LE PREMIER CONSUL ET LES ÉMIGRÉS
explication franche et loyale sur ses intentions à cet égard. Quelqu'un lui demandait dernièrement s'il était satisfait de son entretien avec Bonaparte : Il m'a donné, répondit-il, de belles paroles auxquelles je ne me fie pas ».
Depuis quelques jours on laisse respirer les Jacobi ns et les arrestations sont suspendues, mais le Premier Consul redouble les mesures de sûreté. Tout accès auprès de lui est impossible, même aux fonctionnaires publics qui ne l'approchent que quand ils sont demandés et la garde en est prévenue 11 ne paraît que chez sa femme et ce n'est que pour quelques instants. Il y entre et il en sort sans qu'on en soit averti. Son escorte est toujours très nombreuse et sa marche très rapide.
L'arrêté qui a paru relativement aux Emigrés a produit une grande sensation et l'esprit public est tellement changé à cet égard que la satisfaction a été universelle (1).
Malgré les nombreuses exceptions, on conçoit des espérances générales. Bonaparte vient de dire à un Conseiller d'Etat qui le sollicitait en faveur d'un de ses parents, bien et dûment prévenu d'émigration : .< Prenez patience et tout le monde sera content ». Il est certain qu'il a fait dans ce moment ci tout ce qu'il pouvait faire. On annonce que son projet est de rayer tous les Chouans en masse, ce qui entraînerait une quantité prodigieuse de radiations. On ne doute pas que son plan ne soit de rappeler tout ce qui participait n l'ancien Régime Quelques personnes conservent l'espoir qu'au fond du cœur il nourrit même le dessein de replacer le Monarque légitime ; mais c'est bien plutôt un vœu que forme la fidélité qu'une confiance qu'autorisent les données qu'on a sur le caractère de Bonaparte. Tout confirme, et de plus en plus, qu'il aspire à gouverner seul el qu'il veut s'assurer le gouvernement pour la vie. Plusieurs ouvrages avoués préparent déjà l'esprit public et on répète avec emphase ce vers : Le premier qui fut roi fut un soldat heureux. Dès qu'il le voudra, il se fera proclamer sous une dénomination nouvelle et cette époque paraît fixée à la paix. D'ici là, il faut qu'il comprime tous ses ennemis qui sont nombreux et redoutables. On jouait dernièrement sur un des théâtres un opéra intitulé : Ziméo (2). L'un des personnages y crie : A bas le tyran ; Ces mots
(1) Arrêlé pris le 28 vendémiaire an IX (20 octobre 1800) après une discussion approfondie au Conseil d'Etat.
(.2) Opéra en trois actes, dont la première rcprésenialion eut lieu au théâtre de la rue P'eydeau le 24 vendémiaire un IX (16 octobre 1800). Paroles de Lourdet, de Santerre, Musique de Martini. Voir le compte-rendu dans ie Moniteur du 29 vendémiaire.
â86 Ui. GÉXÉriAL DE STAMFORD
ont été applaudis à trois reprises. On peut juger par là des ferr»éhts et de la diversité des opinions. Tout dépend des chances plus ou moins favorables qu'offriront les circonstances.
Paris, 28 octobre 1 800.
Cobenzl à Paris. — Projet de constitution attribué au Premier Consul. — Négociations avec Rome — Saint-Domingue.
Tandis que l'on croyait que M. dé Cobenzl traînait son arrivée à Lunéville poar retarder l'ouverture des négociations, il a paru brusquement à Paris (2). Le Ministre des Relations Extérieures s'était rendu à son débotté. Cette prévenance pouvait faire penser que la venue du Ministre autrichien est regardée par le Gouvernement comme un gage de la bonne foi avec laquelle on se propose de traiter respectivement. Cependant les espérances de paix s'infirment au lieu de se renforcer. Le parti pris par M. de Cobenzl de tranchir Lunéville pour venir droit à Paris fait présumer qu'il arrive, moins pour accélérer les négociations que pour se plaindre de l'invasion de la Toscane. Les difficultés, qui vont naître des discussions sur cet événement qui met à découvert la marche du Gouv^^rnement français, doivent mal faire augurer dé l'is^uç d/^ la (Qission tje J^. de Col^nzl. On répand déjà qu'il n'a reçu que des réponses peu satisfaisantes à sa demande préalable de l'évacuation d^e la Toscane (3;. Il est donc très incertain s'il:
(5) C©betizl ne s'était pas rendu droit à Paris. « Arrivé le 1-i à Luné- « ville, il saisit le prétexte que le Plénipotentiaire français n'y était pas « encore, pour venir à Paris présenter ses respects au Premier Magistrat « de la République. )> {Oormspon'dRnce, Tome xxx, 420) Cobenzl arriva à Paris le 29 octobre.
(3) Il suffit de consulter dans les Dropmore Papt'rs la correspondance échangée à ce moment entre gae[ques-un§ des principaux hommes d'Elat anglais pour constater que "« les perspnnes instrnit-es » dçnt le correspondant de Stamford rapporte les dires, étaien't loin d'être exactement renseignées. :.''.', " ■ v
« Merci p;0ur votre H&iim.é dBs dépéciïOBÎde Vlennà^e/irëponct PCiÉt à lord « Grenviiie, le 3l>>'o<it >ljrè. ^ ... Noas voici bïen prè» du moment où il va « falloir fixer le ton que nous donnâ-rons a nos relations avec l'Autriche
COBENZL à PARIS 387
réussira même à conclure une prolongation d'armistice. On le dit chargé aussi de négocier pour l'Angleterre, c'est-à-dire de donner une communicalion franche des bases sur lesquelles cette Puissance consentirait à rentrer en négociations. Quelques personnes instruites croyent que le Cabinet de Saint James, ne s'en rapportant pas entièrement aux assurances que lord Minto lui a fait
« et ce n'est pas chose fort aisée. S'ils rompent l'armistice avant la fin « de l'automne en prétendant qu'ils ne peuvent traiter sans nous, nous « pourrions co!)tinuer nos subsides. Nous pourrions peut-être laêaie le « faire encore dans le cas où ils réussiraient à obienir une prolongaiion (( de l'armistice jusqu'au printemps prochain sans faire de nouvelles con- « cessions. Mais si (Jubeiizl va à Lanéville, aucune de ces deux hypothèses « n'a guère de chances de se réaliser. Mais nous nous trouverons alors en « présence, soit d'une paix séparée, soit d'un armistice acheté au prix de « concessions qui donneront à la reprise des hostilités tous les avantages <( aux [«'rançais. Je suis d'avis d'ajourner le payement de tout secours pè- « cuniaire jusqu'au moment de la rupture dé l'armistice ou jusqu'à ce que « nous soyons rassurés par des actes qui ne prêtent pas à l'équivoque. »
{Dropïnore Papers, VI, 368).
« Vous verrez par ma dépêche et par les pièces annexées quels sont les « premiers efîets des belles promesses de M. de Gobenzl, mamle le len- K demain lord Grenville à lord Minto. Il n'a, je crois, d'autre but que de « rouler Thugut en signant un traité quelconque et en posant ainsi les
« bases de son existence ministérielle Est-il possible que Gobenzl aille
« à Paris sans avoir préalablement posé la question de savoir s'il s'y ren- « contrerait ou non avec un ministre anglais ? Je m'attends donc à le voir, « soit bà"ler la meilleure p ùx qu'il lui sera possible d'obtenir, soit, s'il « échoue, mais rien que dans ce cas, faire grand étalage de sa fidélité aux « traités avec l'Angleterre. S'il y ;ivait un grain de sens commun dans « les cervelles des hommes d'Etat autrichiens, le fait seul de l'occupation « de Livourne devrait les obliger à faire de l'évacuiilion de cette placé « une condition sine qua non ayant le pas sur toute négociation. Mais de « telles raisons, comme le dit M. Fox, sont trop fortes pour les circons- « tances actuelles ». (Ibidem, VI, 369).
Le 1" novembre, le bruit a couru à Londres, comme il en informe Garysfort « que Gobenzl aurait déclaré à Paris qu'il ne traiterait que con- « jointemenv, avec les Anglais » ; mais lord Grenville en doute encore si fort qu'il adresse en même temps le bille*: suivant au com.e de Starhem- "bcrg. « Je vous envoie la minute de deux questions. Tàciiez, je vous sup- « plie, de nous mettre à même d'y répondre positivement le plus tôt.pos- « sible. ,
« 1' La France n-t-elle consenti à traiter avec les Alliés conjointement « et pour une paix générale et cela sans armistice nav^al ?
« 2° Sur son refus, M de Gobenzl a-t-il rompu sa négociation, ou (ce « que je crois impossible) s'est-il déterminé à traiter séparément?
« Vous, qui connaissez le pays, sentirez facilement combien il nous est « important d'avoir le plus tôt possible le Oui ou le Non direct à ces i( (luostions et do pouvoir y préparer l'esprit public. » [Undem, VI, 371).
Quel<iue extraordinaires que doivent paraître les communications faites quelques semaines plus tard à lord Grenville par le baron de Gilliers, il ne sera cepcnd;nit pas inutile de les reproduire ici.
« ... Je crains la défaite autrichienne s'ils font seuls la guerre, lui '( ('^crit-il vers la fi-n de novembre. Bjnaparte, qui craint de rendre se
388 LE GÉNI-RAL DE STAMFOHD
parvenir de la part de l'Empereur relativement à la fidélité avec laquelle M. de Cobenzl était chargé d'associer la discussion des intérêts de l'Angleterre à celle des conditions à stipuler pour la Maison d'Autriche, n'avait pas interrontipu les relations discrètes avec le Gouvernement français et qu'il existerait des agents britanniques chargés de les entretenir. On ajoute même que depuis quelques jours elles avaient repris avec plus d'activité.
Une anecdote, dont on a la certitude, pourrait justifier cette méfiance des Ministres anglais et faire présumer que de longue main, il existe une sorte d'intelligence entre la Cour de Vienne et Bonaparte. Quelqu'un de la société intime du Ministre Talleyrand soutenait cette thèse dans une conversation particulière qu'il avait avec lui et se fondait à cet égard sur quelques faits qui paraissaient la prouver, entr'autres, sur plusieurs circonstances du Traité de Campo-formio, qui démontraient que Bonaparte et l'Empereur avaient alors négocié plus en amis qu'en ennemis. Talleyrand l'interrompit avec sévérité en lui disant: « Fort bien, mais gardez cela pour vous ! )>
Peu de jours lèveront probablement quelque coin du voile qui couvre les affaires générales et celui, dont s'enveloppe particulièrement le Premier Consul (1;. Malgré l'impénétrabilité dont il fait toujours profession, il est impossible que quelques uns de ses
« généraux trop puissants, voudrait la paix, mais il ne sait comment s'y « prendre.
«Vous n'avez sûrement pas oublié que dans ma conversation je vous
« ai parlé des ol)stacles que Bonaparte rencontre dans l'espèce d'indépen-
« dance dont déjà jouissent les généraux. C'est Moieau, dit-on, qui de son
« autorité privée a ordonné la démoliîion des trois forteresses.' C'est
« Brune, qui sans pouvoirs est enlvé en Toscane. Je crois pouvoir répondre
» que Bonaparte allait nommer un Conseil de guerre pour juger les géné-
« raux Dupont et Brune, lorsqu'à la suite de la conférence avec M. de
« Cobenzl, voyant que la paix no pouvait résulter de cet:e négociation,
« il avoua la démarche.
« Moreau s'était plaint précé emment de la prolongation de l'armistice.
Mais, je vous le répète, le Premier Consul veut la paix et si M- Pitt le
rlésire, je pense qu'il serait des moyens secrets de rapprocliement et
« de traiter confidentielle nw ni pour êlnhlir )i,io iinix ijénéi-nle. même
« d'après les vues raisonnables de l'Angleterre.
« Le point le plus important serait de déruire la méfiance. J'ai lieu de « croire de plus qu'avec des précautions et des mesures discrètes on pour- « rait parvenir à recevoir ici un agent secret chargé de mettre sous les « yeux du Ministre parles moyens d'une personne confidentielle quelques « Inises^ de négociations pour la paix générale.
« J'ai jeté rapidement sur le papier ce que j'ai su et vu. Je vous prierai « de suppléer à ce qui manque ici d'api es la conversation générale que « j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous ». {Dropmore Papers, VI, 392-393).
(1) Cf. Va]\d.\l. L'avènement de Bonai^arte, II, 525-527.
l'HOJhT nn CONSTITITION. NKGOCIATION AVEC FiOME 389
projets ne finissent par percer. C'est ainsi qu'on croit savoir positivement qu'il a arrêté un nouveau plan de Constitution, dont voici les principales bases : Il y aurait un Président à vie, un Grand Chancelier d'Etat, quatre Ministres ayant voix délibérative au Conseil, un Sénat composé de trois députés de chaque Départe ment, lesquels seraient élus pour neuf ans, vingt-cinq Préfets civils et vingt-huit Préfets de Police. •
Le dessein de Bonaparte est de proposer ce plan à la France en lui annonçant la paix et de le faire regarder comme un des moyens qui l'ont opérée , comme une des conditions sans lesquelles les Puissances Etrangères n'auraient pas voulu traiter et cet article est à la tête des instructions données à son frère comme Plénipotentiaire au Congrès.
Le Gouvernement sent enfin la nécessité de retenir les citoyens par un autre frein que celui des Rois. L'exemple de quelques scélérats, montant dernièrement à l'échafaud en riant, chantant, faisant des plaisanteries sur la Divinité et sur la bêtise d'avoir peur de la Mort, suffit pour montrer les progrès afïreux de l'irréligion et de l'athéisme. Il est donc question de rendre à la religion catholique une partie de son ancienne influence et de la déclarer Religion Nationale, mais point dominante et d'assurer un traitement aux prêtres. Le Gouvernement espère par là se rattacher quelques-unes des provinces qui s'éloignèrent de lui en proportion de l'insouciance qu'il témoignait pour la religion et ses ministres. Il y a des négociations ouvertes à cet égard avec la Cour de Rome et on dit que les propositions de Bonaparte ont été de nature à être acceptées (1). On remarque déjà en effet une grande modération envers le clergé et presque même un genre ' de protection, mais mystérieux. Car les agents du Gouvernement se cachent de cet acte de justice et de ce retour aux principes religieux, comme s'ils commettaient une action déshonorante, tant ils craignent les sarcasmes de la tourbe philosophique et du parti qui s'est hautement déclaré pour l'athéisme. Ce pas rétrograde du Gouvernement est remarquable et il n'est pas douteux qu'il n'en fasse journellement quelques-uns dans tous les genres de manière à faire croire qu'il est sûr de s'arrêter au point fixé.
Il est certain qu'on prépare une escadre pour Saint-Domingue et qu'on espère qu'elle échappera à la vigilance anglaise pendant les longues nuils.
1) Cf. Thikrs, II, 164. — Vandal. Vavènement de Bonaparte, 11 452 et suivantes. — Talleyhand. Mémoires, I, 283-284.
Paris, i'^' novembre 1800.
Cobenzl et Lucchesini à Paris. — La nouvelle Constitution. Les indemnités à la Maison d'Orange.
Ce qui fixe en ce moment ratlention, c'est l'ariivée de M. de Cobenzl et du Ministre prussien. On est convaincu que le premier n'est venu à Paris que pour conférer avec le Gouvernement sur l'invasion de la Toscane (2) et la prolongation de l'armistice. Quant au premier point, les politiques sont d'accord pour regarder cet acte hostile comme uniquement dirigé contre l'Angleterre qui, se
(2) « Dans la Convention de Marengo, il n'avait pas é:é question de la « Toscane ; mais il avait été stipulé que les Autrichiens conserveraient « Ferrare et sa citadelle. L'.autorité du Grand-Duc avait été rétablie dans « le pays. Le général Sonimariva y commandait une division autrichienne « et toutes les troupes toscanes. Les mois d'août et de septembre furent
« employés à fermer l'armée toscane et celle du Pape Les Anglais,
« ne pouvant à cause de l'armistice opérer en Toscane le débarquement « des troupes qu'ils avaient à Mahon, accordaient des subsides, et une «partie des ériiigrés, qui étaient dans le corps anglais destiné à agir « contre la Provence et à la têle desquels était Willot, furent placés dans
« l'armée toscane Enfin, lorsquaprès l'armistice de Castiglione, Brune
« <!oncentra l'armée d'Italie sur la rive gauche du Pô, il avait dû faire î( revenir sur Bologne la division Pino. Dans cet état de choses, tes « troupes du Pape, celles de Toscane et les insurgés du Ferrarais se « répandirent dans la Romagne et établirent la communication entre Ferce rare et la Toscane. — Le Général Dupont, instruit de cette invasion, « repassa le Pô. attaqua et battit les insurgés en Romagne et lés fît « poursuivre jusqu'auprès de Ferrare, d'Arezzo et des débouchés des « Apennins.
« Les insurgés se maintenaient toujours en Toscane et au commenee- « ment d'octobre, Brune, persuadé que la Cour de Vienne ne voulait pas « sincèrement la paix et voyant qu'il n'y avait plus rien à espérer pour « une suspension d'armes navale, somma le général Sommariva de faire K désarmer la levée en masse de Toscane. Sur son refus, le 10 octobre, « le général Dupont entra dans ce pays. Le 15, il occupa Florence et le « 16, le général Clément entra à Livourne. Le 19, le général Mounièr )) enleva d'assaut après une vive résistance Arezzo. Presque tous les « insurgés qui la défendaient furent passés au fil de l'épée. Le général « Sommariva et les troupes autrichiennes se retirèrent sur Ancône. La « levée en masse fut désarmée et dissoute, la Toscane, entièrement con- « quise et soumise »
[lOorrespondancp, Tome xxx. 4'2'?-423).
COBENZL ET LUCGHESINI A PAIHS 391
reposant sur la possession du port de Livourne, y laissait en sûreté tous ses dépôts, magasins et marchandises, dont on s'est emparé et qui ont été de bonne prise. On ne conçoit pas au reste que les Autrichiens aient gardé dans cette circonstance uile altitude absolument passive.
Pour ce qui est de l'armistice è prolonger, il parait certain que Bonaparte exige que Mantoue lui soit livrée pour garantir d'autant plus sûrement les intentions pacifiques de l'Empire. Cette exigence impérieuse du Gouvernement français contraste singulièrement avec l'opinion, où paraissent être quelques personnes instruites d'une intelligence subsistante de longue main entre les Cabinets de Vienne et de Paris, à lappuide laquelle On citait dernièrement un mot échappé au Ministre Talleyrand. Mais ces mêmes personnes expliquent cette contradiction apparente en avançant : « Que le mo- « ment est venu où l'Empereur sent la nécessité de détacher abso- « lumentsa cause de celle des Anglais et qu'en conséquence, plus « il aura l'air d'être forcé de se mettre en quelque façon à la dis - « crétion de la France, plus il pourra alléguer de raisons à l'Angle- « terre pour se refuser, à la prise d'armes à laquelle cette Puis- « sance voudrait l'entraîner ».
Il est difficile d'assigner la véritable valeur de ces conjectures, mais il ne faut en repousser aucune, puisque le passé nous a souvent prouvé que le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
M. de Cobenzl et le Premier Consul se sont adressé l'un h l'autre des discours fort polis. On a remarqué dans le Ministre autrichien une grande facilité et dans Bonapài^te de l'embarras et le travail de la dissimulation.
Le jour de l'arrivée de M. de Cobenzl, Bonaparte a été enfermé avec Bourrienne jusqu'à 5 heures du matin. On dit qu'il se repent d'avoir permis que les négociateurs vinssent à Paris, mais que, trop avancé pour reculer, le Congrès sera transféré à Saint-Cloud. Les habitants de la capitale mettent beaucoup d'empressement à se trouver sur le passage de MM. de Cobenzl et Lucchesini. Mais une chose remarquable, c'est que leur présence n'accrédite pas les espérances de paix. Les efTets publics ne haussent pas et les négociations du Trésor National ne se font pas avec plus de facilité. Les obligations de Receveurs des Départemeuts ne peuvent se négocier qu'à 2Vo par mois, en sorte que l'on mangé d'avance les revenus de l'An IX avec près de 2 i/i % de perte et c'est là ce que les grands financiers du jour appellent line superbe opération, parce qu'elle fournit des secours momentanés qui minent de plus en plus l'Etat.
On peut confirmer encore ce qui a été indiqué en dernier lieu sur le nouveau plan de Constitution. Il a été définitivement arrêté dans un comité secret. Les conseillers d'Etats Rœderer et Lescalier y ont eu la plus grande part. Flatteurs à outrance de Bonaparte, ce sont eux qui le lui ont présenté. Il a paru d'abord ne pas l'agréer et avait l'air de craindre l'opposition du parti Républicain ou plutôt Jacobin, toujours redoutable et prêt à s'armer contre toute autorité. Mais enfin il a consenti. Ce plan sera mis au jour au moment où on pourra le présenter comme le vœu des Nations étrangères, qui ne veulent traiter qu'avec un Gouvernement s table et qui ont annoncé ne pouvoir compter sur l'exécution d'un Traité qu'autant qu'il aura acquis cette stabilité.
On apprend de l'Intérieur et de très bonne source que la première conférence d'affaires entre M. de Cobenzl et Talleyrand a été très orageuse et que ce dernier a mis en avant des conditions, dont il n'avait pas été question dans l'entretien du négociateur autrichien avec le Premier Consul.
C'est des mêmes sources qu'on a appris que le Gou\ernement français cajole beaucoup M. de Lucchesini (1); qu'on trouve les indemnités qu'il demande pour le roi de Prusse extrêmement modérées et qu'on lui laisse même entendre qu'il pourrait en obtenir de plus en plus considérables, surtout s'il abandonnait entièrement les intérêts de la Maison d'Orange, à laquelle on consentirait à donner des dédommagements, pourvu qu'elle renonçât solennellement à ses droits et à ses prétentions sur le Stathoudérat. C'est cette partie des négociations avec Sa Majesté Prussienne qui présente le plus de difficultés, parce que le Gouvernement français a renouvelé à la République batave l'assurance qu'elle conserverait son régime actuel et qu'il a lui-même un intérêt majeur aie maintenir pour continuer jusqu'à l'épuisement à faire contribuer la Hollande à ses besoins.
(1) Ecrivant ù Talleyrand le IG octobre. Beurnonville lui annonçait que Haugwitz lui avait annoncé l'envoi à Paris de Lucchesini. « Il a été choisi, « avait dit le ministre de Cabinet, parce qu'il avait l'avantage d'être connu « et estimé du Premier Consul. »
Beurnonville faisait remarquer que le nouveau représentant de la Cour de Berlin à Paris « rallié au parti de Schulenburg, qui nous est opposé, « ne passait pas pour être d'une opinion favorable à la France ». « On lui a « donné, ajoutait-il, pour Secrétaire de Légation Lombard, frère du Se- « crétaire intime du Roi, qui travaillait auprès de Haugwitz et paraît « dévoué à ce Ministre. » [Prusse. Volume 528, f» 50).
LUCCIIKSINI JALOLX DE COBENZL 393
Paris, 4 novembre i 800.
Etat des négociations. — Lucchesini jaloux de la faveur de Cobenzl. — Nature des accords avec l'Empereur. Instructions données à Louis-Bonaparte. — Lannes. — Lucien et les bons pour l'exportation.
D'après les notions les plus récentes, le théâtre de la politique présente aujourd'hui un nouveau changement de scène. Il paraît que M. de Cobenzl a gagné du terrrainetque M. de Lucchesini en a perdu. On croit du reste que ce dernier n'a eu à se féliciter que des premiers moments de sa réception et de ses premières conférences avec le Ministre Talleyrand.
Le Premier Consul a établi depuis des nuances si marquantes entre les distinctions de tous genres prodiguées à M de Cobenzl et les simples égards accordés à M. de Lucchesini, que celui-ci, à ce que l'on assure, en a conçu de la jalousie, même de l'humeur et n'a pas dissimulé son étonnemenl de ce que le Ministre d'une Puissance amie était accueilli avec une froide politesse, tandis que l'on comblait de prévenances le Ministre d'une Puissance encore ennemie. On ne tardera.pas à Savoir avec certitude si ces semences de mécontentement existent en efïet et à quel point elles peuvent germer. En attendant, lopinion se maintient que l'Autriche et la France s'entendent de longue main et que ce n'est pas à l'insu de la première que l'invasion de la Toscane a eu lieu. En conséquence on se persuade que la Cour de Vienne va se détacher définitivement de la cause de l'Angleterre et que non seulement les négociations de M. de Cobenzl auront une issue favorable, mais même qu'à la suite du Traité de paix, on renouvellera celui de Versailles (2) et que ces deux Puissances en conclueront un offensif et défensif.
Les personnes, qui fournissent ces renseignements et qui sont
('2) Traité de 1750. — « L'élat de 1756 allait renaître; ce temps de gloire, « où Marie-Thérèse traîna la France après son char, est une dos époques « les plus brillantes de la monarchie autrichienne »
{fiorrespondaace., Tome xxx, page 4'25),
effectivement à portée de les puiser abonne source, assurent que l'Empereur consent à laformation des trois Républiques italiennes, au démembrement de la Belgique, aux limites du Rhin, à la permanence du Gouvernement actuel de la Hollande, sauf quelques changements à y faire, mais dépendant de la volonté de la France. Qu'en échange, l'Autriche gardera les Etats Vénitiens et recevrait en sus une extension considérable dans la Cisalpine. Il doit être question aussi de favoriser les vues de l'Empire sur la Bavière et, en général, de faire de grands changements en Allemagne par la sécularisation des Etats ecclésiastiques qui formeront divers lots d'indemnités. Quelles que soient celles que le Gouvernement français annonce devoir être disposé à accorder au roi de Prusse, on s'attend que l'ensemble de cet arrangement déplaira aux Puissances du Nord et on prévoit que de leur opposition pourra naître une nouvelle guerre. Les instructions données à Louis Bonaparte (1) doivent avoir pour objet de ne rien négliger pour vaincre à cet égard la répugnance du roi de Prusse et à la combattre par la séduction des ofFres les pins avantageuses. Cela paraît confirmer ce qui a été marqué en dernier lieu des insinuations, par lesquelles Talleyrand a présenté à M. de Lucchesini la possibilité d'ajouter aux prétentions de son Maître pour les indemnités qu'il serait dans le cas de demander.
La connaissance du Ministre d'un Gouvernement tient essentiellement à la politique. Ce sont des instruments nécessaires à connaître et c'est d'après cette considération qu'on rapportera l'anecdote suivante :
« Le général Lannes, ami de Bonaparte, fut lui demander « 100.000 francs pour payer les frais occasionnés par son mariage. « Bonaparte s'excusa et refusa en alléguant qu'il n'avait pas celte « somme à sa disposition. Lannes, qui avait prévu ce refus, tira « un papier de sa poche et pria le Consul de le lui signer. Cotait « un bon pour l'exportation de 100.000 quintaux de blé. Il y con-
(1) « Le citoyen Louis Bunnpartc part aujinird'iiui pour se rendre à
« Berlin l^erraeltez que je recommande pariiculièrement à votre bien-
« veillance le jeune Flahaut qui l'accompagne et qui sert dans son régi- <( ment ». •
{Talleyranil à Beurnan'WlU, Paris, 15 vendémiaire an IX. Prusse, Volume 228, f 30).
■ L'annonce du voyage du frère du Premier Consul avait causé une vive sensation h Berlin. « La simple nouvelle du voyage d'Un Louis Bona- « parte, qui commande toutes les semaines ses chevaux de poste, mfijs « qui n'arrive jamais, suffit pour tenrr ici toute ctiose en suspens »
(Lord Carislorl à lx>rd Grenville, Berlin, 1" novembe l-iOO. Dropmore Papers, \1, 370).
LAXNES, LUCIEN ET LES BONS d'eXI'OISTATION 395-
« sentit et signa. Lannes porta ce bon chez Lucien pour faire « expédier la permission. Huit jours s'écoulèrent sans que le « général put avoir la permission de l'expédition. Enfin Lucien, « pressé par Lannes, lui demanda ce qu'il espérait tirer de ce « bon. « 100.000 francs ». « Voulez-vous me le céder à ce « prix ? » « Très volontiers ». Le Minisire remit aussitôt au Général 60.000 francs en billets de la Caisse du Commerce et le reste en aussi bonnes valeurs et deux heures après Lucien vendit 100.000 écus ce bon aux banquiers Jubée et Baraliche (1). Ce dernier a épousé la nièce de Cambacérès.
Ces sortes de bons devaient être attribués au Ministère de l'Intérieur. Mais Bonaparte, prévoyant l'abus qu'en pouvait faire son frère, se les est réservés (2).
Pour achever de peindre ce même Lucien, on n'a pas été peu scandalisé de le voir au Salon de Peinture donnant le bras à la jolie actrice Mézeray (3) et lui baisant la main en face de tout le
(1) Il s'agit ici de la maison de banque Jubiers Basîerrèche et C" dont les bureaux se trouvaient au n" 688 de la rue Neuve des Mathurins {Archives nationales).
(,2) Voici une version quelque peu- différente de cette affaire : « Plu- « sieurs querelles, lit-on dans un rapport de Paris du 10 novembre 1800 « (Fonds Bourbons, 600, p. 3, f" 10) ont eu lieu entre les deux frères. Ces « jours derniers les discussions orageuses ont recommencé. Le général « Lannes avait reçu pour son mariage une permission d'exporter 100.000 « quintaux de grains. Cette permission avait été signée par le Ministre « de l'Intérieur (Lucien') qui y avait donné une ex;.en.sion prodigieuse. Le.^.. « bons pour exporter se sont vendus publiquement sur la place. On a « dénoncé cet honnête commerce h Bonaparte. Lucien a donné à sa con- « duite des motifs peu favorables. On envoie Lucien dans toutes les « Cours. Les plus instruits s'accordent ù l'envoyer en Espagne ». ; ■(
(3) Mézeray (Marie-Antoinette-Joséphine) (1774-1823), fille du limonadier de la Comédie-Française, débuta en 1793. Incarcérée ainsi que ses camarades on 1793, elle eut avec M''" Lange la cbance d'échanger sa prison contre la maison de santé de Belhomme au faubourg Saint-Antoine, où ces deux belles comédiennes purent charmer les ennuis de leur captivité en recevant nombre d'admirateurs recrutés, soit parmi leurs compagnons d'infortune, soit au dehors. Remise en liberté après le 9 thermidor, on la revit tantôt au théâtre Feydeau, tnntôt à celui de la .rue de Louvois. Rentrée au théâtre de la rue Feydeau en 1798, elle fut nommée sociétaire ai)rès lu réunion générale en 1799. Mais loin de profiter de sa situation, elle ne travailla plus. Ses dons naturels, comme les qualiiés. qu'elle avait acquises, se trouvèrent peu à peu éiouflés chez elle par le- goût de la dissipation. Aussi loin de s'aiïermir, son talent suivit une marche rétrograde et le public ne l'accueillit plus qu'avec une froi<ieur marqviée. Chose rare dans les Annales de la Comédie Française, ses camarades crurent devoir, le t.') octobre 1814, demander sa mise à la retraite qui fut prononcée en 1816 et dont le taux fut fixé à 5.000 francs. Que pouvait-elle faire avçc une pareille somme pour satisfaire à ses habitudes de luxe et de dépense? Privée d'adorateurs, poursuivie par ses créanciers, elle chercha l'oubli dans la boisson et un matin on la retrouva à peine vêtue dans, un fo.ssé
monde. On sera moins étonné de sa prédilection pour une fille de spectacle, quand on saura qu'hier à la campagne il a joué le rôle d'Ulysse dans Philoctète avec des camarades de M"^ Mézeray.
On concevra l'influence que tous ces faits ont sur l'opinion publique. On peut se référer à cet égard à tout ce que l'on a mandé précédemment. On ne connaît à l'étranger que l'épiderme de la France et on répète que des observations sûres y pénètrent rarement. Il y a de quoi rire de l'opinion fausse que les étrangers conçoivent de la France et de son Gouvernement. Nous sommes comme les bateleurs de campagne cachant nos haillons sous des habits de clinquant; et c'est d'après cela qu'on juge et qu'on négocie.
Berlin, 4 novembre i 800.
Son entretien avec le duc de Brunsw^ick sur le parti que la Prusse devrait prendre si l'Autriche fait une paix séparée avec la France.
Vous m'avez demandé le précis d'un des derniers entretiens que J'ai eu l'honneur d'avoir avec M. le duc de Brunswick et dont j'ai déj«^ eu celui de vous parler de vive voix. Je vais satisfaire à cette demande le plus brièvement qu'il me sera possible.
Cet entretien amena le Prince à discuter avec moi le parti qu'avait à prendre la Prusse dans les conjonctures actuelles où il devenait probable que l'Autriche en viendrait à faire une paix séparée avec la France.
Le Duc convint qu'il y aurait alors tout à parier que l'Angleterre restant seule en guerre, la Prusse s'y verrait forcément entraînée. Il convint également que la Prusse ne pouvait pas pour cette raison assez se hâter de se mettre en mesure pour n'être pas surprise par un événement de cette nature ; mais ces mesures mêmes
du boulevard des Invalides. Transportée dans une maison de santé, elle y languit pendant quelque temps et y mourut, selon de Manne, le 20 juin 1823, tandis que d'après G. Monval elle serait décédée ù Charenton le 15 du même mois. (Bibliothèque de la Comédie Française, dk Maxxe. Historique des Comédiens de la Comédie Française, p. 147-155. — H. Lyonnat, Dictionnaire des Comédiens français, fasc. 67, p. 428). (I) R. O. F. O. 95.6.
paraissaient l'embarrasser infiniment, parce qu'il ne s'en présentait aucune à son esprit qui lui semblât trop vigoureuse.
Pour fixer néanmoins ses idées sur ce sujet, j'observai que la situation générale des affaires en Europe semblait tracer impérieusement à la Prusse la marche qu'elle avait à suivre : Qu'à mon avis, elle devaitmettre incessamment sur pied de guerre une armée de 60.000 hommes prête à marcher sur le premier ordre et ofïrir en même temps sa médiation pour une paix générale au Gouvernement français, en lui déclarant sans détour que son projet de ne vouloir traiter que de paix partielles, loin de prouver son désir d'en arriver à une pacification générale, semblait au contraire démontrer son dessein de perpétuer la guerre ; que tel ou tel Etat pourrait à la vérité trouver son intérêt particulier et une sûreté momentanée dans une paix séparée, mais que^ d'un autre côté, cet intérêt et cette sûreté partiels pouvaient compromettre l'inîérêt général et que dès lors il n'en pourrait résulter rien d'avantageux pour le rétablissement d'un repos universel, solide et durable; enfin, qu'il s'agissait pour Tintérêt et la sûreté de la. Prusse en particulier de n'être pas tenue plus longtemps en suspens sur ce que doivent devenir la République de Hollande et tant de provinces que la France a démembrées de l'Empire germanique.
J'ajoutai à tout cela que je ne doutais nullement que la Prusse ne trouvât la Russie et les autres Puissances du Nord disposées à se joindiie à elle pour tenir le même langage à la France et à concourir aux mesures jugées les plus propres à le faire écouter.
Le Duc, après avoir réfléchi quelques instants, reprit la parole pour me dire qu'il doutait de la possibilité d'engager la Prusse à une démarche aussi énergique ; qu'il sentait à la vérité combien elle était devenue urgente, mais qu'il prévoyait que ce serait peine perdue de la proposer, vu que la seule dépense, qu'exigerait la mise sur pied de guerre d'une armée, serait une condition plus que suffisante pour en détourner le Roi, à moins que l'Angleterre ne voulût concourir aux frais de cet armement, chose à laquelle il croyait qu'elle ne serait pas disposée, puisqu'elle s'était déjà précédemment refusée à une mesure semblable.
Je pris la liberté de lui observer que les circonstances d'alors n'étaient pas les mêmes qu'elles sont aujourd'hui; qu'il était vrai que Sa Majesté Prussienne avait alors paru désirer de voir l'Angleterre concourir aux frais d'armements qu'il se proposait de faire, mais qui n'auraient eu d'autre objet que d'assurer la sûreté individuelle de la Prusse, d'autant moins exposée alors que l'Angleterre
et ses Alliés étaient sur le point d'ouvrir la campagne et de pousser avec vigueur la guerre contre la France ; qu'il s'agissait au contraire aujourd'hui de mettre sur pied une armée, non pour la condamner à l'inaction, mais pour la faire entrer en lice, aussitôt que l'exigerait le Casus Fœderis qui aurait été expressément et clairement stipulé dans un acte solennel.
Je ne vous en aurais pas parlé, Mylord, ne fût-ce que je me suis convaincu, ainsi quej'ai eu 1 honneur de vous le dire de vive voix que le Duc, tout en assurant qu'il ne se mêle pas de la politique de la Cour de Berlin, s'en mêle et y influe plus que jamais. D'où j'infère que ce qu'il dit ne saurait être regardé comme indifférent, quoique ses paroles soient souvent de très faux interprètes de sa pensée.
Je joins ici la confession du Consul Bonaparte (1), dont j'ai eu l'honneur de vous parler hier au soir, en vous priant d'agréer l'hommage de mon respect et de l'inviolable attachement avec lequel je suis, Mylord, de Votre Excellence le très humble et très obéissant Serviteur.
Stamford.
ex VIII
Paris, 7 novembre 1 800.
Habileté de Bonaparte dans ses rapports avec Cobenzl. Lucien remplacé par Chaptal. — Le pamphlet de Fontanes. — Le Premier Consul se méfie de Lucchesini.
M. de Cobenzl, qui est parti le 6 pour Lunéville avec Louis Bonaparte, paraît s'être conduit avec beaucoup d'adresse. Dans toutes les occasions il s'est montré poli, prévenant. Il a tout loué, tout admiré. 11 a presqu'eu l'air de dire au Peuple qu'il était le premier Peuple du Monde, le plus heureux et vivant sous un Gouvernement sage et paternel. Ces cajoleries ont infiniment réussi et Bonaparte, peu louangeur, lui a prodigué des éloges et des témoignages de considération. Si l'on croit aux apparences, toutes
(1) Cette confession n'est malheureusement pas jointe à la lettre de Stamford et ne figure pas dans les dossiers du Record Office.