‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 59 sur 171 · GEORGES III AU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

GEORGES III AU ROI DE PRUSSE

Weymoulh, 27 d'août 1199.

Regrets que lui cause la décision prise par Frédéric-Guillaume III.

Monsieur mon frère, — .J'ai l'honneur d'accuser réception de la lettre que Votre Majesté a bien voulu m'écrire en date du 28 du mois passé (2). Je sens tout le prix des sentiments d'amitié que Votre Majesté m'a témoignés et je partage avec Votre Majesté le désir le plus constant de conserver la bonne intelligence qui existe entre nos deux Royaumes et de resserrer les liens intéressants qui nous unissent.

Je ne puis que regretter vivement la décision de Votre Majesté sur les ouvertures amicales et franches que je Lui ai fait faire. L'intérêt de nos deux Monarchies, celui de l'Europe entière, la conformité de nos principes et le désintéressement de mes vues m'en avaient fait espérer, surtout après une si longue discussion, un résultat bien difïérent.

Je suis intimement persuadé que Votre Majesté n'agit que d'après ce qu'Elle juge devoir aux vrais intérêts de son Royaume. Le même sentiment me prescrit la conduite que j'ai tenue. La Providence a daigné jusqu'ici bénir mes eftorts pour la sécurité

(2) Cf. Dvopmore Papers, V, 192. {Confîdentielli-). Tliouias Grcnville ù lord Grenville. Berlin, 27 juillet 1793.

d^ Mon Peuple et la conservation de Sa religion et de Ses institutio,ns civiles et je dois aujourd'hui espérer que sous: la même protection divine, l'Europe entière se verra procurer par la suite le bénéfj^ede ces mesures auxquelles nous avions désiré, moi et mon Allié,. l'Empereur de Russie, de pouvoir associer Votre Majesté.

C'est toujours^avec la plus vive satisfaction que je profite de toute occasion de renouveler à Votre Maijesté les assurances les plus siaeères dse la haute estime avec laquelle, je suis. Monsieur mon Frère,

de Votre Majesté

le bon frère, ami et allié,

George.

GÉÎ^ÉRAL DE STAMFORD AU PRINCE HÉiiÉDITAIRE D'ORANGE (1)

Berlin, 1" septembre H 99.

Le départ de Thomas Grenrille. Pourquoi il ne croit plus au succès d'une opération sur la Hollande. Jugement qu'il porte sur Haugvç'itz. Départ prochain de Berlin.

Je profite de l'occasion que m'ofïre le lieutenant Was^hinton retournant à Lingen pour informer Votre Altesse Sérénissime que Mu Grenville quitte aujourd'hui Berlin pour se rendre à Hambourg, afin d'être à portée de s'embarquer pour l'Angleterre, si d'ici à une quinzaine de jours il n'arrive rien qui l'oblige à prolonger son séjour sur le Continent. Un des événements les plus heureux qui pourrait arriver serait sans doute la réussite du projet sur la Hollande. Mais à peine ose-t-on encore nourrir qjielque espoir à cet égard, les vents contraires et les lempêteSr ayant dbérangé toutes les combinaisons, tous les calculs faits pour assurer le succès.

Dans ces circonstances, on ne peut que regretter doublement qjie la Prusse se soit refusée d'effectuer à peu de frais uneentpeprise que la Russie etl'Angleterre tentent en ce moment, peut-être en vain, tout en y employant des frais immenses. Mais tel est l'aveuglement ici qu'on ne se cache pas du plaisir qu'on aurait à

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la voir échouer, et tel est l'avilissement où on est tornbé et la stupeur qui en est la suite, que même la réponse négative, pérempèoir<e ettrès caustique, qu'on dit avoir été donnée parle BiTectoire aux dernières propositions de la Prusse, n'a pas fait sur l'espril du Roi rimpression qu'on se flattait qu'elle produirait.

Je v;ous<avôue. Monseigneur, que je ne conçois rien à cetteEtagnation apparente qui règne ici dans tout ce qui a rapport aux grands intérêts de l'Europe, ù cette sépaTation totale où l'on se tieut des principales Cours. Ce que je crods voir le plus clairement, c'est que le Roi, en se persuadant qu'il agit librement et d'après sa propre conviction, est dirigé par des ressorts cachés qui probablement s'étendent jusqu'à Paris, où ils reçoivent l'impulsion.

Quant à ce qui regarde M. de Haugwitz, je reviens à l'opinioa que j'ai toujours eue, quoique j'aie souvent tâché d'en prendre une meilleure de lui. Je le regarde comme un homme léger, sans caractère, sans énergie, sans talent pour le poste qu'il occupe 'eit auquel il ne tieitt que parce qu'il satisfait sa vanité. D'autres que moi ont remarqué que, lorsqu'il parle politique et qu'il lui arrive d'en bien parler, ses raisonnements sont toujours le fruit des méditations d'autrui. Si l'on joint à cela qu'il est menteur par habitude, faux et hypocrite, on a la juste mesure de cet homme. Lorsque je lui remis la lettre, dont Votre Altesse Sérénissime m'avait chargé pour lui à mon dernier départ de Brunswick, je fus tout étonné, dans le long entretien que j'eus alors avec lui, de l'entendre me dire des choses tout à fait contraires à ce qu'il m'avait dit auparavant. Sa mémoire est souvent «n défaut contre la maxime : Mendacem opportet esse memorem. En me parlant de la réponse du Roi à la lettre de Votre Altesse Sérénissime «t dont je faisais semblant d'ignorer le contenu, il me dit avec une sorte de satisfaction que Sa Majesté s'était fait un plaisir malin d'y répéter à Votre Altesse Sérénissime les mêmes arguments qu'Eille-même avait allégués au Roi à Petershagen (1). C'était me

(1) Petershagen (Westphalie) à 12 km. N. NE. de Mind-en, sur la Twe gauche du Weser, au conHuent de i'Oppa.

Ci. Drapmore Pwpcrs, V, i>8(i, Berlin. 16 août 1799. Note of ^conversation between Count Haugwitz and baron Kinkel.

« Le prince d'Orange nous a donné un bien grand embarras. Tous ses « officiers sont en uniforme et ne veulent pas se soumettre aux lois mili- « taines. li-s ont brusqué les postes. J'ai arrangé cela en engageairt le « Roi à lui écrire. Les deux princes en se quittant se sont fait des révé- « rences et ne se sont pas expliqués.. Notre idée est qu'il fasse, mais qu'il « n'ait pas l'air de faire. Et le Roi, embarrassé de ne pas pouvoir faire « plus pour son ])eau-frère, n'a pas osé lui dire assez clairement ce qu'il « pouvait et ne pauvait pas admettre. » — Cf. Ibidem, V, 324. Thamscs

dire que le Roi s'était servi contre Elle d'armes que Votre Altesse lui avait fournies Elle-même.

Je lui observai que, puisque ces arguments n'avaient pas empêché les déterminations vigoureuses que le Roi avait prises à Petershagen, ces dernières devaient avoir été motivées par des raisons d'une majeure importance et que pour cette raison je ne concevais pas ce qui pouvait avoir porté le Roi à se rappeler des arguments qui, trouvés trop faibles alors, ne pouvait plus servir aujourd'hui pour justifier l'inaction à laquelle il s'est condamné depuis.

Cette observation parut embarrasser le ministre, car je vis que tout ce qu'il cherchait à y répondre ne le satisfaisait pas luimême.

Je viens de faire mes adieux à M. Grenville, qui sort de chez M. de Haugwitz, oii il a appris que le Roi s'est décidé à faire avancer son armée de démarcation jusque sur le Rhin et qu'hier soir des lettres, conséquences de cette détermination, ont été expédiées à Votre Altesse Sérénissime (1). Le ministre, sans oser

Grenvillc à lord Grenville, Berlin, 26 août. Détails sur l'incident cidessus. « Grenville a naturellement approuvé la conduite du prince héré- « ditaire et de ses officiers et lui a écrit à ce propos. — Pour mieux « marquer l'approbation de l'Angleterre il se proposait d'aller voir le « prince à Lingen, lorsqu'il a appris qu'il s'était embarqué pour le Texel ». {Ibidem, V, 37-2. Hambourg, G septembre).

Le 15 septembre, au contraire. Otto rendait compte à Talleyrand que : « Le Roi a témoigné son mécontentement de la conduite du prince héré- « ditaire d'Orange en Westphalie et dit qu'il ne voulait pas que sa con- « duite devint équivoque. » [Prusse, volume 225, f" 3;.2, Berlin, 30 frucidor, r. YII, eptembre 17S9).

(1) Dragmare Papers, V. 410. — Duc de Brunswick au prince héréditaire d'Orange. Brunswick, 3 septembre 1799 (Lettre transmise à lord Grenville par H. Fagel).

« J'ail'bonneur d'avertir Votre Altesse que je viens de recevoir l'ordre « de faire avancer M. le général de Schladen avec dix bataillons et « quinze escadrons par Wesel pour se cantonner entre cette place et Rees. c( Mes ordres ne disent que c';la et de réunir un peu davantage les troupes « qui restent sur les derrières. Le Roi recommande de ne rien compro- « mettre. La réponse du D'rectoire doit avoir été négative ; cependant on « continue à négocier avec ces faquins. Si Votre Altesse peut quelque « chose sur M. Grenville, qu'au nom de Dieu il ne se hâte point de quitte ter le Continent. Je crois que le Directoire forcera le Roi à prendre un « parti. »

Le parti anti-français n'avait pas désarmé. L'expédition des Anglo- Russes, le débarquement des troupes d'Abercromby aux environs du Helder avaient fait une fois encore changer d'attitude à Haugwitz. Le 26 août, il avait eu un enlretien assez orageux avec Otto. Démasquant ses batteries, il l'avait menacé de reprendre, s'il le fallait, par la force possession de Juliers et de CHwes. Il lui avait même donné à entendre qu'il comptait faire arriver l'armée de démarcation sur le Rhin au plus tard le

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assurer M. Grenville que celte mesure aurait positivement des suites favorables aux vues de l'Angleterre, a cependant donné à entendre qu'il serait possible qu'elle en eût, si Votre Altesse Sérénissime n'y voyait pas trop de difficultés militaires. Cela veut dire : « S'il ne se fait rien de plus, veuillez ne pas vous en prendre à moi. »

Je compte quitter Berlin dans une dizaine de jours pour rejoindre M. Grenville, mais en restant accrédité auprès du Roi comme envoyé de Son Altesse Sérénissime le Prince d'Orange. Je me rendrai d'abord à Brunswick, où peut-être j'aurai le bonheur de trouver encore Votre Altesse Sérénissime et de lui réitérer de vive voix les assurances de mon profond respect et de l'inaltérable et parfait dévouement avec lequel je suis de Votre

Altesse Sérénissime,

le très humble et très obéissant Serviteur, Stanford.

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