GÉNÉRAL DE STAMFORD A THOMAS GRENVILLE
Berlin, 2 mars 1799.
Il lui communique la lettre du Duc. — Ca qu'il lui dira à propos des défiances réciproques de la Prusse et de l'Autriche. Leurs causes
Voici, mon cher ami, ce que j'ai reçu hier au soir de la part de M. le Duc. Il se retourne toujours dans le même cercle, qui est un vrai cercle magique dont un mauvais génie l'empêche de sortir. Je lui reparlerai aujourd'hui et lui dirai : « Est-il bien prouvé que c'est à la Cour de Vienne qu'il importe le plus de pousser à la roue ? Si la Prusse pouvait agir de bonne foi, si elle avait le dessein d'entrer dans un grand plan (3) et de le poursuivre
(1) Sybel. Histoire de l'Europe pendant la Révolution française. V, 303.
(3) Au dire de Siéyès, la Prusse, ou plutôt Frédéric-Guillaume III n'avait guère à ce moment le désir d'entrer dans un grand plan. « Les « dispositions personnelles du Roi ne s'accordent p:\s avec les intentions
CAUSES DES DÉFIANCES DE LA l'HUSSE ET DE l'aUTRICHE 233
en s'unissant à la Russie et à l'Angleterre, si elle s'en ouvrait avec franchise à la Russie, qui se bornerait à dire à Vienne : « So\iez tranquille par rapport à la Prusse », si enfin elle témoignait une disposition réelle de contribuer à une masse de forces, toutes les difficultés tomberaient peut-être d'elles-mêmes à la Cour de Vienne et la crainte de se voir pousser en avant pour faire jouir la Prusse de son sommeil et de sa sécurité honteuse disparaîtrait probablement,
La Prusse refuse de dire un mot, parce qu'elle appréhende que ce mot ne la compromette vis à vis de la France et ne facilite à l'Autriche le moyen de faire la paix. L'Autriche refuse de tirer un coup de canon, parce qu'elle appréhende d'affirmer par là la paix dont jouit la Prusse. Laquelle des deux Puissances est plus blâmable ? Je n'en sais rien, mais je sais bien que les causes de défiances sont à peu près égales de part et d'autre.
Veuillez, en présentant mes hommages au comte Grenville, lui communiquer la lettre du Duc et accepter les assurances de mon invariable dévouement (1).
« de ceux qui le poussent à la guerre Le Roi et Kôkeritz sont au-
« jourd'hui les deux hommes les plus pacifiques. On m'assure que « M. de Haugwitz a proposé d'augmenter de 2.000 hommes le cordon de (^ démarcation afin de le rendre plus imposant. Le lioi a répondu que « tout cela était inutile, qu'il voulait rester tranquille et que, si on l'at- « taque, il se défendra, non plus avec 20.000 hommes de plus, mais avec « 100.030. » (Prusse, volume 225. Dépêche chiffrée 51, f» 19. Siéyès à Talleyrand, Berlin, 12 ventôse an Vil, 3 mars 1799).
(1) Le dossier R. O. F. O. 95.6 contient un long rapport, en date du 7 mars 1799 et signé D. M. sur une négociation relative au rétablissesèment de la monarchie en France, suivi d'une copie d'une lettre de David Monnier adressée le 7 mars au Roi à Mitlau et remise à M. le comte de Panin. Les pièces que Thomas Grenville avait jointes à sa dépêche de Berlin le 29 avril à lord Grenville, ayant été publiées au tome V. Pages 23-30 des Dropmore Papers ainsi que la note de Stamford : Quelques considérations relatives à un certain projet présenté à Louis XVIII et qu'il envoya à Thomas (Jrenville, de Berlin le 12 avril [Ibidem, 30-32). j'ai cru bien faire en plaçant ces différentes pièces à l'Appendice.