BRIENNE ET LA BOTHIERE
■Inérité, hors pout-être à Kancy, (|ui ne fut sommé que rpar nne faible avaufc-garde. Il se peut que, par réaction I de sa trop longue résistance vers RambervilleiB, Victor f ait cédé Nancy (|uelqueH heures trop tôt. [ Cependant, l'Empereur, qui avait surtout compté sur El le temps, voyant l'ennemi s'en emparer, avait appelé tout ■i son aide. Soit optimisme, sans quoi il n'y a guère d'es- Rprite fermes et persévérants, soit besoin d'illusions pour Soutenir les coui'f^es, ses dépêches, en excitant les trois Bnaréchans, leur avaient représenté l'Invasion moins for- Biidable qu'elle ne l'était sur le Rhin, et nécessairement Kin<nnârie depuis son passage. « La nécessité, disaient- K elles, de masquer nos forteresses, ne devait plus lui lais- Hc aer, pour s'avancer, qu'une force insuffisante. Qu'ils ré- Hc mstent donc ! Qu'ils appellent à eus gardes nationaux, Ht gardes forestiers, gardes champêtres ! Que Victor res- K saisisse les VosgL's! Que Mamiont et Ney tiennent K ferme sur la Moselle ! Et lui, qui vient de rendre la fc couronne au roi Ferdinand, rappelant ses armées Bi d'Espagne, va bientôt accourir à leur secours avec « cent mille hommes ! b
n n'en avait pas dix mille àleur amener; mats chaque
beuie était précieuse : chaque jour gagné sur l'Invasion
lait à Paris, où il les habillait et armait, mille
;. Il y attendait des renforts envoyés par Suchet et
arrivée à Châlons de Macdonald, mppelé de
r en toute hâte.
ïîo conséquence, ses instructions aux trois maréchaux,
e ploB en plus exigeantes, en exagérant leurs forceset la
faiblesse de rennemi, leur indiquait tout ce qui! attendait d'eux ; mais ou s'y était habitué. Cette fois surtout, elles ne purent les ti-omper sur le sentiment qn'il avait lui-mémy de SB, détresse, car on y trouvait ces mots : a Qu'en tout cas il fallait couvrir la capitale ! » Bien plus, notre fuite, au tmvera de Luuéville, avait rencontré et entraîné le duc de Vicence avec elle ; rien n'était plus significatif. Ce ministre des affaires étrangères, comme celui de Louis XIV, y était venu pour demander la paix aus alliés, jusque dans leur quartier géuéral. On le sait, ce ne fat fju'après quatorze jours d'attente qu'il reçut ses passeports, et non pour Manheim, mais pour Uhâtillon, et seulement quand le ministre des affaires étrangères anglais, Castlereagh, venu Ini-méme, eût décidé les Alliés à nous imposer la perte de la Belgique, c'est-à-dire la chute de l'Empire!
Tout avait doue augmenté le découragement de noa maréchaux. Mortier, à leur droite, repoussé de l'Aube, reculait sur Troyes; eux-mêmes avaient abandonné la Meuse, notre dernière ligne da défense. Vainement alors Berthier accourt, le 22 janviei-, à nos avant-postes, avec l'ordre de faire, à l'instant, volte-face, et de défendre l'Orua.in, eu avant môme do Ligny et de son défilé ; il n'obtient qu'un simulacre d'obéissance. Là, comme partout depuis vingt jours, on se sent dépassé par les flancs, on est écrasé par le nombre; on ne se voit point soutenu; d'ailleurs, la confiance manquait dans le major général, comme dans la position dangereuse qu'il voulait qu'on défendit.
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Ligny est donc encore alandonné ; Saint-Dïzier même, r où l'on se croit tourné par Joinville, tombe ans mains du I général russe Landskoy. Dèa le 25 janvier, noua sommes es autour de Vitry, juac^u'oû Marmunt, qui re- 1 vient de la grande route de Verdun aux Islettes. où il a 1 laissé Ricard, a reculé ; où Sey nons attend avec six mille ). Nous voilà donc rejetés dans le bassin de la sur le versant des eaux qui vont à Paris, dans les lates plaines, toutes ouvertes, de la Champagne, à sept ^«arches de la capitale !
A cette nouvelle. Napoléon a toat précipité : il a confié
son Fiia à la garde nationale Parisienne, Paris à son frère
Joseph, la Réf^nce à l'Impératrice. Le 25 janvier, à trois
(heures du matin, il part, il quitte pour la dernière fois
a femme et son enfant qu'il ne doit plus revoir 1
e même jour, il arrive à Châlons, où quelques milliers
3 soldats, qni l'ont précédé, vont se joindre aux vingt
' mille qni nous restent. Et pourtant il écrit à Mortier :
« Que tout va changer; qu'il na s'agit plus de se défendre,
< inai3 d'attaquer, et qu'il arrive à la tête de cent mille
■t hommes I » Bertrand a écrit cette dictée ; c'est Canou-
ville, tout étonné, m'a-t-il dit lui-même, qui en a fait le
duplicata, et qai l'a expédiée.
H est vrai que, à l'aspect de Napoléon, gardes natîol.nales, population, soldats, tout s'est ranimé ! Les cris de f Vive l'Empereur! retentissent snr son passage. Toutefois l 'tm antre cri bien nouveau, a A bas les droits réunis! > I qui s'est mêle à ces acclamations, lui fait pressentir de jombien d'obstacles divers il faudra désormais qu'il
MilMOIHEB D'UN AIDE DE CAMP.
triomphe. Maie bb natnre héroïque et l'habitucle de diï- Bept ans de prodiges guerriers soutiemient son eapoir.
Dans Châlons, Berthier et ses rapports, les nouTelles que lui-même recueille, les troupes, qu'il pousse en avant, ne le retiennent que douze heures; le 26, il est à Vitry, C'est là surtout que, l'oreille prête, l'esprit tendu, il interroge les généraux, les autorités locales, les paysans, et qu'il apprécie leurs réponses. Puis, l'œil sur ses carteS; ou des épingles, attachées par ses ingénieurs, ont marqué les renseignements qn'il vient de rassembler, il juge des positions de ses adversaires, devine leurs projets, et dicte ses ordres d'attaque. La nuit dn 26 au 27 en couvre les préparatifs ; au point du jour elle éclate. Milhaud et sa cavalerie commencent ; le vieux, l'habile et intrépide Dnhesme les suit avec son infanterie ; Landskoy, surpris, est renversé; Saint-DiKier reconquis, et Napoléon, dès huit heures du matin, j a pénétré lui-mCme.
A sa vue inespérée, toute cette population, coostemée, abattue sous le poids des bravades de l'ennemi, sa relève soudainement, exapérée d'indignation, transportée d'enthousiasme! Leurs vins, leurs vivres, ils offrent et prodiguent tout à nos recrues, qu'ils appellent leurs sanveuia. Les uns les accompagnant, veulent porter leurs sacs et leurs armes ; d'autres leur en montrent le maniement, et leur disent les ruses de guerre. Ceux-ci sont des vétérans retirés, qu'émeut la pitié de voir tant d'inexpérience aux prises avec tant de périls. Les plus ardents s'arment euxmêmes, et nous rejoignent. Ce premier coup de guerre, ce retour de victoire, ces cris de colère et de joie retentis-
BRtENNE ET LA ROTHIÈKE, 127
^^^t au loin d-Ans les campâmes ; les paysans déterrent ^^■ps armes; fia accourent, les uns apportant des nou- ^^■Bes, leeaulreB fiers, la tête haute, brandissant des lances ^^fc des fusils ennemis , et poussant devant eux dos prison- Dters qu'ils Tiennent de saisir. Tous s'empressent autour du Liliératetir. Et lui, reconnaissant, attendri, touchi^ de leurs malheurs qu'ils croyent passés, il les accueille! A l'un, que d'anciens services recommandent, il donne l'Etoile d'Honneur; pour un autre, que son zèle actif et intelligent dÎBtingue, il crée un emploi longtemps désiré. Au milieu de ces émotions, de ces prisonniers, de ces mpports. Napoléon achève de s'éclairer. Le coup qu'il rient de frapper a momentanément préservé la Marne; mais, seul contre tous, il sent qu'il faut qu'il se multiplie, qu'il se rende présent partout; que l'ascendant de sa renommée, que l'auréole de victoires qui l'enviroiuie, voilà son année réelle, la seule presque qui lui reste ; et, comme il vient d'apprendre que la grande armée alliée. Blîicheren tête, marche, avec l'Aube et la Seine, sur Troyes et Arcis, il se décide. Il va se jeter, à l'improviste, dans le flanc de leurs masses, qu'O espère surprendi'C, et, les entrecoupant, trancher le nœud de leur coalition, la déconcerter, l'épouvanter, la détruire peutêtre!
C'est pourquoi il abandonne la Marne à elle-même,
et tourne précipitamment à droite vere l'Aube, Brienne,
t passe en et.' moment Blùcher, est son but ; Eclaron,
Bitierender et Méaières, son chemin : chemin de terre
, au milieu des bois, mais dont l'obscurité répond
!Ï8 MÉMOIRES ÎJ-cif AIDE DE CAMP.
ù son projet de surprise, et la ligne directe, à son impatience.
En effet, de ce côté, chez lea souverains alliés, tout concourait. Et d'abord, soit qu'ils eussent attendu Blucher.soit étonaeraent, comme on l'a prétendu, la longueur, chaque jour croissante, de leurs lignes d'opérations les avait effrayf^s. Ce succès sans obstacles, au travers de l'accueil sombre et morne de la France, où ils s'enfonçaient si avant, leur avait paru nu péril. On assure que, i cet abandon, sans combats, de toutes nos lignes de défense, ils appréhendèrent un plan concerté ; dans notre retraite ai précipitée, un piège, Ainsi entravés dans leurs soupçons, ils allaient, dit-on, s'arrêter, quand, du Beiii même de Paria, la trahison, leur a rendu toute leur audace.
Dès lors, reprenant leur cri de guerre, Paris ! Paris! tous se sont ralliés, ressaisis d'un grand espoir ! Blûcher, des vallées de la Mense et de la Marne qn'il venait d'atteindre, est a«coura ae joindre à Schwartzenberg, dans celles de l'Aube et de la Seine. Ce fleuve les conduira juaque dana notre capitale. Des avis aecrets, Lahatpe lui-même, qui vient de s'en échapper, les ont avertis de notre détresse ; il n'y a plus à hésiter 1 Désormais tout leur est ouvert : la France est épuiaée, elle réprouve son Chef; eux n'ont Jonc plus qu'à marcher en avant ! C'est Paris même, Paris, qu'ils ont tant redouté, qui les appelle !
Et réellement, déjà Bliicher s'était avancé jusque dans Brienne; déjà sa tête de colonne était lancée, au
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^flelà de l'Aube et do défilé de Lesmont, sur lu, route d'Arcis, et lui-même était prêt k la suivre, quandlecride défaite de Landskoi suspend sou départ. A la vigueur du coup qui venait de renverser de Saint-Dizier, jusque dans VasaT, ce général russe, il avait reconnu Napoléou,
Néanmoiiia, Wittgenstein venant do le rejoindre, le téméraire Blûeher continuait : il allait metti'e, non aenlenieut la distance de Bor-sur-Aube à Leamont, raaia le ])ont de Lesmont et l'Aube elle-même, entre lui et Schwartzeuberg. Un jour, un pas de plus, et c'en était fait de lai : il noua livrait cet intervalle, cette lacune, oii. dana ce même moment, Napoléon, accourant de Saint-Dizier sur Brienne, suivi de trente mille hommes, Be précipitait. Ainsi Bliicher, notre ennemi le plue ardent, eût été tout à la fois coupé de l'armée alliée, attaqué en têtu par Mortier, en queue par Napoléon, et notre B'^mpereur, de ce premier élan, eût abattu peut-être à B lourde Coalition, à ce Briarée ans cent bras, son a le plus redoutable I KUais tout allait nous manquer, la Fortune d'abord. 1 maiheui'eux officier d'ordonnance, expédié de Saintb»er à Arcis, se laissa prendi'e avec sa dépêche : elle À Blucher son danger. Aussitôt il a rappelé sa tête mne, il s'est concentré autour de Brienne; et, i noua débouchons des bois de Mézières, c'est pour tenir, au pris de trois mille morts et blessés, qu'un a insignifiant, sans autre résultat, après un combat ^ttné, que l'occupation de cette ville.
Dans cette Ititt« da 39 jonrieT, nos corps, s'arrachant péniblement des fondrières du bois dn Der, n'ont pn arrirer que euccessi veinent sur le champ de ce combat; lenrs efforts, sans simnltanéité, n'ont point été décisifs ; ils ont repoussé pourtant l'ennemi snr Brienne, mus d'abord sans atteindre cette ville, et la noit semblait nous avoir arrêtée dans la plaine. Ainsi, vers six heores dn soir, ce vaste ch&tean carré, couronnant nne hanteni, ses conre, ses jardins, ses terraœea, et la ville, qai en est à cinq cents pas an pied de la colline, Blûcher en était resté maître. Déjà même, croyant le combat fini, Ini et les BÎena, attablés, buvaient au succès de leur résistance, quand soudain leur joie se change en frayeur par la plus vive des alertes. Ce fut notre premier bonlet qni la donna : il vint briser en mille éclats, sur les têtes et sur la table même de Bliicher et de son état-major, le Instre sons lequel ces étrangers dînaient joyeusement !
A c« coDp inattendu, aux cris d'attaque qni le suivent, ils se lèvent, ils se pressent eu tumalte, et, abwidonnant à pied le château, que nos bataillons escaladaient du côté des jardins. Bliicher et ses officiai fuient précipitamment pour se réfngîer dans la ville. 31ais. en descendant l'avenue, ils se heurtent contre la brigade Baste. qui la remontait ; Blûcber tombe au milieu de notre avant-garde. Plnsicnrs des siens, son aide de camp même, sont ou pris ou tués â ses c6té$, et malheureusement c'est l'ardent et henri.'U\ vieillard, trop fut à ces échauffourées, qni seul y échappe 1
C'était Napoléon lui-même qui venait d'ordooner M
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renouvellement d'attaquo. Pendant que, non loin dp là, croyant Blucher prisonnier, il s'écrie : Qu'il tient le vieux " sabreur ! que la campagne ne aéra point longue! s, le feld-maréchai , plus irrité qu'étonné, court appeler Alsufiew et Sacken à son secoure. Alors , en dépit d'une nuit obscure, s'engage une des plus furieuses mêlées de cette guerre. Deux fois ils attaquent le château ; mais l'un de nos chefs de bataillon, l'intrépide Henders, s'j est établi avec quatre c«nt8 hommes des 37° et 56° régiments ; il profite habilement de ses avantagea, se cramponne dans cette position, en jonche de morts toutes les avenues, et, malgré les efforts d'une armée entière, il s'j rend inexpugnable.
Cependant, la ville, que deux rues, qui se coupent perpendiculairement, partagent en quatre parts, a ét^ plnfiieure fois prise et reprise ; les attaques se croisent : Baste y est tué ; Decouz, son général de division, blessé
Lort, et le Prince de Ifeuchâtcl, atteint à la t^te d'un
Il de lance.
L'Empereur était lui-même à portée des coups. Dans e journée, lorsqu'il traversa Méziéres, on avait vu le E curé de ce village venir se jeter à sa iiotte, et la X avec émotion. C'était l'un de ses anciens maîtres piartier au collège de Brienne. Napoléon l'ayant re-
Ebu et accueilli affectueusement, ce bon prêtre s'était j. A cette fin comme au commencement de la car-
B de son héros, glorieux de son élève, fier de se rctrou-
\ ses côtés, il voulait encore, dit-il, lui servir de guide.
bléon l'avait fait monter sur le cheval de son marne-
lonck, et toiis deux étaient arrivés ainsi devant Brieoue. Mais bientôt le pauvre curé avait été démonté par une balle. On s'était assez mêlé pour que, vers la fin du combat, quelques Cosaques, ivres, égarés dans l'obscurité, eussent, en e'échappant, passé près de Kapoléon; car la nuit n'avait point aiTêté cette lutte, que des incendies éclairaient, chaque maison de Brienne ayant été diaputée.
Enfin, rebntés de tant d'efforts, las de carnée, quand, an milieu de cee décombres sanglants, on s'arrêta, chacun resta l'oreille au guet et l'arme prête. Le jour seul, du lendemain 30 janvier, en nous déconvrant la retraite nocturne de l'ennemi vers Trannes, noua montra notre avantage.
C'était ainsi que, au lieu d'avoir surpris par derrière, coupé et enlevé ce corps prussien, notre efEort, en ne l'attaquant que de front, en le repoussant sur la route de Bar et le forçant à remonter l'Aube, l'avait rallié à la gmndc armée Coalisée, qui la descendait. Toutefois, la journée du 30 janvier fut encore victorieuse. Le duc de Bellune, le denrième corps, et notre cavalerie, nettoyèrent la plaine de La Eotbîère j notre armée s'y réunit et y prit position. Là, elle sécha ses vêtements, pansa ses plaies, prépara ses armes ; le château de Brienne fut débarrassé des morts qui l'encombraieut j Napoléon y établit son quartier général.
D'abord, lors de la première arrivée de l'Empereur à Châlons, je ne sais par ijuel ordre ou quel désordre, on peut-être par quel mauvais instinct d'un de nos chefs,