CXI (1) MOURAVIEFF (2) AU GÉNÉRAL DE STAMFORD
, Saint Pétersbourg, 1 2/ 24 octobre 1 800.
Désir du rétablissement des bons rapports entre la Russie et l'Angleterre.
Monsieur le Baron. — Son Excellence M. le Vice Chancelier, occupé en ce moment de plusieurs expéditions de courriers, a daigné m'honorer de sa confiance particulière en me chargeant de la commission flatteuse de répondre à la dépêche de Votre Excellence du 16/28 Septembre.
M. le comte Panin, persuadé, ainsi que tout homme clairvoyant en politique doit l'être, des effets salutaires qui, dans la crise actuelle résulteraient du rétablissement de la bonne harmonie entre la Russie et l'Angleterre, en a vu dans les ouvertures que mylord Carysfort a faites à Votre Excellonce les moyens les plus efficaces ainsi que les plus honorables pour notre Cour de produire le rapprochement désiré.
(2) Appendice. Notice biographique.
LA RUSSIE TEND à SE RAPPROCHER DE L'aNGLETERRE 381
Dans cette conviction, il n"a pas hésité à porter à la connaissance de Sa Majesté Impériale votre dépêche, M. le Baron, ainsi que les pièces annoncées à l'Apostille. Mais, à son grand étonnement, il n'y a pas eu de réponse jusqu'à cette heure, ce qui le fait présumer qu'on n'a pas donné aux démarches du Ministre britannique toute l'attention qu'elles méritaient.
Loin de perdre cependant tout espoir, M. le Vice-Chancelier croit qu'en persévérant on pourrait réussir à accomplir la bonne œuvre et, à cet eflfet, il prie Votre Excellence de continuer à cultiver cette confiance qu'Elle a à si juste titre inspirée à mylord Carysfort (1). Il autorise même Votre Excellence à faire part confidentiellement à ce Ministre des sentiments, dont il est pénétré lui même à cet égard, en séparant toutefois l'homme public d'avec le particulier, et dinsinuer que, dans le cas oii l'île de Malte fût rendue aux Anglais, comme on le dit, le moyen de se raccommoder avec nous se trouverait très naturellement entre les mains du Cabinet britannique en donnant effet à la Convention presque conclue à Saint Pétersbourg relativement à la possession
(1) « J'ai tout lieu de croire, avait d'auire part écrit Carysfort à sou « collègue à Vienne, lord Minto. le 14 septembre (Dropniore Papers, VI, « 318) que, si la guerre avec la Franco continue, comme j'en ai la convic- « tion. on pourra amener la Russie à y prendre part aux côtés de l'Aui( triche et de l'Angleterre ».
Telle n'était pas l'opinion de lord Grenville qui faisait savoir, le 26 septembre, à Carysfort (ibidem, VI, 331) qu'il s'exagérait singulièrement l'iniportance de la Russie, « ou plutôt, ;, joutait-il, de l'Empereur de Rus- « sie, auquel nul ne saurait plus se fier actuellement. Quant à ses troupes « mêmes, elles sont tellement indisciplinées qu'elles ne sauraient rendre « de services dans une guerre contre des armées européennes. » Et pour ne laisser aucun doute dans l'esprit de lord Carysfort. il lui disait un peu plus loin: « Lord Minto et Wickham pourront vous dire que l'Autriche et « l'Empire aimeraient 10.000 fois mieux signer n'importe quelle paix avec « la France qu'être à nouveau défendus par la Russie... »
« Je trouve que vous êtes porté à aller trop loin dans vus ouvertures « ;ivec la Russie, lui mande-t-il encore le 9 octobre {Ibidem, VI. 3i5). non « pas que la chose même ait moins de valeur à mes yeux qu'aux vôtres, « si toutefois je pouvais avoir le moindre espoir de l'attacher réellement « il notre système en lui prodiguant attentions et flatteries. Mais il en est « tout différemment et je crois qu'avec un caractère comme le sien, l'in- « différence et même le fait d'alïeoter de l'ignorer produiraient plus d'elïet « que la cajolerie. Son hostilité actuelle envers nous est bien plus pro- « noncée que vous ne semblez le croire. Pour votre édification, je vous « enverrai par le courrier de demain copie de la représentation qu'il a « faite à Berlin en vue de former contre nous une nouvelle ligue de « neutres... «
Rien de plus naaircl, par suite, que de trouver ces quelques mots d;ins a dépêche que Carysfort adresse à lord Grenville, de Berlin le 21 cctobre {Ibidem, VI, 355). « Je ne pense pas que Krûdener ose revenir à la charge « sur Malte. Il a dû le faire de sa propre inspiration et j'espère ne m'être « pas trop écarté de la ligne que vous désirez suivre... »
de Malte et sur laquelle Son Excellence le comte Panin tenait alors les assurances les plus positives de la bouche même de mylord Whitworth.
Cette occasion manquée, Son Excellence M. le Vice Chancelier ne verra pas de possibilité, au moins de longtemps, de voir la bonne intelligence rétablie entre notre Cour et celle de Londres J'ai l'honneur d'être, etc
MOIJRAVIEFF,