LA MISSION I»E STAMFOIID EN RUSSIE
Huit jours après cette audience, je reçus des mains du vice-Chancelier Kotchoubey (1), deux lettres, dont l'une ci-joinf e de Sa Majesté Impériale à Votre Altesse Sérénissime, et l'autre de Sa Majesté l'Impératrice pour Son Altesse Royale, la Princesse d'Orange.
Il me remit en même temps en présent de l'Empereur une bague avec un très beau solitaire et une assignation de 1 000 ducats. Mais comme ce don n'est qu'une affaire d'usage, ce ne sera
(1) KoTCHouBKY (Victor Pavlovitch, prince) (1768-1834 fut élevé chez le prince Bezborodko, son oncle, qui l'envoya terminer son éducation à Genève. Enrôlé au régiment Préobrajensky. il ne resta pas longtemps au service militaire ; son oncle le destinait à la carrière diplomatique. En 1784, il fut attaché à la mission de Suède et devint deux ans après Gentilhomme de la Chambre. En 1787, il fut de la suite de l'Impératrice, lors de son voyage de Crimée. L'année suivante, il fut attaché à la mission de Londres, où il resta quatre ans sous la direction de Woronzow, puis finit en 179-2 par être nommé Ambassadeur extraordinaire à Constantinople. Comme diplomate il tenait « au système national fondé sur les « intérêts de la I-lussie », désir;dt que les autres Puissances recherchassent son amitié et redoutait pour elle les agrandissements lerritoriaux. L'arrivée de Paul 1 ■" au pouvoir n'entraîna pas la chute de Bezborodko. comme il arriva pour la plupart de ceux qui avaient joui de la faveur de Catherine, et Kotchoubey devint membre du Collège des Affaires Etrangères et reçut toute une série de récompenses. En 1798, il fut fait conseiller privé actuel et le 4 avril 1799 élevé à la dignité de comte de l'Empire Russe. Mais la même année, il tomba en disgrâce. Le 8 août, il était destitué et relégué en province. Le 2'2 juin 1801, Alexandre I" le fit Sénateur avec mission d'être attaché à la personne de l'Empereur et de siéger au Comité des Affaires Etrangères. Mais ce qui est plus important, c'est qu'en même temps I-Cotchoubey était Membre du Comité Secret, que l'Empereur s'était composé d'hommes de confiarce en vue de la réforme du système gouvernemental. En partant de Dresde. Kotclioubey écrivait au comte Woronzow, le 27 mars 1801 : « Je pars parce que je crois devoir quelque chose à l'Empereur Alexandre ; « je pars pnrce que je crois que tous les honnêtes gens doivent se réu- « nir autour de lui et faire tous leurs efforts pour cicatriser les plaies « infinies portées par son père à la patrie ; et après cela, voudra-t-il « m'employer, je le ferai de mon mieux et de préférence dans quelque « branche de l'administration interne. »
Kotclioubey était le moins enthousiaste de tous les Membres de ce « Comité, lie Salut Public » et pourtant il fut frappé du peu d'ordre qui régnait encore dans les projets de l'Empereur. Le 11 décembre 1801, il fut nommé Membre du Conseil de l'Empire et le 8 septembre 180'2, Ministre de l'Intérieur jusqu'au 2') novembre 1807. Il eut la bonne idée de prendre Speransky pour collaborateur et ce fut son Ministère qui reçut le premier une organisation régulière. Président des Affaires civiles et ecclésiastiques, il fut le 4 novembre 1819 nommé pour la seconde fois Ministre de l'Intérieur, Relevé de ses fonctions de Ministre le 25 février 1825, il fut le 19 avril 1827 nommé Président du Conseil de l'Empire. Elevé le (> décembre 1831 à la dignité de Prince, il reçut en 1^34 le titre de Chancelier pour les Affaires Intérieures. Il mourut à Moscou d'une angine de poitrine le 2 juin 1834 et fut inhumé au Monastère d'Alexandre Newsky. Le prince Kotchoubey avait l'esprit net et observateur. Eclairé et humain, il considérait le servage comme un mal gigantesque ; mais comme homme d'Etat il redoutait « les secousses » et comme ndminis-
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que par la réponse de l'Empereur à la leltre, que j'ai eu l'honneur .de remettre à Sa Majesté de la part de Votre Altesse Sérénissime, qu'EUe pourra juger si j'ai réellement eale bonheur de ne rien faire ou dire qui ait pu déplaire à ce Monarque.
J'ai hâté mon retour à Berlin pour y être à portée de m'entretenir avec Monseigneur le Prince Héréditaire d'Orange et de lui donner les informations qui pourraient lui être utiles dans l'état actuel des choses II rendra lui-même compte à Votre Altesse Sérénissime des déterminations qu'il a prises et c'est en me flattant qu'ellesae seront pasdésapprouvéesparVotre Altesse Sérénissime que j'ai l'honneur d'être, avec un profond respect. Monseigneur,
De Votre Altesse Sérénissime, le très humble et très obéissant Serviteur, Stamfohd.
Pendant boule la durée de la mission de Stamford, pendant tout le temps où il lui avait par conséquent été impossible de suivre la marche des négociations de Berlin, on n'avait pas manqué d'essayer de profiler du début, si brillant pour les Coalisés, de la campagne, de cette série ininterrompue de succès remportés par les armes autrichiennes
trateur d'expérience ne tenait pas à « relâcher l'ordre de choses existant ». — D'une retenue et d'une prudence extrêmes, il avait le talent de se tenir toujours un peu à distance et de regarder tran([uillement les choses de côté. C'est ainsi qu'il entrevit « l'aurore des beaux jours d'Alexandre » et qu'il ne souffrit ni du régime d'Araktchéiéff, ni de la réaction de l'éppque de Nicolas I'.
Au témoignage d'un contemporain, il avait de l'expérience, une vue prompte et sûre des choses, le talent d'en dégager l'essentiel des circonstances accessoires, l'habileté de découvrir dans l'affaire la plus compliquée des éléments primitifs simples, ia faculté de comparer, de résumer, de résoudre les divergences.
(Grand-Duc Nicolas Mikhaïlovitcii, Portraits Russes, I, 3.150).
tt ..... L'Empereur a fait le meilleur choix qu'il pouvait faire parmi ses « sujets, sans exception de personne, pour remplir notre Département « ides Affaires Etrangères en nommant M. de Kotchoubey, vice-Chance- « lier et M. Rostoptchin. membre du Collège des Affaires Etrangères, « écrivait de Richmond le 7 décembre 1798 Woronzow à lord Grcnville. « Ils ont tous .deux beaucoup de talent, de jugement et d'élévation « d-àme. sont dans les meilleurs principes, ont été tous les deux en An- « gleterre et sont attachés au système de l'union indissoluble entre nos « deux patries. Je vous réponds d'eux comme de moi-même. Je les con- |^ nais à fond, parce qu'ils sont mes amis intimes. Ce qu'il y a d'heureux « pour les affaires, c'est qu'ils sorit très unis entre eux et également « attachés au prince Rezborodko qu'ils regardent comm.e leur père. Ce « choix de l'Empereur lui fait honneur et il e^t aus^i heureux pour liù « que pour le bien de l'Europe dans la crise où elle se trouve..... » (Dropmore Papers: Y, 406).