‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoires (volume 2)Chapitre 18 sur 41 · VICTOIRES I CHAMP-AUBERT, MOSTMIBAIL, ETC. Î · texte numérisé non relu

VICTOIRES I CHAMP-AUBERT, MOSTMIBAIL, ETC. Î

que Blùcher et ses lieatenanta, que ces vainqueurs iiiaccouboméa, se sentant saisis sur le fait, et pns en fl^rant délit de conquêtes, par leur maître en fait de batailles, seraient tous, ou frappés da stupéfaction par son apparition soudaine, ou prêts à fuir, et qu'il ne s'agissait que de les atteindre. C'était encore le héros de l'Italie, procédant par des coups audacieux et inattendus, afin d'étonner; frappant ainsi l'imagination, celle des siens et celle de l'ennemi ; enthousiasmant l'une et terrifiant l'autre; nous exaltant de la foi qui sauve, et imposant à ses adversaires celle qui consterne et détruit !

Nous noua dirigeâmes donc, le 12 février, sur Château- Thierry, sansnous 6mbarraBserdeBliicher,dont nous n'entendions point parler encore. La division Ricard, épnisée, demeura à Montmirail. Friant même et la moitié de ses L^.grenadiers de la vieille Garde restèrent en réserve à Vienxl'^aisons. Ainsi nous marchâmes un contre trois, avec peu |'4e canons, mais sans douter de la victoire.

A deux lieues de là, en côtoyant un bois. Je ne sais quel

bibrnit on quel instinct nous fit pressentir reuneuiisur son

Iftntre lisière. Cinquante Gardes du 3'' et le cajtitaine Ca-

e eareut l'ordre d'aller dépister cette proie. A peine

t avaient-ils disparu, qu'un feu de bataillon, mal exécuté,

T. déchira l'air, et que l'un des nôtres reparut au galop. An

[i premier tournant, ils avaient aperçu im bataillon russe es-

psortSQt sept canons et une grande (quantité de caissons

embourbés : aussitôt, se précipitant au travers d'une dé-

chai^, lâchée en l'air par surprise et machinalement, ils

avaient tout pris, sans coup férir.

Dès lorB, le plateau deNeBleétanteiitièrement nettoyé, Napoléon vit à ses pieds, au fond du vallou et dans le fauboarg de Château-Thierry, toute la défeite d'Yorct. La masse confuse de cea Taiocus s'agitait, se pressait éperdue, à l'entrée des ponts. EÛe y ëtait tellement accuinalée, qu'une charge de Guyot et de l'escadi-on des gren&diera de service s'y engrava. An miliea de leur détresse, il faint le dire, on remarquait la femieté de leurs ofBciers, qai s'efforçaient de les remettre en ordre et d'eu sauver le plw grand nombre.

Le Prince Guillaume de Pmsse fit plus : deux de ses bataillons allaient franchir laMarne, il lesfit revenir sur le pas ; et, bien serrés, la baïonnette en avant, leur honordfft ayant retraversé ce désordre, ils cou\Tirent.tout paro dernier et intrépide retour offensif. Mais à la voix de nôtre Empereur lui-même, deux de nos bataOlons se préoi-! pitèreut sur eux des hauteurs de Nesle, et les heurtèrent siviolemment^qued'uu aeulchocilales brisèrent : la moitié resta sur place, buée ou prise ; les autres, fuyant âéeespérés sous !a pointe de noE baïonnettes, mirent le feusii ponts ; ils nous livrèrent ainsi ceux qu'ils étaient ven secourir.

Ce coup de grâce termina tout de ce côté : l'incendie da pont et le feu de seize pièces prussiennes de 12, qui, âe l'autre rive, foudroyèrent vainqueurs et vaincus, n'enp mirent pas davantage.

Cette troisième journée fut belle : la Marne i Torck et Sacken près d'être jetés sur l'Aisne et la YeiSAi plusieurs batteries prises, trois mille Russes et I

ÉÊtm

^tfCTÔîftEèf CHAMP-AUBERT, MONTKIHân,, TTC- 511

gonchaiit le champ de bataille : un grand nombre dautrea fayant disperaés, et sur lesquels les Champenois firent main basse, teis en fiirenfc les résaltats. Ils nous coûtèrent k peine quatre cents hommes.

Dans cette troisième journée, le succès n'avait heaité qu'un instant, et à notre droite, par le fait de Tue des nôtres qui, selon son habitude, n'ayant exposé que la moitié des siens pour rester avec l'autre, l'avait compromise.

L'Empereur coucha dans le château deNesle ; noua bivouaquâmes autour,et dans les fermes environnantes. Ëan, . vivres, fourrage, tout s'y trouva. En défendant le paya,, 4 nosaoldats étaient forcés de s'en noiuTir. Sans solde dcpni» I plus d'un mois, sans distributions possibles dans des mouvements aussi rapides, on prenait le nécessaire où l'on pouvait, sans demande d'une part, sans obstacle del'autre, la nécessité régnant sur tous, et autorisant tout. Nos hoIdata se disaient, pour se consoler de leur coopération à cette raine, que c'était autant de pris sur l'ennemi, qui pouvait revenir ; quant aux liabitants, ilsleur prodiguaient tont dans ces premiers moments, où, transportés d'indignation contre l'Étranger, ils ne sentaient que la joie de leur délivrance.

Pendant cette nuit, aux appels redoublés de nos maréchaux, que Schwartzenberg poussait devant lui sur la joignirent les avis plus pressants encore du duc de Ragpise, Ce maréchal était forcé de reculer, devant Eliicher, d'Étoges sur Montmirail, où ce Prussien pouvait nous couxwr tonte communication directe avec Sézanne et le maréchal Victor. Pourtant, l'Empereur ne s'en émut

Sia MÉMOIRES DITN AIDE DE CAMP.

point ; se.^ regarda ne se détoiimèreot pas encore de la Marne. Il n'était maître que de la rive gauche, il lui fallait la rive droite, que la grande route suit depuis ChâtODH jusqu'à k capitale.

Dès le point du jour du 13 févTier, il ordonna donc la reconstruction des ponts. Tous les moyens manquaient, hors un seul bateau qu'on apercevait à l'antre liord. Des flots grossis et rapides, l 'arrière-garde d'Yorck, une grêle de balles, tels étaient les obstaciee. Un des nôtres, ae jetant à la nage, les traversa. Un citoyen zélii, échappant sur l'autre bord ans tirailleurs prussiens, vint à son aide ; la barque et ses deux conducteurs, dont on aurait dû conserver les noms, nous arrivèrent ; cinquante soldats passèrent, i'ennemi disparut, et les habitants, enfin délivréa accoururent tous sur l'autre rive.

Napoléon était alors descendu dans le faubourg, où la maison de poste était devenue Kon quartier. Debout sur la culée des ponts, il en dirigeait le rétablissement. Du côté de nos soldats, le travail citait ardent, mais réglé et silencieux; à l'autre bord, c'était un tumulte d'efforts et de clameurs ; toutes les voix, qui ne conseillaient ou n'excitaient pas, nous appelaient; tous les bras superflus étaient tendus vers nous ; peu d'instants suffirent à taut de patriotisme, et bientôt ce peuple, sou Empereur et l'armée ae rejoignirent.

Un historien véridique, un témoin, un ami, que j'aime à citer, le baron Fain,aretracééloquemment cette grande émotion ; il a peint les transports de ce peuple délivré par son Empereur lui-m^^me ; les cris de reconnaissance des

YICTOIEEei OHAMP-AUBERT, MONTMISAIL, ETC. 213

S, iefureardea autres, des femmea aurtoiit, et leuf veugeancë sur demisérablesKalmoakséperdus, auxquels ellcâ I firent expier, à coupa de fourcào et daus les flots, les excès I atrocea dont elles avaient éLù victiines. De notre côté, , dans le faubourg, dans la maison même occupée par l'Eml pereur, aept de ces sauvages, surpris ivres de vin, de sang, ■i cuvant leurs crimes, y avaient été massacrés à coupa de l^hache.

An milieu de l'exaspération de tant de passions impos-

ijublea à contenir, et de Tenthousiasme qui l'environnait,

ÏKapoléon, que vien ne distrayait de son bnt, venait d'en-

lilfoyer Ney et ses premièi-es troupes, passées sur l'autre

•d, poursuivre l'ennemi. En même temps il s'infonnait,

îl questionnait; mais on ne lui répondait que par dea exa-

jérationa naturellea à des populations qui venaient d'être

IL proie à toutes les exactions, si nouvelles pour elles, de

K'ift conquête. A les en croire, il n'y avait pas d'officier

f t^Bséquinefiitun Prince ou un général; pas de bataillon,

I Juyant en désordre, qui ne fût un régiment. Alors, de plus

Een plus exaltées de la puissance de leur Empereur, qui

renaît de faire passer ces milliers d'ennemis de l'insolence

râe l'oppression aux angoisses de la terreur, dans l'empor-

ie leur joie d'un revirement aussi subit, api-ès

■AToir cru tout perdu, elles se figuraient tout sauvé !

Napoléon les écoutait, sonnant parfois, et parfois s'at- Lttisbaut de leui' confiance. Il attendait les rapports de Ney. ■ Trois àquatre cents traineura ramassés, beaucoup de caisis brûlésou abandonnés, d'autres qu'on entendait sauter Mjre, témoignaient de la fuite précipitée de l'ennemi.

Jl paraissait s'enfoncer par delà la Vesle. C'était donc assez de ce côlo : on avait conquis le temps d'aller combattre ailleurB : le moment de ae retourner contre Bliicher et ensuite contre Schwartzenberg, de répondre aux cria d'alarme, d'heure en heure plus pressants, d'abord de Marmont, puis de Victor, était venu.

Aussitôt, la Garde, Ney et Nansonty font volte-face; ils profitent des derniérea heures de ce jour pour se rapprocher de Montiiiirail, Quant à Mortier, l'Empereur le laisse sur la Marne : il traversera Château- Thierry à la nuit tombante ; il y laisaera le général Vincent, et ira contenir au nord Yorck et Sacken. A minuit iui-même monte en voiture, où il travaille et reparaît, avec le jour du ] i février, dans Montmirail. Saint-Germain y amvait de Meaux, avec deux mille quatre cents chevaux : Ricard et Priant s'y étaient reposés ; il les réunit au maréchal Ney, à Nanaouty et à sa Garde.

L'Empereur ne s'était point fait entièrement illusion on croyant avoir retrouvé sou ÉtoOe. Bliicher en paraissait complètement ébloui. Depuis quatre jours que nous étions aux prises aven ses lientenants, nous ne pouvions comprendre ce qu'il était devenu. Nous le savions à la tête de Kleist. de Kapsewicz, et de vingt-deux mille homtn^ et cependant ce feld-maréclial , si résolu, semblait avui disparu du champ de bataille !

Monté, comme sur des échaases, sur ses succès de La Rothière, nous l'avions surpria a'avançant à grandes enjambées, nn pied déjà sur Meaux, l'autre encore but Cfaâlons, méprisant la lenteur autrichienne, ne dontAut

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de rien, et jouissant d'avance du facile honneur d'envahir le premier notre capitale.

Tainement, dès le 9 février, Alsufiew l'iu'ait averti de notre première escarmouche anr Baye, et Lubomii-ski, qnelqoes heures après, de la marche deSapolèon lui-même par Sézatme ; il ne s'en était nullement inquiété. Cela lui »vait paru une vaine di5mon3bration, le flottement d'un homme égaré, éperdu, vaguant d'un danger à l'antre, et ne sachant, dans sa ruine, où porter la main pour l'arrêter! Seulement, il avait alors daigné suspendre, de quelques moments, aou triomphe ; il s'était contenté d'ordonner le ralliement de ses deui corps les plus avancés, dans Montmirail. Qaantà lui-même, au lieu de s'y réunir, dans I sa présomptueuse quiétude, se trouvant à Vertus avec ses deuï autres corps, il avait imaginé de s'éloigner encore pins de Montmirail, ponv aller s'embourber à Fère-Champenoise. Placé là, sur le flitno droit de notre première marche, il s'était figuré que quelques coups de lance et le bruit aourd de son arrivée dans cette fange tenace et profonde, suffiraient pour déconcerter et arrêter Napoléon.

Mais, le lendemain, on l'avait vu, dit-on, frappé de stupéfaction an retentissement de la défaite d'AIsufiew ; puis il avait imploré de Schwartzenlœrg une diversion ; enfin lui-même, retournant sur ses pas en toute hâte, était allé reprendre sa ligne d'opérations à Bergères.

Là, Bur la route de Châlons à Montmirail, que Marmont et quatre mille hommes seulement lui coupaient à Étogea, quand il sait que, au delà de ce rideau, Sacken et

Yorek ont à combattre Napoléon, quand il ne lui fant qu'un faible effort pour perœr l'obstacle, pour se rejoindre aux siens, et mettre, entre soixante mille feus, l'Empereur et ses quinze mille hommes, il est i-esté immobile le 11, immobile encore le lâl I* 13 février enfin, sortant de cette inexplicable inaction, il s'était décidé à attaquer, aveti vingt-deux mille soldats et quatre-\-ingts canons, Marmont et sa poignée d'hommes; i) les avait poussés sur Fromentières. Le 14, à l'instant où Napoléon venait d'ai'river de Château-Thierry à Montmimil, il ponr- Euivait ; il avait même, dès bait heures dn matin, dépassé Vauchamp, quand tout à coup U vit cette feible troupe, qu'il chassait devant lui, se retourner, lui tenir tête, écraser de mitraille son corps leplua avancé, puis notre infanterie, suivant ses boulets, dépoater de Vauchamp son avantgarde. Étonné de ce retour offensif, il fait ressaisir ce viil^c : mats un escadron de cuirassiei-s et quatre escadrons d'élite l'en chassent encore !

Bliicher s'indigne; il appelait ses réserves pour écraser le faible corps de Marmont, auquel seul il croyait avoir affaire, lorsque, an milieu de sept mille chevaux, qu'il voit se déployer soudainement, il reconnaît la cavalerie de la Gsrde Impériale. Fasciné par cette apparition inattendue, par les cris de T'ive l'Emjnreur! de nos tiuatâBsins ranimés qui ne doutent plus de la victoire, dans no8 dix-sept mille hommes, qu'il aperçoit devant lui, il en croît voir cinquantemille! Alors, passant de la présomption au découragement, il fait rétrograder ses bagages, son artilleriej il ploie en carré son infaoterie sur les deux

VICTOIRES! CHAMP-AtJBEHT, MONTMIRAIL, ETC. -217

côléa de h graude route, et commence sa retraite. Mais, pendant qne si droite et sa gauche sont menaccea, la première, de près, par Orottchy et quatre mille chevaux, l'autre, au loin et hors de portée encore, par Levai et quatre mille cinq cents hommes arrivant d'Espagne. Ziethen, bbb escadrons, ses carrés même, sont rompus et mis en déroute par la cavalerie de notre Garde.

Blùcher, ainsi batfcn de front et débordé snr ses flancs, ne songe plus qu'à Cfinserver dans sa fuite quelque ensemble; il y réussit jusqu'à Janvilliers. Mais, derrière ce Tillage, an delà du boia de Serchamp, qne Grouchj vient de tourner et de dépasser, chargé en flanc gauche par ce général, et en flanc droit par notre Garde, il perd d'abord qnatre canons et trois mille hommes. Mutilé ainsi, il se défendait pourtant encore, raflîant, resserrant ses restes, et noua présentant un front déterminé, quand Drouot, accourant au galop aveo cinquante canons, l'écrase de mitraille à demi-portée. Pendant deux heures, il le chasse ainsi devant lui, jusque dans Champ-Anbert, en jonchant de morts et de blessés ennemis les champs et la grande route.

Champ-Anbert, où la première de ces quatre victoires avait commencé, fut encore fidèle à notre fortune. Ce lieu kiEpira mal l'obstination du maréchal prussien. Le jour tombait, il crut pouvoir s'y défendre, et nous arrêter devant le défilé de la forêt d'Étoges, de ce Bois enchanté, comme l'nppeiaient les jeunes soldats de Marmont, depuis qu'il leur avait livré les neuf mille grenadJei-s d'Aîaufiew. Ce bois ne démentit pas cet heureux surnom, (ju'il devrait MËuoinBa — T. III. 13

21S MÉMOIBES DTIH AIDE DE CAMP.

tionaerTer encore. En effet, le temps que Bliiclier croit gagner en se déployant, il le perd ; Grouchy s'en empare. H dépasse encore cette position, tourne nue seconde fois le flanc droit de l'ennemi et si complètement, que, au moment où Bliicher veut profiter du combat qn'il vient d'eng^er, pour continuer sa retraite, dos escadrons fondent, à bride abattue, sur le flanc et même en arrière de sa colonne. Tout ce qu'il cherche à leur opposer, ils le renversent. La route est conquise, la retraite de l'ennemi entièrement coupée ; le Prince Auguste de Prusse, Kleist, Kapsewicz, Bliicher lui-même, n'ont pour refuge que quelques buissons, sous lesquels ils se dérobent à nos sabres.

C'est un fait, qne tous ces chefs eussent été pris sur place, et que peut-être la France eût été sauvée par cette cha^e, si la nuit et les hasards d'une mêlée aussi confuse ne les eussent pas cachés à la vue de nos cavaliers victorieux. L'excès du désordre les préserva, Mécoonos parleurs propres soldats, renversés, foulés aux pieds, la déroute les entraîna dans le bois qui bordait la droite de la grande route. En même temps, à la vois de l'Empereur et de Ney, une attaque pareille de la cavalerie de notre flarde, sur le flanc opposé de Bliicher, avait eu le même succès. Les deus charges se rejoignirent. Champ- Aubert , au même instant, avait été ressaisi. Bans cette confusion nos canons, ne pouvant plus choisir, se turent, et l'on n'entendit plus que les cris et les coups de cette attaque décisive.

On dit que, ^ns l'obscurité qui nous cachait l'étendue

■V^CTOIRES ! CUAllP.AUBBET, UOHTMIBAIL, ETC. SIH

de notre victoire, ce fat nn brave retour offensif de Ziethen et de son artillerie, au travers de ce tumulte, qui le termina. Il sépara les victorieux des vaiucus, qui ne sa- I valent plus où fuir, et ne soDgeaient plus à se défendre. Bliicher, ainsi dégagé, sentit enfin que nous làcliions I priae; il reprit sa fnito; le grand chemin la guidait; la déroute l'entraîna jusqu'à Etoges, où, ressaisissant quelque commandement, il plaça Urasow et sa division, et crut avoir, en ce lien, marqué la fin de son désastre. Mois à Champ-Aubert, où se trouvait l'Empereur, l'un des chemins de la f>eine à la Manie croisait celui de Châlons à Paria: c'était une position; il fallait la. couvrir par un I poste avancé. Et puis, toute l'armée, les états-majors, I Grouchy, Key, Marmont, l'Empereur s'y trouvaient ac- ■ cumulés ; on y était sans vivres, sans logements suffisants, on s'y gônait; car, dans nos déterminations, il entre des motife de bien des natures ; enfin, Marmont avait été chassé d'Étogea la veille au matin, et la reprise d'Étogea complétait la revanche ; il n'était pas sept heures, et Napoléon voulut pousser jusque-là sa fortune.

Une heure après, il apprit que, au travers de mille débris et de la nuit la plus noire, le duc de Raguse, son régiment de marins en tête, s'était inopinément heurté, dans Étoges, contre l'ennemi, et si brusquement, que, de ce choc, sept canons, huit cents Russes et leur général XJrnHow, étaient restés prisonnière entre ses mains. Le reste avait disparu; on ajoutait que, à sa fuite désespérée par Bergères, Bliicher ne voyait plus que Châlons pour

En même temps vinrent de tontes parts les autres rapporta. Le général Ljon et six cents des nôtres étaient hors de combat, mais huit mille cinq cents ennemis tuéa ou prisonniers, quinze canons, dix drapeaux et le général TJmsow marquaient cette quatrième victoire. Vauchamp lui donna son nom. Dès lors, tout sur cette ligne d'opérations était accompli, et T'une des plus hardies et des plus glorieuses de toutes les expéditions de Napoléon était achevée !

En effet, sous le poids da pins grand des désastres, écrasé par le nombre sur l'Aube, presque sans armée et sans ressources, l'Empereur, rejeté dans Nogent par cent cinquante mille ennemis, venait de leur dérober six marches et quatre victoires ! Il avait osé, s' éloignant de la Seine, confier le salut de son trône à la pesanteur indécise de leurs mouvements, à la lenteur de leurs inspirations, et, la tête libre, le cœur entier, il était allé se jeter vers la Marne, avec vingt-sept mille soldats seulement, au milieu d'une antre invasion de soixante-neuf mille hommes. Là, dans cet aiitro cercle de feux, se multipliant, frappant coup sur coup, à droite, à gauche, en tous sens, il les avait, de tontes parts, éteints et dispersés! Cette courte, cette héroïque semaine venait de lui suffire pour arracher k cette irruption cinq généraux, soixante-huit canons, une immense quantité de caissons et de bagages, et plus de vingt-huit mille combattants ! Une foule d'autres erraient, débandés, dans nos plaines. Cette armée si oigueilteuae, marchant au cri de Paris/, ce nom écrit sur leurs bonnets, et poussée par son chef qui se faisait ap-

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