EXTRAITS DK DECX AUTRES MÉMOIRES DE STAMFORD
de prudence et de conduite qui seul peut les rendre durables. La fortune fait souvent réussir les actions les plus insensées. Elle pourra peut-être lui rendre ce service. Mais, d'après les moyens qu'il nous a donnés pour le juger, nous devons le croire hors d'état de lutter avec avantage contre les grands obstacles dont il doit être entouré de toutes parts, quand il faudra faire marcher le Gouvernement que Siéyès et lui viennent d'établir.
Analyse de deux Mémoires du général de Stamford: La paix impossible, et Mémoire sur les origines des guerres de la Révolution et sur les mesures à prendre pour l'abattre.
Couclusion du Mémoire; la Paix Impossible.
Supposons que la guerre recommence. Rien n'est si facile que d'en prévoir le résultat. La première Coalition avait un but contraire à la justice et aux véritables intérêts des Rois qui la composaient. Elle a découragé les Royalistes français. Elle a été dissipée par l'inlrigue et par la force. Cela devait être !
La République française a eu tous les succès qui devaient démontrer et punir l'erreur des Puissances coalisées. Mais comme la folie et la prudence ne peuvent s'allier, en augmentant son territoire, elle a augmenté ses embarras intérieurs et ses ennemis extérieurs. Jamais sa position ne fut plus critique. Cela devrait être !
Si la Coalition actuelle n'a d'autre but que de ramener la France à sa véritable destination, elle réussira et trouvera sa récompense dans la sûreté que chaque Roi aura lui-même acquise pour ses Etats. Si, au contraire, celte nouvelle Coalition oubliait encore la justice pour se livrer aux rêves de l'ancienne diplomatie, elle succomberait. La République française n'est qu'un instrument, dont la Providence se sert pour frapper les ambitieux Que la bonne foi et la raison conduisent la force, et cet instrument sera brisé, parce qu'il n'est plus nécessaire.
Il semble, écrit encore Stamford poursuivant toujours, dans un troisième Mémoire sur les Origines de Guerres de la Révolution et sur les mesures à prendre pour l'abattre, son idée fixé, celle de faire rentrer la Prusse dans la Coalition, qu'on peut réduire les motifs qui doivent décider la Prusse a accéder aux vœux des Puissances, à ceux qui suivent :
1" La Prusse soutenue par l'Angleterre procure sans grand effort la paix beaucoup plus vite, de sorte qu'elle ménage le sang et assure le bonheur de plusieurs millions d'hommes.
2" Par cette accession, elle procure à tonte l'Europe une paix beaucoup plus solide, parce qu'elle fait disparaître toute crainte de nouvelles guerres avec les Grandes Puissances, dont l'accord unanime aura assuré la paix,
3" Elle sera à même d'empêcher que les autres Puissances n'acquièrent une indépendance qui serait dangereuse pour elle.
4° Elle conserve le rang qui lui convient parmi les Puissances prépondérantes de l'Europe.
5" Elle s'attache la Russie, puissance si formidable- poui" elle par ses. forces et son voisinage.
6° Elle s'assure en même temps la garantie de la Russie pour toutes ses possessions.
7" Elle s'assure la reconnaissance et l'amitié du Gouvernement légitime de la France, lorsqu'il y sera rétabli.
La Prusse peut conséquemment rendre stable toute son exis^ tence politique par l'accession, au lieu qu'elle ne soit en danger de la perdre, si elle persiste à ne pas se joindre aux Puissances.
Si Stamford avait pendant les derniers mois de 1799 multiplié ses efTorts et ses démarches, si, co-mme il l'avait écrit à Panin au commencement de novembre, il n'avaii, depuis la malheureuse tournure prise par les affaires tarot en Suisse qu'en Hollande, cessé de penser aux moyens êe prévenir !es suites des désastres éprouvés par les Alliés dans ces pays (1) ; s'il allait lui soumettre, en l'entretenant dès les premiers jours de janvier 1800 delà situation générale des affaires, tes grandes lignes d'un projet offrant^ croyaitil, « la possibilité de se tirer d'affaire sans le concours de (( la Prusse, cette puissance y donc r histoire tracera un jour « La honte », Otto, de son côté, n'avait pas manq,ué d'appeler l'attention de Talleyrand sur les difficultés contre lesquelles il avait eu à lutter au cours des derniers mois. Rien mieux, que quelques phrases empruntées à sa correspondance, ne saurait servir de préface aux considérations à Faide desrquelles Stamford allait une fois de plus essayer de décider Panin à tenter de nouvelles démarches.
(1) Cf. Pièce LXXIV.