‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoires (volume 2)Chapitre 17 sur 41 · VICTOIHES! CHAMP-AUBERT, MONTMIRAIL, ETC · texte numérisé non relu

VICTOIHES! CHAMP-AUBERT, MONTMIRAIL, ETC

maitie dn pont et du défilf! de Saint- Prix, seule issue par où notre armée pût traverser le petit Moriu et déboucher .dee marais de Saiat-Gond sur l'ennemi. C'était de là qne Napoléon voulait se raer par Baye, sur Champ-Anbert, en IxaTers de la colonue trop allongée de Bliicher, d'Alaufiew et de Sactcn, sur le grand chemin de Châlonaà Paria, ,où ce dernier venait de s'aventurer avec une rapidité si itnenaçante.

En effet, cent cinquante lanciers de Marmont avaient

occupé Baye le 8 au aoir ; mais le lendemain matin, 9 fé-

Trier, ce poste avait été repris par les Husses, et le maré-

i.«ha1, soit né»'1igence soit découragement, car il en avait

'abord compris tonte l'importance, s'était laissé repoua-

T jusque dans Bézanns. A la vue si inattendue de

it encore dans cette ville, Napoléon s'irrite. Le

liB&récha! lui montre le petit nombre de ses soldats, leur

dénuement, leur lassitude et le terrain pourri où s'enfon-

ses che^'aux et s'engravent ses canons. Mais, à la

tonte-puissante du maître, toutes ces impossibilités

iparaissout, les courages se raniment, le patriotisme

'exalte : les habitants accourent de toutes parts, et,

Igré la nuit, hommes, femmes, chevaux, tout s'attelle !

lendemain matin lu février^ dès le point du jour,

■9t delà hauteur qui domine Saint- Pris, Murmont plongea

id'avidea et inquiets regards dans la vallée marécageuse

>ân Petit- Moria et sur le pont qui le traverse ; puis il les

zeleva, plus inquiets encore, sur la hauteur opposée. Il

qu'eût fallu là que deux bataillons et une batterie ennemie

inr tout arrêter, pour déconcerter l'Empereur, et foire

18B MÊMOIBES DTN AIDE DE CAMP.

échouer la plus belle de ses iDancEuvres. ilaîs pour cette fois encore, son Étoile avait jeté sur noua un dernier rayon! Le pont de Saint-Prix était intact ; la hauteur opposée, déserte. Notre non-occupation de ce passage, la reprise facile qu'en avait faite l'eunemi, toutes ces négligences de la veille, qui eussent dû nous être si fatales, avaient trompé AIsufiew et Bliicher lui-mÈme. De ce côté, ils n'avaienc cru qu'à la présence d'un simple parti do cavalerie. Seulement, Bliicher, sur des avis reçus du comte Pfthl en, venait de rétïograder d'É toges, où il s'était établi presque senl, dans Vertus, où arrivaient les corps de Kleist et de Kapsewicz, Quant à Alaufiew, pins tranquille encore, après avoir négligé de rompre le pont de Saint-Prix, ou d'en faire occuper le défilé, il donnait si paisiblement dans Baye, avec ses six mille grenadieis, que nos coureurs suffirent à chasser ses grandes gardes jusqu'en vue de son quartier général.

AIsufiew, réveillé par nos premiers coups de feu, reconnut sa faute : il envoya ijuelqnea bataillons vers Saint- Prix pour la réparer, mais il était trop tard. Déjà lea divisions de Marmont étaient maîtresses dn défilé; elles repoussèrent ces Russes jusqu'à cinq cents toises de Baye, où l'on trouva AIsufiew rangé en bataille. Sa gauche était dans un vallon d'un difficile accès ; son ft-ont, couvert par un bois fortement occupé. Il était neuf heures. Ici awamença le premier acte du drame de cette journée ; il y en eut trois. Marmont vit d'abord que îe sort do cette première rencontre tenait à la possession de ce bois j il plaça en face la division Ricard, le 113° régiment en tête,

VICTOIRES! (mAMP-ACBERT, MONÏMIRAIL, KTC- 187

en tirailleur, et aouteuii par deax brigades eu r colonnes. La division La Orange, déployée à gauche, ent [ l'ordre de ponsser deux tataillons enr la droite d^ Ru Bses. Le 113" venait de rejoindre ce corps d'armée, Fabf Tier, celnidelaMoakowa, et que, depuis, la Grèce a rendu célèbre, dit que ce régiment était composé de conscrits r tont neufs; que leuruniforme entier ne consistait qu'en une Il capote grise et un bonnetde police d'une forme féminine, k'â'où vint qoe l'on appela ces pauvres enfants, les Marie- Itiiouise. Ils étaient à peine oommandés et encadrés. Quand Lie maréchal parcourut leur ligne, voyant la plupart des ■'pelotouB sans officiers, il demanda à Tnu d'eux où donc f était son lieutenant. « Notre lieutenant ? répondit nue ( Toix grêle, mais nous n'en avons jamais eu. — Et le I « sergent? reprit le marécha!, — Pas davant^e, repar- ^ « tit la méipe voix ; mais c'est égal, ne craignez rien, nous [ sommes bons là ! » Comme alors il leur montrait l'enlemi, en leur recommandant de bien ajuster, l'un d'eux qonta : Œ Qu'il tirerait bien, maisqu'iln'était pas sûr de t pouvoir recharger son arme ! » Etréellement, l'instnic- Blion d'une partie de ces pauvres recmesallait àpeinejuB- P^^OC-là ; mais leur bravoure naturelle suppléa à tout. Le ;nal donné, pelotons, bataillous, tout s'élança, et de ce remîer élan le bois fut emporté.

Ce rideau aiTaehé, nous découvrîmes Alsufiaw ralliant BtKe fuyards; mais, trop à découvert dans Baye, il recula, |i0i combattant, jusqu'à la hauteur des fermes d'Andrecy leb du bois de Baunay, où il s'arrêta, appuyant sa droite Fetsa gauche à ces deux points, et nous montrant nn&ont

MEUOmES D'UN AIDE CE CAMP.

(létcrmiDé. U nous disputait ainsi leciiemiu de Sêzanne à Épernay, qui coupe verticalement, k Cbimp-Aubert, la grande route de Châlons. Ricard suivait ce chemin ; La (irange marchait toujours à sa gauche ; c'était le côté de l'ennemi le plus accessible, et ce fut là que d'abord notre attaque fut la plus chaude. Elle commeuça mai : vingt- (|Uatre pièces russes écrasèrent La Grange ; on n'y put répondre, notre artillerie, mal attelée, n'ayant pu suivre. Cette division perdit contenance :elle reculait en désordre, quand la vue de l'Empereur et de Ney, accourant avec tout ce tju'ils pouvaient traîner de canons, arrêta les Russes.

Sans doute aussi l'apparition de deux mille chevaus, dirigés par Kapolcon sur Fromentières, et qui s'y tronvèrent hïentôt en arriére, à droite de la ligne de bataille d'Alsufiew, inquiéta ce généra). Il demeurait incertain, lorsque La Grange, profitant de son hésitation, rallia son coi-pa et recommença son attaque. Il tomba blessé, mais ce ne fiit qu'après avoir vu le général russe ployer sa ligne en bataillons carrés, céder le terrain, et se concentrer sur Champ-Aubert.

Touterois, en se retirant, il nous maïntenait à distance par des feux nourriB, quand Kicard, à son tour, poussa vigoureusement sa tête de colonne sur ce ^"illage. Il s'en empara, le perdit, et s'achamantil en ressaisit les premières maisons. Cette lutte fut sanglante. On s'y battit cooipa à corps, et à la baïonnette, ce qui est rare. Il y avait àa désespoir dans la résistance des Ruses : ils ne savaient plus où reculer!

TICTOIKESI cnAMr-AUBBRT, MONTMIRAIL, ETC. W.<

Alsufiew, acculé sur la fraude route de Châlona à Pari^, qu'il avait l'ordre de couvrir, sentait l'impoBsibilité de s'en Bervii' pour se retirer, soit à droite, eoit à gauche, I BBiOE nuna prêter, à bout portant, l'un ou l'autre de ses 3, Mais, pendant qu'il se cramponnait dans ce dernier ' poste, la connaissance des lieux, une intrépide, une heureuse inspiration du général Girardin, et un hasard de l'une des charges de la cavalerie de BordesouUe sur les carrésde la droite russe, termina ce second combat. Dans le tumulte de cette iittaque, une cinquantaine de nos lanciers, enivrt-s par i'ardeur de leur charge, u'entendirent pas le ralliement : ils travei-aèrent la ligne enuejnie et, poussant leur fortune, ils se rabattirent sur Champ-Aubert, qu'ils coupèrent par le milieu, pendant que, du côté de notre infanterie, on s'en disputait encore l'entrée. Les EuBses, qui s'y défendaient, entendant derrière eux des , cria de victoire, n'en demandèrent pas davanta^ : ils k crurent nos lanciers sur parole, et, sans compter, ils se \ mirent â fuir en déroute.

Pourtant, l'instant d'après, soit que !e hasard ou la né-

«saité les eût bien conduits, soit qu'AIsufiew lui-même

eût d'abord été bien inspiré, il se trouva, avec sa division,

rerjeté de l'autre côté de la "grande route de Paria sur celle

f d'Epernay. C'était pour lui noe voie de salut s'il y eût

I persévéré. Il était tard ; reculer bien ensemble vers Eper-

l nay, en disputant l'heure et le termin jusqu'à la nuit,

I c'était ce qu'il avait de mieux à faire ; mais, dans sa

1 préoccupation de regagner la grande route, sa retraite sur

Bliicher, apercevant â sa gauche, au travera du bois du

Désert, un themin qui pouvait l'y conduire, il se persuada qu'il devait le suivre.

Ce fut en présence et à portée de ilarmout que, avenj^lé par cette idée fise, il fit faire un ii-gauohe k sou corps, et nous prêta son fianc droit, en engageant la tête de sa colonne dans ce bois marécagens. A la vue de cette faute, llaiinont lança vivement une brigade de cuirassiera sur ce flanc découvert ; il ne fallut qu'un choc : la coionne Russe, coupée en deux, tourbillonna; ses deux tronçons ae diapersèi-ent en plusieurs milliers de fuyards, jetant leurs sacs et îeurs armes. Dans ce sauve-qni-pent général, la plupart se précipitent par tous les sentiers dans le bois du Désert. Mais déjà toutes les issues en étaient occupées par l'ordre de Mannont, et Ini-même, avec Bordesoulle et tout ce qui l'entourait, gagna la tête de cette déroute.

Un instant après, trois mille Russes étaient tués ou pris ; deux cents des plus éperdus se noyaient dans les étangs du Désert ; plus tard quinze cents antres, égarés dans ces marais, étaient ramassés par nos paysans, par des enfants même, qui, brandissant fièrement Jenre serpes, nous en ramenèrent un bon nombre.

Sept mille grenadiers russes détruits, vingt et un canons, cinq mille fusils, quarante-huit olficiers, et deox générans prisonniers, furent le trophée de cet heureux jour ! Alsufiew lui-même fut saisi au milieu dn bois par nn simple chasseur, de six mois de service. Ce conscrit, quelque chose qu'on pût lui dire, ne voulut pas lâcher prise qu'il n'eût conduit ce général à l'Empereur. II le hij

VICTOIRES ! CHAMP-AUBERT, MONTHIBAIL, ETC. lOi

remit de ea main, et Napoléon dëcora ce jeune soldat de l'Ordre d'Honneur.

Marmont, en ce moment, se trouvait là; on remarqu.a son attitude et celle du général qu'il venait de vaincre. Tontes deux furent conformes à la aitizatîon de l'un et au caractère bien connu de l'autre : Alsufiew paraissait ' atterré, tandis que Marmont, trop orgueilleux pour pa- ' raltre enorgueilli, restait le même, trouyant sa victoire tonte naturelle.

Alsufiew avait fini par une faute, comme il avait commencé. Sa dernière manœuvre venait de nous livrer son corps entier sans défense, de même que, le matin, itnoua avait abandonné, sans combat, la seule position qu'il eût pu défendre. Il est vrai que, dans l'intervalle, sa conduite ■ avait été digne d'un meilleur conunencement et d'une fin B moins déplorable.

ft Quant à l'Empereur, lorsque, établi sur la grande route r dans une chaumière de Champ-Aubort, il iuTita à sa table les généraux prisonniers, il essaya de les cunsoîer : sa , victoire fut douce k leur infortune. Mais bientôt, frék missant à l'idée qne peut-être, en cet instant même, Oan- B.Iaincourt, usant du pouvoir qu'il lui avait envoyé, signait w une paix honteuse, i! les congédia. Déjà sa fierté, se sai- ^tdesant avidement de cette nouvelle branche de laurier, B-s'em pressait de secouer l'humiliation de la erueîle soii-ée ■ de Hogent. Une dépêche fut dictée précipitamment au I duo de Vicence, Elle peint son espoir, son habitude de bonheur, et la force de son penchant à croire à son Étoile ! ? « Un changement brilîant, disait-eUe, était survenu dans

ll'S MEMOIRES D'CS AIDE DE CAMP.

t ES po3ttioD. De nouveaux avantages se préparaient, a Le plénipotentiaire de la France pouvait donc repren- « dre au Conj^s une moins humble attîtnde. »

Cette dépêche expédiée, il devint pins tranqtiille. Alors senlement, il put enfin prendre cinq heures d'un repoa cruellement acheté par la fati^c et les chagrins des nuits précédentes.

.Son sommeil fut cahne. Maïs il ne s'était pas endormi sur ce premier succès sans en avoir assuré les conséquences : tout était prêt pour le lendemain. Dès Bon arrivée sur cette grande route, il avait envisagé d'un coup d'œil sa position ; toute la contrée comprise entre Vertus, LaFertèetChâtean-Thierryenavait étécomme éclairée! On eût dit qn'il y avait «perçu d'avance tous les mouvements de ses ennemis : celni de Bliicher, qui devait infailliblement accourir, par Vertus, au secours des siens ; celui d'Yorck, vraisemblablement appelé de Château- Thierry âMontmirail; enfin, la marche rétrograde de Sacken, le pins compromis de tous ces chefs, celui dont Taudace avait osé prétendre à se montrer le premier devant Paris, Ce général, se sentant pris sur !e fait, tonmé, menacé sur ses derrières, revenait déjà sans doute àgraoâs pas, en ne songeant plus qu'à fuir ou à se défendre.

Montmirail surtout, où passe la grande route de Châlons, où se réunissent celles de Sézauue et de Château- Thierry, avait apparu à notre Empereur comme le point de ralliement donné à tons ces corps ennemis. Dès ]<bv, les prévenir à ce rendez-vous, et tout à la fois, d'une part y retarder l'arrivée de Blùcher en envoyant ralentir

VICTOIRES! CHAilP-AUBEET, MONTMIRAIL. ETC. 193

a mai^cbe; de l'autre, obsen'er, du même point, Yorck f qui en était le plus près; enfin, aller soi-même au-devant !■ de Sacken, qui certainement revenait de sa pointe aur \ Paris, talonné par Macdonald, se mettre en travers de sa 1 retraite et le détraire en avant de Montmirail, tel fut \ l'éolair de sa pensée : ses ordres, dès la soirée même du 1 10 février, en avaîeut fait commencer l'exécution.

En effet, Alsnfiew venait à peine de suceoraber, et Na-

KJioléon n^avaitpas mis pied à terre, que déjà Marmontet

\ Gronchy étaient dirigés sur Étog^s contre Bliieher ; Mac-

[ douald, averti ; Mortier, la Jeune Oarde et nous, appelés

Lâe Séz&UDG dans Montmirail ; enfin, Hicard, Nansouty et

fqnatre mille chevaux d'élite, poussés de Champ-Anbert

mg cette même ville de Montmirail, d'où ils chassèrent,

8 onze heures du soir, un pnlk de Cosaques.

Le lendemain, II février, dès cinq heures du matin,

jKiqjoIéon, remonté à cheval, s'avançait sur ce point cen-

pal, qu'il dépassa. Sa marche fut lente, afin de conserver

k ses corps un ensemble indispensable. Quand reparut le

lOleil, ses premiers myons lui promirent une belle journée

t tinrent parole. Ce fut à la hauteur de Marcliais qu'il

Kxejoignitsa cavalerie, rangée en bataille dans la plaine.

Il était dix heures. Déjà toutes ses prévisions se réa- Klisaieut. En arrière, à sa droite, l'apparition de quelques l 'coureurs Prussiens annonçait qu'Yorck arrivait de Châla-Thierry sur Montmirail; en face, on apercevait tcken, revenant de Triiport à grands pas, fatigué d'une larche de quatorze heures ; inquiet, il accourait aussi, et a toute hâte, sur Montmirail. Il entrevoyait enfin les

cloeiiera de cette ville ; il espérait y trouver Blilcber, lorsque, dans le court intervalle qui l'en séparait, il aperçut notre avant-garde.

La prudence eût peut-être voulu qu'alors il manœuvrât de Vieux-Maiaons sur aa gauche pour se réunir à Torck, ou que, du moins, il attendit son concours ; mais, soit dépit d'avoir été forcé de lilcher prise BUT Paris, dont ses soldats portaient déjà, dit-on, le nom écrit sur leurs bonnets ; soit audace et intrépidité naturelle, il osa tout le contraire. II se peut aussi qu'il crût devoir se renfermer dans ses instructions : elles lui prescrivaient Montmirail pour point de ralliement ; on lui en barrait le passage, il ne songea qu'à le forcer.

Le voilà donc qui pousse eu avant sa colonne, cherchant une position pour la déployer et pour engager le combat. En cet endroit, la route, comme la plupart des grands chemina, suivait une vallée, celle du Petit-Morin, mais en se maintenant sur les hauteurs du versant droit, en sorte qne, laissant à sa droite deux des affluents de ce cours d'eau, elle les dominait et restait indépendante de leurs ressauts. Ces dens ravins, peu distants l'un de l'antre, étaient ceux de L'Epine -ans- Bois et de Marchaïa. De même que la plupart des ravins transversaux, ceux-ci offiraient des positions militaires. Il n'y avait pas à choisir, car déjà l'Empereur occapait celui de llarohais. Hackea prit donc position sur l'autre. Le temps ne lui manqua point : les boues ralentissaient la marche de notre artillerie ; les divisions Michel et De France, appelées de 8ézanne, étaient loin encore; le corps pi-usslen comptait

TICT0IEE8! CHAMP-ADBKBT, MOSTMIEAIL, ETC. ISS

^ns de vingt et un mille hominus ; le corps russe, autant ;

s n'étions pas quatorze mille, et Napoléon attendait.

k Notre attitude défensue et la nécessite de se faire jonr

Scidèrent Sacken. La dispropoition des fnrtes IV-blonit

r celle du génie. Il n'heaita i>.iB, il prit l'attaque, .'^n

lAan hardi fut, dans le détail, anssi habilement conçu que

rabord vigoureusement exécute ha gauche, toute de ca-

irie, couvrit la plaine en face de la nôtre. La Hante-

t L'Épi ne-anx-Boia étaient le centre et la cîef de

pposition. Il le comprit : quarante canons et le gros de

Q armée la lui assurèrent. Quant à ea di'oite, il l'étendit

iqu'au Petit-llorin. Scherbatow la commandait! elle

Bçut l'ordre de remonter violemment ce cours d'eau et de

jut renverser devant elle. Sacken prétendait nous main-

nir dans la plaine et sur la grande route, pendant que

e droite, remontant victorieusement le Morin jusqu'à

tfontmiraU, pivoterait sur son centre, et nous rejetterait

r la route de Château -Thierry et sur le corps d'armée

Yorck, oii s'achèverait notre défaite.

Mais l'Empereur, qui, dès la veille, avait deviné l'en-

mble de ces mouvements, ne pouvait être anriiria par

œr réalisation. Son génie, hieu autrement audacieux,

e le jeter, avec quatorze à quinze raille soldats,

a milieu de qnarante-dens mille ennemis. Un coup d'œil

r ce champ de bataille lui suffit pour juger le général

e et préparer sa défaite.

An centre, c'est-à-dire sur la gi-ande route, où tout trait se décider, il plaça Priant et sa vieille Garde en lilonne serrée : c'étaient quatre mille hommes seulement .

ini; WEM0I2ES D'FS AIDE DE CAMP.

A BU, gauche, au vallon traDSTereal de L'Épi ne-ans- Bois tont rempli de Busses, il opposa dans celui de Marchais, vers le village de ce nom, les divisions Decoaz et Mnsnier, et dans Pomesaone celle de Ricard, dont l'estrême gaucbe s'appuya au Petit-Morin. Quant aux quatre mille chevaux de notre droite, il les laissa dans la plaine ; leur flanc droit fut couvert par le petit bois de Baîlly, qu'une brigade d'infanterie défendait. Tel fut, vers le milieu du jour notre ordre de bataille.

Déjà le canon retentissait; déjà même, aux pétillements inégaux des feux de tirailleurs les roulemente brefs, réguliers et plus sérieux des feux de rangs, avaient succédé; on était aux prises. Napoléon calme, mais attentif, observait. II attendait que l'intention de Sacken se fût mieux dessinée, car, an milieu de ces bruits de mort, jamais chef de guerre, quand il le fallait, ne sut mieux attendre. Sûr enfin de l'agression de Sacken par son aile droite, et que ce Russe, qu'il avait tourné, prétendait, sans craindre de se séparer des Prussiens d'Yorck accourant à sa gaucbe, le tonrner à son tour, il se décide. Aussitôt sa cavalerie reçoit l'instruction de se porter en avant dans la plaine. Elle menacera l'intervalle des routes de La Ferté et de Château-Tbierry, et lu marche de flanc que pourrait tenter Sa^^ken pour se réfugier auprès d'Torck. Quant à son aile gauche si vivement attaquée, Napoléon la refuse, il lui ordonne de faiblir, de racoler même. Il agace ainsi, il encourage l'aile droite russe et l'attire dans cette fausse voie ; mais, en même temps que, de ce côté, il se prête à la faute de sou ennemi, au

■ TICTOIItES ! CHAMP- AUBERT, SIONTMIEAIL, ETC. I'J7

■Bentre il se prépare à en profiter. C'est pourquoi l'on »oit Friant et quatre bataillons, serrés on mag^e, s'avannser Hilencieuaement sur la grande route, dépasser Mar- KihtiiB, s'an'êter à portée de La Haute- Épine, et, les armes vprêtes, attendre nn signal.

I n était plus de deux heures quand l'Empereur sembla Boeder ainsi aux Russes, par sa gauche, dans le Val du Etforin, et les menacer de son aile droite dans la plaine. wSoa bnt était d'attirer à la fois, de ces deux côtés, leurs Kbtces accumulées à lear centre ; il tentait ainsi Sacken, BBl'nn côté par l'espoir et de l'autre par la crainte. Ce ■gânéral ne manqua pas d'obéir à ces deux puissants mo- Kàles. Sentant fléchir noti-e gauche devant sa droite, il Kcrnt au triomphe de son plan d'attaque, et affaiblit son ■Sentreà La Haute-Épine et à L'Épine-aux-Boia, pour fetaforcer cette droite et achever sa viotoire. Il fit de Hbëme pour son aile gauche : il dégarnit encore son cen- BKi afin de la rendre assez forte ponr maintenir, de ce Ksté, ses communications avec Yorck. C'était là juste- ^^ent ce qu'espérait l'Empereur. On eût dit que Russes comme Français se conformaient h ses instructions, et que des deux côtés, de même que sur un champ de manœuvres, on ohéissait à ses ordres !

Dès lora pour lui l'action commence. Il n'a plus là ces grandes réserves d'Austerlitz et de Wagram ; de toutes ces redontabîes masses, Friant et quatre mille vieux soldats lui restent seuls, et la moitié va lui suffire ! Au siirual qu'il donne, ces deux mille ï-étérana s'élancent, ils h précipitent sur La Haute-Épine. Tout ce qui ose les

UÉMOmES DXN AIDE DE CAMP.

aiuodre. tombe; le reate eat cnlbnté snr l'artillerie ; les ((Uiiratite canons russes se talent ; la fusillade même est éteinte ; il faut ici combattre corps â corps, et bientôt nos baïonnettes régnent seules anr ce champ de caroase Par ce coup de guerre, le centre des Rnsses est creva et au moment où il se croyait victoriens, Sacken est vaincu soudainement!

Pourtant, la surprise de ce général n'enchaîna pas son audace : il reforma ses troupes en colonne, et, tête baianée, il fit remonter Liewen de L'Épi ne-aux- Bois snr La Haute-Épino et dans la plaine. Il espérait réparer la brèche faite à son centre, se rejoindre à sa gauche, et se rattacher ans Prussiens, dont enfin, vers Fontenelle les coups commençaient à se faire entendre. Mais, pendant qne Priant et sea grenadiers se maintiennent invinciblement dans leur conquête, Xapoléon aperçoit cette marche de flanc de la gauche de Liewen. Elle se dessinait en une épaisse et noire traînée, en travere de la grande routedéjà même la tête de cette colonne gagnait la j^Iaine. A cette vue, d'un mot, d'un geste, tout ce iju'il a de cavalerie près de lui, celle de Guyot, les quatre escadrons de service, jusqu'au peloton qui le suit, sont lancés, à toute bride, snr ie flanc de cette masse mouvante, qu'ils enfoncent et foulent aux pieds. La mêlée commencée, grenadiers achevai, dragons, chasseurs et lanciers, tous d'élite et expérimentés, n'ont p!ua besoin d'ordres : ils sabrent en tous sens cette malheureuse infanterie, uni tourbillonne éjœrdue ; tous leurs coups portent, et deuj brigades presque entières tombent di^truites.

■ VICTOrRES! CHAMP-AL'BERT, MOSTltlRAIL, ETC. \m*

F S'il en échappa vera les Prusaieaa quelques centaines, et avec eux la cavalerie russe, c'est que le chef, pourtant très habile et fort brave de la nôtre qui couvrait ia plaine, manœuvra plus savamment, ce jour-là, qu'il ne combattit. Quelques-uns disent qu'il était fntigué de guerres; ou que, appesanti par ces principes exagérés de

I prudente lenteur qu'îuspire parfois le long commandement des lourdes réserves, il était devenu d'autant plus ménager de ses escadrons, qu'on leslni avait fait souvent

I trop prodiguer. Quoi qu'il en soit, le fait est que cette

L fois il laissa s'échapper l'occasion.

I Cependant, nous étions victorieux au centre; la gauche des Russes était eu pleine retraite ; leur droite était attirée dans un gnet-apens; tout paraissait décidé: il

I eembi ait qu'il n'yavaitplua qu'à ramasser prisonnière cette aile ennemie, engagée si témérairement et si avant dans la vallée da Morin ; mais il arrivait tout le contraire, La

■Talear aveugle de ces Kttsses, commandés par un chef

fa'nne opiniâtreté pareille, changeait la nature des c!io-

Rses : elle déconcertait le géuie. Scherbatow, ou plutôt, dit-on, Bernadozow, avait, il est vrai, donné dans le piège, mais, en s'y obstinant, il le forçait !

Ce général s'était rendu maître de tout le ravin, de Marchais k Pomessonc, pendant que nous nous emparions de la tête de celui de L' Epi ne-anx- Bois, son point de départ, et, tout entier à Tordi'e qu'il avait reça, il ne s'embarrassait pas de la nôtre. Sourd aux coups qu'il derait entendre derrière lui, il poussait sa chance, il avançait toujours, et de volontaire (]u'avait été d'abord

anfl MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.

la retraite simulée de Musnier et de Ricard, il la rendait réelle et involontaire.

Tainement Napoléon, resté sur la grande route à cette hauteur, et que commençait à inquiéter l'attaque des Prussiens d'Yorct en arrière de notre droite, ordonnait à Ricard et à Musnier de repreudre à sa gauche l'ofEensire, et d'en finir ; leurs recrues ne voulaient plus mordre. Ces conscritB tout neufs, ignorant le péi'il, avaient d'abord étonné nos vétérans ; mais, la connaissance faite, ila en étaient à ce point où, sachant apprécier le danger, on n'y est pas fiiit encore. Et puis, pour tout dire, sans vêtements suffisants, mal nourris, transis du froid des bivoaa<!s, et harassés de marches et de combats, ils étaient au bout de leurs forces, lueurs officiers avaient obtenu d'eus plusieurs vigoureux élans ; plusieurs fois même, Poraessone et Marchais avaient été pris et repris ; maïs il étaitalors quatre heures, et, décimés, abattus, l'énergie de l'attaque leur manquait, il leur restait à peine le courage de se défendre.

Tout«fois, Napoléon s'obstine; il était pourtant Inimême si dépourvu, qu'il ne put envoyer à Ricard que deux des quatre bataillons de sa vieille Garde, qui loi restaient en réserve. Ils furent inutiles. Ricard les jugea, m'a-t-il dit, insuffisants; il ne voulut pas les exposer en vain. Peut-être eussent-ils suffi cependant, car de quoi de pareils soldats n'étaient-ils pas capables? Les deux autres bataillons de cette même vieille Garde allaient le prouver, mais dans une attaque plus décisive, mais sons les ordres et les yeux de Napoléon, qui seul avait le droit

■victoires: CHAMP-AUBEET, MOSTMIRAIL, FrC. 2"!

b le pouvoir d'exiger ces efforte Burhiimains de ces

tommes d'élite. En cet instant, étant demeuré sur la

e route avec ces deus seuls bataillons, il hésitait à

r, pour ressaisir Marchais, cette dernière réserve.

I Mortier venait, il est vrai, d'arriver. Ce marécha!, tou-

tars prêt au bruit du canon, et qui jamais ne se fit

tendre sur un champ de bataille, était suivi de Michel

it de aix bataillons de la jeune Garde ; mais il avait fallu

: opposer, vers Fontenelle, à l'irruption de l'armée

fPYorck. Le canon de cette autre armée grondait en ar-

Ëère de notre flanc droit, oii l'avant-garde prussienne

Retrait eane résistance.

I Ainsi, malgréla brillante conquête de La Haute- Epine,

e la haute plaine, en arrière de notre droite, au

mtre, et à gauche sur le Morin, nous noua trouvions

|êtombéa dans ia défensive ; le ravin même de Marchais

ut perdu ; et pourtant la unit approchait. L'ardeur

iniâtre avec laquelle Scherbatow et Bernadozow pour-

Inivaient une faute, allait en faire une l)elle action, et

mdre la bataille au moins indécise. On vit alors l'Em-

reur, agité, frapper sa botte de son fouet à coups re-

bnblca.et tourner fréquemment les yeux vers Mon tmirail.

A attendait notre division ; elle approchait ; partie le ma-

f Hézanne, noua arrivions enfin presque avec la

ait, trop tard, et parce que, dans les meilleures armées,

I y a malheureusement des hommes trop habiles à n'en-

X en ligne qu'au jour tombant, et quand lu nuit est

(été à substituer aux feus de la guerre ceux des bivouacs.

I Mais, quelque prompte que fût la chute de cet onzième

a03 MEMOIRES D'US AIDE DE CAMP.

jour de février, Napoléon fut plus rapide encore ! Noua déployer deiiière Itiï, et tout aussitôt précipiter, à la baïonnette, ses deux bataillons sur Marchais, le maréchal Lefebvre eu tête ; puis noua reployer en colonnes, et noua lancer ainsi, par la grande ronte, sur le flanc gauche de ScherbatoiP, fut l'affaire d'un moment : dix minutes suffirent. Ce second coup de guerre, plus décisif que le premier, réussit de même. En dépifc des feux dea Russes, la distance, l'ennemi. Marchais et ses positions, tout disparut en un clin d'œil bous notre chaire, et surtout sous le pas de course de ces deux bataillons ! On n'en a point assez dit, on n'en dira jamais assez sur leur gloire. Quant k la nôtre, les bistoirea d'alora l'ont trop vantée, elle appartient toute à Napoléon; elle est tout entière dans le mouvement décisif qu'il nous ordonna, et qui acheva de déconcerter l'ennemi, car nous l'exécutâmes sans grands obstacles. Ce fut bien plus cette manœuvre que nos sabres qui nous li^Ta cette foule de prisonniers, dont nous font honneur des i-écits qu'on a pourtant raison d'estimer, malgré l'inévitable inexactitude de ces rainntieux détails.

Au brait de ce second coup de foudre Hicard s'élança sur l'extrême droite des Eusses, devenue incertaine : elle plia; la pomsuite fiit courte, la nuit l'ayant arrêtée et non l'ennemi, qui disparut dans les ombrea, fuyant en déroute.

Napoléon aui^'ait sa victoire d'un œil satisfait ; déjà même, il s'était avancé jusqu'à La Haute-Épine, quand un courrier, l'abordant en grande hâte, lui remit une dépêche. Son regard, en voyant l'enveloppe, changea sou-

m VICTOIRES I CHAMP-AUBEKT, MONTMIBAIL, ETC. 20S

IflBiii. Un dépit haabaiii j éclata. Il se saisit Ttolemment wâ& cette lettre et, sans l'ouvrir, il la, lançn, au loin derrière Hju, par-deBSUB son épaule gauche, avec un geste de mé- ExÎB et de colère. Tout ce qu'on pub savoir, c'est qu'elle niTirctit de Châtillon. On auppoec qu'elle renfermait une ■jéponse conforme aux humiliations de ]!f agent, fierthier Kvit ce mouvement, il s'en affligea, dit-on, et fit ramasser uçette dépêche. Pourtant, ii ne put s'étonner que de si Boraelles concessions, à demi arrachées par la défaite, fus- Etent désavouées par la victoire.

B Une seconde nouvelle survint en ce moment ; elle fut fcatreœent reçue que la première. A notre di'oite, Michel, Htooique blessé, et le maréchal Mortier triomphaient ^paai. Depuis la ferme des Tonmenx jusqu'à Fontenelie, HiaiTB sis bataillons venaient d'enfoncer, de position en Rtosition, neuf bataillons prussiens. Pirch, leur généra!. n^iait blessé, son artillerie, prise. ;Vinsi, de toutes parts, Bft victoire terminait le combat; le nom de Montmirail Bevenait célèbre ; vingt-sis canons russes et prussiens. Hins de deux cents voitures, et quatre mille cinq cent Hmxante ennemis morts, blessés ou prisonniers, restaient nm le champ de cette bataille.

B Oe suocès fat acheté : dis-hnit cents Français, deux Bftoéranx de Mortier, beaucoup d'officiers, et la plupart Bes officiers supérieurs de Ricard, le payèrent de leur

Au milieu de tant d'efforts intrépides, un trait de fermeté atoïque avait été remarqué. Le jeune et brave chinu'gien major Bancel, attaché à la Gai-de, et plusieurs fois

bleHBé lui-même, avait, selon son habitude, établi son ambulance le plus près possible du combat. Il pansait nos blessés, quand, levant la tête, il aperçut près de loi an ancien chasseur à cheval de la vieille Garde fumant tranquillement sa pipe en le regardant. Bancel, alors trop occupé, y fit d'abord peu d'attention. Pourtant, un qnart d'heure après, le voyant toujours à la même place, toujours fumant et toujours aussi paisible : n Que faites- « vous donc là, enfin ? s'écriart-il. Comment un ancien I comme vous n'est-il pas honteux de se tenir ainsi à Œ l'écart, lorsque ses camarades se couvrent de gloire? » Sur cette interpellation, le chasseur fit faire froidement à son cheval un demi tour ; puis, ôtaut sa pipe de sa bouche : « Tenez, major, i-épondit-il, en lui montrant aa a jamte brisée, dont le pied pendant ne tenait plus qn'à s une fibre, pensez-vous que je n'aie pas mon compte o comme cela, et que j'en puisse faire davantage ? >

On peut juger des regrets que ce chirurgien eut de ses reproches, et quels soins il prodigua à ce vétéran mutilé. Tels étaient ces Guides célèbres du général Bonaparte, que, depuis 1796 et l'Egypte, l'Europe entière avait admirés! Que de fois, depuis quatorze ans, uou« avions veillé ensemble près du Premier Consul et de l'Empereor I Mes vieux amis, à cette heure où j'écris ces souvenirs, dans quelles humbles retraites vivez-vous dispersés et oubliés ? Mais combien peu de vous sont debout encore !

L'Empereur coucha à La Haute-Epine. Les deux chambres qu'ily occuim étaient encombrées de morts. On les jeta dehors pour lui faire place. Pour nous, notre

TICTOIBBa I CHAMP-AUBBRT, MONTMIRAIL, ETC. !05

iutrge et notre ponreuite s'étaient arrêtées non loin de là, BTB la forêt de Nogent -sur-Marne. La naifc, qui met le ftinqueur comme le vaincu sur la défensive, enchaînait os mouvements. Noua ne savions plus où attaquer un nnemi déjà posté, et qui savait bien où fuir et où se déaidre. Incertains, nous demeurâmes dans l'obsciirité, fflgtemps rangés en bataille. On défendit m^me j'usa'aux étiocelJes, car, an moindre bmit, les décharges de ennemi, presque k bout portant, nous apprenaient que Otre ligne se trouvait au milieu de leurs grandes gai-des, fons BonB débrouillâmes enfin les uns des autres : alors,

i postes placés, nous allnmâmes nos feus : ou alla à Itons aux vivres et au fourrée, l'eau seule manqua tout 1, fait; le reste de la nuit fat paisible.

Backen en profita pour s'écouler le long des bois ; puis, gjfl^anb la route de Château -Thieriy, vers Montfeucon t WifFort, où l'arrière-garde prussienne s'était arrêtée, il e mit à couvert derrière elle.

Ces deux corps alliés s'étaient ainsi rapprochés, mais

n lenrs esprits : un souffle de mésintelligence s'exhaufc de leur défaite. D'accord jusque-là par nu intérêt jOBimQn, une haine pareille et le succès, leur union accitentelle s'était ébranlée de ce premier revers. lis s'en scnsèrent, dit-on, réciproquement; Sacken reprocha à Forck sa lenteur: et Yorck, a Sacken sa précipitation.

Cependant Napoléon veillait 11 envisageait sa position n critique encore. Alsuilew est anéanti ; Sacken désor-

inisé : Torck entamé et repoussé ; quarante-sept canons

or ont été arrachés; plus de onze mille Eusses et PrusnfiuoiRBa. — T. m, lî

sieiiB sont détruits. Mais ils étaient soixante-douze mille, et le cours de la Marne entre leurs mains. De ce côté, Yorck et Sacken réunis, trenta-eept mille hommes encore contre quinze mille, restaient maîtres de Château-Thierry et deaeB aborda. D'autre part, et derrière nous, Blùcher, l'andacieux, l'impétueux Blucher, sans doute impatient d'accourir, par Etoges, an secoure des siens, avec quatrevingts canons et vingt-deux mille hommes, allait culbuter sur noua Marmont et ses quatre raiile recrues. Rnfin, troia jours se sont éconléa depuis que, devant toute la grande armée AUÎée, la Seine a été presque abandonnée à ellemême. En effet, déjà Victor, alarmé, nous y rappelait. Comment s'en éloigner da^witage, lui tourner le dos, s'enfoncer plus itvant au nord, vers Château -Thierry, et s'engager, se compromettre, de plus en plus, au milieu de soixante mille Coalisés, avec ce peu de soldats qui suivent Napoléon, et qui sont la dernière ressource de la France ?

L'Empereur, cependant, n'hésita pas. Le 12 février au matin, vers huit heures, il nous mit en marche, à travers champs, droit au nord et vere la Marne. Mortier s'avança, de Fontenelle, vers lemêrae but. Quant à Napoléon, poussant d'aljord jusqu'à Vieux-Mai aons, il y laissa une réserve ; puis, s'étant assuré de la retraite de Sacken sur Château-Thierry, il prit la même direction.

Il ne s'était pas décidé par des considérations ordinaires ; il avait tout calculé : du côté de ia Seine, la lenteur autrichienne ; sur la Marne, l'ascendant de sa Renommée, et celui de i'attaqne, qu'il venait de ressaisir. Il jugea donc qu'il pouvait disposer de deux jours encore. Il penaa

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