BONAPARTE ET LUCIEN, LES JACOBINS ET LES CHOUANS
qui avaient remonté, ont repris leur taux précédent. On assure que les deux seconds Consuls devaient faire un message au Corps Législatif pour proposer la cession gratuite en toute propriété de Saint-Cloud à Bonaparte. On croit que, malgré cette flagornerie, il ne tardera pas à se défaire de ses deux collègues et, pour éloigner Cambacérès (1), il sera obligé d'y joindre Lebrun (2). Cambacérès est le chef des Jacobins et l'espoir de ce parti.
Ce que j'ai mandé de Milan prend chaque jour une nouvelle faveur. Il paraît que Kray n'a pas fait plus de façons que son confrère. Si les conspirateurs ne l'avouent pas, quelques propos échappés le décèlent. On dit qu'on n'a pas tout ce qu'on espérait et qu'il serait dur d'avoir encore recours au même moyen.
Un émissaire fidèle m'apprend que Lucien a voulu remettre avant-hier le portefeuille à son frère en lui disant : « Que s'il voulait se perdre, il en était le maître ; mais que les nobles rentrés en foule, la religion rétablie, étaient la destraction de l'état de choses actuel et augmentaient chaque jour le nombre de ses ennemis ». Le vrai est que nous sommes déjà, dans un moment de crise semblable à celle du 18 Fructidor avec la diftérence que, si l'on s'y prend bien, le parti jacobin succombera. Déjî il fait dans ce moment les plus grands efforts et le club Helvétius ou de Chaillot est dans la plus grajide activité.
Si Bonaparte barguigne, il peut courir de grands risques. Un de ses affidés m'a dit hier qu'il prenait les mesures les plus sévères et que tous ses ennemis étaient veillés et entourés, qu'on surveillait leurs menées et leurs actions ; qu'ils seraient arrêtés au premier moment qu'ils bougeraient. Dieu le veuille, car s'il venait à périr, sa mort serait le chaos.
Les Chouans se relèvent. Ils se sont, dit-on, nommés de nouveaux chefs, les anciens les ayant trahis, disent-ils.
J'attends avec impatience la réponse à mes propositions. En tout
(1) Cambacérès (Je:iii-,J;ic.que.s-Régis de) (1753-1826), Conseiller à la Cour des Comptes de Montpellier, Député de l'Hérault à la Convention, il vota la mort du Roi avec ce'te restriction que « le décret ne devait être mis « à exécution que si la France se trouvait envaliie par l'ennemi ». I^résident de la Convention après le 9 thermidor, puis Membre et Président du Conseil des Cinq-Cents, Ministre de la Justice en 1798, il fut nommé deuxième Consul après le 18 brumaire. En 180i, il devint prince, archichancelier d'Empire et duc de Parme. Il fut exilé en 1815.
Voir en réponse à l'accusation de jacobinisme qu'on porté ici contre lui le portrait que tracent de lui Thirrs, Consulat et Empire (I, 106 et II, 190-211) et Ménrval, Mémoires, I, 152.
(2) Cf. Le portrait que Thiors trace de Lebrun (Ibidem, II, 193). Voir aussi Ménkval, Mémoires. I. 153.
3r(3 LE GÉNÉRAL DE STAMFORD
état de cause, toul est bien préparé, mais il faut le nerf de la guene. Sans lui, il n'y faut pns songer. Delà réponse dépend le parti que je prendrai.
Berlin, J 800.
Etat de la France. On y veut la paix. — Rappel définitif des troupes russes. — Les maladresses de Beurnonville. — Eloge de Bignon. — Rivalité d'Alvensleben et de Haugwitz. — Triomphe de Haugw^itz. — Les craintes de Hambourg.
Je prends la liberté, mon cher Comte, de vous adresser ci-joint des extraits des quatre dernières lettres que j'ai reçues de mon correspondant de Paris, me rappelant que la communication de ces rapports avait paru vous faire plaisir. Ces rapports méritent d'autant plus de confiance qu'ils sont d'un homme sage, modéré, bon observateur, à même de savoir la source de ce qu'il avance et qui, n'étant stimulé par aucun intérêt personnel, n'a absolument en vue que le bien général, ce qui est rare dans le temps où nous vivons. Je n'ajouterai aux rapports de mon correspondant qu'une seule observation, qu'il est important de se rappeler dans ce moment : C'est qu'à chaque nouvelle Constitution que les Français ont délirée et dont le but n'a jamais été autre que celui de faire passer les rênes du Gouvernement des mains d'un usurpateur dans celles d'un autre, on est toujours tombé dans l'erreur de croire que l'ordre allait être rétabli en France et par conséquent dans le reste de l'Europe. Il est à craindre que la même erreur ne se produise encore aujourd hui.
Le cri de Paix a été en dernier lieu le charme qui a fait aller les Français au combat, comme ils y allaient naguère au cri de Liberté et depuis les derniers événements de cette campagne, le mot de Paix est ici et ailleurs dans toutes les bouches. C'en est fait, dit-on, de la Révolution. Elle a enfin atteint son dernier terme. On n'en veut plus en France, d'accord. Mais en est-il de même partout ailleurs? Et puis, sait-on ce que la France veut ou ne veut pas, tandis que elle ne le sait pas peut-être elle-même. Voilà la question qu'il s'agit d'examiner. Il est arrivé aux Fran-
LA FUANCt: VEUT LA PAIX, PAUL 1" HAPPELLE SES TROUPES 337
çais ce qui arrive à toute nation qui aspire à plus de liberté qu'elle n'en peut supporter. Elle finira par fléchir sous le despotisme militaire et plût à Dieu que la France y eût fléchi sous son dernier Roi. Elle serait moins malheureuse et elle eût épargné à l'Europe les calamités, dont elle aura longtemps à gémir, sans compter les nouveaux malheurs qu'elle lui prépare encore. Si le gouvernement actuel de la France se maintient dans sa toutepuissance, ce dont on peut douter avec raison, il aura sans contredit la force nécessaire pour y comprimer l'esprit révolutionnaire. Mais, en même temps, il l'excitera ailleurs et malheureusement il se trouvera trop de peuples aussi avides de changements, aussi corrompus que l'étaient les Français lorsqu'ils levèrent l'étendard de la révolte. Si, au contraire, ce Gouvernement venait à être culbuté pendant qu'on serait occupé à négocier une paix, que deviendraient les négociations et que deviendrait la paix elle-même, supposé qu'on fût parvenu à la conclure avant cet événement?
Paul retire décidément ses troupes (l). Les Seigneurs russes, qui ont quelque influence sur son esprit et qu'on sait avoir été toujours contre la guerre, Rostoptchine (2) surtout, ont profité de la mésintelligence entre les deux Empereurs pour déterminer leur Maître à ce parti que le baron Krûdener croit irrévocable. Le Ministère anglais eut probablement été prévenu de cet événement, si la communication entre Londres et Saint-Pétersbourg n'avait pas été interrompue pendant près de deux mois par les vents d'Est et les glaces (3j. Mylord Minto vient cependant de donner de nouveau des espérances à sa Cour relativement à celle de Vienne, qu'il dit décidée à plier sous la volonté impérieuse de Paul. Ici on a répondu vaguement aux ouvertures qu'il a fait faire par le baron KrïiJener qui a donné à entendre qu'on dési-
''1) Le 10 mai, Beurnonville avait résumé dans sa Jépèclie à Talleyrand « les trois pas importants faits ici depuis quelques mois :
1* Le retrait aljsulu du Czar de la Coalition.
2* Son ralliement à la Cour de Prusse, dont il s'était éloigné.
3' L'accord de ces deux Puissances pour restreindre d'un côté l'agrandissement de l'Autriche en Italie et de l'autre la domination de l'Angleterre sur les mers.
« Ces premiers pas doivent naturellement nous conduire à la paix générale, mais c'est seulement par de grands succès que nous pourrons en rendre les conditions avantageuses à la République ».
("Prusse, Volume 228, f° 105, Dépêche chiffrée n» 38).
(2) Cf. Appendice. Note. Notice Biographique.
(3) Cf. B. Garliho à Thomas Grenville, Berlin, 28 avril 1800 (Dropmore Papers, VI, 218 220) el lord Minto à lord Grenville.
338 LE GÉNÉHAL DE SÏAMFORD
rait se concerter, non seulement sur ce qui concernait le Nord de l'Allemagne, mais l'Ailemagne entière et même l'Italie, remettant toutefois de traiter ces objets à des temps où l'on verrait plus clair.
Les choses sont restées là. M. Kriidener est d'opinion qu'on ne veut que temporiser et ménager tous les partis.
Le citoyen général Beurnonville n'inspire ici guère de confiance. On dit que c'est un hâbleur, dont le langage et les manières annoncent un homme sans éducation. Se trouvant un de ces jours dans une société où quelqu'un le questionna sur les Membres du ci-devant Gouvernement Français : « Celaient tous, répondit-il, « des cochons et des voleurs. » Parlant ensuite de Bonaparte avec éloge, il ne déguisa pas dans le portrait qu'il en fit que : « Ce « héros aime beaucoup les métaux précieux ; quil met volontiers « les mains dessus, quand l'ocasion de s'en emparer se pré^ « sente. » Il taxe sa fortune actuelle entre trois et quatre millions. Ce dernier point m'a paru mériter plus d'attention qu'on ne lui en donne ici, parce que l'âme du héros se trouvant partagée entre l'amoar de l'argent et celui de la gloire, il ne serait peut-être pas impossible de faire triompher le premier. Au reste, Beurnonville, d'après tout ce qu'on dit, est un bonhomme peu redoutable ; mais ses deux secrétaires, Bignon (4) et Gaillard (2), le sont d'au-
(1) BiGNGN (Louis-Pierre-Edouard, baron) (1771-1841). Eulré de biuiiie heure dans I:i diploniaîie. Secrétaire de Légation <à Berne (1797) puis à Milan (République cisalpine) (1799) ei à Berlin (180U). Chargé d'affaiies (1802). puis Ministre à Ca.ssel (1804). Chargé de l'administration des Provinces prussiennes (ISOti). Achuinistrateur générai de l'Autriclie (1809), il alla devienne à Varsovie, comme Ministre Plénipotentiaire. Sous-secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères pendant les Cent-Jours, il reçut le 22 juin 1815 pour quelques jours la direction de ce Département. Elu député en 1817, il fut constamment réélu jusqu'en 1837 et fut alors nommé Pair de France.
(2) Gaillard, né à Aignay en Bourgogne le 28 septembre 1737, Antoine- Bernard Gaillard avait commencé ses éludes au collège de Châtillon-sur- Seine et les avait terminées au Séminaire de Saint-Sulpice à I^aris. II avait débuté dans la carrière des Afîaires Publiques en 1761 à l'intendance de Limoges « sous les ordres du plus vertueux et du plus éclairé n de tous les intendants de province d'alors, le grand Turgot ». « C'est « lui, dit Gaillard -lui-même aux représentants du Comité de Salut Pu- « blic dans un Mémoire remis le 6 messidor an III. c'est lui. dont les « conseils me forcèrent au travail, dont les leçons me donnèrent les pre- « mières idées s'aines sur la liberté, sur les Gouvernements, sur toute « l'économie politique ».
Gaillard resta à ceite excellente école jusqu'en 1769 et à ce moment M. de Boisgelin. un ami de Turgot. étant nommé Ministre à Parme, il obtint de partir avec lui. Ce te première mission prii fin en 1772 par la révolution de Parme. Le Ministre de l'Infant fut renvoyé, les ministres de France et d'Espagne rappelés. En 1773. le marquis de VériiC, ministre
BEUR NON VILLE, BIGXON. GAILLARD, ALVENSLEBEN, IIAUGWITZ 3S9
tant plus, et le choix que Bonaparte a fait de ces deux hommes, laisse, à mon avis, entrevoir les desseins qu'il couve. Bignon est le même qui sous Mengaud a (1) jacobinisé la Suisse et Gaillard est lié avec tous les Jacobins de Berlin, Aussi remarque-t-on leurs fréquentes entrevues avec le juif Ephraïm et consorts. Il y a eu une forte lutte entre les Ministres Alvensleben et
;i Gassel, l'emmena avec lui. A Cassel. comme plus tard à Copenhague, où Gaillard suivit son ciief en 1775, le marquis, fort homme du monde, mais fort ignoranî des r;fîaires, laissa tout faire à son secréiaire. En 177J. M. de Vérac revint en France et Gaillard est Gluirgé d'alïuires jusqu'en 1780, Après avoir touché barre à Paris en avril, il repart en mai pour I^étersbourp:, où son chef est nommé. Il y est encore Chargé d'affaires en 1783. revient à l^aris en 1784, repart presque aussitôt, toujours avec M. de Vérac, pour la Hollande, y reste Chargé d'affaires en 1787. assiste à la Révolution, dont il raconte les phases dans un Mémoire, devient Ciiargé d'aiïaires en pied après l'ambassade de M. de Sain*-Priest, e9t appelé à Paris en 1792. où il e&t chargé par Lebrun d'une grande partie de la Correspondance politique, remplit de Brumaire an II (octobre 1793) à Germinal an III (mars 1795) au miliea des plus grands dangers une mission secrète en Hollande et en Allemagne, est nommé Ministre à Berlin par le Comité de Salut Public, le 23 messidor an III (14 juillet 1795), reste à Berlin jusqu'au 19 floréal an VI (8 mai ■1798\ au moment où Siéyès vieni prendre possession de l'Ambassade extraordinaire et est enfin nommé Garde des Archives en frimaire an VIII (novembre 1799). Toujours soul'fratat, toujours lisant Horace, ce poète des blasés. Gaillard se souciait peu de sa place et de ses fonctions. Il eut pourtant le portefeuille par intérim pendant un voyage de Talleyrand aux eaux de Bourbonne en 1801 (Décre: du 18 juin). Il signa le 24 août le traité de paix avec la Bavière. Il fut, comme ses collègues, décoré en l'an XII de l'étoile de la Légion d'Honneur, mais à tout il préférait la vie tranquille et douce et il mourut à l'hôtel Maurepas, le 6 mai 1807,
(F. Masson, Le Département des Affaires Etrangères pendant la Révolution (1787-1804) pages 474-476).
(1) Mengaud (Antoine) (1750-1818). Son cousin Reubell le fit charger d'une mission auprès de Passavan Oglou. A son retour en France, il fut envoyé en mission en Suisse où il remplaça Barthélémy. Il y arriva en même temps que les troujies françaises, exigea l'expulsion du ministre d'Angleterre. Wickham. ei des émigrés. Il ne put s'entendre avec Rapinat, un autre agent du Directoii-e. En juin 1799, il adressa aux Consuls une accusation contre Schérer et le commissaire Rivaud, Après le 18 brumaire, il fut nommé Commissaire dans les ports de la Manche e,' du Pas-de-Calais où il exerça ses fonctions avec une telle sévérité qu'à la suite de plusieurs réclamations, il fut rappelé en 1804 et rendu à la vie privée.
« Le principal commissaire spécial fut celui de Boulogne, placé ainsi à « la porte du Détroit, chargé de surveiller les agents de l'étranger, I«s « prêtres déportés, les émigrés revenant d'Angleterre, les émissaires des « princes réfugiés de l'autre côté du Détroit, les contrebandiers et les « parlementaires. Un arrêté spécial forçait tout Français rentrant d'An- « gleterre à débarquer à Boulogne et à passer ainsi sous les yeux du « terrible magistrat de police qui, par surcroît, avait la surveillance de « toute la côte de Boulogne à Ostende. On mit .à ceite place un des plus « actifs agents du Ministre, Mengaud, ([uo Foucl ô ajjpelail en souriant: « .son plus gros dogue ». (Madelin, Fouché. I„ 291-292).
Haugwilz, à qui resterait le chef du Département des Affaires Etrangères. Haugwilz l'a emporté. Il a seul le portefeuille et ne communique rien à ses collègues. C'est à Behm et à Lombard qu'il doit ce triomphe, de sorte que le Roi n'apprend plus rien que par l'organe de ces trois Messieurs, et surtout par celui de Lombard et de Behm qui sont les vrais faiseurs. On accuse Haugwitz d'être devenu d'ane paresse et d'une négligence extrêmes (1).
Hambourg a de nouveau pris l'alarme. Le Magistrat a envoyé ici un secrétaire intime pour informer le Roi qu'il se renseigne et qu'il sait qu'on a à Paris le projet de s'emparer de la ville. En donnant cet avis, il a de nouveau demandé la protection du Roi qui doit avoir répondu que : « Si les Français faisaient mine d'attaquer Hambourg, il marcherait à son secours avec toutes ses forces ». Je tiens cela d'une personne à qui il l'a dit en confidence. Si la chose est vraie, il faut qu'on la tienne très secrète, car de toutes les personnes que j'ai vues, personne ne m'en a parlé.
Je ne dois pas oublier un propos de Beurnonville : « La Prusse, « a-dit-ildit, ferait bien de s'emparer du pays de Hanovre qui « serait mieux dans ses mains que dans celles du Roi d'Angle - « terre ». 'Voilà tout ce que j'ai pu recueillir.
Je suisetc
(1) Haugwitz était, au dire de Stein, un ancien Théosophe, un visiun- « naire, un disciple de Lavater, un homme qui avait làcliemenl tralii la « femme avec laquelle il vivait pour se soumettre aux intrigues d'une « autre femme, un débauché abruti par les voluptés et perdant au jeu le « temps qu'il devait consacrer à l'Etat ».
(Cf. Mémoire de Stkin, intitulé : Représentation de l'organisation vicieuse du cabinet actuel et 4e l& nécessité de former une Conférence des Ministres).
« Le Roi, mandait le t4 janvier 1800 Bignon à Talleyrand, vient de « donner à M. Lombard, son Secrétaire particulier, une nouvelle preuve « de bienveillance. H l'a nommé Conseiller du Cabinet. Ce Conseil se « trouve ainsi composé de quatre membres. M. Beyme (Behm) est chargé « plas pirticulièrement de l'extérieur, M. de Zistrow, de la Guerre, « >L Lombard, des Affaires Etrangères. I^our M. de Kôkeritz, il s'occupe « \vn peu des diverses parties, m lis surtout de celte dernière ». [Prusse, Volume 226. Dépêche chiffrée n» 3, f' 203).
Gf. Appendice no'e, extraits des dépèches de Beurnonville rela'ives aux dispositions de Haugwitz.
BEURXONVILI.K. UlNON, GAILLARD. LA SITUATION A HAMBOURG 341
Notes complémentaires sur Beurnonville, Bignon, Gaillard et la situation à Hambourg. Persistance de sa défiance à 1 égard de Haugwitz.
Analyse Beurnonville n'in?pire guère de confiance. Façon hos tile et haineuse dont il parle de Bonaparte).
Si Beurnonville n'est guère à craindre, ses deux secrétaires, Bignon et Gaillard, sont redoutables. On assure que ce Bignon est celui qui sous Mengaud a jacobinisé la Suisse et qui le fit rap peler, parce qu'à son gré il n'allait pas assez vile en besogne. Quant à Gaillard, on sait qu'il est depuis longtemps lié avec tous les Jacobins de Berlin. Aussi remarque-t-on qu'ils ont l'un et l'autre de fréquentes entrevues avec le juif Ephraïm et consoris.
Une autre observation que l'on reniarque, c'est que le Roi, qui évite plus que jamais de parler politique et affaires avec tout autre qu'avec ceux en qui il a placé sa confiance, ne peut échapper à Beurnonville qui, dès qu'il aperçoit Sa Majesté, se jette effrontément dans son chemin et la tient souvent une demi-heure dans l'embrasure d'une fenêtre sans qu'Elle puisse s'en débarrasser.
D'un autre côté, on observe que plus le Roi tâche d'éviter cet importun, plus ses aides de camp, d'autres généraux et courtisans s'empressent de le rechercher et de s'entretenir avec lui. Tout ce que la pusillanimité, la bassesse et l'avilissement ont de plus marquant, voilà ce qu'on oppose ici à l'ennemi qui sape les fondements de cet Etat ....
[Hambourg). On prétend que la France caresse le projet de s'en emparer. L'auteur du rapport est porté à y croire et cite un propos de Beurnonville : « La Prusse ferait bien de s'emparer du pays de (( Hanovre qui serait mieux entre ses mains qu'entre celles du Roi <( d'Angleterre ».
« J'ai eu hier un long entretien avec M. de Haugw^itz (%) et si je
(1) R. O. F. O. !),'.6, de Berlin et probablemenl de juillet 18!)0. Cf. Appendice, note relative n l'annoblissement de Stamford par François II.-
(2) Il ne semble pas que Haugwitz ait cette fois parlé à Stamford de ce qu'il appelle « les tripotages entre les confidents du Roi et la mission
'M2 LK GÉNl'liAL DE SÏAMFOIU)
« n'en rends pas compte à Votre Altesse Sérénissime, c'est que je « n'ai aucune confiance dans ce Ministre Je le vois pourtant sou- (( vent, puisqu'il m'y incite et parce que quand on sait s'y prendre, « il y a toujours quelque chose à tirer de lui au sujet des tripo- « tages entre les confidents du Roi et la mission française, et « c'est à quoi je suis fort attentif » (1).
« Irjiiicaisc. » Haugwiiz lui-même iréîaii d'ailleurs pas CMiuplètement étranger à n ces îi'ipotages ».
(1) Prus-^'\ vol. 22. Dépêche cliilîrée n" .Vi. f" -218.
5 juillet 1800.
Berlin, 16 messidor, an 8.
BEURNON VILLE A TALLEYRAXD
(Causes (le l'inertie de la I^russe après Marengo. Sympiôines d'un changemeiii de poliiique).
« Parmi les causes du sysinue d'iiKjnif- adiip:é ilepnis [dusieurs
« années par le Gouvernement Prus>i'.Mi. ii i'aii;, a i n croire le langage « actuel du Minisière prussien, compicr j.inir licaiicaip l'épuisement où « avaii laissé cet Elai le dci-iiii.'r Rni qui aval' dis^ipé dans une guerre « imprudenio et dans de toiles dépenses le trésor aiu-ssé pir Frédéric II. « Il ne restait donc à ce Gouvernement que son arnuM;, mais sans moyens « pécuniaires pour la faire nunivoir Le jeune Roi n'a ou ; ion plus à cœur « que de rétablir ses linances c: le dcsii' d'arriver jiromiitemeui à ce but « l'a obligé d'en pour>uivre les luovrii^. !>ai' les ciïor.s du Roi pour re- « couvrer ce nerf esseuliel, ou peu: [u-c.MiiiM'r qu iî end à sonir de l'inac- « tion à laquelle il étail ré<luii ci Ic^ cliaiipviM,Mit- sui'V(>ini-- à noire « avau aé'c peuvent ii m. s inspirer quelque espéranci." sur :-cs dé.ermina- « iiou-, iilcricui'c-, (). ciioc autrefois à se défendre ceiiiro \i'~. lns!ances « delà Russie (jui voniaii ,'i;ntrainer dans \]]\t' coalition noincilc, \(' (labi- « net de Berlin esi d'a(a:aii-d aujourd'hui a^cc ,■,■{ ,. l'ui-^^aiico conu-c l'An- « glelerre eL l'Autriche .alT diilic par nos i ijoiupiu's ».