LA LIGNE DES ÉTATS DU NORD. LES PLANS DU PREMIER CONSUL
qu'il ne finisse par défendre l'exportation des mâtures, bois de construction, etc, que la Marine anglaise tire en bonne partie de delà Russie. Les extravagances de Paul vont de jour en jour en augmentant. Quelles en seront les suites ? Dieu le sait.
Vienne et Londres sont jusqu'ici parfaitement d'accord. Mais, si cette campagne ne finit pas mieux qu'elle n'a commencé, nous verrons Buonaparte dicter une paix plus funeste à l'Europe que ne l'a été la guerre. Les plans de ce Consul ne sont un mystère que pour ceux qui ne veulent pas les connaître. Ils ne sont ignorés nia Vienne, ni à Londres, ni même à Saint-Pétersbourg. Mais que pourront faire les deux premières de ces Cours pour s'y opposer quand latroisième pense qu'il lui suffit pourse garantir de la Révolution de fermer ses Etats à tout étranger et à tout livre quipourrait en propager les principes, pendant que le maître les propage luimême par sa conduite révoltante et quand les autres Puissances permettent qu'on les propage impunément chez elles. Si ceux qui se flattent que la paix sera le terme de la Révolution voulaient l'observer et l'épier dans sa marche et dans tous ses détours, ils »e larderaient pas à voir combien ils sont dans l'erreur. Ils verraient les Révolutionnaires plus actifs que jamais ; ils sauraient qu'on traduit aujourd'hui en France les ouvrages philosophiques de Bacon, que cette entreprise est encouragée par les dons du Gouvernement et d'une foule de particuliers, tant en France qu'en Italie. Pourquoi ? Parce que le traducteur fait de Bacon un Jacobin, qui en voulait au Sacerdoce et à la Royauté, parce qu'il sent qu'on le croira sur parole et que, s'appuyant sur l'autorité de ce grand homme, il portera un coup d'autant plus mortel au Sacerdoce et à la Royauté.
i< représentations sur ce même objeL aux Cours deSïockhohn et de Copen- « hague, que particulièrement il a été fixé à ce dernier Cabinet un délai, « dans lequel il devra faire connaître qu'il n'adhère point à la Convention « maritime et que ce terme expiré (on dit que le délai donné est de irois « seraaine.s), le silence de la Cour de Danemark ou son refus de satisfaire » à la demande du Gouvernement anglais sera regardé comme une décla- « ration de guerre
« Dans des circonstances semblables, il devient chaque jour plus inté- «< ressan; de hà er notre rapprochement avec Paul I", dont l'influence sou- <( lient seule lesau'res Puissances et dont le refroidissement sullirait pour « amener la dissolution d'une ligue si nécessaire à l'intérêt général des « nations commerçantes et à celui de la France en particulier. »
Ce n'étaient pas là de vaines menaces. Moins de trois mois plus tard, à peine une quinzaine après l'assassinat de Paul I", la flo'te anglaise b.'inib srdait Copenhague.
Cf. Appendice Frédéric-Guilhiume III à Lucchcsini, Dépêche chifïrée, Berlin 9 jnnvier 1801.
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Le Cri de Paix est le charme qui fait aller aujourd'hui les Français au combat et aveugle les trois quarts de l'Europe. Demain ce sera peut-être de nouveau le Cri de Liberté ! Chaque fois que la Révolution change un moment de route, les Puissances croyent qu'elle rétrograde. Elles ne voyent pas qu'elle a mille chemins qui tous aboutissent au même but.
Je n'entretiendrai pas Votre Altesse Sérénissime des faits et gestes du prince Henri (1) pendant son dernier séjour ici, ni de ses conversations avec Brunswick, ni de son raccommodement avec M. de HaugwUz. Votre Altesse Sérénissime sait que le plan favori de ce Prince est celui des sécularisations, de l'abaissement de la Maison d'Autriche et d'une alliance de la Prusse avec la France, C'est sur tout cela qu'a roulé son radotage en dernier lieu.
Le rôle suspect de Dutheil.
Un des hommes les plus dangereux pour la cause du Roi comme pour les intérêts de la Grande-Bretagne est un M. Dutheil, employé d'abord par le Roi, ayant toute la confiance du Cabinet
(0 Le prince Henri vint à Berlin vers la fin cl'ociobre 1803. 11 était dès les premiers Jours de novembre de retour à Rheinsberg, où Louis Bonaparîe alla lui rendre visite.
Cf. Volume 228. Prusse, les dépêches de Beurnonville relatives aux entretiens qu'il eut avec le Prince.
(2) Il est fort difficile, à peu près impossible même, de fixer, fût-ce même approximativement, la date de cette pièce. Je l'ai placée ici en me fondant surtout sur ce passage d'une lettre de M. de Thauvenay au comte d'Avaray, de Hambourg, le 16 octobre 1800 {Fonds Bourbons, Volume 599/12 f° 279 Dépêche chiffrée) Il y rend compte que : « un peu av;mt le « départ de Whitworth qui rentrait en Angleterre il lui a confié qu'un « ami, dont il répond absolument, lui a mandé de Paris que Dutheil « est un scélérat qui trahit l'Angleterre et le Roi. M. Whiiworth lui « a dit alors que le Gouvernement britannique a des motifs graves de « «nspicion contre Dutheil ; que lui personnellement en a l'opinion la « plus sinistre ; qu'il vient de recueillir et emporte en Angleterre plusieurs « indications contre lui. Whitworth est décidé à travailler aciivement à « enlever à Dutheil les moyens de nuire, »
Dutheil, nous apprend d'autre part Forneron {Histoire générale des Emigrés II, 146 et 319), devenu depuis 1796 le favori de Monsieur et le chef de l'agence de Londres, en disgràcejiuprès du Roi en novembre 1798, i\il maintenu grâce à la protection du comte d'Artois (avril 1799), bien que
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de Londres et continuant d opérer... contre son propre service. Cet homme n'est pas regardé par nous comme un traître, mais comme un hoinmfî d'une incapacité absolue powr les affaires poUques, comme un brouillon, comme un homme sans prudence, sans rien de ce qu'il faut p3ur opérer dans les affaires majeures. Il est d'autant plus dangereux qu'il a toujours donné sa confiance à des misérables qai l'ont honteusement traliie, témoin l'infâtii3 François (1) et tant d'autres. On sait que ce François a non
Pitt eu'- profi é du conflit en're les différents partis qui s'agitaient autour Louis XVIll pour refuser des fonds.
Voir de plus duns les Dropinor.' Paiters, Tome IV, deux Notes l'une de Wickh:im à lord Grenville du G juin 1798, très sévère pour Duth«i!, dont il révèle les relations Jtivec jFrançois (on en trouvera des extraits à la Noie suivante) el une autre du 5 décembre de la même année de W. Windtiam à lord Grenville,
Du'heil n'en resta pas moins l'agent de Monsieur auprès du Gouvernemen angliis (Cf. différentes communie itions enregistrées Jaux tomes V et VI des Dropmore Paper^). Il sut Êsi bien se maintenir que MADaTLfN (Fouché II, 70), parlau' de la mission de Baurlac (juille' 1803) constate que :
«L'agent (Bourlac) revint en France à la fin de juillet ayant revu « d'Avaray et|entretenu d'autre p;irt Dulh'il, l'homme de coiiftance du « comte d'Artois, dont il avait obtenu les mêmes encouragements que « du Roi. »
Les attaques dirigées contre lui avaient cepond uit dû être bien sérieuses puisque, dans le Rapport de la Préfecture d© Police du .5 Messidor au XI (2i juin 1803) on avait cru deroir mentionner que : « quelques « Royalistes e- Chouans disent qu'il est certain qu'on est venu à bout de «jpei'dre |Duiieil auprè.s des Princes e: qu'il n'a plus leur conflvnce. » (AuLAHD. Paris sous le Co isulat, IV, ItK)).
Cf. Appendice Notice Dutheil. les Notes jex'raites du Volume 6'20/267 du Fonds Bourbons. Supplément li. Notes fournies à Louis XVIII lors de laljremise qui lui fut f ii„e de ce registre le 14 septembre 1810.
(1 ) Pour Franijûis ( Jean-M irie) ex-émigré, ex-précepteur des ducs d'Angoulême et de Berry, passé du [service des Princes à celui de Fouché, Cf. Dropmore Papers IV, 41 et 229. Dans la première de ces pièces qui n'e-si
1 re que la copie d'un rapport secret, adressé de France à Louis XVIII
que De Luc annexe à sa dépêche à lord Grenville, de Brunswick le .M décembre 1797, on lit ce qui suit :
« Dupuis et Fnmçois ont été les principaux ^sujets des interrogatoires
qu'on a fait subir à un Irlandais, dit Sommers et qui est en liberté. Le
Ministre croit que c'est le même individu. Il recommande à ses agents la « plus grande surveillance sur lui, le désigne comme le chef des conspira- « leurs ; miis il résulte de tous les rapports qui lui on'^ été faits jusqu'à
ce jour que cet être si dangereux [n'est connu de qui que ce soit, non
plus que les autres qui lui ont été désignés..... «
Le (i juin 1798 Wickham, auquel Dutheil paraît de plus en plus suspect,
rit ce qui suit à lord Grenville :
« Il (Dutheil) m'a amené ce tout jeune homme chez moi au mois da w février, m'a conté toute l'histoire de l'arrestation de "sa sœur, toatâ. " l'histoire, dont je ne crois pas un traître mot, des moyens qu'il a rais
on œuvre pour la tirer d'aflwre, elle et FrHn(;ois ; qu'on arait envoyé le
jeune homme pour traiter l'affaire avec lui et fixer la somme qui devait
seulement fait (prendre) les Royalistes les plus distingués, tels que MM. le comte de Montalembert (1) et de Rochecotte (2) mais qu'il a porté un coup terrible à la Cause en dévoilant à la Police
« être payée immédiatement pour assurer leur mise en liberté. — Ce qui « achève de me prouver sa culpabilité (celle de Dulheil), .c'est qu'à ce « moment il était au courant de la trahison de François, qu'il persista à « la nier, bien que je le serrai de près sur ce point, comme sur plusieurs « autres, parce que je savais pertinemment qu'il avait essayé et conti- « nuait de m'induire en erreur. Reste à saooir ce qu'il convient de faire « de cet homme qui possède tous nos secrets.. .. » {Dropmore Pnpers, IV, 229).
(1) MoNTALEMBEUT (Athénaïs, Bernard, Louis, Claude de Troyon, vicomte de) (1768-1847) Page de la Peliîe Ecurie du Roi (1784), sous-lieulenanl au régiment de Gévaudan (1787) rejoignit en 1791 la Légion de Gondé eî fut blessé dans les deux campagnes suivantes. Après avoir servi en Hollande et dans les Cercles, il rentra avec le régiment de Hohenlohe à l'armée de Condéety demeura jusqu'au licenciement. En 1801 il revint en France. Le31 mars 1814, il fut un des premiers ù arborer la cocarde blanche et pendani les Ceat-Jours il parcourut l'Ouest et le Midi de la France pour y fomenter une insurrection. Nommé Colonel (1815), il organisa la Légion du Puy-de-Dôme et commanda en second l'Ecole Militaire de Saint-Cyr Après la Révolution de juillet, il donna sa démission et se retira en Provence. {Archives de la Guerre),
« Le Vicomte est à Paris dans les premiers jours du Consulat. Il rend « compte de ce qu'on se proposait de faire pour mettre fin ù la Révolution « et en finir avec Bonaparte. Leurs réunions se tiennent d;ins un café des « environs du Palais Royal, où se rencontrent aussi des Jacobins très « enragés contre le nouveau Gouvernement. Un matin, le patron de l'éta- « blissement, où nous prenions le vin blanc du matin, nous dit qu'il était « très sui'veillé, qu'il valait, mieux nous retrouver dans un autre endroit, <( ce qui nous parut assez sage,.... Nous étions malheureusement très surce veillés et nous apprîmes par une voie certaine que la police nous avait « découverts »
Je regrette de ne pouvoir reproduire ici le passage tout entier que j'étais fortement tenté de tirer de l'article que M. Auguste Dioe a consacré dans la Revue de la Révolution Française de 1887 (Tome l'2. 689-7()2) aux Mémoires Inédits de Claude de Troyon, Vicomte de Montalembert lï Vol. in i° d^ 800 pages) qui lui ont éié gracieusement communiqués par le Directeur de la Bibliothèque de Fribourg. Je regrette d'autant plus d'avoir dû me borner à cette trop courte citation que l'on aurait pu constater qu'Auguste Dide a eu bien raison de dire en terminant; son article sur ces Mémoires ", « On croirait lire une conspiration d'Opéra-Comique. »
(2) Rochecotte (Fortuné, Georges, comte de) (1769-1793) un des plus remarquables et des plus énergiques des chefs royalistes, vint ù Paris avec M. de Philipeaux. Ils fabriquent de faux ordres de transfert des captifs se déguisent en adjudants de place, se présentent au Temple, se font livrer Sydney Smii;li, Wright et Tromelin pour les conduire da.ns une autre prison et disparaissent avec eux.
(FoRSKRON, Histoire Générale des Emigrés II, 253).
Dénoncé à Paris par R. D., ajoute Forneron, revenu en effet à Paris, arrêté après une lutte acharnée dans laquelle il fut blessé, après avoir blessé deux et tué un des agents apostés sur le Pont Royal, transféré à l'Abbaye, traduit devant une commission militaire et condamné à mort, il fut sur l'heure même conduit et fusillé au Champ de Mars, le 29 juin 1798.