UEPRISK PROBABLE DES HOSTILITÉS. COBENZL CHEZ BONAPARTE
Paris, 15 novembre ISOO.
Reprise probable et imminente des hostilités. — L'admission d'un diplomate anglais à LunévlLle réclamée par Cobenzl, — Lucien et Cobenzl. — L'envoi de Lucien à l'étranger. — Schimmelpenninck et Tétat de la Hollande.
Nous sommes toujours circonscrits dans le même cercle d'incertitudes et de contradictions. Cependant les propos des Alarmistes paraissent prendre plus de consistance. On parle de l'ordre donné à plusieurs Officiers généraux de partir sans délai. Moreau, qui vient de se marier, doit se mettre incessamment en roule et c'est son mariage seul qui a retardé son départ. Un personnage important, qui se trouve à portée d'être bien instruit, assurait hier que la guerre était inévitable. « Mais comment, lui demanda- « t-on, concilier cela avec les caresses prodiguées à M. de Co- « benzl et son intelligence apparente avec Bonaparte ? ».
« Pures grimaces, répondit-il, et le Congrès de Lunéville n'est « lui-même qu'une prolongation de cette scène de comédie ».
Il faut ranger dans la classe des nouvelles les plus bizarres le détail de la première entrevue du Ministre autrichien avec le Premier Consul. On prétend que M. de Cobenzl ne dissimula pas l'impossibilité où était l'Autriche de traiter avec le Gouvernement français sans l'intervention de l'Angleterre (2) et que celle-ci
(2) « 11 mo paraît impossible que vous fassiez une nouvelle démarche « directe vis-à-vis des Français ; mais il est tout simple quel'on sache s'ils (( veulent recevoir un Ministre anglais à Lunéville ou non. En le deman- « dant à Otto, il faudra bien que le Gouvernement français, ou envole de 4 M passeports, ou prononce un refus qui terminera enfin toutes ces lenteurs. « Vous me direz lundi si vous voulez que je parle à Otto. Je vous joins « ici un Post-Scripluin de la dépêche du comte de Cobenzl, que je vous « prierai de me rendre sans en faire mention. La dépèche même estalle- « mande et dit à peu près ce qu'il vous marque dans sa lettre. Il m'y « parle encore de son désir de voir arriver M. Greuville (Thomas) à Lu- « néville et me donne quelques détails sur son séjour à Paris. Adieu, mes « sentiments pour la cause, pour l'union de nos pays et pour vous-tnéme
poserait certainement pour base des négociations le rétablissement en grande partie du Statu quo ante bellum (2).
Ces propositions n'effarouchèrent pas, dit-on, le Premier Consul et il parut disposé à entrer à cet égard en conversation et à parler même de la Belgique. Cette conférence semblait donc prendre un tour favorable, lorsque M. de Cobenzl se crut assez en mesure pour laisser entrevoir que la confiance, la tranquillité et la sûreté de l'Empire et de ses Alliés seraient toujours incomplètes, si la France n'était pas rendue à son ancien Gouvernement monarchique. A peine cette phrase fut-elle prononcée que Bonaparte se leva avec un mouvement de fureur et, malgré les propos adoucissants, par lesquels le Ministre autrichien s'efïorça de le calmer en intéressant sa propre gloire, Bonaparte leva brusquement la séance. On ne rapporte catte anecdote qu'avec défiance ; mais, en général, on croit qu'il n'est pas indifférent de recueillir tout ce qui se débite, surtout dans la classe des gens qui participent au Gouvernement ou qui ont des liaisons directes avec les Gouvernants.
On a remarqué que pendant le séjour de M, de Cobenzl à Paris il y avait été particulièrement recherché par Lucien, qu'il avait même paru au spectacle dans la loge de ce Ministre et jamais dans celle de Bonaparte. 11 serait possible que Lucien, aigri depuis longtemps contre son frère et même par des sentiments de vengeance contre lui, eût montré plus de condescendance aux ouvertures de M. de Cobenzl relatives au rétablissement de la Monarchie et que le Premier Consul, en ayant été instruit, eût accéléré sa disgrâce, qui paraît toujours certaine, quoique ses partisans s'efforcent de faire croire qu'il est effectivement chargé d'une mission secrète et importante. A toutes ces raisons d'immoralité, de cupidité et d'emportement qui rendirent Lucien odieux à Bonaparte, on doit ajouter un autre grief: celui de s'être déclaré hautement l'ennemi de M™' Bonaparte qui n'ignorait pas qu'il cherchait à engager Bonaparte à divorcer et on croit qu'elle n'a pas peu con-
« vous sont connus ». (Droprnorc Papcrs, VI, 383. Comte de Starhernberg à lord Grenville. ïwickenliiuii. lô novembre 1800).
« Post-Scripium. — Je viens de recevoir la boite avec la lettre de Co- « benzl. Il me paraît étr;inge de le voir affecter d'ignorer que seul le refus « opposé par la France à une offre de négociation commune et à la délice vrance de passeports empêche notre représentant d'éîre à Lunéville. . ., » lit-on dans le billet que I^iît adressait le même jour à lord Grenville (Ibidem, Yl, 3S\].
A ce moment Cobenzl avait déjà déclaré à Joseph qu'il ne pourrait traiter qu'en présence d'un plénipotentiaire anglais (Cf. Correspondance, VI, 5161 ait (jénéral La Cuée, 14 brumaire an IX, 18 novembre 1800).