‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 57 sur 171 · LE COUP DE TMÉATHE DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME III · texte numérisé non relu

LE COUP DE TMÉATHE DE FRÉDÉRIC-GUILLAUME III

La rupture des relations diplomatiques était complète et' lés choses en étaient arrivées à un degré de tension d'autant plus inquiétant que, comme Stamford le faisait remarquer' au duc de Brunswick, Dietrichstein avait plié bagage, Thomas Gren ville se préparait à en faire autant (1) et que « malgré les succès brillants des Aulrichiens », il n'était pas lui, Stamford, de ceux « qui croyaient la Coalition hors de danger. »

Un peu plus d'un mois plus tard, Zurich devait prouver-' qu'il avait été bon prophète.

Les événements qui venaient de se produire à Berlin sont' à la lois si curieux et si gros de conséquences que je n'ai' pas cru pouvoir me dispenser de rappeler ici les passages qu' Albert SoREL a consacrés à l'examen de l'attitude delà- Prusse pendant les semaines qui se sont écoulées de la deuxième quinzaine de mai 1799 à la fin du mois de juillet, aux intrigues qui se sont agitées autour de Frédéric Guillaume 111 jusqu'au jour où il fit connaître à Haugwitz soir refus nettement accentué de renoncer à la neutralité et de s^engager irrévocablement pour l'avenir.

Résumant le chemin qui a été parcouru pendant ces

quelques semaines, Sorel nous dit: « A mesure que le

succès de la Coalition se déclare, les Prussiens dessinentdéjà leur politique de 1814. Les Russeset les Anglais pressent' Frédéric-Guillaume III. Ce prince était naturellement indécis, jaloux de son pouvoir, hésitant à l'excès, fort préoccupé de dissimuler ses incertitudes, surtout de ne pas paraître gouverné. Ce caractère l'amena à subir l'influence occulteet* continue des secrétaires du Cabinet qui travaillaient en sousordre avec lui, dont il ne se méfiait pas et qui le captèrent en devinant ses désirs cachés, en lui soufflant, très discrètement, la conduite à laquelle il inclinait, savoir : les atermoiements, les demi-mesures, la neutralité équivoque avec tout le monde, les arrière-pensées dans toutes les afl'aires. — Le secrétaire Lombard devint ainsi son confident et souvent

(1) Thomas Grenville à lord Grenville. Berlîn, 20 :ioû" 1799, (Dropmore Pâpers, V, 324). Le 1" septembre, Thomas (Jrenville partit pour H im bourg.

son inspirateur. De ses ministres, Haugvvitz était le seul qui l'approchât. Il mûrissait pour son maître un brillant et fructueux arbitrage. Estimant, comme d'ailleurs son collègue Alvensleben, que la Prusse ne serait pas en sécurité, tant que la France posséderait des territoires entre la Moselle, la Meuse et le Rhin, que ces cours d'eau étaient les barrières naturelles de l'Allemagne, il se proposait d'en assumer la garde, de reculer la frontière française du côté des Pays-Bas, d'avancer de ce côté la frontière prussienne, de rétablir le Stalhouder en Hollande, non sans avoir au préalable entamé la lisière de cette République dans l'intérêt de la défense générale et en vue d'assurer à la Hollande et aux pays limitrophes une frontière solide qui les mette à l'abri des entreprises futures de la République française (1).

Les Anglais étaient disposés à entrer dans ce dessein et offraient un million de livres sterling pour en soutenir l'exécution. Les Russes annonçaient que si la Prusse voulait agir, ils la soutiendraient sur le Rhin. Nombre de Prussiens, assez honteux du rôle qu'ils jouaient en Europe, poussaient à la roue (2). Le roi laissa Haugwitz conférer avec le ministre d'Angleterre. Le 10 juillety l' accord semblait conclu : L'indépendance de la Hollande, l'évacuation de la rive gauche du Rhin par la France en étaient le principe. — Le il et le ^i, le roi donna contre-ordre. Il craignait un retour offensif des Français. Il ne voulait pas se prêter à l'agrandissement de l'Autriche en Italie et à l'établissement de la suprématie russe en Orient ; il ne désirait pas travailler en France à une restauration des Bourbons qui seraient inféodés à la Russie et il en revint à son expédient préféré : « Le « système, écrivait-il à Haugwitz, qui en reculant l'explo- « sion, m'offre du moins l'avantage d'attendre les événe-

(1) Rapports des 5 et 11 mai 1799 publiés par Bailleu.

("2) Sybel {Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, V, 411), attribue à des considérations d'un tout autre genre la résolution prise par Frédéric-Guillaume III. « La Prusse, par la volonté personnelle

« du roi et malgré le vif désir des ministres, reste impassible Il

« était très vrai qu'une grande partie de l'armée prussienne n'accueillait « qu'avec répulsion la pensée d'une communauté d'armes avec l'Autriche « et que l;i grande majorité de la population de l'Allemagne du Nord se « révoltait contre toute participation à la nouvelle guerre. »

Page 1