‹ Un agent inconnu de la coalition: le Général de Stamford; d'après sa correspondance inéditeChapitre 96 sur 171 · LA. MACHINE INFERNALE · texte numérisé non relu

LA. MACHINE INFERNALE

qui contenait le baril de poudre et qu'on l'a entendu crier à Tenfant qui a tiré la corde pour faire partir le fusil : « Allons l « Dépêche-toi ! ».

Bonaparte arriva à l'Opéra très pâle, mais fort calme. Dès que la nouvelle fut répandue, sa loge et les corridors se remplirent d'Officiers généraux et d'Elat-Major. Il fut applaudi unanimement et le public lui témoigna le plus vif intérêt.

De retour aux Tuileries, il donna des ordres pour secourir les blessés et veiller à la sûreté publique. Il dit à ceux qui l'entouraient : « Ce que je regrette, c'est la mort de tant de personnes « honnêtes et les entraves que cet événement mettra peut-être à des « traités importants prêts à se conclure ».

Il répondit au Président du Tribunal qui le prévenait que le lendemain il recevrait les félicitations de l'Assemblée : « J'en serai « très flatté, mais il est dur d'en recevoir de semblables tous les « deux mois ».

Les observateurs assurent que le consul Cambacérès avait à l'Opéra une contenance bien embarrassée. On l'engageait à exciter le parterre aux applaudissements en en donnant l'exemple -, il fit la sourde oreille. Le Ministre de la Police, Fouché, n'est pas non plus exempt de soupçons, et on croit qu'il ne conservera pas sa place. Il est entaché par ses anciennes liaisons intimes avec les Jacobins et, dans cette occasion, son défaut de surveillance paraît extrêmement suspect.

Cette conspiration est une suite de toutes celles qui ont précédé ou plutôt c'est toujours la même. Ses ramifications sont considérables et s'étendent dans les autorités, dans les armées et à ce qu'on assure, notamment dans celle d'Italie, attendu que les Jacobins paraissent compter sur Brune. On présume même que c'est lui qu'ils auraient été tentés d'établir chef d'un nouveau Gouvernement.

Suivant de bons renseignements, le projet était formé, après la mort de Bonaparte, de crier: Cromwell, César, le Tyran n'est plus « Vivent les Patriotes ! « On eut proclamé la Terreur, réinstallé les tribunaux révolutionnaires et remis la guillotine en action L'assassinat de Buonaparte efit vivement affecté les 3/4 de la France, qui sentent que c'est à lui qu'ils doivent le repos dont ils jouissent, le peu de bien qui a été fait et que c'est de lui seul qu'on peut attendre la paix. Aussi toutes les voix se réunissent-elles pour l'animer dans cette circonstance, qui est décisive, à la punition des Jacobins.

Il faudra voir comment il se conduira ; mais la trempe de son

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caractère fait craindre qu'au lieu d'écraser ses ennemis il cherche encore à les ménager. Sa grande politique paraît être de composer avec tous les partis. C'est celle de la faiblesse et le moyen de les mécontenter tous. On en a un exemple criant dans les deux nominations qu'il vient de faire. Il s'agissait de placer deux Préfets. Un Jacobin forcené obtint l'une des places et l'autre fut accordée à un Royaliste. Cependant il a déclaré publiquement aux Maires de Paris que les Autorités allaient se joindre à lui pour purger enfin la France des monstres qui la désolent depuis tant d'années.

GXXXIV

Paris, 30 décembre 1 800.

La stupeur de Paris. — Les arrestations. — Les vœux de la population pour le salut et la conservation de Bonaparte.

Il semble que l'on soit encore à Paris tout étourdi de la détonation de la Machine infernale et on n'y est occupé que des dangers qu'on a c-ourus. On ne sort de cette espèce de stupeur que pour faire des félicitations au Premier Consul. Tout ce qui porte le caractère d'une autorité militaire se croit obligé d'aller lui en offrir le tribut. Cet encens est agréable au Premier Consul ; mais son parfum ne saurait servir de calmant aux agitations, aux craintes qui le tourmentent. On arrête journellement des Jacobins. Ceux-ci ont cherché dans le premier moment à faire tomber les soupçons sur les Royalistes et les prêtres ; mais, indépendamment de la vérité, toutes les voix se sont élevées contre eux

Talot, Législateur et Jacobin de première force, n'est pas le seul personnage marquant dont on se soit assuré. Sonthonax (2;, Méhée, ci-devant rédacteur au Journal des Hommes libres et intimement lié avec le Conseiller d'Etat Real (3), le fameux Le Cointre 4), de Versailles, sont en prison. Voilà un commencement

(2) Cf. Appendice. Notice.s biographiques.

(3) Idem.

(4; Idem.

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