OBJET DE LA MISSION DE STAMFORD EN HUSSIE
« nir, chasser entièrement les Français des Provinces- Unies « et des Pays-Bas.
« Aujourd liui nous avons encore quelques espérances « d'obtenir cette coopération ; mais, comme toutes ces déci- « sions prussiennes sont si incertaines, j'écris à mon frère « et à Whitworth : au premier, de poursuivre toujours sa « négociation, s'il y a lieu de le faire; mais à Whitworth, « de traiter à Pétersbourg pour le même nombre de 40 à « io.OOO hommes, dont nous nous chargerons de tous les « frais de transport et qui nous donneront la certitude de « délivrer la Hollande, sans que cela dépende d'une poli- " tique, aussi vacillante que celle de Berlin. En tout cas, il « vaut mieux avoir trop que trop peu de forces.
« Je vous prierai donc d'appuyer auprès de lEmpereur « cette demande à laquelle nous mettons tout l'intérêt que « nous inspire naturellement la délivrance de la Hollande.
« Vous excuserez le peu de précision de cette Note faite à « la hâte, comme vous me l'avez demandé (1). »
« Vous me trouverez peut-être par trop prudent et craintif, « écrivait entre temps, le 27 mai, Thomas Grenville (2), mais « je vous avoue que, tenant par-dessus tout à prévenir à « Pétersbourg un malentendu, que je considérerais comme « un vrai malheur, j'ai recommandé Whitworth de se con- « tenter atout événement des 20.000 hommes que Stamford « a mandat de demander »
Pitt du reste était du même avis, et le 3 juin, approuvant entièrement la manière de voir de Thomas Grenville et les conditions que Stamford allait s'efforcer de faire accepter, il mandait à lord Grenville qu'il y avait lieu de se contenter de l'afléctation de 20.000 Russes à l'expédition de Hollande.
Le même jour, lord Grenville s'inclinait devant cette déclaration et en faisait part en ces termes à son (rère : « Si « nous ne pouvons pas obtenir 45.000 hommes et si Stamford
(1) Lord Grenville à Thomas Grenville. Note remise pnr lord Grenville au comte Woronzow. Cleveland Row, 25 mai 1799 (Confidentielle). (Dropmore Papers, V. (J5-6ti).
(2) Thomas Grenville à lord Grenville (Confidentielle}. Berlin, 27 mai 1799 {Ibidem, V, G7-70).
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« assure que 20.000 hommes suffisent, nous les prendrons « donc^ pourvu quon nous les donne [\) »
Les rapports, que Whitwortli avait adressés à Thomas Grenville, avaient été loin de le satisfaire La Cour de Russie ne semblait nullement pressée de tenir ses engagements et de procéder à l'embarquement de ses troupes. Il était porté à penser que Whitworth, ce qui n'était pas son habitude, avait manqué d'énergie dans la circonstance (2). L'intervention de Stamford lui semblait indispensable pour triompher de ces résistances passives, de ces lenteurs inattendues et à son grand regret, à sa plus grande surprise, il constatait dans sa correspondance qu'il était sans nouvelles du voyageur depuis son départ de Dantzig (3). Quelques heures plus tard, il était complètement rassuré sur son compte. Il venait d'apprendre en effet qu'à la suite d'un violent accès de fièvre Stamford avait dû s'arrêter pendant quelques jours ; mais il s'était remis en route et devait déjà être sur le point d'arriver au terme de son voyage (4).
Mais en même temps aussi, Panin lui avait communiqué une dépêche de Kotchoubey, l'informant qu'en raison de l'envoi sur la frontière prussienne de toutes les troupes disponibles, on ne pourrait procéder à l'embarquement des unités destinées à Texpédition de Hollande que dans le courant du mois d'août (5 \
Heureusement pour lui, un premier rapport de Staml'ord allait le réconforter quelque peu en lui faisant entrevoir la possibilité, la probabilité même de la solution qu'il espérait. Il savait au moins désormais à quel point en étaient les négociations.
« Sans m'arrêter, lui mandait le général, à vous faire le « récit de tous les accidents qui ont retardé mon arrivée en
(1) W. Put à lord Grenville. Holwood, 3 juin 1799 et lord Grenville ;> Thomas Grenville. Gleveland Row, 3 juin. {Dropmore Papers, V, 78-80).
(2) Thomas Grenville à lord Grenville. Berlin, 11 juin 1799 {Ibidem, V, 88-90),
(3) Le même au même. Berlin, 14 juin {Ibidem, 92-94).
(4) Thomas Grenville à lord Grenville. Berlin, 15 juin 1799 [Dropmore Papers, V, 94).
i'5) Le même au même (Confidentielle). Berlin, Ki juin {Ibidem, V,
l'action de stamford a saint-pjètersbourg 2o1
<( tout cette ville au moins de cinq à six jours, je vais abor- « der de suite la question principale, celle qui concerne « l'objet de ma mission.
(( M. le chevalier Wliitworlh vous apprendra que tout « est en règle en ce qui regarde le nombre de troupes que Sa « Majesté l'Empereur des Russes croit pouvoir fournir pour « l'expédition sur la Hollande. Elle a fixe ce nombre à « 18.000 hommes, vu les 8.000 hommes qu'on espère que « fournira la Suède. Quant à cet article, je me suis parfaite- « ment rencontré avec M. Popham ; mais quant au point d'at- « taque sur les provinces de Groningue et de Frise, nos opia nions étaient d'abord un peu dillerentes. Je me suis trouvé « vouloir attaquer le taureau par le flanc, lui par les cornes. »
Après avoir résumé la conversation, ou plutôt la discussion qu'il eut à ce sujet avec le capitaine Popham, Stamford ajoute que, (lès qu'il sut que l'Empereur avait déjà donné son entière approbation au projet d'attaque de Popham, il n'hésita pas à entrer dans les vues de l'officier anglais, « se « proposant, dit-il, de les appuyer auprès de l'Empereur s'il « arrivait que Sa Majesté daignât m'en parler. Tout bien « considéré, il faut se demander de quoi il s'agit? De déga- « ger la Hollande. »
« Or, continue t-il avec une simplicité et une franchise « qui méritent d'être relevés, ne serait-ce qu'à cause de la « rareté de pareils sentiments, que cela se fasse, en dirigeant « l'attaque principale contre la Zélande d'après le plan de « M. Popham, ou contre les provinces de Groningue et de « Frise d'après le projet de M. de Stamford, peu importe « pourvu que les chances soient à peu près égales, comme « elles le sont en effet.
« Vous voyez, d'après ce que je viens d'avoir l'honneur de « vous dire, que c'est la réussite de la chose qui me tient à « cœur et non la gloriole de la faire marcher conformément « à mes vues. C'est vous dire en peu de mots que j'ai telle- « ment adopté le plan de M. Popham que je l'envisage désor- « mais comme s'il m'appartenait. Mais soyez sûr en môme « temps que je n'en agis ainsi que parce que je ie trouve « bon, radicalement bon. S'il en était autrement, je vous le
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« dirais avec cette franchise que vous me connaissez (1). »
On pouvait désormais à bon droit considérer la question de la participation de la Russie comme définitivement tranchée dans le sens désiré par le Cabinet de Saint-James. En effet, huit jours plus tard, le comte Woronzow transmettait à lord Gren ville la confirmation de Taccord. « Par les « dépêches que votre courrier vous a apportées ce matin du « chevalier Whitworth, lui écrit-il (2), vous devez être bien (( content de mon Empereur. Je vous envoie quelques-unes
« des lettres que jai reçues de Sa Majesté Impériale Je
« suis enchanté de plus en plus du zèle de mon Souverain « pour la bonne cause et de la noblesse avec laquelle il le :< fait. C'est nos deux Souverains et nos deux patries qui « auront la gloire de rendre le bonheur à l'Europe. »
Enfin dans un second Post-scriptum de cette lettre, dans laquelle il consignait des nouvelles plus anciennes en date que celles que Stamford avait données le 18 juin à Thomas Grenville, il ajoutait cette phrase qui confirmait pleinement les assertions du général : « Les comtes Kotchoubey et « Rostoptchine m'écrivent que l'Empereur consent à l'envoi « des 24.000 hommes pour la libération de la Hollande et « qu'on n'attend plus que l'arrivée du général île Stamford « pour régler cette affaire (3). »
Ces quelques mots suffisent pour établir la part décisive que Stamford prit à cette négociation, l'importance môme que la Cour de Russie attacha tant à la mission qu'on lui avait confiée qu'à son intervention personnelle.
Thomas Grenville s'était d'ailleurs empressé de rendre justice à Stamford. En terminant la lettre confidentielle qu'il
(1) Général de Stamford à Thomas Grenville. Saint-Pétersbourg, 18 juin 1799 {Dropmore Papers, V, 96-98).
(ï) Comte Woronzow à lord Grenville, Harley Street, 25 juin 170^ {Ibidem, V, 10M03;
(3) Cf pour le rôle joué pnr le capitnine Popham, Comte Woronzow à lord Grenville, Harley Street, 14 juillet [Dropmore Papers, V, 105). « Le voyage de Popham est miraculeux. En six jours de Scheerness à « Cronstadt, c'est inouï ». [Ibidem, 109-110). Rostoptchine au comte Woronzow. Pétersbourg, 13 juin et enfin [Ibidem, 130-139), la minute de Pitt du 13 juillet, la dépêche de Thomas Grenville à lord Grenville^ Berlin, 12 juillet, confirmant l'accord complet entre Stamford et Popham,. ainsi que sa lettre confidentielle de même date relative au même sujet.