‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 44 sur 171 · L ETAT DE L'EUHOPE ET DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

L ETAT DE L'EUHOPE ET DE LA PRUSSE

Il n'est en paix avec les Etals-Unis d'Amérique parce qu'il ne peut pas leur faire la guerre. Mais il a du moins tenté une attaque sur leurs bourses qu'ils ont eu le courage et le bon esprit de défendre.

D'après ce court exposé qui ne renferme que des faits connus de tout le monde, on peut comparer l'Europe à une place assiégée, dont l'ennemi occupe le chemin couvert et tous les ouvrages extérieurs, d'où il va incessamment battre en brèche le corps de la place. Si cette comparaison est fautive, c'est seulement en ce que, contre l'usage ordinaire des assiégeants, l'ennemi, dont il s'agit ici, a trouvé moyen d'attacher le mineur au corps de place longtemps avant d'en avoir emporté les dehors, de sorte que, si on ne se hâte de contreminer, nous en verrons sauter le rempart bien plutôt qu'on ne pense.

Qu'on jette les yeux sur la carte de l'Europe, qu'on fixe un moment l'attention sur les Etats dont on a parlé plus haut et que la Révolution a engloutis Tun après l'autre, on se convaincra sans peine qu'ils étaient, relativement aux Grands Etats, l'Autriche, la Prusse, la Grande Bretagne, la Russie, la Prusse^ ce que sont les ouvrages extérieurs d'une place relativement à son enceinte principale, ou, si l'on préfère une autre comparaison, ils étaient comme l'entrée d'un beau jardin où tout prospérait. Cet enclos, une fois arraché et détruit, laisse de toutes parts un libre accès aux fauves qui sortent des bois.

Une politique égoïste a conduit plusieurs Puissances à ne considérer l'Europe que comme une grande partie de la terre morcelée en divers Etats, dont les intérêts particuliers n'ont que peu de points de rapports les uns avec les autres. Cette idée est juste pour l'Afrique où le commerce ne rapproche que faiblement des peuples qui, dispersés çà et là sur les côtes, sont séparés par des déserts. Elle est fausse quant à l'Europe. Celle dernière, habitée par des hommes industrieux, actifs, entreprenants, cupides, liés entr'eux par tous les besoins, tous les désirs, toutes les passions, malgré ses Gouvernements, ses cultes, ses langages difîérents, n'est plus qu'une République fédérative, dont chaque Membre a l'intérêt le plus direct à la tranquillité de tous. C'est en feignant d'ignorer ou en ignorant en effet cette grande vérité que maint Etat a été précipité dans l'abîme qui les attend tous, s'ils tardent encore un instant à s'unir et à se protéger mutuellement, pour se garantir de la chute

Faut il ou ne faut-il pas faire la guerre, est donc une question tout à fait oiseuse. Car, s'il est démontré que la guerre est

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inévitable, telle personne, qui aujoard'hui se laisserait leurrer par l'espérance de se conserver en paix, ressemiblerait à un homme qui dormirait en pleine sécurité sur le cratère d'un volcan.

Un autre question : L'Autriche fera-t-elle ou non la paix avec les fronçais? dont on occape l'esprit de Sa Majesté Prussienne pour l'empêcher de prendre le seul parti qui convienne auix circonstances, à sa dignité et à ses véritables intérêts, est tout aussi oiseuse que la précédente. Car, supposons nn instant que l'Autriche eut fait sa paix, à quoi peut-on s'attendre de la part des Français, si ce n'est de les voir tourner leurs armes contre le Nord de l'Allemagne "?

Sans nous arrêter à examiner la position où se trouverait dans ce cas la Prusse, manquant d'alliés et abandonnée à ses propres ressources, admettons qu'elle soit préparée à une guerre vigoureuse, elle aurait dans ce dernier cas deux chances : Celle de laisser aux Français le temps de porter la totalité ou la majeure partie de leurs forces sur les points qu'ils auraient jugés les plu» convenables pour une attaque (ce qu'ils ne manqueraient pas de faire, puisque le choix aurait dépendu d'eux) ; ou bien, elle aurait la chance de gagner l'ennemi de vitesse et, en le prévenant &ur ces points, de ne pas lui donner le temps de comprimer l'insurrection des peuples armés ou prêts à s'armer contre lui et d'épargner à la Hollande une contribution de 6Q millions de florins, qu'elle préférera payer, du moins en grande partie, à la Prusse, après que celle-ci l'aura délivrée du joug de ses oppresseurs et sauvée d'une ruine totale.

Bref, faire la guerre seule, ou la faire avec ou sans l'Autriche, la faire conjointement avec la Russie, l'Angleterre et les Priaees qui avoisinent les Etats de ces g^randes Puissances, prévenir l'ennemi ou se laisser prévenir par lui, voilà les seuls partis entre lesquels la Prusse ait à choisir. Dire ou faire entrevoir à son Roi que dans l'isolement où il se trouve, il doit attendre les événements, c'est se perdre, lui et son Royaume. Se hâter de lier les forces qu'ofïre le Nord, voità ee qui peut le sauver et qui est d'aufant plus urgent, s'il est vrai que l'Autriche soit décidée à sortir de la lice, ce qui ne sera croyable que quand on l'aura vu.

Un bulletin, que les informateurs anglais adressaient de Berlin à Londres, le 2 février 1799, vient précisément à point pour noua donner une idée exacte de l'état d'esprit du duc de Brurïswick et de SkâLinford et, ce qui est hien autjremeiikt iaté-

SITUATION ET DISP0«T10N> hE l.A. TRUSSE 2.23

ressaut, tle l'ensemble de la situation: et des dispositions de la Prusse.

« Les aÉîairesne aont j>a& aussi avaacées ici qu'on s'ettflatr- « tait^ — Stamford est fo-fft méconten-è du duc de Brunswick « et prétend que celui-ci, bien loin de stimuilevHaugwitz, ne « le soutient même pas. — - Haugwitz,, par contre, continiiae « à se prononcer pour la guerre ; mais Kôkeritz, influiencé (f vraisemblablement par d'autres, veut temporiser. Et le peu « de confiarkce que la conduite actuelle de la Cour de Vienne « peut insipirer, la manière dont elle abandonne les Rois de « Naples et de Sardaign.e, la façon de s'exprimer de ïliugut, « qui doit avoir dit que rien, hormis les intérêts particuu liers de la Maison d'Autriche^ ne le déciderait, soit pour « la paix, soit pour la guerre, ce sont là autant de motils, (c dont ceux, qui sont de cette opinion, se servent pour le « soutenir. — Jusqu'à présent, le comte de Panin n'a pas « encore reçu de réponse positive aux offres de secours et « d'alliance offensive qu'il a faites; mais^ dans ce moment-ci a il vaut mieux que cette réponse ne vienne pas, parce qu'elle « ne serait probablement pas satisfaisante et que, tout en « avouant les principes, on voudrait ici se tenir sur la défen- « sive, tandis qu'il est possible que l'arrivée de M. Gren- « ville, que Ton attend avec une véritable impatience, « apporte quelque changement dans ces déterminations et si « quelque chose est à môme de le faire^ c'est bien sa mis- « sion, — Sûr est-il que le Roi a forcé le Duc (de Brunswick) « de continuer son séjour à Berlin jusqu'après cette arrivée.

(( Avant-hier au soir, à une Cour et bal chez la Reine- « Mère, le Roi s'entretint avec le Duc et avec Kôkeritz pen- « dant très longtemps. Le Duc fut content de cette conver- M sation en ce qu'il trouvait les bons principes établis. Il y « avait cependant de ï'éloignemenl pour la guerre offensive.

« J'ai communiqué au Duc et â Slamfoid le précis de la « Conférence du 27 novembre. Ils en furent très contents. « D'après l'avis de Stamford, j'entretiendrai Haugwitz de « ces matières et irai à cet effet demain chez lui (1) »

Ce n'était pas seulement pour la guerre offensive qu'il y

(1) Dr&pmore Paper», IV, 46'».

avait de réloignement. — Le 27 janvier, Frédéric-Guillaume 111 avait, d'après une Note de Haugwitz, en date du 28, tenu un langage bien caractéristique à Kôkeritz : « Je dois vous avouer que, si j'ai quelque peu chancelé dans « mes sentiments, cela a été par modestie et par égard aux « lumières^ à l'expérience et à la bonne volonté de ces gens « (ceux qui conseillaient la guerre). Mais, à dire vrai, c'était

« malgré moi et contrairement à ma conviction intime

« Ma volonté est donc que la négociation avec Grenville, « sans être tout à fait rompue, soit traînée en longueur, « autant que possible, au moyen d'artifices diplomatiques. « Si nous gagnons du temps, les Français renonceront « d'eux-mêmes à la Hollande afin de ne pas se mettre dans « la Prusse un nouvel ennemi sur les bras (1) ».

Sybel, auquel j'emprunte cette citation, ajoute à ce propos : « Longtemps donc, avant qu'elle commençât, la négo- « dation engagée avec Grenville était condamnée. »

Berlin, 3 février 1799.

Les bonnes dispositions de Haugwitz annihilées par la faiblesse et l'égoïsme du duc de Brunswick. Sa lettre au Duc. Entretien qui en a été la conséquence. Le Duc promet d'aller voir le Roi. Façon dont il se dérobe à sa promesse. Prétexte qu'il invoque.

Tous mes moments sont tellement comptés, l'état de ma santé est si précaire et les peines de l'esprit jointes aux dégoûts que j'éprouve, sont en si grand nombre que je suis obligé presque à me borner à accuser simplement réception de dépèches dont j'ai été honoré delà part de Votre Altesse Sérénissime et Royale et qui m'ont été remises par M. le Prince Héréditaire d'Orange (3). Votre

(1) Sybel. Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, V, 398.

(3) « Le prince d'Orange nouvellement arrivé à Berlin, mandait le « 5 venlôse an VII (23 février 1799) Siéyès à Talleyrand, est le Prince « Héréditaire Guillaame-Frédéric, âgé de -28 ans et mari de la sœur du

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