‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 5 sur 171 · LA FRANCE NE PEUT CONSENTIM A LA PAIX G · texte numérisé non relu

LA FRANCE NE PEUT CONSENTIM A LA PAIX G

anéantirait elles-mêmes et ne laisserait enfin subsister de cet Etat que la mémoire des crimes qui en auraient commencé et achevé la déplorable ruine.

Convaincu que telle serait pour ces diflérents partis l'infaillible conséquence de celte pacification, il n'y a à considérer que, dès qu'ils n'auraient plus d'ennemis à combattre au dehorâ, ils se verraient forcés de s'unir pour travailler de concert à mettre de l'ordre à l'intérieur, c'est-à-dire à débrouiller l'efi'royable chaos d'un immense Etat bouleversé jusque dans ses fondements. Il aurait donc à faire refluer dans l'intérieur de la France ces hordes de brigands que les réquisitions entretiennent sur les frontières dans une sorte d'abondance, tandis que le reste de la Nation, que ces réjuisitions accablent, languit dans une profonde misère. Ils auraient à faire poser les armes à ces soldats avides de butin et de carnage et ne connaissant plus d'autre frein que celui qui les mène aux combats. Ils auraient à rendre les uns à l'agriculture, les autres aux métiers et à des occupations paisibles dont la plupart ont peut-être perdu le goût. Enfin ils auraient à donner des lois, une constitution, en un mot, à organiser, à régler cette prétendue République française, dont les parties incohérentes et disparates n'ont actuellement de lien que la guerre qui les unit.

Peut-on croire que ce soit là une entreprise que les hommes, qui dans ce moment gouvernent la France et dont les plans sont si opposés les uns aux autres, oseraient tenter, supposé même qu'ils en eussent le désir ? Peut-on croire que ce désir, fût-il sincère, aurait la force de leur fasciner les yeux au point de les empêcher de voir que, du moment où ils mettraient les mains à celle entreprise, ils mettraient le feu aux quatre coins de la France et le fer entre les mains de ses malheureux habitants qui, partagés en vingt factions, achèveraient de s'entredétruire avec plus d'acharnement que jamais.

Et quant au troisième point, quelle serait pour les Puissances elles-mêmes la funeste conséquence d'une démarche aussi humiliante que celle d'offrir la paix à des hommes que depuis longtemps elles eussent replongés dans le néant d'où ils sont sortis, si elles avaient voulu s'entendre ? Celle sans doute de se voir accablées du mépris de leurs propres sujets qui, ne pouvant apercevoir les véritables causes des malheureux événements de cette guerre, n'attribueraient leurs revers qu'à leur abattement et à leur impuissance. Qu'est ce donc que ces Monarchies, ces Armées, cette Politique, cet Art de la Guerre qu'aveuglés nous avons si longtemps admirés sans les connaître et dont les efforts réunis

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n'ont pu suffire pour résister à une seule Nation qui voulut être libre, qui Test aujourd'hui et qui voit à ses pieds, lui demandant la Paix, ces mêmes Puissances qui naguère prétendaient orgueilleusement lui faire la loi? — Voilà ce que se demanderaient les peuples, et la réponse, dictée depuis longtemps dans mille et mille brochures, journaux et feuilles incendiaires, auxquels l'insouciance et la faiblesse du Gouvernement ont permis un libre cours dans tous les pays de l'Europe, serait infailliblement celle-ci : « Vous voyez. Nations, que pour être libres, il suffit (( qu'on veuille l'être. Imitez l'exemple de la France. Osez espérer « les succès qu'elle a eus et, ce qui plus est, attendez-vous à avoir ({ son secours ? » .

Si les réflexions précédentes sont Justes et dégagées de toute prévention, ainsi qu'on ose le croire, il s'ensuit nécessairement que l'état présent des choses en France défend absolument à ceux qui les dirigent de se prêter à une pacification générale ; que des paix partielles sont les seul'es qui leur conviennent, parce qu'en diminuant le nombre de leurs ennemis, elles augmenteront leur espoir d'écraser les Puissances qui resteraient seules dans la lutte et de dicter ensuite la loi à celles qui par leur défection auraient cru se mettre à l'abri de leurs insultes ; ou enfin (ce qui paraît le plus probable), que les insinuations touchant leurs prétendues inclinations pacifiques, qu'ils font faire par des gens qu'ils peuvent à tout moment désavouer, ne sont qu'insidieuses et un pur artifice dont le but est d'entretenir la division entre les Puissances et de .les amuser par de feintes négociations afin de leur faire perdre un temps précieux qu'ils employent eux-mêmes à se préparer pour une nouvelle campagne dans laquelle ils se flattent d'achever leur triomphe.

Or si, comme on a lieu de le supposer, ce sont là en substance les mêmes raisonnements que fait l'Angleterre dans les conjonctures actuelles, qui pourra la blâmer de ce qu'elle évite de compromettre sa dignité et sa gloire, deux choses si essentielles à tout État qui désire se faire respecter, en s'abslenant de parler de paix à un ennemi moins redoutable par les armes que méprisable, mais redoutable par les principes abominables dont il a infecté l'Europe o\x il a su se concilier partout des partisans qui lui ressemblent?

Au reste, si l'Angleterre ne témoigne pas qu'elle désire la paix, ce n'est pas qu'elle ne souhaite aussi ardemment qu'aucun des Alliés la fin de cette guerre désastreuse, mais c'est quelle désire en même temps de la terminer par une paix aussi honorable que

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solide pour elle et pour ses Alliés, ce que, ni la position où elle et ces derniers se trouvent dans ce moment, ni la situation de l'intérieur de la France ne lui permettent d'espérer.

Que si la Prusse cependant ;ce qu'on a de la peine à admettre) pensait, malgré ces raisons, à abandonner l'Angleterre dans la lutte actuelle et à rompre son alliance avec elle et avec la Hollande, ces deux Ëtats, ressentant sans doute la perte d'un allié aussi puissant que respectable, à laquelle toutefois ils n'auraient, pas à se reprocher d'avoir donné lieu, se verraient sans doute obligés de chercher à s'en dédommager par de nouvelles alliances et il est à présumer que, vu les avantages qu'elles sont à même d'offrir, leurs recherches à cet égard ne seraient pas infructueuses, mais que de ces alliances il naîtrait nécessairement un système politique très différent du système actuel.

(probablement au prlnce d'orange)

( Vers la fin de Décembre il 94 et de Berlin).

Inanité des raisons alléguées par le roi de Prusse pour se justifier. Marche des négociations de Bâle.

Les considérations qui empêchent le roi de Prusse de porter son armée sur le Bas-Rhin sont: 1' que la Prusse perdrait son influence dans l'Empire, 2» les ressources en argent qu'elle y trouve, le landgrave de Hesse lui ayant déjà fourni un million, la ville de Francfort, des sommes considérables, ce qui, joint aux secours en espèces que lui promet l'Electeur Palatin, la met à même de faire face à tout. Enfin, 3° que par l'éloignement de ses armées du Haut-Rhin, la Prusse laisserait l'Empereur maître d'agir à son gré dans l'Empire et de s'emparer peut-être de la Bavière.

Toutes ees raisons ont été victorieusement combattues.

Quant aux négociations de paix, voici le terme où en est la Prusse en ce,moment. Le 16 décembre est arrivé de Bâle, le secrétaire de légation Harnier, (2) qui est au service du roi de

(2) Harnier, Secrétaire de la Légation de Prusse à Bâle, puis Chargé d'Affaires à Munich.

Dans sa dépêche de Bâle, du 9 décembre, Bâcher annonçait en effet au Comité de Salut Public que le Secrétaire de la Légation Harnier était

Prusse, lequel a apporté à Berlin un mémoire des négociateurs français portant en substance que le Gouvernement français était prêt à conclure un traité de paix particulier avec Sa Majesté Prussienne et une alliance contre les ennemis de la France,

parti sur le champ pour aller rendre compte à Berlin au feld-maréchal Môllendorf et au Cabinet, qui l'attend avec impatience, du contenu de la dépêche du Comité du 14 frimaire (4 décembre) (Kaulek. Papiers de Barthélémy, T. V., page 29).

i( Le 10 décembre, lit-on dans S()Ri:l, L'Europe et la Révolution française. IV, 186. Bâcher reçut avec son courrier des exemplaires du rapport de Merlin. Il communiqua le tout aux agents prussiens. Ceux-ci exprimèrent leur satisfaction de voir les maximes d'Etat de la République française s'accorder si bien avec celles qui dirigeaient actuellement Frédéric-Guillaume II et ses Ministres. Mayerinck (a) demanda l'autorisation de se rendre à Paris et le Secrétaire de la Légation, Harniçr partit en toute hâte pour Berlin.

« Harnier est venu me voir hier, après son retour dd Berlin, mande de Bàle, le 29 décembre 179i, Bâcher au Comité de Salut Public. Il a eu plusieurs entretiens avec les Ministres d'Etat et a été présenté au roi Frédéric-Guillaume, qui lui a fait connaître de la manière la plus formelle son intention invariable de se rapprocher de la France par la prompte conclusion d'une paix particulière. Le Secrétaire d'Ambassade a été autorisé, en vertu d'une commission, dont l'extrait est ci-joint signé par trois Ministres d'Etat, muni du grand Sceau, à se rendre à Paris pour y exprimer le vœu de la Cour de Berlin.

'« Le but de cette mission, destinée à frayer les voies à une con-

« ciliation, consiste à exprimer mon intention sincère et sérieuse et le « désir que j'ai de faire la paix avec la France, moyennant que celle-ci « accepte ma médiation pour la paix à conclure immédiatement après « avec l'Empire germanique... Vous ferez entendre que je souhaite éga- « lement interposer mes bons offices pour le rétablissement de la paix

avec la République des Provinces-Unies

« Signé : Finktnstkin, Alvenslkbkn, Haugwitz ».

(Kaulkk. Papiers de Barthélémy V, 36 et Prusse. Vol. 214, f 130).

Harnier reparut k Bàle le 28. Dans la soirée, Goltz y arriva et le lendemain le major Mayerinck réunit ces deux diplomates à dîner avec Bâcher. Ils burent à la gloire de la République française et à celle du Royaume de Prusse. Bâcher était autorisé à donner des passeports ; Harnier les reçut le 31 décembre et partit le 2 janvier pour Paris... Dans le même temps, le Stathouder de Hollande, à qui le roi de Prusse se flattait de procurer la paix, se rendait à Paris et y discutait directement sa paix (A. SoREL. L'Europe et la Révolution Française. IV, 197).

(a) Mayerinck (baron de). Major et Aide de camp de Môllendorf.

Harnier (Henri-Guillaume-Charles de) (1767-18-29), d'une famille wallonne, qui, comme tant d'autres appartenant à la Religion, vint s'établir en Allemagne en 1650, entra tout jeune dans la diplomatie prussienne et se distingua tout particulièrement au cours des négociations entre la France et la Prusse qui aboutirent en 1795 à la signature de la paix de Bàle. Conseiller de Légation à Munich, il fut en outre chargé à partir de 1809 d'y représenter Hesse-Darmstadt et passa au service du Grand-Ducbé après léna. Ministre de cet Etat à la Diète en 1815, il crut devoir, en présence de divergences de vues assez prononcées avec Metternich, demander à être relevé de ses fonctions. Il retourna alors en qualité d'Envoyé et de Ministre Plénipotentiaire à Munich où il mourut d'une attaque d'apoplexie qui le frappa pendant une promenade à cheval.

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