‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 51 sur 171 · PRL\GE D'ORANGE A L^EMPEREUR DE RUSSIE · texte numérisé non relu

PRL\GE D'ORANGE A L^EMPEREUR DE RUSSIE

Londres, 26 mai 1799.

Lettre de créance du général de Stamford.

SiKE. — La bonté que Votre Majesté Impériale a bien voulu avoir de prendre part à la juste afQ.iction que m*a causée la perte de mon fils cadet, me fait prendre la liberté de lui témoigner ma très respectueuse reconnaissance.

J'ai chargé le général-major de Stamford de se rendre à Saint- Pétersbourg afin d'avoir l'honneur de remettre cette lettre à Votre Majesté Impériale, si Elle daigne lui en donner la permission.

Je prie Votre Majesté Impériale d'agréer que je saisisse celte occasion pour me recommander, ainsi que les intérêts de ma patrie et de ma Maison, que j ai toujours regardés comme inséparables, à Sa puissante protection.

Daignez aussi agréer, Sire, que je Vous supplie de vouloir bien accorder une audience favorable au général major de Stamford et d'ajouter foi à ce qu'il Lui dira de ma part et surtout lorsqu'il assurera Votre Majesté Impériale du très profond respect avec lequel

J'ai l'honneur d'être

de Votre Majesté Impériale

Le très humble et très obéissant Serviteur

et Ami.

G. Prince d'Orange, (l) R. (). F. 0. 95.()

24C) ^ LE GÉM-HAL DE STAMFOIiD

L^idée mère de cette mission prend naissance dans ta cervelle du comte Woronzow, dès le 25 avri!, un mois après Stokach, trois semaines après Magnano. Il est sérieusement inquiet et ne le cache pas à lord Grenville. « Parles lettres « que j'ai reçues de Berlin, je vois que notre concert avec « la Prusse recule au lieu d'avancer et qu'à Pétersbourg on « prend trop d'humeur et un ton qui ne servira qu'à resser- « rer les liens de la Prusse avec la France. Cette conduite « de la Cour de Russie est très impolitique et je crois que « c'est encore les intrigues de Cobenzl qui poussent à ces imprudences (l)

L'idée, que Woronzow vient de lui soumettre, plaît à lord Grenville. Il la fait sienne, presque sur l'heure même. Il se demande seulement comment il pourra « récompenser » Stamford dont il apprécie à leur juste valeur les mérites et les capacités. Il craint môme si fort de le voir refuser cette commission, que le 13 mai il charge son frère Thomas de démontrer au général les chances de succès de lentreprise. « Il sera facile à Stamford d'endoctriner nombre dé gens « qui bien probablement ne savent pas de quoi il s'agit (2) ».

Thomas Grenville, lui non plus, ne perd pas un instant. J^e 16 mai, il a déjà relancé Stamford, il a eu avec lui un long entretien (3). Convaincu de l'importance, de l'urgence même de la mission qu'on désire lui confier, de ia grandeur, delà portée considérable du projet qu'il doit faire adopter, le général n'a pas hésité. Dès le 20 mai, il courait la poste sur la route de Pétersbourg en compagnie d'un de ses vieux amis, le colonel Dismar, auquel il a laissé du reste ignorer le but et le motif de son voyage.

(1) Dropnioro Papers, V, 32. Comte Woronzow à lord Grenville. Harley Street, "25 avril 1799. Quelques jours plus tard il critiquait et démolissait de fond en comble un plan d'opérations contre la Fra^ ce, conçu par Thugut, proposition incohérente et inexécutable selon lui,, et priait lord Grenville « d'envoyer de suite un courrier à Whitworth, à Péters- « bourg, parce que je ne puis pas vous cacher qu'on n'est pas chez nous « dans l'habitude de réfléchir sur les affaires et que tout va avec chaleur, « précipitation et enthousiasme. » [Ibidem, V, 40-42).

(2) Ibidem, Y, 38-39. Lord Grenville à Thomas Grenville. Cleveland Row ; 3 mai 1799.

(3) Dropmore Papers, V, 52-53. Tfiomas Grenville à lord Grenville, Berlin, 16 mai.

LA MISSION DE STAMFORD EN RUSSIE i>47

Thomas Grenville n'a d'ailleurs rien négligé, afin de lui faciliter rexécution de sa mission. Le 49 mai, il a adressé deux longues lettres de chaude recommandation à Sir Charles Whitworth et au capitaine Popham (1), envoyé de Londres pour donner plus de poids même aux communications dont doit s'acquitter le représentant du prince d'Orange. Celui-ci a tellement précipité son départ que ses lettres de créances ne le rejoignirent qu'après son arrivée à destination.

Le succès de la négociation de Stamford tenait si fortement à cœur à Thomas Grenville que dans deux de ses dépêches, dont l'une confidentielle en date du 21 mai, il revenait tout au long sur les conditions dans lesquelles, d'après l'avis du général, devait se faire l'expédition des Anglo-Russes en Hollande, sur les considérations militaires que Stamford allait exposer à Paul P'^, sur l'étendue de la coopération qu'on espérait obtenir de la Russie (2).

« Le départ du général de Stamford pour Pétersbourg écri- « vait de Berlin le 21 mai, le Prince Héréditaire d'Orange « à son père (3), a fait grande sensation ici. Comme de rai- « son, je tiens à cet égard le langage dont je suis convenu « avec lui et en ai même parlé de cette manière à Haug\^ itz, « qui m'a dit trouver très naturel que mon père envoie « quelqu'un en Russie pour y veiller à ses intérêts dans des « moments comme les présents et où Tempereurde Russie « emploie des moyens et avance des intentions pour le « succès de la bonne cause. Du reste, je suppose que Stam- « ford vous aura fait savoir lui-même les véritables motifs ■a de ce voyage et dans le public ici personne ne semble « douter que le but ne soit d'employer les 45,000 Russes « qui doivent passer en Allemagne pour la délivrance de

(1) Ibidem, \ , 37-38. Berlin, 19 mai. Thomas Grenville charge Whitworth d'obtenir pour Stamford une audience de Paul P'. Pour Popham. Cf. Appondice.

(2) Ibidem, V, 60-63. Thomas Grenville à lord Grenville. Berlin. 21 mai 1799. Toujours préoccupé de l'attitude du Cabinet de Berlin, il terminait ■en ces termes sa dépêche confidentielle : « Panin va à Karlsbad pour la « santé de sa femme. Ce sera une grande perte pour nous. »

(3) Prince héréditaire d'Orange au prince d'Orange. Berlin, 2i mai 1799. (Dropmore Papers, V, 63-64). *

« la République. Je lui ai fourni des cartes marines du « Zuyder-zee et des Waddens (1) qu'il a prises avec lui pour « pouvoir consulter sur cette matière et concerter les « moyens d'une descente dans les provinces de Groningue « et de Frise, si la chose entrait dans les plans des Cours « respectives. Je ne puis que me louer par continuation de « la conduite de Grenville à mon égard

« Je dois remarquer que si on travaille à établir la com- « munication avec 1 Angleterre depuis la Belgique, il serait « intéressant de savoir :

« 1° De quelle manière les Anglais pourraient favoriser « semblable entreprise ;

« 20 De combien de forces disponibles pourrait ensuite « être fait usage pour se maintenir et aider à faire prendre « de la consistance au soulèvement général »

A Londres, d'ailleurs, on ne négligeait rien pour assurer le succès du débarquement en Hollande et le lendemain du jour où le Prince Héréditaire d'Orange écrivait à son père, lord Grenville communiquait à son frère Thomas la Note qu'il avait remise à Woronzow pour l'inviter à soutenir d'urgence les démarches de Whilworth :

« L'objet de l'expédition du courrier de ce soir porte sur « la proposition que l'on avait déjà chargé le chevalier « Whitworth de faire d'un corps de troupes russes pour « être employé à une descente sur les côtes maritimes des (' Provinces-Unies et pour y rétablir l'ancien Gouverne- « ment. Quand on a cru impossible d'obtenir la coopération « de la Prusse, on a chargé le chevalier Whitworth de « porter sa demande au nombre de 40 à 45.000 hommes. « Depuis est venue la proposition de Haugwilz pour fournir « un corps de 60.000 Prussiens pour le même objet.

« J'ai alors écrit à Whitworth de se bornera demander « 20 000 hommes pour l'opération maritime, ce nombre « étant évidemment suffisant pour, avec la coopération « prussienne, aidée aussi par celle que nous pourrions four-

(1) Wadden. Le détroit qui se trouve entre la Frise, la province de Groningue et les quatre iles situées sur la côte de ces deux provinces. (Ter-Schelling, Araelnnd, Schiermonnik-oog et Rottum).

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