‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 62 sur 171 · CONSÉQUENCES DES ÉCHECS DES ALLIÉS · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DES ÉCHECS DES ALLIÉS

prévenir les suites des désastres que les Alliés ont éprouvés dans <;es Pays. Je vais soumettre à vos lumières ce que j'ai imagina d'après la connaissance que j'ai des dispositions actuelles des différentes Cours du Nord de l'Allemagne.

Après l'espèce de schisme que la paix de Bâle a établi entre le Nord et le Midi de l'Empire Germanique, les princes du Nord avaient considéré le roi de Prusse comme le noyau de la Confédération, qui devait assurer leur neutralité et autour duquel ils devaient se rassembler pour cet effet. Tant que les armes des Coalisés ont été couronnées par les plus brillants succès, ils ont pu espérer de la conserver et de voir même renaître, malgré l'inconcevable inaction du roi dé Prusse, l'intégrité de l'Empire Germanique qui semblait perdue par le Congrès de Rastatt.

Mais aujourd'hui tout a changé de fiace. Les revers que les Puissances Alliées ont éprouvés en Suisse et en Hollande, l'ascendant décidé que les Français semblent avoir pris à Berlin, qui ne permet plus de considérer le roi de Prusse comme le noyau autour duquel le Nord de l'Allemagne peut se tenir réuni, la déclaration que l'Empereur, votre Auguste Souverain, vient de faire (1) et le besoin, où lés Français se trouvent d'exploiter et même de piller ce même Nord pour nourrir leurs armées et fournir à leurs déprédations, désir qui les a dévorés depuis longtemps et qu'ils pourront satisfaire à présent, toutes ces causes réunies ont inspiré les plus justes craintes aux princes du Nord de l'Allemagne et les ont mis dans des dispositions propres à leur faire goûter les seules mesures dont ils peuvent attendre leur salut.

Outre le peu de sûreté que donne, pour la neutralité du Nord,

•également de Brunswick, à-ïhomas Grenville et qu'on trouvera au tome vi, pages 57-59 des Dropmore Papers. Les dernières lignes de la dépêche adressée à Panin prouvent que Stamford l'écrivit av^ant de reprendre ces considérations dans celle qu'il rédigea pour Thomas Grenville. Il y a même lieu de penser (Cf. Pièce LXXVIII) que cette lettre est celle du 3 novembre à laquelle Stamford se réfère lorsqu'il expose à nouveau à Panin ses idées sur la situation.

^(1) Eh envoyant le 19 novembre à lord Grenviille la longue letti-e qxie Paul 1" lui avait écrite de Gatchina le. 15 octobre et dans laquelle il lui traçait la ligne de condui:e qu'il lui proscrivait de suivre et lui exposait îes points principaux contenus dans- sa lettre à Georges HT, Woronzov/ lui disait : « Vous verrez par les pièces que je vous commuaiique la manière « brusque et imprudente avec laq.uelle on a rompu chez nous avec la Cour « dte Vienne et la résolution qu'on a prise de rappeler l'arniée russe qui « esten Suisse... >> {Dropmore PaperSyVï. 31'-34).

Le 26 novembre, lord Grenville annonçait à son tour à WoBonzDW que Haiumond lui enverrait le lendemain la réponse du Roi à son Empereur (Ihidem, VI, 47.)

286 L'-: Gi'iNÉRAL DE STAMFOHD

de l'Allemagne la Prusse qui, pendant que la ville de Hambourg contribuait avec toute la fidélité imaginable à sa quote-part des frais pour la ligne de démarcation, souffrait que le Directoire lui extorquât à différentes reprises plusieurs millions, outre le peu qu'il y a à attendre pour les princes du Nord d'un Roi qui se croit le plus heureux des hommes s'il peut s'isoler politiquement, au point que son influence soit aussi peu signifiante que celle de la Suède ou du Danemark et qui ne veut tirer l'épée que lorsqu'il sera attaqué dans ses propres foyers, il en est d'autres d'une conséquence aussi majeure pour ces Princes qui dans ce moment ne leur échappent plus.

Ils sentent que, si les Cours de^Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Londres venaient à conclure une paix avantageuse pour elles sans l'intervention de la Prusse et des princes du Nord de l'Allemagne qui se sont adossés à elle, ils seraient, pour me servir de ce terme, décimés par ces trois Cours ; qu'elles leur imposeraient des taxes comme n'ayant pas partagé avec le reste de l'Empire Germanique les dépenses de la guerre. Ils comprennent qu'il y aurait de la justice à les traiter de cette manière, à faire, pour ainsi dire, la paix à leurs dépens et que dans un cas pareil la Prusse, jalouse de son repos jusqu'à sacrifier ses propres possessions, sa gloire, sa famille et le salut de l'Europe, ne prendrait pas les armes pour les défendre.

D'après ces dispositions, il ne s'agirait donc plus que de présenter à ces Princes un moyen de parer aux inconvénients et aux dangers qu'ils redoutent, et ce moyen, à ce que je crois, se trouverait dans une Coalition du Nord de l'Allemagne formée sous les auspices de votre Auguste Monarque, laquelle, laissant le roi de Prusse dans son inaction et sa nullité politique, garantirait d'une invasion des Français non seulement le Nord, mais l'Allemagne tout entière et peut-être l'Europe.

Une armée de 32 à 40.000 hommes de vos braves troupes, à laquelle se joindront 20.000 hommes des troupes des Maisons de Saxe, 16.000 Hessois et 12.000 Hanovriens, formerait une armée de 80.000 hommes qui, se portant entre le Haut et le Bas- Rhin, sur Mayence, tandis que les autres Puissances agiraient sur les autres points^ changerait bientôt la face des affaires et conserverait intacte toute cette partie de l'Allemagne, qui seule n'a pas encore servi à assouvir la capacité des Français et à écraser enfin le colosse révolutionnaire qui engloutira l'Europe, si on ne réussit pas à l'abattre. Jai tout lieu de croire que la Cour de Dresde accéderait volon'.iers à cette mesure.

MOYEN DE l'AUEli AL'X DANGEiiS DE LA SITUATION 287

Depuis notre séparation, mon cher comte, je n'ai pas cessé un seul instant de faire représenter à cette Cour par son envoyé et conseiller de Légation, M. Rivière, à combien de dangers l'exposait son attachement à la Prusse et je me croirais sûr de l'en détacher, si j'y étais autorisé par la Cour de Londres, mais je me garderais bien^ comme vous pouvez penser, de me proposer à cet effet. J'hésite même à proposer toute cette idée à Londres, parce que les troupes hanovriennes entrent dans mon plan et que le roi d'Angleterre et l'électeur de Hanovre ne sont point d'accord dans leur politique. Au reste, si ce plan venait à être goûté, il conviendrait qu'on y mît la main sans la moindre perte de temps, la dislance où se trouvent les Cabinets les uns des autres mettant une telle lenteur dans les communications qu'ils se trouvent hors de mesure de parer les coups de l'ennemi.

Les bruits répandus en Hollande d'une intervention de la Prusse ne sont fondés, vous le savez sans doute, sur rien de réel. Cependant ils ont servi et servent encore aux gouvernants dans ce pays à contenir le peuple, et cela explique pourquoi il ne s'y est fait aucune insurrection importante en faveur de l'armée anglaise.

Vous vous rappelez, mon cher Comte, que j'ai toujours désiré qu'on essayât d'arracher à la Prusse les Princes qui se sont mis sous ses ailes. Je lui souhaite cette humiliation, parce qu'elle la mérite à cause de ses bassesses envers les Cartouches du Directoire. J'ai tout lieu de croire, et cela sur de très bonnes données, que le moment de la punir de cette manière est arrivé et qu'il ne s'agit que d'en profiter.

Je n'ai pas dit un mot de ce projet au duc (de Brunswick) qui, dans le cas même où il le goûterait, ne serait pas propre à le seconder. C'est pourquoi je vous prie de n'en rien toucher à M. G. (Thomas Grenville) (Ij que j'ai à tous moments sur les bras et qui, avec son esprit, cherche à puiser chez moi des matériaux pour les mettre en œuvre et me gagner de vitesse.

J'aurais mille choses encore à vous dire, mais j'y perds mes yeux. Or, pour un homme qui travaille en volontaire et qui n'a pas de quoi entretenir un scribe, ce serait trop perdre.

Quoiqu il fasse, bien qu'il se refuse encore à se rendre à l'évidence, Stamford, tout en se croyant obligé de revenir à

1) Antérieurement à l;i lettre que Stanford adressa à Thomis Grenville 11 novembre, il lui avait déjà fait connaître ses idées sur la situation

dans une autre dépêche en date du 31 octobre qu'on trouvera au tome vi,

pages 41-43 du Dropmore Papers.

288 LE GÉNÉHAL DE SÏAMFORD

la charge, n'a pourtant plus foi dans l'efficacité de l'intervention de son ami Panin. Il connaît trop bien le caractère et le tempérament de Paul 1"' pour se faire encore des illusions. Il sait combien le tzar est susceptible, impulsif, ombrageux et violent. Il se rappelle ce qu'il a écrit à Thomas Grenville pendant son séjour à Saint-Pétersbourg et en tentant un dernier effort auprès de Panin, il n'essaye môme pas de lui fournir des arguments que l'irascible fils de Catherine se refuserait à écouter et à prendre en considération. Il espère que Panin, s'il consent ou s'il se risque à lui servir de porte-parole, pourra peut-être parvenir à attendrir sow souverain, en lui faisant sentir l'horreur du sort que la résolution qu'il vient de prendre réserve à TEurope.

GÉNÉRAL DE STAMFOHD AU COMTE PAXIN (t)

Brunsivick, s. d.

Craintes dont il ne peut se défendre tant que l'on ne sera pas fixé sur la conduite que se décidera à tenir Paul I«' . Il espère que l'Empereur aura à cœur d'assurer le salut de l'Europe.

M. le Comte, le point de \u.e, sous lequel j'ai envisagé dès l'origine cette guerre funeste qui depuis dix ans tourmente l'Europe, étant le même que celui sous lequel vous l'avez constamment envisagée, celui d'une lutte de la Société contre l'Anarchie, ses crimes et ses désordres, je puis vous adresser avec contiance ces lignes, bien convaincu que vous ne me soupçonnez pas d'avoir été stimulé, en les traçant, par un intérêt diflférent de celui qui m'a toujours animé, celui du bien et du salut général.

Que fera le Monarque des Russies? Telle est la principale question qui occupe maintenant tous les esprits, quoique sous des points de vue différents. Ceux qui désirent prévoir au moins lafm des maux, inconnus jusqu'à nos jours, qui sont tombés sur le monde, avaient longtemps tourné leurs regards vers ce Monarque^, comme étant le centre de leurs espérances, soit par ses forces, soit par sa position. Leurs vœux ont été remplis ; le succès répondait

(1) R. 0, F. O. 95,6. Doit être de Brunswick versla fin de novembre 1799.

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