — Sa Majesté Prussienne n"a pas caché sa profonde indignation qu'on enveloppe le
(1) Le passage suivanl de la lettre du comte de Starhemberg à lord Grenville [Dropmore Papers, IV, 4601 permet de se faire une idée des illusions du diplomate autrichien et du prestige dont jouissait Mack. « Les nouvelles, que nous avons reçues de Paris depuis quelques jours, « paraissent très fâcheuses à la première lecture, mais en les examinant « avec attention et sur la carte, on trouve quelques consolations et on X peut se convaincre aisément qu'il n'y a rien de désespéré Il n'y a
* pas eu d'affaire générale. Il ne se serait point donné de bataille, sans « que Mack y fût et les Français n'auraient pas manqué à boasf of it, ce « qu'ils ne font^pas. Ils se bornent à dire que le Roi et Mack fuyent. — " Voici le fait, 'je crois. Mack a voulu essayer, par des affaires particu-
* lières, une armée qui n'a jamais vu le feu. La retraite de Rome, qui K est intenable, est une conséquence nécessaire des revers éprouvés et « sûrement moindres qu'on ne les présente. Donnez-vous la peine de « regarder la carte et vous jugerez comme moi qu'un homme, aussi habile « que l'est certainement Mai.'k, n'aura pas manqué d'occuper les positions « de Velletri et de Terni. 11 donnera bataille à un ennemi placé entre « son armée et la mer et pendant ce temps le prince d'Orange descendra « par Ancône avec nos troupes ; car nous arriverons, n'en doutez pas. II « faudrait pour croire le contraire nous supposer traîtres et imbéciles et « il m'est impossible d'admettre cette liypothèse avant d'eu avoir les *« preuves.,... » (Cf. Mémoires du comte fco(jer de Damas, î, 286"-306),
roi de Sardaigne dans cette querelle, dont l'issue est facile à prévoir, ainsi que le sort qu'on prépare à ce malheureux pays.
M. de Haugwitz m'a dit qu'il avait déjà mis les fers au feu pour décider le Roi à appeler le duc de Brunswick.
Voilà ce que m'écrit ce dernier dans une lettre du 7 de ce mois: « Si l'Autriche se rapproche de bonne foi de la Prusse sous « l'égide de la Russie, si l'Angleterre veut concourir en partie aux « frais de la guerre, je crois que toute âme honnête concourrait « avec joie au rétablissement du bonheur de l'Europe. Mais, sans « cet accord, je vous laisse à juger s il serait prudent de tenter « des démarches inutiles et si toutes les pierres ne seraient pas « levées avec raison contre l'homme qui voudrait précipiter la « Prusse dans la guerre, seule et sans le concours de l'Autriche. « Si l'Autriche se déterminait enfin à sauver l'Europe en repre- « nant les armes pour ne les poser qu'après avoir obtenu la paix « générale et que les hostilités eussent commencé en Suisse « et en Italie, je pense que la Prusse pourrait alors dire à la « France :
-< Qu'après avoir fait tous les sacrifices pour pacifier l'Europe, « File voyait avec rhagrin que les maux de l'humanité allaient « se prolonger ; Que ces malheurs ne pouvaient être attribués « qu'aux hostilités commises par la France durant la trêve après « là paix de Campo Formio, au moment même des négociations de « Raslatt ; Que le Gouveraement français pouvait n'avoir pour but « que de renverser une monarchie après l'autre et de dévaster tous « les pays auxquels elle imposait son joug ; Que les paix par- « tielles avaient causé le malheur de l'Furope ; Qu'il était temps de « mettre un terme aux outrages dont la France abreuvait le genre « humain ; Que la Prusse ne voulait que la Paix^ mais une Paix « générale, telle quelle peut assurer le bonheur et la sûreté des « Nations ; Que le Roi, libre de toute vue d'intérêts, n'avait que la « Paix générale en vue; Que pour l'obtenir il s'est joint à la « Russie, à l'Autriche et à l Angleterre; Qu'il faisait avancer « 1 00.000 hommes pour soutenir les Alliés et les peuples opprimés « qui réclament' sa protection et qu'il ne poserait les armes que de « concert avec ses Alliés. »
Son Altesse Sérénissime ajoute à la fin : « Regardez ce roman « politique comme le rêve d'un vieillard, qui dans sa retraite, « remplit ses loisirs d'occupations aussi oiseuses qu'inutiles. »
J'espère bien que ce ne sera pas seulement un roman, si le Duc et M. de Haugwitz tiennent au Roi un langage ferme et uniforme. Cependant, si l'Autriche rentre en guerre, je ne saurais m'empê-
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cher de craindre encore que le Cabinet de Berlin ne s'enveloppe de nouveau dans son ancien système de neutralité, le plus conforme aux goûts du Roi.
Ikrliu, 22-25 décembre 1798.
Haugw^itz croit la guerre inévitable. Participation probable de la Prusse si l'Autriche reprend les armes. Notification officielle du départ de Turin du roi de Sardaigne.
La sensation produite ici par la déclaration de guerre aux rois de Naples et deSarduigne se fortifie de plus en plus. M. de Haugwitz ne peut cacher, ne craint pas de laisser apercevoir que pour lui la guerre est inévitable. Il a dit au comte Panin, en lui parlant de l'entrevue dans laquelle Siéyès lui a notifié cette déclaration de guerre « ce que ce Scélcral avait exigé en sommant le roi i< de Sardaigne et que lui, Haugwitz, n'avait pu s'empêcher de « témoigner l'horreur que lui inspirait ce nouveau méfait du « Gouvernement français ».
Dans un autre entretien que le comte de Haugwitz avait désiré avoir, il y a deux jours, avec le comte Panin, ce dernier a fortement insisté avec une assurance positive pour que, dans le cas où le Gouvernement français exigerait un nouvel engagement de la Prusse de maintenir sa neutralité, on se renfermerait dans des termes qui laisseraient pleine liberté au Roi de prendre un parti conforme à sa dignité et de faire cause commune avec les Alliés La réponse du Ministre a été complètement affirmative. Le comte Panin partit avec l'autorisation de dire à sa Cour tout ce qui pourrait la convaincre de la ferme résolution du Roi de n'entrer dans aucun arrangement avec le Gouvernement français.
Le comte Panin ayant demandé si une reprise d'armes de la part de l'Autriche lèverait les obstacles qui ont empêché jusqu'ici la Cour de Berlin de faire connaître le terme de sa neutralité, M. de Haugwitz lui a donné les plus grandes espérances (presque la certitude) qu'un tel événement déciderait enfin le Roi à se prononcer.
(1) R. O. F. O. 95.tJ«
H>i LE GÉNÉRAL DE STAMFORD
Apostille 2 5 décembre 1 7 9 S .
Mon rapport du 22 n'ayant pu partir en son temps, j'y joins peu de mots pour informer Votre Altesse Sérénissime que Siéyès, après la réception d'un troisième courrier, se rendit hier chez le comte de Haugwitz pour lui notifier que le roi dé Sardaigne avec sa famille avait quitté Turin pour se rendre en Sardaigne.
Le temps ne me permettant pas de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime d'une conversation que j'eus dimanche dernier à la Cour avec le Roi, je me contenterai de lui dire ici qu'en conséquence de cet entretien j'écrivis hier une lettre très énergique à M. de Haugwitz et que pour y répondre ce Ministre m'a appointé chez lui pour aujourd'hui. Je vais m'y rendre et j'aurai l'honneur de rendre compte- à Votre Altesse Sérénissime dans mon prochain rapport, de ce qui se sera passé entre nous et de ma conversation de dimanche dernier avec Sa Majesté Prussienne.
GÉNÉRAL DE STAMFORD AU PRINCE D'ORANGE (1). Berlin, [après le .25) décembre 1798..
Son entretien avec le roi qui blâme la conduite du roi de Naples. Entretien avec Haugwitz. Le Ministre croit à la rupture des négociations entre la France et l'Autriche. Urgence de la venue du duc de Brunswick à Berlin.
Dans mes derniers rapports du 22 et du 25 du mois passé, j'ai fait mention d'un entretien dont le Roi m'a honoré le 23 de ce mois. Sa Majesté le commença en me demandant si je n'avais rien appris de nouveau. — Je répondis que je n'avais appris que la nouvelle des hostilités entre les Napolitains et les Français annoncées par des lettres particulières au marquis Lucchesini (2) ; Que j'avais été charmé d'apprendre que Ja victoire, que les Français se vantent d'avoir remportée à Terni et à Fermo, se réduisait, d'après ces lettres à peu de choses, puisqu'ils avaient été forcés à des mouvements rétrogrades sur Ancône ; enfin que depuis lors le bruit courait qu'une partie de l'armée autrichienne se disposait à marcher au secours de celle de Naples.
(2) Cf. Appendice. Notice biographique.