CATHERINE II ET FRÉDÉRIC-GUILLAUME
et la confiaDce intime que m'inspirent les grandes qualités elles talents supérieurs de Votre Altesse Sérénissime.
C'est ce qui m'a déterminée à la démarche dont la lettre, que le marquif^ de Lambert ^Ij aura l'honneur de lui remettre de ma part fait l'objet.
J'aime à me flatter que votre Altesse ne sera pas insensible au motif qui m'a guidée et que surtout Elle s'empressera à remplir une attente qui est tournée sur Elle de plus d'une part de l'Europe en raison de la grande réputation dont Elle jouit et qu'Elle ne saura t justifier en une occasion plus importante.
C'est avec une considération bien distinguée que je suis, Monsieur mon Cousin, de votre Altesse Sérénissime,
la bonne cousine, Catherine.
Les démarches de Catherine II n'avaient pas échappé à la vigilance de nos représentants.
« Il semble, écrivait Barthélémy au Comité de Salut « Public, de Bâle, le 19 floréal (8 mai 1795) que l'intrigue « veuille s'agiter auprès du Cabinet prussien pour tâcher « d'inspirer à Frédéric-Guillaume, homme faible, des scru- « pilles sur la paix qu'il vient de conclure (2). On assure qu'on « a vu accourir de Pétersbourg à Berlin le général Lambert, « émigré français, avec beaucoup d'écritures de Tlmpératrice « de Russie et, de Londres, un M. Calvert (3) avec des offres
(1) Lambert (HenrLrJoseph, marquis de Saint-Bris) (1738-1808), capitaine au régiment d'Harcourt pendant la guerre de Sept-Ans, Mestre de Camp (17()2) et commandant le régiment de Berry-Cavalerie jusqu'en 1780, Gouverneur de la citadelle d'Arras (17.S8), Employé dans son grade au camp de Saint-Omer sous le prince de Condé. émigré avec les Princes qu'il représente auprès du roi de I^russe pendant la campagne de 1792, appelé en Russie par une lettre de Catherine II qui lui annonçait la mort de son fils aîné tué en Pologne, il ne se rendit à cette invitation qu'après la campagne de 1793 et après avoir obtenu l'agrément de Louis XVIII. Arrivé à Saint-Pétersbourg en février 1794, il fut aussitôt nommé Général-major par l'Impératrice qui lui accorda sa confiance et resta également en faveur auprès de Paul I" et d'Alexandre.
(1j Le Traité de Bâle avait, on le sait, été signé le 5 avril 1795.
(3) Calvert (Sir Henry, baron) (1753-1826), capitaine et aide de camp du duc d'York pendant les campagnes de 1793-1794, rentré avec le duc en Angleterre en décembre 179i, fut envoyé au mois d'avril 1795 en mission secrète à Brunswick et à Berlin. Il était chargé de pousser le roi de Prusse à prendre l'initiative de la nomination du duc de Brunswick au commandement en chef des Armées alliées.
de guinées, mais que leurs tentatives n'ont pas réussi » (1), Toutes les tentatives avaient en effet été vaines et sans se décider pour cela à modiiier son attitude à l'égard de la Révolution française, Catherine II elle-même en fait l'aveu dans la lettre que le 21 mai 1795, elle adresse au duc de Brunswick pour l'encourager à rester fidèle à la bonne cause.