U EPRISE PROBABLE DES HOSTILITÉS
rai français Lahorie qu'il ne comprenait pas l'intérêt que le général français prenait à un prince soldé et vendu à l'Angleterre. A quoi le général français répondit avec indignation : Que, lorsqu'une grande Puissance, comme l'Autriche, acceptait les subsides de l'Angleterre, on pouvait bien en passer à l'Electeur Palatin. Et le comte de Lamberti voulant faire entendre que, pour l'Autriche, ce n'étaient pas des subsides, mais des emprunts, le général français répliqua vivement: « Oui, mais dont l'Autriche paye les in- « térêts en bonds et enjambées. »
Gentz.
Paris, 25 octobre 1800.
Reprise probable des hostilités. — L'archiduc Charles généralissime. — Inquiétudes des patriotes piémontais. — Arrêté relatif aux émigrés.
L'obscurité, dont Bonaparte couvre tous «es projets, ne saurait manquer de produire des variations dans les conjectures et les rapports. Aucun Ministre n'a son secret. Il employé des agents particuliers, presque tous des militaires attachés intimement à sa personne, et la qualité qu'il exige d'eux, exclusivement, c'est une obéissance passive et une entière discrétion.
Les apparences du moment actuel doivent faire présumer que le Premier Consul se prépare à continuer la guerre. Les 10000 hommes, qu'il vient de passer en revue près de Versailles, paraissent destinés pour le Rhin On assure qu'ils ont reçu l'ordre de se tenir prêts à marcher. Des convois de munitions prennent la même direction. Les manufactures d'armes se pressent d'y faire des envois. Moreau, arrivé récemment à Paris et qui a de continuelles conférences avec Bonaparte, ne tardera pas à repartir. On lui a entendu faire la réponse suivante à une personne qui le félicitait de sa glorieuse campagne et lui disait qu'il devait être bien fâché d'avoir été arrêté en si beau chemin pour aller droit à Vienne : « Mes jalons sont toujours plantés et il se pourrait qu'avant peu je « reprisse cette route ».
On attribue ces présages de la prochaine reprise des hostilités à la sensation produite par la nomination de l'Archiduc (Charles) au commandement des armées autrichiennes avec une autorité illimitée (1). Mais ce qui paraît en même temps inexplicable et contradictoire, c'est que le travail pour les réformes continue toujours. Je persiste à croire qu'outre celles qui sont déjà faites, 500 officiers et généraux sont désignés pour subir le même sort, ce qui a produit et excite journellement de violents murmures contre le Premier Consul. Celui-ci se déterminera, ;i ce qu'on croit, à un licenciement général suivi aussitôt d'une recréation de l'armée, opération qui le met dans le cas de pouvoir déplacer les officiers qu'il veut écarter comme n'étant pas assez dévoués à sa personne. On le dit mécontent d'un grand nombre d'entre eux, surtout de ceux qui sont employés en Italie. Le général Brune se plaint également et demande beaucoup de destitutions, surtout parmi les créatures de Masséna, fort chéri et généralement regretté des troupes qui se seraient soulevées en sa faveur, s'il l'avait voulu.
Les Patriotes piémontais sont en ce moment fort inquiets de leur sort et appréhendent que par suite des négociations qui vont s'ouvrir, on ne remette leur pays sous la domination du roi de Sardaigne. En conséquence, le marquis de Axé, (2) commandant à Turin, est arrivé à Paris pour demander au Premier Consul une
(1) Aussiiôi après réception le 11 décembre 1800 du rescrit impérial en date du 9, l'archiduc Charles consentit à se charger du commandement en chef, que son frère le pressait d'accepter et trois jours après, le 14, il quittait Prague et arrivait le 17 au quartier-général à Schwanstadt (Cf. Criste, Erzherzog Cari von Oesterreich. II, 172-175 et Ibidem 490, arrhidur Charles au duc Albert de Saxe-Teschen, 19 décembre 1800). La nouvelle donnée à Stamford était, on le voit, quelque peu prématurée.
(2) Il y a là une erreur assez grave. Le commandant de Turin était à cette époque le marquis Thaon de Revel et il n'existait pas d'ailleurs de Marquis d'Axé. Peut-être s'agit-il du marquis Victor-Amédée de Seyssel d'Aix (1747. marquis de Sommariva del Bosccfl817). D'abord officier au régiment de Savoie-Cavalerie, puis lieutenant aux gardes du corps, il devint à la fin de sa vie Général de cavalerie (novembre 1816) après avoir été premier écuyer de la princesse de Piémont. Chevalier de l'Annonciade (2 novembre 1815), il avait été le 6 mai 1812 autorisé à porter un titre de l'Empire. (Renseignement dû à la bienveillance du Chevalier Mario Zuc- CHi, de la Bibliothèque de Sa Majesté le roi d'Italie à Turin).
D'-'près les renseignements que donne le vicomte Révérekd (Armoria/ du Premier Empire) sur le second fils du marquis Victor-Amédée, Joseph-Victor-Thomas, marquis de Seyssel d'Aix, le titre de Comte de l'Empire aurait été donné par lettres patentes du 14 février 1810, à la famille de Soyssel d'Aix qui devint en outre par décret Impérial du 1" janvier 1812, bénéficiaire d'une donation de 4.000 frs. de rente en Illyrie. Le nouveau comte de l'Empire, maître des cérémonies de l'Empire et introducteur des ambassadeurs, représentait en 1813-1814 le déparlement du Pô à la. Chambre des Députés.