TEN>IO.\ DES RELATIONS ENTRE VIENNE ET PARIS
« Quant k cette dernière nouvelle, répliqua le Koi, je puis « vous assurer qu'elle est complètement fausse. J'ai reçu des « lettres du comte de Keller qui me disait le contraire et qui fait « craindre pour le roi de Naples dont la levée de boucliers n'a « pas l'approbation de la Cour de Vienne. On me mande aussi « qu'on commence à cabaler contre les princes Frédéric (1) et de « Reuss. En un mot, on ne sait comment s'expliquer la conduite ^< de la Cour de Vienne, ni ce qui se traite entre elle et les Fran- « çais. D'un côté, elle presse la marche des Russes harassés et a fatigués que Raumer (colonel au service de Sa Majesté) a été « voir et qu'il dit être dans un excellent état. On &e perd en con- « jectures lorsqu'on rétléchit à ces ohoses ».
Gomme je voyais que le Roi se préparait déjà à me quitter, je me bornai à lui répondre que j'avais peine à croire que le roi de Naples eût commencé les hostilités sans s'être concerté avec la Cour de Vienne et que le général Mack eût osé dire à Championnet : « Que ni l'Empereur, ni Sa Majesté Sarde ne recon- « naissaient de République Romaine ». A quoi j'ajouterai que cet état d'incertitude de la Cour de Vienne était à mon avis d'autant plus affligeant que les Français en tiraient le plus grand avantage.
Je quittai la Cour fort affligé par cet entretien, jugeant par ce que le Roi m'avait dit que les rapports que Sa Majesté recevait de Vienne, ceux surtout du démocrate Cœsar, devaient être conçus de manière à l'entretenir dans son éloignement pour cette Cour, ce que je sais d'ailleurs être très vrai quant aux rapports du sieur Sandoz-Rollin à Paris (2) et ceux du sieur Bielefeld à la Haye (3).
De retour chez moi, j'écrivis à M. de Haugwilz une lettre, dans laquelle je lui rendis compte de ma conversation avec le Roi et lui témoignai mes soupçons sur la cause du découragement qu'on remarque en Sa Majesté chaque fois qu'EUe parle des afl'aires dans leurs rapports avec la guerre, à laquelle on voit que Sa Majesté espère toujours pouvoir échapper en se tenant isolée.
Sur €elte lettre, M. de Haugwitz me répondit- par l'off're d'un entretien que j'eus avec lui le lendemain dans sa maison. Il me dit qu'il avait trouvé mes observations fort justes; Que le Roi
(1) Le prince Frédéric d"Oraage, a ce moment au service d'Autriche et placé à la tête de l'armée autrictiienne d'Italie.
(2) Cf. Appendice. Notice biographique.
(3) Bielefeld était à ce' moment Secrétaire de la Léga'.ion de Prusse à la Haye,
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lui avait parlé depuis sur les rapports arrivés de Vienne sur le même ton, mais qu'il avait fait comprendre à Sa Majesté que la probabilité d'une rupture très prochaine des négociations, entamées p iut-étre entre Ja Cour de Vienne et le Directoire, s'accroissait de jour en jour ; Que le baron de Thugut était trop clairvoyant pour croire à la possibilité d'une paix solide avec la France et qu'il a\ait peut-être besoin de ces négociations pour guérir de cette croyance sa Cour et le parti pacifique qu'il a contre lui. « En effet, me dit-il, voilà les Français qui, après avoir obtenu « à Rastatt tout ce qu'ils ont voulu, reviennent à la charge en « remettant sur le tapis l'article des Sécularisations. Comment « l'Autriche qui ne peut, ni tae veut en entendre parler, s'accorw dera-t elle avec eux sur ce point dont ils disent ne pas vouloir « se désister ? Jusqu'à quand souffrira-t-on qu'ils fassent la loi « à l'Allemagne, en y changeant ou en y renversant tout à leur « gré ? Comment enfin le repos s'établira-t-il jamais en Europe « tant qu'ils seront les maîtres de la Hollande, du Brabant et de « la Suisse et de toutes les portes qui leur ouvrent le chemin de a l'Allemagne ? Il est impossible qu'on leur abandonne à jamais « ces conquêtes, même dans le cas oîi ils renonceraient de bonne « foi à en faire de nouvelles. »
« Cependant je ne vois pas, répartis-je, qu'on se mette en me- « sure de les leur arracher. Il n'est guère probable que dans l'état t actuel des choses l'Autriche puisse en venir à une paix solide « avec les Français ; mais je crois qu'elle s'accommoderait d'une « paix tolérable, ne fût-ce que pour gagner quelque répit ; car, « il faut reconnaître qu'il y a plus de douze ans qu'elle n'a pas « posé les armes. Or, dans ce cas, Votre Excellence croit-elle que « les Puissances du Nord continueraient à jouir de la tranquil- « lité? »
La réponse fut qu'il ne le croyait pas, mais que le Nord composait une masse de forces capable d'en imposer aux Français.
(( Cela est vrai, dis-je, mais celte masse n'est pas unie. Elle a « besoin d'un lien que doivent former les Cabinets de Londres, « Berlin et Saint-Pétersbourg, et nous voici à la fin de décembre « sans que ce lien soit commencé. Quand je réfléchis aux ditficul- « tés et aux distances, je tremble que le printemps n'arrive et ne « nous amène des événements contre lesquels nous ne ne serons « nullement préparés. »
Cette réflexion embarrassa le Ministre qui, après quelques instants, me dit qu'il fallait de toute nécessité que le duc de Brunswick vint à Berlin afin, qu'après s'être concertés ils puissent