PAUL !*'■ ET LA FRANCE APRÈS ZURICH ET ALKMAR
sorti, Souvorow s'adressant à tout le monde, le général autrichien toujours présent : « Vous voyez, M. de Korsakown'a rien dit et je « ne lui ai pas adressé non plus un mot. Cependant il est bien « plus malheureux que coupable. Il avait derrière lui 20.000 A.u- « trichieus qui n'ont pas fait un pas pour le soutenir. Voilà les « coupables. Ils ont voulu le perdre, ils ont voulu me perdre avec « eux. Mais Souvorow s'en bat l'œil (le terme qu'il employa est « plus énergique). De toute mon armée, je n'ai ramené d'Italie « que 13.000 hommes, et cependant j'ai battu les patriotes. Mais « tant que l'Autriche ne voudra pas avoir avec moi une conduite c plus loyale et plus franche, je ne ferai pas un pas- J'attends « 60.000 hommes de renfort et alors je n'aurai pas besoin de « l'Archiduc. Dites-lui qu'il répondra .devant Dieu du sang qu'il a « fait couler à Zurich et de celui qu'il fera verser encore. Que « s'il veut être franc et loyal, il trouvera toujours Souvorow prêt a à le seconder (1).
La brillante victoire de Masséna, suivie d'assez près par la capitulation des Anglo-Russes en Hollande (signée à Alkmar le 18 octobre), avait changé la face des choses.
Paul P"", « n'agissant, comme Woronzow l'écrivait à lord Grenville, que par passion et violence » (2), avait presque dès le lendemain de Zurich, rompu brusquement, presque brutalement ayec l'Autriche. « Ma position arec la France « est telle, lit-on dans les Instructions que, de Gatchina, « le 15 octobre, il envoyait à Woronzow, qu^après avoir été « dans le courant de cette guerre une puissance auxiliaire « contre elle, en quittant l'alliance, je rentre dans ma posi- « tion antérieure et je n'ai pas besoin de traiter directement « avec elle. »
« Paul P'' voyait maintenant se dissiper le grand arbi-
« même le principe de'sa défaite. iZ s'etaii piace dans une telle situation « que Masséna était forcé de le v:iincre. » {Mémoires du Général baron de Lowenstern, I, 65-66)..
(1) On trouve encore dans le dossier F. 0. 95.6 un rapport en allemand, assez sommaire, contenant cependant quelques données assez curieuses, daté d'Egtisau le 27 septembre 1799, du Général-Major von Bartels (des troupes i\alatines) sur la bataille de Zurich.
Cf. Appendice Noie. — Portrait de Souvorow.
(2) Cf. Appendice. Détails nouveaux sur Paul I" et sa Cour.' Pi'usse, Mémoires et Documents. Vol. 32, f" 05-06. Joint à la Dépêche de Hambourg du 19 lloréal. an VTII.
" trage qu^il avait rêvé. Les convoitises des Autrichiens Vin- « (lignaient. La défaite de ses troupes le consterna. II était « déjà dégoûté de la Coalition. Le 22 octobre, il la rompit. « La France, par un sursaut d'énergie patriotique, par un « réveil de son génie militaire, par l'effet aussi des conflits « entre les Alliés a écarté le péril de l'invasion et repoussé « l'ennemi au delà des frontières que la Convention avait « prescrites à la République. Mais la République n'est assise « au dedans, ni les frontières ne sont assurées au dehors. « L'Europe ne les reconnaît pas. La France s'est simplement « replacée dans les conditions où elle était après la conte quête de la Hollande par Pichegru, lorsque les Prussiens « se retirèrent de la Coalilion. Comme en ces temps-là « il restait à battre les Autrichiens et à réduire les An- « glais (1) »
Les victoires de la France et la rupture de l'Alliance avaient forcément profondément modifié l'attitude incertaine, presque suspecte même à de certains moments, de la Cour de Berlin. L'observateur attentif et fin qu'était Otto s'empressait naturellement d'enregistrer la marche de plus en plus caractéristique de cette nouvelle évolution. « Le « Roi, mande-t-il à Talleyrand le 16 vendémiaire (8 octobre) « est fâché de ce que Sandoz lui prête le désir de changer le « Gouvernement batave, auquel il n'a jamais pensé, M. de « Haiigwitz, de ce que cet envoyé a trahi le secret, les « favoris du Roi, de ce qu'il nous a parlé trop sincère-
« ment Cette fois-ci Masséna a négocié pour nous. La
« déroute des Autrichiens et la prise du général Hotze (2)r '<■ ont produit un effet merveilleux (3) »
« J'ai dit, écrivait-il quatre jours plus tard (4), que Mas- « séna avait négocié pour nous. Un autre auxiliaire s'est « présenté depuis. C'est Pitt lui-même qui a eu l'impudeur « de dire en plein Parlement : « Qu'il n'avait jamais
(1) SoREL. L'Europe et la Révolution française, V, 450. Cf. Appendice. Note.
(2) Oito commet Là une erreur. Hoize n'avait pas é;é pris. Il avait éié îué.
(3) Prusse. Volume 226, Dépêche chiffrée. n° 51. f" 30.
C'i) Prusse. Volume 226, Dépêche chiffrée, a" 52. f* ii. Otto à Talleyrand. Berlin, 20 vendémiaire an VIIL 12 octobre 1799.
LA l'nrssi:: kvolup: de nouveau veiis la France :28.3
« demandé à la Prusse ni amitié, ni secours. » Ce mensonge a produit ici la plus vive indignation et afîecte principalement M. de Ilaugwitz, qui est devenu plus aimable et plus prévenant envers moi. Il avoue lui-même que nous avons
eu raison de ne pas retirer nos troupes de la Hollande
Enfin M. de Haugwitz n'est plus, ou ne paraît plus le même
homme Au reste, je me rappellerai toujours le mot
de Golloredo pendant la mission de M. de Haugwitz à « Vienne : Cet homme est le prototype de La fausseté. »
« Le Roi, ajoute-t-il le 27 vendémiaire (1), ne dissimule « pas le plaisir que lui causent les défaites des Russes. En « apprenant leurs derniers revers en Hollande, il s'est écrié : « Je suis bien aise pour mon ami Paul. H s'est enroué à « force de chanter des Te Deum. Il pourra se reposer à « présent »
« Il y a deux décades, M. de Haugwitz en parlant de nous, « ne nommait que la France. Aujourd'hui c'est la Ré^u-^ « blicjue qui triomphe, c^est iù. République, qui a dss res- « sources inépuisables, etc., etc. » Et Otto termine sa dépêche par cette remarque, dont nous pouvons encore faire notif profit aujourd'hui : « Soyez forts et nous serons amis. »
Lorsqu'il reprend la plume, le 4 brumaire (2), le mouvf;ment de l'opinion en faveur de la France s'est encore accentué.
« Nos victoires ont causé ici la plus vivre sensation.
« Le Roi et le peuple en sont enchantés, mais la noblesse et « les Ministres en sont profondément affligés. Môme le <( retour de Bonaparte est considéré ici comme une victoire. « Tandis que les bourgeois boivent à sa santé, les salons « retentissent de plaintes et plusieurs nobles donneraient la « moitié de leur fortune pour qu'il fût resté en Egypte »
Le 21 octobre, Haugwitz, sous l'impression du retour de Bonaparte, traçait dans ses Mémoires ces lignes bien caractéristiques : « Les circonstances nous ont ramenés de nou- '< veau au système de la neutralité et nous avons même « retiré des négociations que nous avons entretenues avec
(H Prusse. Dépêche cliilïréc n° 55, f° 5^-5 i. Berlin, 27 vendémiaire M VIII, 19 octobre 1799.
■i) Prusse. Volume 2'26. n° 5G, f" 6'2. OUo à Talleyrancl. Berlin, 4 bru" lii.iire an VIII, 26 octobre 1799.
« les Puissances coalisées l'avantage de les avoir engagées « toutes à reconnaître et à respecter la neutralité de la « Prusse. C'est donc ce système, et tel qu^il résulte de nos « transactions avec la France, de l'acte d'adhésion de la (( Cour de Dresde (22 novembre 1796) et des engagements « contractés par les autres princes compris dans la ligne de « démai*cation, qui doit servir maintenant d-e base à notre « conduite future. Plus que jamais il importe de la soutenir « haut la main vis-à-vis des Puissances en guerre et d'en « exiger la plus stricte observation de la part des pays « neutres en les soumettant comme par le passé aux obliga- « lions contractées par rassociation d'Hildeshcim. » (1)
Oa comprend quelles appréhensions la déclaration de Paul 1"' d'une part, l'atmosphère nouvelle qui régnait à Berlin^ de l'autre, devaient faire naître dans l'esprit de Stamford. On comprend qu'il ait jugé indispensable de multiplier ses efforts., de chercher à parer aux dangers ^u'il redoutait et que pour prévenir la sortie de l'alliance de la Russie, pour détourner, ou tout au moins pour amortir le coup fatal qu'un pareil événement porterait à la Coalitian, sans aller toutefois jusqu'à croire au succès de ses ouvertures, de ses combinaisons, de ses démarches, il ait d'abord adressé un appel pressant à son ami Panin, puis bientôt après poussé 'Un véritable cri d'alarme.
Brunswick [avant le i I novembre i 799).
Moyens de prévenir les suites des désastres éprouvés par les Alliés en Suisse et en Hollande.
Itepuis la malheureuse touwiure qu'ojit prises les affaires, tant en Suisse qu'en Hollande, je n'ai cessé de penser aux moyens de
(1) -Cf. Bailxeu. Op. Cilata, I, 344.
(2) N. B. La plus grande partie de cette dépêche jusqu'au paragraphe commençant par ces mots : « Depuis notre séparation »,,a été reproduite presque textuellement par Stamforddans celle qu'il adressa le 11 novembre,