EMBARRAS FINANCIERS DE LA FRANCE 3ÔÎ
infère que le Premier Con&uF ira en Italie prendre le commandement de l'année. Des conférences fréquentes à des heures inaccoutumées avec Carnot font croire qu'il médite et travaille un plan de campagne.
Les Jacobins lancent des pamphlets de tout genre contre Bonaparte. Ils lui ont donné le sobriquet de « Petit Caporal » et prétendent qu'il est bien embarrassé de se tirer d'embarras. Ils se réjouissent de la rupture des négociations. Ils se sont permis des réunions assez publiques et il en sort journellement des allusions injurieuses. La Police les surveille et quelques-uns d'entre eux ont été arrêtés, entr'autres un petit médecin, nommé Limore (1;, qui est un des coryphées du parti. Un d'eux me disait de luF : « Ce ne sont que des enfants perdus. Le corps de bataille « n'est ni entamé, ni découvert ».
Quoique pour faire remonter les eflets publics et tranquilliser les têtes, le Gouvernement fasse répandre que tout espoir de paix n'est pas évanoui, les personnages marquants assurent que la guerre est résolue. Mais en même temps les mines allongées des
(!) LiMORT(Le jeune) rue de l;i CImussée d'Aiilin, 90, figure sur lu lisîe des 1100 membres de la Société des Jacobins imprimée le 21 décembre 1790. (AuLARD. La Société des Jacobins, I. XL ) 11 s'agit évidemment ici non. pas de Limore, mais de Leymeri ou Lemmeri (Louis-Julien), né à Clermont-Ferrand en 1770, médecin de l'hôpital du Sud (hôpital Saint-Jacques) à Paris, interné à Oléron, déporté à Guyenne, où il arriva le 20 germinal an XII (10 avril 1804) et d'où il s'évada au printemps de 1803. Il parvint à gagner les Etats-Unis et y resta jusqu'à son retour en France, après un court arrêt en Angleterre, en juillet 1811. Il s'établit alors à Clermont- Ferrand où il installa une fabrique de sucre de betterave. (Note de I^olice du G avril 1812. Cf. Destrem. Les déportations du Consulat et de l'Empire. 439- 14-2).
On trouve à propos des agissements de Lemmery les notes suivantes dans AuLAHD. Paris sous le Consulat. Un rapport de la Préfecture de Police du 21 floréal an VIII (limai IHOii) signale « une léunion des exclusifs chez « Lemmery, faubourg Jacques. Le prince de Hesse, qui n'y paraît que rare- « ment et avec mystère dans la crainte d'être arrêté, en est l'âme et le chef. « C'est du moins ce que Lemmery essaye de faire croire h ses affiliés, « car ce prince de Hesse est un tremblcur et un imbécile. » (Tome I, 323).
Le 30 thermidor (18 août 1800), on lit dans le tableau de la situation de Paris, sous la rubrique : Anarchistes ; Les propos violents et atroces de quelques anarchistes ont déterminé leur arrestation, notamment celle de Lemmery, médecin et du nommé Château... {Ibidem, I, 610).
Enfin le 20 frimaire an X (11 décembre 1801) le rapport d-e la Préfecture de Police s'occupe encore de « Lemmery, e,t-médecin de l'hôpiUd Saint- « Jacques, compris dans le Sénatus-Consulle du 14 nivôse an IX et qui « s'était évadé à cette époque des mains de la garde. Il a été arrêté hier < matin et conduit à Pélagie. Il était venu à Paris depuis 10 jours environ, « 11 ne couchait jamais deux nuits de suite dans la même maison. Les ex- « clusifs se désolent de cette arrestation. Lemmery est un des hommes qui « a le plus fait de sectaires ». (Ibidem. II. 652).
352 LE GliNKRAL DE STAMFORD
chefs des finances en quête de nouveaux projets pour tirer de l'argent décèlent un extrême embarras. On croit qu'il s'agit d'une augmentation du cautionnement pour tous les employés du Gouvernement et de nouveaux impôts sur le luxe. Ce qui embarrasse particulièrement le Premier Consul, c'est la fermentation dans les provinces insurgées. On y est très mécontent de la légèreté avec laquelle on a répondu aux plaintes faites sur l'inobservation du traité. La boutade contre les émigrés et les amnistiés a produit un si mauvais effet que la Police dit publiquement qu'on ne la mettra pas à exécution. Malgré cela, beaucoup de Chouans inquiets de ces mesures sont retournés à Londres, oii il existe certainement des noyaux formés ou prêts à l'être.
Un autre sujet de crainte, c'est l'effet que produira dans les provinces un nouvel appel aux armes. Bonaparte redoute par dessus tout sa dépopulation [sic] qui est déjà fort avancée, car on parle hautement et avec mépris du Gouvernement et on ne fléchit pas. On ne se tait qu'à l'aspect des bayonnettes.
Brunswick, i^'^ septembre 1800.
Envoi d'une lettre du Correspondant.
Il Ta également fait parvenir à Londres, Demande d'instruction.
Je saisis cette occasion de placer mes hommages sous les yeux
du respectable général en lui transmettant copie de la lettre
que je viens de recevoir du correspondant ordinaire, lequel n'a pas
encore accusé réception des secours à lui destinés que je lui ai
ait parvenir.
Le bulletin ci-joint n'est intéressant que par l'avis répété des projets du Gouvernement français contre l'Angleterre. Pour en accélérer la communication à Londres, je vais demander à un de mes amis qui est en mesure de remplir cette commission, de faire parvenir le dit avis au Ministère Anglais. C'est ce dont je supplie M. le Général de vouloir informer M. Grenville en le prévenant que ^flae suis déjà servi de ce même moyen pour des notions précéçitefltes et relatives à cet important objet.
SITUATION IJlFi'lClL)-: Dli BONAPAIVrE 353
Ju me recommande en outre à M. le Général qui depuis bien longtemps n'a pas donné d'exercice à mon zèle et d'aliment à mes instructions. Leur absence est pour moi un surcroît bien pénible à tous les malheurs qui nous affligent.
J'ai l'honneur de lui renouveler l'expression du plus tendre et plus profond respect.
Paris, 4 septembre 1800.
Situation difficile de Bonaparte. — Mesures contre les émigrés. Avances aux Jacobins. — La reprise des hostilités et la paix prochaine. — Mission de Bertbier en Espagne. — Retour prochain de Masséna.
Notre baromètre politique a des variations comme celui de l'atmosphère Notre pilote poussé au Gouvernement par le roulis n'a pas étudié l'art de conduire la périlleuse barque dont il est chargé. Amené à ce poste par le chemin des armes et par de l'audace et une fortune sans pareille, il a contracté l habitude de parler impérativement. Mais les armées sont extrêmement choquées des expressions de : « Mes Soldais, mes Généraux » dont il se sert habituellement et ce mécontentement s'exprime ouvertement. Des officiers arrivés des armées d'Italie et du Danube disent que Buonaparle a perdu son crédit auprès des soldats, qui lui reprochent même des succès achetés au prix d'une consommation d'hommes sans exemple jusqu'à ce jour. La reprise des hostilités déplaît autant aux soldats qu'elle arrange les généraux qui, dit on, pillent à toutes mains.
L'animadversion n'est pas moins grande dans l'intérieur, ses frères y sont eu butte et on ne les nomme ainsi que lui que : les Voleurs. Buonaparte, instruit de ce cri public et des progrès inquiétants de l'opinion et ayant cherché jusqu'ici à maintenir la balance entre les deux partis, a jugé qu'il fallait maintenant se livrer exclusivement à l'un d'eux. Il paraît qu'il choisit le parti Jacobin. Tout au moins on le présume par son rappr.oche-
ment avec certains chefs de ce parti. On attribue à cette mesure certains arrêtés, qu'on a déjà annoncés dans le public et presque tous contraires aux émigrés, entre autres une loi qui défendra aux acquéreurs de revendre leurs biens aux anciens propriétaires émigrés sous pein« de payer au quintuple les droits d'enregistrement.
On affirme que Buonaparte, ferme dans les projets qu'on lui a supposés, n'a cru trouver d'obstacles que de la part des Jacobins et qu'il veut se les concilier en se livrant à eux. Beaucoup de personnes croyent qu'il en sera la dupe et regardent sa perte comme certaine. Paris et les provinces soupirent après un lloi et les noms de Madame et du Duc d'Angoulême sont dans toutes les bouches. Les progrès de l'opinion à cet égard sont rapides et n'échappent à personne, et si la Royauté se rétablit en France, on peut prédire qu'elle reposera sur ces deux têtes.
Il se répand à ce sujet des bruits extraordinaires.
Bonaparte cherche à persuader au public que la reprise des hostilités est un acheminement prochain vers la paix. Il disait à ce sujet il y a trois jours, et on le tient d'un témoin oculaire : « C'est une chose plaisante qu'il rCxj ail que moi en France qui « croye à la paix ». Mais les personnes qui l'approchent de plus près, les Ministres paraissent faire grand fond sur la coalition de la France avec les Puissances du Nord. Elles pourraient se tromper, si la nouvelle du raccommodement de l'Angleterre avec la Russie est vrai.
Les nouvelles d'Espagne portent que la mission de Berthier a jeté la consternation dans les Conseils du Roi. La France exige, dit-on, des hostilités contre le Portugal (l). On suppose cepen-
(1) Berthier, avjiiit (le partir iiour l'Espa.sne, avait reçu de Talleyrand les instrucLions suivantes :
1" Objet : Rétrocession delà Louisiane en échange d'un territoire en Italie attribué au duc de Parme avec le litre de Roi.
2° Abandon k la France de six bateaux espagnols bloqués dans la rade de Brest.
3» Envoi par la Gourde Madrid au cabinet de Lisbonne d'une injonction menaçante qui obligera le Portugal à rompre avec l'Angleterre et à faire la paix avec la France... (Cf. Espagne. Volume 653, f° 314-31(}. Jnstruclions à Berthier).
Dès le 28 juillet, Talleyrand avait informé Urquijo du choix que venait de faire le Premier Consul {Ibidem, f° 201) et le 16 août. Alquier lui mandait qu'il n'avai-tpas attendu ses instrucîions pour engager M. d'Urquijo à presser plus vivement que jamais la Cour de Lisbonne de faire sa paix avec la France « Les lettres du duc de Frias, dont j'ai eu comnninica- « iion, ne me laissent aucun doute sur les démarches qu'il a faites au
« nom de sa Cour et sur l'irrésolution du Cabinet portugais Sans
« doute une volonté ferme, manifestée par l'Espagne et appuyée d'un