DEFENSE DU RHIN
métier, on fit barricader le faubourg, on en éclaira les abords, on crénela des mura, et Ton plaça une sentinelle sur le clocher, pour en auneiller les approches. Mais, ne prévoyant pas assez que cet éclair annonçait un orage pins sérieux, on oublia de se préparer à faire snuter une ar(.4ie du pont; on négligea même de le barricader, et nous nous endormiracs dans Vaucouleurs sans plus de précautioDS que la veille.
Le lendemain 18 janvier, au milieu du jour, nous per-
nstiona dans cette incurie, loi-aque, derrière une nuée de
f<Cdeaques. nous vîmes six uiille hommes d'infanterie et
-huit canons se déplover eu face de uons, et couvrir
hauteurs de la rive droite. De cette position domi-
mte leore regards plongeaient sur le pont et dans la
lie ; ils n'y voyaient que des cavaliers, aucun apprêt de
fense, point d'artillerie, et soixante voltigeura seule-
.t contre leurs six mille baïonnettes. Quelques bou-
suivis d'un pas de charge, leur eussent suffi ; dès ce
lir-là même, ils nous eussent arrache ce passage de la
[3e et l'abri de Vaucouleurs, au lieu de s'arrêter dans
inutile et froid bivouac. Mais ils devaient leurssuooès
cette lente méthode , dont le mépris , après avoir long-
'ieiups contribué à nos victoires, nous avait perdus;
ils en outraient intempestivement le pmdent usage.
En conséquence, ils se contentèrent, dans ce premier
joar, de nous reconnaître, de s'établir sur leur terrain, et
de rejeter but nous notre grande garde. Quant à nous,
accourus sur le pont, et nous désolant de ne l'avoir iioint
rompu, nous fûmes réduits à élever entre eus et nous
une faible barricade, qu'un seul de leurs boulets pouvait renverser. Mais ils s'en tinrent à quelques balles, aimolacre de combat que nous acceptâmes avec empreBsemeiit, et que bientôt lu nuit vint ajourner. Mais qu'espérer du lendemain ? Gomment prétendre à la possibilité de résister an seul instant, car nos ti-avaux nocturnes pour rompre le pont furent impuissants. Heui-ensenient la fortune de Jeanne n'avait pas abandonné son berceau, elle veillait sur lui plus que noos-mêmes. Pourtant la nuit avançait, et déjà, au milieu de ses ombres et d'une tempête dont nous maudissions bien à tort la violence, nous nous préparions tristement à noua retirer, quand le jour revenu, ce même jour qui devait éclairer l'infaillible passage de l'ennemi et notre fiiite, nous montra, au travers de l'onragan et d'un vrai déluge, ce fleuve, la veille notre allié si faible et si impuissant, totalement transformé! On eût dit que, à l'aspect si nouveau de l'Étranger, il se fût gonflé d'indignation ! H croissait, il débordait à vue d'œil ; ses flots accouraient, ils s'amoncelaient irapétueuaement les uns snr les autres; déjà même ils avaient atteint la hauteur du pont, et ils en battaient les arches avec un acharnement inexprimable, lorsque, au bruit de nos acclamations, cette masse, si tenace contre nos efforts, s'écroulaut enfin, laissa entre nous et l'ennemi un large abîme !
Xons admirions, nous applaudissions, nos sold&tâ criaient de ravissement. Nous rendions grâce à ce fleuve ai bon Français, et à la patriotique protection de la Vierge de Taucouleurs. Quelques obus, que dans sa mauvaise
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hiimeur reniiemi noua lança, n'amortirent pomt notre 1 enchantement ; il dora toute cette journée que jadis on eiit appelée miracnleuBe, et d'autant plus que, ansaitôt après ce bienheureux écronlement, le vent ayant sauté tout à coup du Bud an nord, l'ouragan cessa, et le ciel reprit sa sérénité. Son œnwe était at^compUe, et là du moins, derant le berceau de notre héroïne, l'invasion fut forcée de s'an-êter.
Kais. mallieureusement, il n'en était pas de même ailleurs : aussi notre joie fut-elle courte, elle finit avec le jonr qui l'avait vu commencer. "Un ordre vint avec la nuit : nous aurions pu et dû la passer encore dans Tauconleurs, on jugea plus prudent d'en taire sortir notre cavalerie. On la plaça près do la ville et d'un châtean, quartier général trop commode, à portée des batteries de is à son insu. Rangée là, en lignes redoublées e plaine basse, eu proie à nu givre glacial, qu'un I vent du nord fouettait au visage de nos raalheureus soi- I dats, on leur défendit les feus, on leur recommanda le I silence. Ce fut sous la mortelle ilpreté de cette atroce I température, que nos rÉgiments demom-èrent onze heures I de nuit, la bridi; au bras, et immobiles ! Inutile et détestable supplice, que motiva, sans l'excnSBr, la crainte de laisser les chevaux disperses dans les maisons d'une ville une des obus pouvaient brûler : crainte exagérée, que l'événement ne justifia point; et d'ailleurs, s'il fallait un bÏTonac, qui empêchait d'en choisir un moins intolérable?
Cependant, les généraux et leur état-major passèrent
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chaudement dans le château voisin cette uuit, pi'ès de là
si dure. J'y étais aussi ; des maux que soufFraiei fois sortir. Je songeais
; je n'y dormis point : le chagi'iu aient les Gardes m'en lit plusieurs i la rareté des Chartes XII ; à, combien de souffrances le soldat échapperait s'il fallait que le chef, qui les exige, les supportât ; tandis qu'il n'y a guère de douleurs insupportables pour celtii qui, sans les partager, les impose !
L'occupation de Vauconleurs avait coûté aux Gardes d'Honneur un colonel et quaraute Gardes, neuf tués par l'ennemi, et plus de trente hors de combat par ce bivouac. Le colonel B'" de Saluées, Piémontais, officier ferme, calme et clairvoyant dans le danger, fut de ce nombre. Enfin, le 21'janvier à cinq heures dn matin, nous dirigeant vers Ligny, nous reprimes notre retraite. Une fâcheuse nouvelle, venue la veille de notre droit*, nous forçait encore à reculer. Le 18, àqnelques lieues audessus de nous, Wrede et son armée avaient, à Nettfchâteau, passé cette Meuse qui, devant nous, avait interrorapn rinvasion. Nous sûmes d'ailleurs que, plus loin encore de cecôté, Schwartzeuberg, poussant toujours en avant, dans le vide, sur Chauraont, venait, par les sources du fleuve, de tourner cette dernière ligne.
Cette courte défense de la Meuse à Vauconleurs peut servir de résumé à l'histoire de tout le commencement de cette campagne. Partout où nous faisions tête, l'ennemi nous opposait dix soldats contre deux, et toutes les armes réunies contre une seule I Résistions-nous quelques instants, aussitât d'énormes masses, se prolongeant et
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dépassant nos flancs , menaçaient au loin notre retraite, qu'il fallait précipiter. Ainsi venaient de tomber devant les Alliés les lignes du Rhin, des Vosges, de la Moselle, et enfin celle de la Meuse. Ils avaient la gloire que donne le nombre !
BRIENNf: ET LA BOTHIEHE.
J 'ai dit comment Victor, de tontes parts débordé, avait précipité sa retraite, par Limé ville, Nancy et Ton!, derrière la Meuse. Quant à Marmont, le triple passage du Rhin, de Maoheimà Coblenlz, le 1°'' janvier, par les cent trente mUle hommes de Blûclier, avait snrpris et dispersé bcb onze mille combattaota, II avait dû s'estimer heureax d'en avoir rallié la plus grande partie derrière la Sarre. C'était de là qu'il avait d'abord reculé derrière la Moselle, vers Metz, où il avait laissé Durulte, puis à Verdun, derrière la Meuse, où Victor et lui s'étaient enfin retrouvés en ligne. Ils y étaient affaiblis d'environ cinq mille hommes ; mais leur jonction avec Ney, deiTÎère ce flenve, les avait renforces d'un nombre pareil.
On a dit que cette défensive des trois maréchaux avait eu, de l'offensive de Bliicher, une idée trop avantageuse ; ce qui arrive souvent à l'assailli qui, raisonnant mieux pour l'assaillant que cet assaillant lui-même, cède trop vite, et l'aide à vaincre, en le supposant plus audacieux qu'il ne l'est ordinairement. Mais ce reproche ici n'est point