UN MÉMOIRE DE BTAMPORD
Sans date (1).
Mémoire du général de Stamford sur la position actuell© de la France relativement aux ouvertures de paix qu'elle se propos* de faire.
L"'Angleterre doit, à ce qu'il me semble, faire attention à la politique que le Gouvernement français adopte aujourd'hui. — Cette politique est d'afficher publiquendent le désir de terminer la guerre et la volonté même de renoncer à une grande partie de ses conquêtes. Les lettres de France ou de la rive gauche xiu Rhin assurent toutes que les Consuls veulent la paix ; Que le Gouvernement est prêt à faire les plus grands sacrifices pour la donner aux peuples ; Qu'il est prêt à renoncer à l'Italie et à restituer la partie de l'Empire qu'il avait conquise.
On voit ce même Directoire s'empresser de répandre cette idée. Il fait rejeter par les Anciens le décret qui déclarait traître à la Patrie celui qui proposerait de céder par un traité de paix quelque partie de la République. 11 fait porter un toast à la paix par Lucien Buon aparté, le (rère de Thomme du jour, de celui auquel on allait confier l'autorité suprême et qui allait servir d'instrument à une nouvelle Révolution. C'est dans un moment de triomphe, après des victoires en Suisse, après la capitulation du îford-Hollaade, à l'instant oîi il sait que les Anglais se rembarquent, qu'on annonce ces projets pacifiques (2).
(1) H. 0. F. 0. 95. G. Mémoire adressé au Gouvernement anglais et rédigé, selon tcfute vraiseTnbhmce, quelque temps après le t8 brumaire iet tnVs profertblemeiTt iniième dans le oonranit du ifiois de déceiithre,, mais.-antérieurement au 26 de ce mois, date de l'expédition des offres officielles (le p;ii.\ que contenaienl les deux lettres de Bona-parte au roi d'A.iig'letenre -ei n l'empereur d'Al'lemngne.
(5) « Est-il vrjii que Bonaparte, Moreau et ;SJèyè6 g-ouvernent la F-amnce « et qu'ils parlent de paix !-, . » Comte de Star.hemberg àiord Greuville. Twickenham, 18 novembre 1799. {Bropmore Papers, VI, 31>. « Bona- « parte tend évidemment à établir une sorte de Constitution américaine, K ;dant il serait le l^r.ésLdent.... I^our cela, il doit avjuit tout dierchei" à eii- « tamer des négocliitions de ipaix. Mais sil y a teucore l'onibrÊ de .sens « commun dans les Cf)nseil-s de d'Autriche, -.sou espoir sera déçu. iLl ne lui « pesiera alur* que le clieiix entre un voyage à Cuyenûe ou lui accord a.v£c « les lioyalistes. » Loi'd Grenville a William Wichham. D7\qpm.ar.e, 30 novembre 1799 (Ibidem, VI, 58),,
--« On ooumieiiice déjà à croire à Berlin que Bonupur-le désire .sincère- « mon la paix et betmcoup de pei-sonriies regardent ce q-ii vient de sâ
Si les hommes les mieux versés en diplomatie savent avec quel soin on doit cacher ce besoin urgent de la paix qui seul peut décider à l'acheter par de grands sacrifices, comment croire qu'ils soient empressés de la conclure, quand ils ont tant de raisons de la craindre?
Il faut à ces Directeurs ou Conguls un parti dans la Nation qui leur serve d'appui. Ils ne peuvent pas, comme dans les Gouvernements modérés, acquérir ce parti par la protection des propriétés, par l'encouragement du commerce, par le maintien des lois, quand leurs finances ne se soutiennent que par des violations perpétuelles des droits et des propriétés, quand ils n'ont su que ruiner le commerce, quand ils ne respectent aucune loi, quand ils se jouent de celles mêmes qu'ils ont établies, quand ils renversent une Constitution solennellement jurée et acceptée. Ce n'est qu'en achetant des partisans qu'ils peuvent s'en former; la guerre seule leur en fournit la facilité, une foule de places à accorder, une multitude d'entreprises lucratives à donner^ voilà les moyens que les hostilités leur procurent pour grossir leur parti et que la paix leur ôterait à l'instant où elle serait conclue.
Les Consuls, comme particuliers, si on en excepte peut-être Buonaparte, n'ayant aucune fortune, il faut qu'ils s'enrichissent dans leurs places. Gênés par la forme de la comptabilité, ils n'ont de moyen dy réussir que par les pots de vin, les bonis sur les marchés et sur les entreprises, par le partage des contributions levées dans les pays étrangers occupés par les armées, les déprédations qu'ils permettent aux Ministres, le désordre des finances et les opérations forcées qu'exige la guerre et qui leur permettent de voiler sans peine les abus ; mais ils ne pourront les perpétuer après la paix sans se démasquer, sans se faire connaître pour des fripons imprudents, comme il est arrivé pendant le Congrès de Rastatt aux Directeurs qui gouvernaient alors. Ils ont donc besoin de la guerre, comme Gouvernement, comme particuliers. J'ajouterai qu'ils ont encore plus de raisons de redouter la paix.
Il faudrait, le jour où elle serait signée, faire rentrer en France 400.000 hommes de troupes et le Gouvernement sait combien le
«■ passer en France comme un événement heureux qui donnera la paix à « l'Europe.,.. Le Gouvernement qui se forme en France et qui présente « des idées d'ordre, de justice et de paix montre la Révolution sous un as- « pect bien plus attrayant que n'était celui qu'elle offrait quand toutes «ses traces éaient teintes de sang. C'est une réflexion que les souverains
« éclairés devron' faire et que beaucoup ne feront pas »
[Général de Stamford à la Princesse d'Orange. Brunswick G <léceTTibre 1799. Ibidem, VI, 61 (62). Cf. Appendice.