GRAVITK DE LA SITUATION DE LA PRUSSE
Pétersbourg et de Londres pour s'entresecourir, ou bien à se déclarer prêts à des opérations offensives sans être certain si l'on aura contre soi toutes les forces de la France ou si elles se trouveront partagées.
On accuse encore aujourd'hui ceux qui ont conseillé au feu Roi d'entreprendre son expédition de 1792. De quelle responsabilité ne se chargeraient pas ceux qui, après les expériences faites, conseilleraient des démarches hasardées sans être sûrs deg moyens qu'on opposerait à la France, sans savoir si l'Autriche veut ou non faire la guerre ?
Je vous prie de lire la Gazette de Hambourg du 19 de ce mois, N° 12 du Correspondant. Vous trouverez à l'article Livourne qu'on regarde la paix comme conclue entre l'Empereur et la France (1).
Je suis, elc
Berlin, 25 janvier 1799,
Il insiste sur la gravité de la situation de la Prusse, sur la nécessité de se préparer à une guerre inévitable. Devoir pour le Duc d'ouvrir les yeux au Roi.
Si, après l'entretien que Votre Altesse Sérénissime a eu hier soir avec le comte Panin, je me permets de Lui présenter encore une seule et dernière réflexion sur le contenu du billet dont Elle m'honora hier avant midi, j'espère qu'Elle me pardonnera en faveur du motif qui m'anime.
Votre Altesse Sérénissime dit qu'il y a de la différence entre se concerter pour une défense commune et faire des alliances pour prendre l'oliensive. Rien n'est plus vrai, Monseigneur. Mais je pense que les choses en sont venues à un point où il n'est permis d'avoir égard à cette différence que pour faire le plus vite possible
(1) Quarante-huit heures plus tard (le 24 janvier), le Cabinet de Vienne informait Cobenzl que l'Empereur partageait complètement les idées de Paul et qu'il était, lui aussi, d'avis de clore le Congrès de Rastatt, et le 31 janvier. Thugut faisait savoir qu'on avait décidé de confier à Suvorow le commandement en chef des armées autrichienne et russe en Italie (Sybel. Histoire de VEurope pendant la Révolution française, V. 383-385V
218 LE Gt:-\éliAL Dîi STAMFMlil*
u;n clioj'x entre ces deux partis. Car, ou l'Autriche quittera lai-ène, ou elle reppcndra nécessairement les hostilités.
Dans l-e pTemier cas eil<e laissera pour sa propre sûreté «d^es forces suffisantes en Italie et en Suisse et obligera les Française y laisser un nombre de troupes à peu près égal, ow el'le négligera celte mesure de prudence. Tout cela est très dowteuK et incertain. Mais ce qui ne nous est pas permis d'envisager comme tel, c'est J'eifïet que produira sur ic Nord de l'Allemagne la défection de l'Autriche, si jamais elle a lieu. 11 est impossibie en efïet de douter que ce Nord deviendra aussitôt le théùlre de la guerre, queiies que soient les mesures prises par l'Autriche en Italie, en Suisse, sur le Haut- Rhin, de &orte que la paix de cette Puissance ae fera que détourner sur «o-us lecours et les dévastations du torrent révolutionnaire. Or, s'il est démontré que la guerre est inévitable, quel que soit le cas qu'on suppose, il es-t aussi démontré que c'est perdre un temps très précieux que de calculer comment on y échappera, même pour quelques instants et qu'hésiter à la faire, c'est révéier à l'ennemii une faibâesse dont il tirera des avantages qu'il était d'une extrême importance de ne pas lui accorder. Plus d'une fois on a vu un Etat menacé d'une guerre se ménager les chances de la faire avec succès en prévenant l'ennemi et eji frappant les prem.iers coups. Prédéric il;, au déi)ut de la guerre de Sept Ans, en adonné un exemple .qufi Fjvédéric-vGruilla-ume III, qui n'est pas comme son Grand-Oncle doué de ce caractère et de ce génie qui ne prenait conseil que des circonstances, n'imitera certainement pas.
•Combien grain-de sera 'la responsabilité de ceux qui laissent ig'norer à ce Prince les dangers de sa situation, font difficulté de s"entre'teniT avec lui, de lui i-ndiquer les vrais, les seuls dangers de la situation.
J'aï 1 '' h OTi neuT d 'et re , e»tc . . .
LA FHAXGE KT LK liK>PHf:ï DKS Tli AITKS tH)
Berlin, 25 janvier 1799.
Il se demaude avec tristesse pourquoi le Duc a renoncé à le venir voir comme il le lui avait annoncé.
Je ne m'attendais pas, Monseigneur, que Votre Altesse Sérénissime, après m'avoîr fait dire à diffôreûtes reprises depuis son arrivée en cette ville qu'Elle m'honorerait de Sa visite, finirait par me faire savoir qu'il lui était impossible de me voir, parce qu"'Elle était trop observée. Aurait- Elle remarqué qu on m'a pris en une telle aversion qu'Elle craindrait de Se nuire en m'approcliant et ne pourrait-Elle pas en pareil cas faire changer par un seul mot l'opinion en ma faveur? Ou craindrait-Elle seulement qu'en me voyant, Elle ferait de la peine à l'un ou à l'autre des intimes du Roi, qui aurait peur que cela donnât de moi une idée trop avantageuse à Sa Majesté Prussienne ?
EXTRAITS D'UiYE LETTRE DU GÉNÉRAL DE STAMFORD AU DUC DE BRUNSWICK (2)
Berlin, 26 janvier 1799.
Comment le Gouvernement français observe les traités qui portent sa signature. Résultats néfastes de la politique égoïste des grandes Puissances. L'union desiorces du Nord peut seule sauver la Prusse.
f^ur tTacer l^e tabî-eau d« la situation a<?tueriie d« rEurope vis à vis du Gouvernement français, Ae manière que chaque Puissance soit mise à même d'y lire le sort qu'il lui prépare, on pense qu'il sera. à propos de commencer par rappeler à ceux des Princes qui p.our certaines choses «'©.at pas lune mémoire fîdèlie, comment ce Gouvernement ^'est joué des Etats qui successivement ont
traité avec lui des paix particulières et comment il observe ces traités.
II a fait la paix avec le duc de Modène et il a envahi ses Etats.
Il a fait la paix avec le roi de Sardaigne. Après quoi il lui a enlevé la citadelle de Turin, puis lui a déclaré la guerre et a fini par le chasser de Piémont.
Il a fait la paix avec le Pape et il a envahi Rome.
Il a lait la paix avec Naples et il l'a envahi.
Il n'était pas en guerre ouverte avec le Portugal, mais tandis qu'il était forcé de le laisser en repos pour s'occuper ailleurs, il lui faisait payer des millions pour prix de ce repos.
Il a fait la paix avec l'Espagne, mais l'Espagne tremble à la vue de la grifïe du monstre, prête à la déchirer.
Il était en paix avec Venise et il a anéanti celte République.
Il était en paix avec Gênes et il a envahi son territoire.
Il était en paix avec les Grisons et il leur a arraché la Valteline.
Il était en paix avec la Suisse et il a envahi Genève et les treize Cantons. Il caressait le Canton de Bâle pour prendre Berne et, après avoir pris Berne, il a traité Bâle avec arrogance.
Il était en paix avec la Prusse et il a disposé à son profit des provinces prussiennnes au-delà du Rhin.
Il avait conclu un armistice avec l'Empire et, au mépris de cette Convention, il s'est emparé des flèches du Rhin et a persisté à bloquer Ehrenbreitstein (i).
Il a fait semblant de vouloir faire la paix avec l'Empire et a profité des négociations de Rastatl pour lui porter des coups mortels.
Il était en paix avec les Puissances du Nord et il a décrété la confiscation de leurs vaisseaux porteurs de cargaisons anglaises.
Il était en paix avec Hambourg et il en a exigé quatre millions en attendant mieux.
Il était en paix avec la Porte Ottomane et après l'avoir longtemps endormie par de perfides protestations d'amitié, il a cherché à lui enfoncer le poignard dans les reins.
Il est en paix avec la Hollande et la ruine.
(1) A ce moment, Elirenbreilstein était sur le point de capituler. « La « reddition d'Ehrenbreitstein est déplorable, écrit de Cuxhaven, le 7 fé- «" vrier, Tiiomas Grenville à son frère, mais c'était chose tellement cer-
« taine que ce n'a pas été un coup pour moi » {Dropmore Papers,