‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 65 sur 171 · UN MEMOIRE DE STAMFOKD · texte numérisé non relu

UN MEMOIRE DE STAMFOKD

retour de l'armée serait à craindre pour lui. Bonaparte peut-il se flatter d'entraîner toutes les oppositions, toutes les volontés ? Ecrasera-t-il de sa puissance tous ses rivaux ? Osera-t-il confier les armées aux généraux hostiles, à ceux qui ont eu des succès, tels que Masséna, Brune, surtout s'il veut établir un Gouvernement militaire, comme il y a lieu de le présumer, malgré les sentiments de modération qu'il a annoncés et malgré l'assurance qu'il a donnée de rentrer dans la classe des citoyens quand il aura rempli la gra»de tâche qu'il vient de s'imposer?

Le Gouvernement, les Représentants du Peuple savent encore que dans une pareille Révolution il n'y aurait plus de places ni pour les avocats, ni pour les prêtres apostats qui composent encore la majorité du Consulat et qui occupent la majorité des places des Conseils. Ils connaissent les prétextes, les moyens assurés que leurs prédécesseurs ont fournis aux chefs de tous les corps pour soulever leurs soldats. Ils se rappellent cet engagement de distribuer à l'armée un milliard, quand la pénurie du Trésor Public ne permet même pas d'acquitter la solde. Ils ne peuvent donc envisager sans effroi le moment où l'armée rentrerait en France.

Ces dangers ne sont cependant pas les seuls que la paix leur ferait courir. Elle ne leur procurerait aucun moyen de réparer les finances. Quand on impose avec autant d'audace et de despotisme qu'ils le font, on ne peut tomber dans le dénuement absolu faute de moyens de finances que lorsque toutes les ressources des contribuables sont épuisées, et la paix avec l'Empire ne leur en procurerait pas de nouvelles.

Le Gouvernement français ne sacrifierait ni le Brabant, ni la Hollande et spécialement la Belgique Dès lors, point de commerce des colonies, point de commerce de l'Italie, du Levant, point de commerce avec l'Espagne, nul débouché pour les blés de France, pour ses vins, pour les produits des manufactures des provinces de l'Est et du Centre. Il ne resterait à la France, pour faire rentrer une partie du numéraire qu'elle a perdu, que la vente en Âllemagnti du produit des manufactures des provinces de l'Est. Mais ces manufactures sont détruites. Il y a trois ans que celles de Lyon étaient réduites au tiers et on ne doute pas qu'elles soient tombées au sixième de ce qu'elles étaient en 1788. Et comment les rétablir quand il n'y a plus d'or entre les mains des négociants, quand le numéraire qui reste s'est entièrement retiré de la circulation et quand le crédit commercial, qui seul pourrait y suppléer est anéanti ? Dans ce pays appauvri, pour égaler les revenus aux

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dépenses, ii serait donc indispensable de décréter la continuation de tous les impôts établis pendant la gu<3rre et de confirmer le mode actuel de payement. Il faudrait déclarer à la France, aux propriétaires, que les énormes impositions qui absorbent l-eurs revenus, ne sont pas une charge à terme, mais une charge perpétuelle, avouer enfin aux créanciers de l'Etat que ce n'est pas une suspension de payement, mais une banqueroute des deux tiers de la dette publique que le Gouvernement s'est permise et laisser connaître à tous les habitants des villes que la misère, «ù les réduit la stagnation du commerce, n'est pas un malheur passager que la guerre seule avait causé, mais une suite nécessaire de la forme du Gouvernement auquel ils sont assujettis, et ce serait au moment oii les chefs du Gouvernement, auraient à ménager l'opinion qu'ils seraient forcés de soulever contre leur autorité les trois quarts de la Nation en lui révélant ces funestes secrets.

Il est donc certain qu'ils ne peuvent désirer de terminer la guerre qui leur fournit les moyens de maintenir leur autorité, de créer ou de grossir leurs fortunes, laTidis que le premier eflet de la paix serait de les envelopper de dangers inévitables.

Mais quand ils seraient assez aveugles pour désirer cette paix qu'ils ont tant de raison de redouter, elle n'en serait pas moins impossible à conclure avec la cour de Vienne séparée de ses Alliés.

Je suppose que la France lui abandonne lltalie et à l'Empire la rive gauche du Rhin, il resterait à régler ce qui concerne la Suisse, et comment s'accorder sur cet article, le plus important du Traité?

Si l'Helvétie conserve sa forme actuelle de gouvernement, les chefs, qui y dominent aujourd'hui, ne pouvant conserver leur pouvoir et résister à la faction opposée que par la protection de la France, lui resteront soumis. Ils ne seront, sous le nom d'Alliés, que ses humbles vassaux. La route de l'Italie sera ouverte. le Tyrol et le Vorarlberg pourront être occupés par les Français avant que la Cour de Vienne ait le temps d'y faire arriver un seul régiment et l'Italie sera chaque jour exposée à être envahie par toutes les forces de la France et de ses Alliés sans pouvoir être secourue par l'empereur.

Si au contraire, les bannis de la Suisse étaient rappelés, si les Gantons et leurs anciens Gouvernements étaient rétablis, les aristocrates de Berne, de Soleure, de Fribourg, les bourgeois de Zurich et les catholiques des petits Cantons, ennemis irréconciliables de la République Française qui a causé tous leurs malhieurs ei n'ayant de inoyens de se soutenir que par la protection de

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