LA MISSION DR LUCIEN. LE RAPPORT DE SCHIMMELPENNINCK
tribué à son renvoi. Quand il fut instruit de la détermination prise par son frère de lui ôter le Ministère, il se rendit aux Tuileries, força la sentinelle qui voulait s'opposer à son passage et entra chez Bonaparte, qui s'avança vers lui d'un air sévère en lui disant : « Le « Premier Consul ne reçoit pas le Ministre de l Intérieur, mais il a verra ce soir son frère à 4 heures. »
C'est dans cette entrevue fraternelle qu'on croit qu'il l'a chargé d'une commission quelconque, mais dont le principal objet paraît certainement être de l'éloigner. Les conjectures, au reste, varient beaucoup sur la route qu'il a prise. Les uns l'envoyent à Madrid et d'autres vont jusqu'à croire qu'il se rendra à Saint-Pétersbourg. Il en est de cet objet comme de tant d'autres. Tout est possible, même ce qui est invraisemblable, vu le caractère d'incohérence de Bonaparte, sa marche tortueuse et ténébreuse, sa profonde disimulalion et le secret dont il couvre toutes ses opérations.
Le bruit s'est répandu sourdement ces jours-ci que sa vie avait été de nouveau menacée. On assure que dernièrement, comme on savait qu'il devait se rendre au Théâtre Français, le plan était fait de disposer, difïérentes charrettes qui auraient arrêté sa voiture au passage et des hommes apostés devaient y lancer des grenades. Le complot fut encore découvert grâce à la surveillance de la police et les coupables ont été arrêtés. Malgré sa fermeté, ces dernières tentatives, répandent beaucoup de noir dans l'âme de Bonaparte et on s'en aperçoit sensiblement dans son intérieur.
Le Ministre batave Schimmelpenninck (1) vient de présenter au
(1) ScHiMMiCLi-piiNNiNGK (Roger Jein, com'.e) (1761-l8-25)gdébuUi comme avocat à Amsterdam, où il ne tard i pas à jouir de l'estime générale et lors des troubles politiques de 1785 et 1786, se fit le défenseur de diverses réformes. Après la Révolution de 1795 et la fuiie du s'athouder en Angleterre, il fut placé par ses conci oyens à la tête de la municipalité d'Ams-. terdam. Membre de la Première Convention Nationale, envoyé à la Seconde, qui fut bientô: dominée par les violents, il refusa de siéger. Mais lorsque ce parti fut renversé le 12 mars 1798, il fut chargé d'aller exposer au Directoire la nécessité de ceUe révolution e' nommé peu après Ambassadeur à I^aris. Après avoir assisté en qu ililé de Ministre Plénipo'enliaire au Congrès qui aboutit à la paix d'Amiens (ISO'2) il alla occuper l'ambassade de Londres. Rappelé d'Angleterre après avoir vainement ten^é de tenir son pays à l'écin de la guerre, il se rc.ira dans ses terres, mais ne tarda pas à être appelé de neuve m à représenter la Hollande à Paris. En 1805. lors de la transformation de la Constiiu'ion hollandaise à l'instigation de Napoléon I" il dut accepter la charge de Grand-Pensionnaire. Mais un an plus lard, lors de l'érection de la Hollande en royaume, Schimmelpenninck refusa la place de l^résidenl; à vie de l'Assemblée Législative et vécut dans la retraite pendant tout; le règne de Louis-Bonaparîe. Fait Come de l'Empire et nommé Sénateur le 30 décembre 1810
Premier Consul un rapport affligeant sur l'état de la Hollande et sur toutes les charges des impôts qui la grèvent. Il y a joint de puissantes raisons sur la nécessité de la paix.
Des lettres particulières venues de cette République présentent, elles aussi, le tableau de son extrême détresse et des désirs de la paix. Mais il paraît que l'espoir qu'on en avait s'affaiblit à la Haye autant qu'à Paris.
La protection du Gouvernement en faveur des émigrés s'accroît chaque jour. Le comité chargé des radiations travaille avec activité. Peu de pièces sont rejetées et des entrepreneurs, hommes et femmes, se chargent de leurs affaires et même pour un prix modique d'une cinquantaine de louis consignés avec pleine assurance de n'être pas trompés.
Paris, 18 novembre 1 800.
Reprise inévitable des hostilités, — Le Premier Consul, la Prusse et la Russie. — Sandoz-Rollin et Lucchesini. — L'incident des palefreniers espagnole.
Les apparences continuent toujours à présager la rupture prochaine des négociations de Lunéville. Le Ministre de la Guerre, Berthier, disait hier à un de sesintimes que la guerre était sûre, parce qu'il est de toute vraisemblance que l'Ultimatum du Premier Consul ne serait pas accueilli par l'Empereur ; qu'on attendait le 20 novembre une réponse définitive et que, le 22, les hostilités recommenceraient (2). Il a ajouté que le général Brune, sur les plaintes qui se lèvent contre lui pour ses déprédations, pourrait
après la réunion de la Hollande à l'Eiupire Français, il donna sa démission le 14 août 1814 et, rentré en Hollande, il y devint en 1815 membre de la première Chambre des Etats-Généraux.
(2) Répondant aux déclarations faites par Cobenzl à Joseph, le Premier Consul l'avait chargé d'annoncer que les hostilités reprendraient à la fin de l'armistice, le 28 novembre si d'ici là l'Autriche n'avait pas accepté ses conditions. Il avait naturellement refusé d'admettre à Lunéville uQ représentant de la Grande-Bretagne.
(Cf. Thifr.'^. V, 124-126).