STAMFOUD ET LES LETTRES DU DUC DE BRUNSWICK
« ments et de ne passer aux mesures que quand moi-même « je le jugerai à propos. »
Les Russes et les Anglais, venus en mission extraordinaire pour négocier l'alliance, s'en allèrent fort mécontents et les Prussiens reprirent avec les envoyés ordinaires le jeu de bascule qu'ils menaient depuis la paix de Bàle. Haugwitz, au nom du Gouvernement officiel, caressait les Alliés en vue d'une défaite de la République française, et Lombard, au nom du roi, caressait les Français en vue d'une défaite de la Coalition. La Légation de France sut, à n'en point douter, que la Prusse réclamerait, le jour où elle le pourrait. Pindépendance de la Hollande, la rive gauche du Rhin, la renonciation même à la Belgique, et elle l'écrivit au Directoire »
Antérieure au 16 août et au départ de Dietrichstein.
Usage qu'il a fait de l'un* de ses lettres. Impossibilité de se servir de l'autre, soit à Londres, soit à Saiut-Pôtersbourg. Motifs de cette résolution . Départ prochain de Dietrichsteiti .
J'ai reçu les deux lettres dont Votre Altesse Sérénissime a bien voulu m'honorer en date du 3 et du 6 de ce mois. J'ai cru devoir faire usage de la première pour détruire le soupçon auquel le propos de M. de Haugwitz a pu donner lieu. J'y ai d'autant plus facilement réussi que ceux qui ont été dans le cas de traiter beaucoup avec ce ministre n'ont pas eu occasion de se convaincre que la véracité fût une de ses vertus favorites.
Quant aux idées contenues dans la seconde lettre de Votre Altesse Sérénissime, je suis persuadé que ce serait en vain qu'on chercherait à les faire goûter soit à Londres, soit à Saint-Pétersbourg. Tout traité d'alliance doit offrir aux parties contractantes des avantages réels et réciproques. Celui que propose la Prusse n'est certainement pas daus ce cas. Non seulement il ne change rien à l'état des choses dans le Nord de l'Allemagne, il tend aia
(t) R. 0. — F. O. 95.6. Cf. pour le départ de Dietrichstein. Dropmore Papers, V, 287. Note of a canversation bctween Count Haugwitz and baron KinheL Berlin, 16 août 1799 et ibidem, V, 279. Thowas Grenvifle à lord Grenmik-. Berlin, U août m9.
contraire à l'affermir davantage. L'Angleterre et la Russie sont en guerre. Par conséquent, tout ce qui ne contribue pas directement à rendre plus efficace leurs efforts est pour eux de nulle valeur. Il n'échappe à personne qu'une puissante diversion sur le Bas-Rhin deviendrait le coup de grâce pour les Français. La neutralité de la Prusse, qu'un traité d'alliance défensive, tel qu'elle le désire, ne ferait que consolider, rend cette diversion impossible. Car, en supposant que le reste des Puissances du Nord voulussent la tenter, comment attaqueraient-elles la Hollande et la Belgique, si une armée prussienne leur en barre le chemin?
La seule condition, qui peut-être eût porté l'Angleterre et la Russie à prêter l'oreille à la proposition de la Prusse, eût été la stipulation de quelques cas où sa défensive se changerait pour elle en offensive. Mais le seul cas qu'elle veuille admettre étant celui d'une attaque directe contre sa ligne de neutralité, il est évident que c'est faire dépendre l'existence de ce cas du bon plaisir du Directoire français. Quelle apparence y a-t-il qu'il commette l'imprudence de la faire naître, tant qu'il aura besoin de toutes ses forces en Italie, en Suisse, sur le Bas-Rhin?
Il existe d'ailleurs des doutes sur les véritables dispositions du Cabinet de Berlin qui détruisent toute confiance. Le Directoire n'ignore certes pas que la Russie et l'Angleterre ont fait jusqu'ici tous leurs efforts pour réengager la Prusse dans la Coalition ; mais, dès le commencement et pendant toute la durée des négociations qui eurent lieu à cet etïet, les Français n'ont pas cessé de dégarnir la Hollande et la Belgique de troupes qu'ils ont portées en Suisse et sur le Haut-Rhin. Eussent-ils osé le faire, s'ils n'avaient été sûrs d'avance du parti que tiendrait la Prusse et qu'est-ce qui leur a donné cette certitude ? Voilà un fait bien difficile à expliquer.
En voici un autre que Votre Altesse Sérénissime ignore peut-être et qui peint parfaitement M. de Haugwitz. — Le Roi lui demanda, ces jours passés, s'il croyait effectivement que le salut de l'Etat exigeait qu'il reprît les armes.
Le Ministre répondit que : « Son opinion n'était pas que le salut de l'Etat lui en faisait un devoir, mais qu'il lui semblait que Thonueur du Roi le demandait en quelque sorte. »
« S'il n'y a que cette considération, répliqua le Roi, je ne ferai certainement pas la guerre ».
M. de Dietrichstein ne fera plus un long séjour ici et il n'est pas apparent non plus que celui de M. de Grenville sera fort long. Le premier a eu bien de la peine à cacher qu'il est bien aise de n'avoir pas effectué ici plus qu'il ne voulait. Malgré les succès brillants
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des Autrichiens, je ne suis pas de ceux qui semblent croire que nous sommes déjà hors de danger. Les ressources révolutionnaires ne sont rien moins qu'épuisées. Siéyès le sait bien. Aussi voit-il d'uQ œil tranquille les manœuvres diplomatiques et tandis que la Cour de Vienne reproche à celle de Berlin son traité de Bâle et celle-ci à l'autre son traité de Campo-Formio, il fait traduire, à ce qu'on dit, en russe et en polonais, les Droits de l'homme^ persuadé qu'ils feront leur effet partout où on les lira.
L'occasion sûre, dont je me sers pour faire parvenir ces lignes à Votre Altesse Sérénissime m'ayant été cflerte trop tard pour que je puisse en profiter à mon gré, je suis obligé de terminer ici en priant Votre Altesse Sérénissime, etc., etc..