VICTOIRES 1 CHAMP-AUBERT, MONTMIRAIL, ETC
peler U Maréchal En avant!, s'en trouvait déjà à douze lieues seulement le 9 février, et, dès le 14, elle en était rejetée à quarante, éperdue, dispersée, à moitié détruite, et entièrement désorganisée ! L'ascendant de notre renommée était ressaisi, et, du côté de la Marne, pour ce moment du moins, Napoléon venait de sauver notre capitale.
KAPOLÉON BAT LES AUTRICHIESS.
Cependant, da côté de la Seine abandonnée presque à elle-même, et anx premiers cris de détresse de Blùcher, la grande armée coalieée, avec tons ses Bonveraine i-énnie, s'était réveillée de son cngonrdiBsement. A notre droite, l'opiniâtre, le fougneux Allix, n'a pu sauver les faiblee murailles de Sens, attaquée par des forces sextuples. Dana Uogent, l'intrépidité de Bourmont, blessé, a défendu, trois jours entierSjCB passage avec donzecents recrues seulement contre vingt-cinq mille baïonnettes ; mais le nombre enfin l'a emporté ! En arrière de cette garnison valeurense, Bray-sur- Seine, mal disputé, a été évacué; Monterean, saisi. L'Yonne, la Seine et le Loing forcés ainsi, Victor et Ondinotont été contraints de reculer sur Paria. L'inondation alors a gagné de tontes parts : de notre droite à notre ganche, Montargis, Nemours, Fontainebleau, Moret et Nangis ont été perdus; Melun abandonné. Guignes compromis. Déjà même, nos parcs de réserve, les bagages des chefs s'étaient réfugiés derrière Charenton, jnsqne dans Bercy ; enfin, sur trois de ses plus grandee
■ NAPOLÉON BAT LE8 AUTaiCHIEXS. 323
KtntiteB et de ses plus larges et faciles abords, Paris, une B seconde fois, de ses barrières pouvait presque voir l'in-
■ vasion étrangère, le menacer de eea trois plus formidables Btétes. L'épouvante y régnait. Sa délivrance du côté de
■ Meaux, ce triomphe de Napoléon sur Bliicher, n'était ftplos aux yeux de ses habitants que l'héroïque mais inu-
■ dle et dernier effort d'un génie désespéré.
I Dans Champ-Anbert, autour même de l'Empereur, Bon se demandait ce qu'il allait faire. Allait-il, pour défen- ^^e l'Impératrice, son fils et son trône attaqués, réfcro- ■grader dans Paris ? Mais les trois grandes colonnes des ■alliés n'en étaient plus qu'à douze lieues, taudis que Krente lieues noua en séparaient. Ou bien, s'imitant lui- Hmëme, ira-t-il sur la Seiue, conune dans le bassin de la WJame, surprendre en flanc leur triple irruption ? Mais ^fauelle entreprise aventureuse ! Qui des siens, harassés de Rses qnatre victoires, pourra le suivre? D'ailleurs, quelle Boute choisir ? L'une, celle de Sézanne, celle-là même qui HpAvait jeté au milieu de l'attaque de la Marne, pourrait-] H^e le porter, dès le surlendemain, en travers de l'en*' J Knhissement de la Seine ? Ce chemin n'avait que quin Bfenee, mais il était défoncé, impraticable, et quelqu^fl HnillierB d'hommes, épuisés, apparaissant vers Provins 0 Hiogent, au milieu de la grande armée ennemie, suffi- K&ient-ils ?
m C'était doncune autre route, celle de Meanx à Guignes, deux fois plus longue il est vrai, mais bien ferrée, qu'il faudrait prendre, la meilleure, en pareil cas surtout, étant s courte. Celle-là, loin de l'amener sur îe flanc en-
nemi, le conduirait sur l'une des trois têtes de l'inyaBion; mais peut-être, en refoulant à l'improviste et violemment cette colonne, et passant rapidement sur ses débris. l'Empereur arriverait-il encore à temps pour surprendre en flanc lea dens autres.
Jusque-là. les cris de ses maréchaux abandonnés, les terreurs de Paris, rien ne l'avait détourné de son acharnement sur BlUcher. Au milieu des combats qu'il venait de livrer, assailli de tant de ciameurs, on l'avait va calme, demeurer ferme, et dans son appréciation du caractère de ses adversaires comme de l'ébranlement des siens, et dans ses calculs de temps, de liens, et même d'heures, Uais cette dernière iieure, celle du désastre entier de Bliicher, venait de sonner. Dès lors, donnant le signal, tonte la foudre de son génie se détourne sur la Seine ; et noua reconnûmes bientôt que là, comme sut la Marne, tout arait été préra, et tout préparé.
On était encore à cheva! et sous les armes à Champ- Aubeit ; le bruit du dernier coup porté par Marmont dans Etoges venait d'y retentir, quand soudain tout fait volte-face à la fois. Des officiera d'ordonnance partent à toute bride ; ils portent à Victor, à Oudinot. l'ordre de cesser de fuir, de reprendre l'offensive, eL de défendre Guignes à tout prix. Ils ont quitté l'Empereur, le 14 février au soir, à Charap-Aubert, et ils annoncent, quelque impossible que cela puisse paraître, que derrière ces maréchaux, dès le surlendemain, Napoléon débouchera par Cbaulnes avec sa Garde.
En même temps, l'Empereur envoie Tordre à Macdo-
nald de marcher sur Brie avec les huit mille hommes qu'il commande, et il laisse à Marmout et au due de Trérise la défease de l'Aisne et de la Marne.
Pour lui, malgré la quadruple lutte des Jours préciSdents, maigre la fatigue de la nuit de travail et du jour de comhat qui vient de finir, au milieu des ténèbres de cette seconde nuit sans sommeil, il part, quitte Champ- Aubert; il entraîne avec lui Ney, dix mille hommes et quarante canons ; il repasse sur les déhria de Bliicher, et ne s'arrête à Montmirail, quelques heures, que pour y expédier sur Paris les affaires accumulées dans ses portefeuilles pendant l'héroïque semaine, les milliers de prisonniers, les soixante-huit canons arrachés à Bliicher, et les bulletins qui doivent rassurer la capitale. Puis, continuant le lli février, ses canons en poste, son infanterie sur tous les chariots qu'on a pu réunir, sa cavalerie à marches forcées, il pounse sur Meaux, et, tournant à I gauche par Couilly et Fontenay, presque sans repos il I achève, le 16 février, en denx j ours seulement, vingt -neuf lieuM de marche !
Il déboucha, à la chute du jour, en vue de la grande route de Brie et de Guignes, et si k propos, qu'il arriva juste à temps pour dissiper les tirailleurs russes qui, repotBsant "Victor, s'interposaient déjà entre ce dernier village et celui de Ohaulnes, par lequel il avait annoncé qu'il accomplirait cette miraculeuse manœuvre,
Tout avait été si bien combiné, que, en ce même moment, Valmy et son corps, Treilhard et sa division arrivant d'Espagne le rejoignirent. Simultanément, et par
dca «rdns pucfli^ I
liiiiMiiiiiil.liiiiiiiiVifhiii.lriinliiiriiiUiiwl*Mi.
deoene 6aaiéfejî0t» Go^ho^ on- somme
■Ml 4nB BOW f^^wFT col^ne de twtaîïlr, cinqBBBte wBff
m Uanrisent lâmii autour de Onigoes dsna la naa
Ce flit slor* tin'am regarde des sieDs a grande « développa. Oo comprit qn'îl allait se précipita ceUt première tête de colocDe ennemie; la cnlboto; Kutg», tnir SofMU, Bray et HonteteiitL, d'où » rêvera le« denx yiitrea, il Bnrprendrait kars eorpe, disp«nâi tor Ië« deax rives de Is Heine et devant l'Yoniie, comme il veiuiit d'anéantir œm de l'armée de SiléBie, entre Le Morin et la Marne,
Poartanl, rien n'était décidé; on n'avait aojnis, par tant de comltals glorieux, par c«tte dernière marche et mtte réanioii merveilleuse, que la possibilité de corobattri! encore. Bt d'alxprd, comme l'arrivée dans Bercy des grande paroi el des équipages des maréchaux avait eSnjé ['aria, des courriers y furent exr»édics d'heure eu heures II» y portèrent l'espoir ! Depuis Charenton jusque dans les faubourgs, une foule empressée et joyeuse les accompagna.
Dans cette m^me soirée du 16, de Guignes, et vers les trois routes par lesquelles on avait fui, vingt ordres d'attaque partirent du Quartier Impérial. La nuit, qui s'sviinçait, ne suspendit rien autour de Napoléon ; le village impérial, les champs, les ténèbres qui l'envù-onnaient, 86 remplirent de mouvements. On eût dit qu'une vie non-
KAPOLÉON BAT LES AUTRICHIFS9. 3-27
velle y circnîiiit, que tous les chemina en étaient animés! De nombreuses colonnes de touteg armes, lea couvrirent ; elles défilèrent, sans discontinuer, an traders des ombres. Leurs têtes, qui se port.aient toutes en avant, en sedéployant but plusieurs directiona ; les feux, qui bientfit s'allumèrent et qui, sur plusîeura lignes ioniques et redoublées, éclairèrent la plaine, toat annonçait aux soldats qu'un grand combat se préparait, car tels sont les préliminaires des batailles. Déjà le roulement des canons, ce grand rassemblement, tons c«a bruits de guerre, les cscitaient: et, quand ils eurent pris position, la présence annoncée de l'Empereur et les récits de nos gloires de la Marne les éleetrisèrent. Le 16, ils reculaient consternés; mais, quand, le 17, le jour reparut, il montra Icura aigles relevées, leurs visages fiers, et dans leurs yeux, brillant d'audace, l'espoir de sauver, de venger du moins la Patrie, renaissant encore 1
Peut-être m'iirrôtai-je trop à ces souvenirs; mais c'étaient nos derniers élans d'ardeur, nos derniers efforts victorieux ! ils ont illustré nos malheurs, ils retardèrent l'aBservissement de ia France, et, si je me plais trop k les retracer, qne, du moins, ceux des nôtres qui lea liront me le pardonnent !
II y eut à peine quelques heures de repos ou plutôt de halte sous les armes ; encore l'Empereur les employa-t-il ■ à donner cent ordi'es de détail. II cherchait à tirer parti I de tout ; il usait de toute espèce de ressources. La veille, I sur le chemin qu'il parcourait si rapidement, des ohe- I Taux de ronliers, attelés St un grand convoi de farine, croi-
328 MÉMOIEKS DTS AIDE DE CAMP.
sèi^nt ea marche ; ses canons, i|ni le eoivatent en poète, en allaient manquer ; il appela Laplace, son officier d'ordonnance, le fit* do savant célèbre, et, lui remettant cent mille francs en or, il lui ordonna d'acheter ces chevaux à tout prix, et de les distribuer aossitôt k l'artillerie de sa Garde. Dans notre cpaieement, nos canons surtout le préoccupaient. C'était, à l'appni de tant de recrues, une élit« impassible, inébranlable, et sa plus solide réserve.
Le jour revenu, il monta au clocher de Guignes, et, du bout du fourreau de son êpée en ayant fait sauter quelques ardoises, il plongea ses regards dans la plaine. Anssittit après, tout s'ébranla : et bientôt, vers Péqueux, les premiers coups de feu commencèrent. Il n'y eut alors qu'un cri : Voilà donc enfin la bataille ! et l'Empereur, le plus impatient de tous, ordonna le déploiement de ses colonnes. Mais, au premier coup d'œil que lui et le général ennemi jetèrent l'un sur l'autre, ils s'aperçurent : lui, qn'il n'avait en face qu'une avant-garde ; et Pahlen, qu'une armée entière s'apprêtait à le combattre. Le Eusse, à cet aspect, recula, mais sans perdi'e contenance. Sea donze canons, ses quatre mille fantassins, ses deux mille chevaux, il les couvrit de Mormant, d'une nuée de tirailleurs, et, se mettant en retraite, il ploya en caiTés ses bataillons.
De son côté, l'Empereur, mécontent de n'avoir atteint qu'on si iâible corps, voulut du moins s'en saisir. E le fit pousser de front par Géi^ard, déborda ses flancs, lui enleva ses tirailleurs, et, le \'oyant, vers Grand-Puits, près de lui échapper, il appela Drouot avec treote-six
KAPOLÊON BAT LES AïrTRtCHIENS. 3Î9
ces de sa Garde. On vit alors, avec ce m^rne général mêmes canoiie, qui, l'avant- veille, à trente-deuxles de là, enfonçaient l'infanterie prussienne sur la I route de Châlons, transportés, comme par enchantement, l-Bnr celle de Troyes, accourir au grand trot et y foudra- ■ ■yer de même l'infanterie russe ! En vain, Pahlen implora I te seconra de Hardegg et des Bavarois et Autrichiens, ft qui, de Nangîs, voyaient sa détresse ; on l'alMindanna ! ftlSes carrés, que sa cavalerie, rompue par la nôtre, décon- I trit, ébranlés, criblés de mitraille, furent chargés à leur litoor. Valmy, Milhaud et Subervîc les achevèrent. Un ■seul bataillon tenta d'échapper : il se jeta dans le marais |i.d'Ancœnr: mais là, enveloppé par les dragons de |.Treilhard, il rendit les armes.
On laissa derrière soi ces douze canons, leurs cinquante ■iCsifisons, ces quatre mille prisonniers, et poursuivant, Bfépée aui reins, Fabien désespéré que ses escadrons en- B^slaaient, on le culbuta sur Hardegg, an travers de ÎTangis, d'où ces colonnes, renversées l'une aur l'autre, ta'échappèrent sur plusieurs directions.
Il était une heure. Déjà cinq lieues de marche, en
ïombattant, étaient faites, uu succès remporté, et Nan-
■ ; Nangis, nœnd des trois routes qui, par Mon-
I, Bray et Nogent, convergent aur Troyea et traver-
a Seine. De ce sommet. Napoléon s'informa ; il con-
a ces trois directions, et son choix fut lait à l'ins-
, même. Wittgenstein et ses Russes reculaient par
; Wrede et ses Bavarois, sur Bray ; l'Empereur se
Seontenta de pousser sur ces directions ies ducs de Reggio
et de Tftrente, prévoyant que, sans équipage de pont, nu plus grand effort de ce côté serait inutile.
Mais cet eiFort, au contraire tout, fi Jlontercan, le favoriserait : la proximité de cette ville, les deux aborda de ces ponta que domine rin plateau élevé, celai de Surville, plateau qui commande la Seine et l'Yonne, C'était donc de ces trois débouchés le seul dont en pouvait prompteraent se saisir, et d'où, poussant vers Troyes, on ouvrirait à Macdonald et à Oudinot les deux autres passages.
Bien plus, sur cette rive droite de la Seine, l'avantgarde wurtembergoise avait été aventurée jusqu'à Melun, et sur l'autre rive, par delà l'Yonne et jusqu'à Fontainebleau, Blanchi et l'aile gauche Autrichienne. H fallait donc courir, sai^ hésiter, sur Montereau, l'enlever, franchir ce passage, et, y ressaisissant à la ibis la Seine et l'Yonne, y couper à ces deux autres fcêtes de rinvasiou tonte retraite. Mais il n'y avait pas une heure à perdre, et, pour arriver à temps, cette trouée devait être faite à l'instant môme. Qnelle qne fût la rapidité audacieuse de cette manœuvre, Napoléon, après le grand exemple que, sur la Mai-ne, il venait de donner lui-même, avait droit de l'exiger de Victor et des troupes fraîches encore de ce maréchal. Ceci, pour ce qui va suivre, ne doit point être oublié.
Eu conséquence, l'Emperenr pousse aussitôt de Nangîs par Villeneuve et Salins, Victor, Gérard et onze mille hommes. En même temps, de Melun, par le Ch&tolet, Panfou et Valence, Pajol, Pacthod et six mille
inçanb, occuperont l'avant-garde t à lui, avec Ney et dix mille hommes, que la fati- 3 trente-cinq lieuea de marche coneécutive retient s'y tiendra prêt à suivre Victor, et, s'il à le soutenir. L'armée ennemie est en retraite I, et, contre le corps wiirtembergeoie diviaé, a corps autrichien, que doit couper cette atta- B et qu'Allis contient vers FoutaineLlean avec cinq e hommes, cea vingt-sept mille hommes doivent suf- 1. De là une marche rapide de Napoléon sur Troyes, à À|^aelle se réaniront, chemin faisant, Macdonald par ly, Oodinot par Nogent, et que suivront Nansouty, et dix mille chevaux, rappelés de Montmirail, Binera Schwartzenberg, et lui arrachera peut-être la cCoire.
e fut sa pensée ; l'exécution en fut différente. >'abord les premiers pas de Victor furent rapides, à trois lieues de Nangis, à moitié chemin de Mon- , à ViUenenve, Hardegg' et le Bavarois Lamotte, ÎB, l'arrêtèrent. Gérard étixit en tête, l'attaque fut e et Villeneuve emporté à la baïonnette ; mais, pen- ;t que Gérard s'étendait à ganche pour couper an Ba- 1 sa retraite sur Wrede et Bray par Dounemarie, B premier succès, mal soutenu par un de nos généraux fecaTalerie. puis ressaisi par nne charge hardie de Borîonlle, fut, ilit-on, suivi tardivement par tout le reste. D'autre part,Gérard,surie flanc de Lamotte, commençait à Ini porter un coup décisif, loreque, plusieurs fois ■■ffipelé dans ilontigny par Victor, il se vit forcé de
Saa MEMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
lâcher prise. Ce roaréchtil, en retenant Gérard d'un côté, s'arrêta de l'antre, An liea de pousser rapidement sur Montereau, il ne dépassa point Salins, en dépit des ordres qn'il avait reçus, et quoique l'une de ses avantgardes, arrivée sans obstacle jusqu'à Survfile, eût dû réclaircr sur la facilité d'y obéir.
En ce même moment, Napoléon, dans sa sollicitude, venait, par un antre chemin, de pousser Mortemart et deux escadrons de sa trarde sur Montereau. A l'approche imprévue de cette reconnaissance, tous les symptômes d'une déroute s'étaient manifestés dans cette ville. Deux heures d'efforts de plus de Victor eussent donc enlevé ce passage dans la soirée même.
Le rapport de Mortemart et la nouvelle de la halte intempestive du duc de Beliune arrivèrent à la fois à l'Empereur. Son irritation fut violente. « C'était, s'écria- « t-il, le trop commode quartier de Salins qui avait ar- « rêté ce maréchal! C'étaient nos revers qui a™ent « changé dans son lieutenant, en timidité, son ancienne « audace ! » Néanmoins, songeant, sans doute, que la fatigue de neuf lieues de marche et de combats était une excuse, de vifs reproches et l'ordre impérieux d'enlever Montereau, dès le point du jour suivant, sutfirent à son impatience.
Il en fut d'aillears distrait par tia incident qui flatta son espoir. Un parlementaire venait de se présenter à nos avant-postes : c'était le comte de Parr. Schwartzeuherg demandait un armistice ! On ne sait si ce fut, du côté de l'Autriche, un retour à une politique plus pater-
iUe, un accès de dêcouragemeut, ou bien aue rose de
i. Quant à Napoléon, il semble n'en pins donber : h
H yeux, la Coalition est ébranlée ! Dans l'éulat des qua-
e coups de foudre dont il a écrasé Blucher, l'Autriche
ient de reconnaître sou Étoile ; dans son retour magi-
pe, et déjà victoriens sur la Seine, elle croit revoir tout
itier au sein de la France, le Héros de l'Italie. 8a veine
: est ressaisie ! Aussitôt, poussant dans cette
[oie, il méie à la guerre la politique : c'est vera son
i-père que tous ses efforts se dirigent. Une lettre,
oie la dictée à l'Impératrice, achèvera de tou-
r le cœur de ce monarque. Il croit qu'un appel à des
Intérêts communs, et à traiter directement l'un avec
!, pourra réussir. Napoléon espère échapper à l'o-
ï Congrès ! Dans le conseil de régence, le ministre
; seul avait opiné contre les propositions reçues à
; et lui, qui succombera plutôt que de s'y sou-
re, redevenu victorieux, non seulement il s'indigne
B que jamais de ces conditions, mais c'est à son tour
H qui veut en dicter !
t Dans cette chaleur, tont« d'espoir, animé par son mé- Wtentemenb de Victor, par l'épouvante qu'il suppose à % Coalition, il dicte pour son plénipotentiaire l'instrucn suivante :
Nangis, le 17 février 1814.
; Monsieur le duL' de Vicence, je vous ai donné carte Kt blanche pour sauver Paris et éviter une bataille qui
a était la demièi'e espérance de la Nation. La bataille a « ea lien, la Providence a béni nos armes! J'ai fait •( trente à quarante mille prisonniers; j'ai pris deux « cents pièces de canon, nn grand nombre de généranx, « et détruit plusieurs armées sans presque coup férir. « J'ai entamé hier l'armée du prince de Sehwartzenberg, « que j'espère détruire avant qu'elle iiit dépassé noa « frontières. Votre attitude doit être la même :tous de- « vez tout faire pour la paix. Mais mon intention est « que YOUB ne signiez rien sans ordre, parce que seul je « connais ma position. En général, je ne désire qu'une (t paix solide et honorable, et elle ne peut être telle que (t snr les bases proposées à Francfort. Si les alliés enst sent accepté vos propositions le 9, il n'y aurait pas eu tt de bataille ; je n'aurais pas couru les chances de la a fortune, dans le moment où le moindre insuccès périt dait la France. Enfin je n'aurais pas connu le secret de il leur faiblesse. Il est juste que, en retour, j'aie les it avantages des chances qui' ont tourné pour moi. Je
< veux la pais ; mais ce n'en aérait pas une, celle qui î imposerait à la France des conditions plus htimilianï tes que les bases de Francfort. Ma position est certai- ( neraent plus avantageuse qu'à l'époque oii les alliéfl t étaient à Francfort. Ils pouvaient me braver : je nV ( vais obtenu aucun avantage sur eux, et ils étaïest
< loin de mon territoire. Aujourd'hui, c'est tout diffô- ( rent. J'ai eu d'immenaes avantages sur eux, et des 1 avantages tels, qu'une carrière militaire de vingt £ années, et de quelque illustration, n'en présente pas
Bt de pareils. Je suis prêt h cesser les hostilités, et à Ht laisser les ennemis rentrer tranquîHemenb chez ens, mût s'ils signent les préliminaireB hast^s sur les praposi- Hl tiona de Francfort. La mauvaise foi de l'eniiemi et Hk la violation des engagements les plus sacrés mettent ^Êê seuls des dékis entre nous, et noue sommes si près, ^E que, si l'ennemi vous laisse correspondre avec moi di- Bif rectemont, en vingt-quatre heures on peut avoir ré- H^ ponse aux dépêches. Cailleurs, je vais me rapprocher Hfe davantage.
K| < Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et ^w digne garde, s
V En ce moment, Pajol, jadis aide de campdeKIéber, et ^potit la bravoure dévouée avait eofin vaiuca la loiigae et Bfléfiante prévention de l'Empereur, était accouru de Me- Bna prendre ses ordres. Napoléon l'accuelUit bien. Il ftpoulut que le lendemain, par Le Châtelet, et dès sept HhRireB du matin, une vive attaque de ce général occupât ^B. retînt devant lui l'arrière -garde wurtemhergeoise. ^EQu'H ne s'épargne point ! Qu'il soit certain d'un succès K^ brillant I A la même heure, l'irruption de Victor sur Hi- Montereau lui en répond, »
l L'Empereur n'en doutait pas. Comment croire que pour la seconde fois, que presque sous ses yeux, Victor négligerait de lui obéir? (comment supposer que, après une faute et les violenta reproches qu'elle lui avait attirés, qu'enfin, avec Tordre et l'occasion de la réparer, dès le jonr suivant il la recommencerait?
. Le 18 février, à sept heures du matin, plein de cette
confiftuce, Napoléon s'avançait à cheval sur les traces de Victor. L'esprit et l'oreille tendus vers Montereau, il écoutait, s'étonnant déjà de ne rien entendre. Cependant des cDQps sourds et lointains lai aanonçoleot que Pajol était aux prises. Dès lors pourquoi ce silence de Victor ? Nenf heures vinrent, et l'Emperenr apprit que ce maréchal n'avait point attaqué encore !
On n'avait pu lui cacher que, la veille an soir, sur le lieu même oii U se trouvait en ce moment, deux des canons d'une batterie de sa Oarde, attachée à la diviaioa Gujot, surpris sans escorte par des Cosaques, avaient été enlevés. L'extrême lassilnde de nos cavaliers, qui s'étaient hâtés à l'approche du logement et avaient devancé leur batterie, leur ignorance de la présence de l'ennemi, étaient des excuses ; mais l'Empereur n'en admit aucune. Malgré les nouveaux faits d'armes de Gujot sur lu Marne, malgré le mérite de cet offitier. l'un des pins fidèles et des plus solides généraux de la (!arde, son emportement fut extrême. Il a été, il sera cite, on ne peut le taire, il faut l'expliquer. Il faut dire que, depuis la veille, tout ce qu'il avait appris de ce c6te l'irritait. C'était, pendant son absence : la Dcgligeute déreuse du pont de Bray ; l'abandon des approches de Fontainebleau ; un comliat mal engagé, le 13, vere Luisetaines; la fuite de nos pai-cs de réserve jusqu'à Bercy ; enfin un découragement général ! Depuis son retour sur la Seine, c'était la faute de l'un des chefs de notre cavalerie, qui, la Teille, avait sur ce point manqué l'occaeiou, faute qu'on aurait pu lui taire ; c'était encore, et surtout, celle de Victor 1
NAPOLÉON BAT LES AnTElCHIENB. 337
' On l'a d'ailleurs va, à nieeure que ses soldats d'élite inuaienfc, il tenait d'autant plus à ses canons. Ajoutez le, dans cet instant critiqae, sa puissance d'opinion, Rtolée en Russie, terrassée L Lcipsick, presque détraite îrienne, mais ressaisie sur la Marne, était son dernier ; le moindre accident pouvait la lui arracher sans [our. L'orgueil enfin des succès surhumains que luittine venait d'accomplir le rendait plus exigeant. [■ Quoi qn'il en soit, TEmperear, ainsi disposé, arriait à la hauteur de Villeneuve, lorsque, rencontrant la tevision Gnyot et sa batterie mutilée, il s'aiTêta, mit pied Pterre, et, marchant avec agitation, il fit appeler ce gêfal. Dès qu'il l'aperçut, il éclata ! « C'est donc vous qui P vous laissez enlever votre artillerie ?... Non, monsieur, [ il n'y a point d'excuses ! Nos canons, c'est le rempart, t le salut du pays, l'honneur de l'armée ! En les jierdant [ on perd l'honneur. Tout leur doit être sacrifié. Est-ce t & ma Garde à l'ignorer ? Pourquoi serait-elle donc ma i Garde? > Alors, sa colère, comme un embrasement, xloublant de violence au milieu de cet ouragan de parole il saisit à deux mains son chapeau et le lança à terre B'écriant : t Qn'il lui fallait un autre général ! Qu'on f appel&t Exelmaus ! i Et, malgré les refus de celui-ci, fie fit à l'instant même reconnaître en tête de cette divi-
u de sa Ctarde.
f C'était certes l)eauconp trop de rigueur pour une nég^ence ; il ne tarda point à le sentir. Ainsi qu'il arrive reveEt, quand eon mécontentement avait eu raison, sa eut tort ; et, dès ce moment, l'excuse dont le
sus ilÉMOIEEa D'UN AIDE DE CAMP.
8eT'\*iteur avait en besoin devint le besoin du maître.
Ati reste, ce qui suivit fait lionnettr à l'un et à l'autre : Guyot diîvora son affront ; il plaignit son Chef plus que lui-même : trop bon Français, trop attaché à Napoléon pour l'abaudonner daus sa détresse, il demecra ; d'autre part, si le regret de l'Emperenr resta muet, ses actions l'exprimèrent. Confiant dans la noble résignation de ce général, il le rapprocha de lui. Il le nomma commandant des quatre escadrons de service près de sa personne. C'était lui confier sa vie elle-même.
On ven'a qu'il j avait eu dn calcul dans cet emportement de l'Empereur, qu'il avait nn but, qu'il ne devait piont s'arrêter là, qne Guyot n'en était pas le véritable objet, qu'il s'y était rencontré par un matheureus hasard, et que d'antres surtout y devaient être sacrifiés. Eu effet, ce jour entier i'tait destiné à la colère. La unit ne la calma point : le jour suivant, il voulut même, en quelque aorte, en dresser acte et la, proclamer ; ce fut un système.
Napoléon venait de remonter à cheval au bruit dn canon de Victor, qui enfin se faisait entendre, mais faible, sans s'éloigner, et n'annonçant rien de décisif. Montereau n'était donc pas encore en notre pouvoir! L'Empereur envoyait officier sur officier presser l'attaque, comptant les instants, et voyant s'échapper l'occasion. A chaque minute, son irritation croissait. Bientôt des rapports successifs l'augmentèrent.
Il apprend d'alioi-d que, vers neuf heures, la division Château, poussée seule do Forges dans Villaron, en a été culbutée ; puis, qu'une heure plus tard, Ttubesme, à son
Ëour, renouvelant le même effort, a été repoussé ; qu'enfin, 6 midi et demi seulemeiit, le corps de Gérard, déboulant pfir la route deNangia, est entré eu ligne. L'Einpe- F ne peut concevoir ce défaut d'ensemble. Ce qni lui t évident, c'est que le combat, mal engagé, se prolonge ; t que la retraite des corps ennemis, aventurés dans [elnn et Fontainebleau, et que devait couper cette ma- 3, doit raalheureuaenient s'être opérée, et que, en ce hpment même, ils lui échappent ! Ainsi, à )a halte pré- Ifflturée de la veille, Victor a joint la lenteur coupable i l'attaque de ce jour, et à cette seconde faute une le, des efforts partiels, successifs, se faisant ainsi e en détail.
KS'autrc part, l'intrépide Pajol, fidèle à ses instructions,
!b que, à sept heures, l'attaque de Victor n'a point se-
1 TU ses canons brisés et ses conscrits déchirés
t la mitraille d'un ennemi trop supérieur eu nombre. Il
H point reculé, il tient toujours tête, mais il a déjà perdu
B mille hommes.
iJJora, le dépit de Napoléon monte à son comble. A sa
ïbrèveet cassante, le général Dejeau part rapidement;
Lqnelque adoucie que soit la forme dont cet aide de camp
ifforoe d'envelopper l'ordre qu'il porte, Victor, au mi-
1 du combat, apprend, à la tète de son corps d'armée,
1 l'Empereur lui en ôte le commandement, ((u'il le
e au général G-érard, et quant à lui-même, qu'il doit
instant se retirer.
LOe maréchal reçut d'abord froidement cette dégrada-
[ Ceci, dit-il en se retournant vers s
3M MÈXOaSS DTS AU» DU CAXP.
« B'(9iqaelk«aitedel>k<bedliHriamr. » &flat-4 bat m wadre mi Qmi Ik i Iwpéndl, Iwjw. ifriii OMp «r cnop, et par qatfie oBoen JiBâcut^ o
die hn fat répété dans de Utb tenoes, qa'S >*«■■ |j ikiuciuu, ni m ftéreata devant y^wiéw, et quHi doam le cfaMirp de latanif
Dès Ion, toot dianga d'aapecL H s'^nnît jaiyie-lâ, d'an combat 4*811111016 ; «Hé dn | Wartcmbetgr. snpérienre à la oAtre, noue ccxhi nue yiiwu'*^ inégale, Gôard jeta pnHi|itemedt] rante pîècfs de sa réaore. Âmâblft Tavuitage notre flMé ; Yinhntan wmtanbetgeaiK acoon fea ponr l'éteindre, DNÛB 6éiard,ré[iécàlaiB«Bet geam Ini-nifiiie, la repome. Im tête de la coknne B^p6riaU parut aîim. Il àait décinre atu jottrs des combats dîqiatea, et, à qne de l'année, heure d'à-propcs pour les ilsgim». Ov forent deux balaîDoas de gendanDerie d'aile qui rannon* cèrent : ik se joi^ireot â Dahesme , « , la bajoBoMte en avant, se mant dans VîQaron, ils s'j éubliieU, Oès ce moment, le prince de Wartembei^, efiayé de cette apparitioR, ne songea plus qa'à la retraite.
Il n'était pins temps. Pendant qn'il vent y ordre, l'Empereur, portant &es batteries de doo» anr I9 plateau de Sorville, l'aborde en &oe ; il le poofae^ il le précipite danf< le défilé étroit et profond que le Prinoa avait à doe, et qne trop longtemps il avait osé défendte. An même moment, à sa ganche par la roote de XangÎB à sa drgite par «Ue de Mclnu. l'habile Gérard d'une part,
NAPOLÉON BAT LE3 ADTRICHIEHS. 2il
Pajol, sa CBTalerie, la garde nationale bretonne de l'autre, et des gendarmes à pied, que guide Delort, refoulent les deux ailée de reouemi sur son centre. On les vit alore, I du sommet du plateau de Surville, se partager en deux longaes et épaisses traînées de fa^'ards ; elles s'engageaient dans les deux faubourgs et s'y entassèrent. Ce fut surtout ^& la culée des deux ponts, que ces deux colonnes, se rejoit^ant, s'accumnlèreut. Les renforts, qui, de l'autre rive, ,se présentèrent à l'issue de ce défilé, en augmentaient I l'encombrement. Pendant que Duhesme, Gérard et Char teau manœuvrent contre leur arrière-garde, les pentes de , SnrviUe se couvi'ent, de plus en plus, de nos canons ; leurs ;fens convergent et plongent sur ces masses de fuyards ; lïenr mitraille, qui n'entend pas les cris de grâce, rebondiasant sur les pavés, ricochant contre les murailles, traverse, de part eu part, cette cohue de désespérés, qu'elle .ûtible et sillonne en tous sens,
C'était l'Empereur lui-même qui dirigeait ces feux, et, j-eomme l'inexpérience des canonnière les exposait, il leur tîndiqnait la manière. On le vit même descendre de che- -'TOl, et pointer plusieurs fois les pièces ! Il fit taire celles 1 de l'ennemi, qui tiraient encore de r.i,utre rnc. Nos ar- Xillenrs avaient d'abord murmuré du danger auquel il 's'exposait : ils l'avaient conjuré de s'oloigner. liais lui : ■i< Allez, mes amis, leur avait-il répondu gaiement, ne ' * craignez rien! Le boulet qui me tuera est encore loin « d'être fondu. »
Cependant les Wurtembergeois n'ctaieut pas au bout de leur désastre. Poursuivis par tous les feux de la guerre,
>lËMOIltE3. — T. 111. 14
243 MÉMOIBES D'UN AIDE DE CiMP.
une antre guerre, survenaDt, éclata eurienre têtes. Les habitants de Montereau avaient été opprimés sana raesEre ; leur exaspération, jusque-là comprimée, se déchaîna tout à coup et de toutes parts. Les uns, accourant joindre noa colonnes d'attaijue, s'offrent pour guides; d'autres, de tout ce qu'ils trouvent soub leurs mains, des fusils des vaincus, des tuiles de leurs maisons, de leurs meubles les ploa pesants, se font des armes. La plupart, montés sur leurs toits, embusqués derrière leurs contrevents, font pleuvoir tous les genres de mort sur la foule éperdue de leurs oppresseurs. Il n'y eut point de pitié pour les blessés même ; la ville entière fut transformée en un champ de carnage I
Ces Wurtembergeois, noa aUiés d'hier, et devenus anbitement nos ennemis les plus cruels, méritaient leur malheur: il fut complet! Leur arrière-garde, forte de cinq mille hommes, couvrait encore les aborda des faubourgs, lorsque, à la droite et à la gauche de î'Emperenr, on dernier, un double et vigoureux effort, où tombèrent l'nn mort, les autres blessés, trois de nos chefs les plus vaillants, termina tout : à gauche, ce fut Château ; à droite, Pajol et Delort. Les deus premiers, l'nn par le chemin de Nangis, l'autre par celui de Melun, fondirent, tête baissée, sur tout ce qui tenait encore. Hors du faubourg plusieurs bataillons, crevés et dépassés par Pajol, mirent bas les armes. Dans les faubourgs, la résistance inerte de la foule pressée des fuyards qui jetaient leurs fusils, n'arrêta point cette double charge : Château la perça de ses baïonnettes ; Pajol, le 7°' de chasseurs eu tfite, les
SAPOLEON BAT LES AUTRICHIBNrJ. 213
iorasa sous les pieds de ses chevaux et à coups de sabre. Ces deux cliefs, se faisant ua jour rapide et sanglant J18 cet entassement de vaincus, poussèrent droit aux ints. Celui de la Seine était miné. Une brigade eune- Itaie, postée sur l'autre bord, le défendait, A la vue des lôtres, la fusillade et la mine éclatèrent. Ch&ceau en pKt renversé mortellement ; !e cheval de Pajol, abattu snr ^ et Delort, blesse. Mais ces deux derniers chefs, qne Hitint à propos Du Coëtloaqnet, se relevant au milieu des Jies et de la fumée de l'explosion, continuèrent. La fljoine avait fusé ; un entonnoir sur clef fut son seul effet. e pont français avait résisté : il noua livra passage. Les ^érau;: ennemis, qui l'avaient défendu, n'eurent pas le mpB de fuir ; l'un fut pris, l'autre tué, la ville et le fleuve «nquis, et le prince de Wurtemberg et Bianchi disparurent, l'un remontant la Seine, l'autre, l'Yonne. Ils laissaient entre nos mains six canons, quatre drasanx, six mille morts ou prisonniers. Maisles lenteurs du fâébnt de cette journée nous avaient coûté un général taé, deux autres blessés, et quatre mille hommes. En ce même jour, 18 février, les ducs de Tarente et l'de Beggio rejetaient Wrede dans Bray, et Wittgenstein Uns Nogent. Une multitude de traîneursetde bagages, D parc entier, restèrent entre leurs mains. La fuite des lavarois et de ce Eusse fut si rapide, que les tables préées pour eux, tontes chaudes encore, et couronnées de iiiers, selon leur usage, servirent aux dîners de nos ichsux.
[ Pourtant, et comme l'Empereur l'avait prévu, le pas-
Bage de la Seine, disputé sur ces deux pointa, fut jugé impraticable. Il fallut, pour l'effectuer, que ces deux corps ae résignassent a, une contre-marche sor Monterean, ce qui, avec la fatigue des troupes et une réorganisation devenue nécessaire, explique le séjour de Napoléon dans Sur ville.
Il n'était d'ailleurs plus temps de se hâter. L'avantgarde autrichienne, engagée dans la forêt de Fontainebleau, s'en était retirée. Il n'y avait doue plus à mordre dans le Sonc ennemi au delà de Montereau, mais seulement sur sa retraite. Nos troupes légères s'y étaient attachées, elles suffisaient. C'est pourquoi Napoléon ne repartit de Surville que le surlendemain 20 février.
Mais ce mécompte et la vue de tant de sang français, que l'on eût pu épargner, le révoltaient. La raort de Chtlteau, la chute de Pajol, dont les anciennes blessures s'étaient rouvertes, réchauffement enfin de cette lutte meurtrière, l'avaient aigri. Un autre incident, une grave négligence, ravivait son irritation, commencée la veille par le rapport de Morteraart : au plus fort de ce combat d'artiilerie, les munitions avaient manqué !
De fâcheuses nouvelles lui gâtaient aussi sa victoire. Tandis qu'Épernay avait vaillamment résisté, Reims avait fléchi. Derrière Marmont, à qui la Marne était confiée, Montmirail avait été ressaisi par dou^e mille Russes. Devant Mortier, qui défendait l'Aisne et l'Oise, Euac» venait d'être tué, et Soisaons enlevé par une nouvelle armée de vingt-cinq mille ennemis. Winzingerode la cooimandait. C'était ce même Allemand devenu Russe,
NAPOLÉON BAT LES AOTRICHIENB. 2ii
r Mortier dans Moscou en lftl2, repria ensuite par Tchemicheff, et qui, pendant sa captivité, avait été offensé par de ai rudea menaces. Ainsi les têtes de l'Hydre, à peine abattues, renaissaient !
Parmi nous, c'était pire encore. Des symptômes de dissolntion commençaient : ceux de l'affaiblissemeat de l'autorité impériale, dans Faria même. Plngieui-s ordres de l'Empereur avaient été inexécutés ! Aux yeus du plus grand nombre sa constance à repousser une paix honteuse. Était traitée d'obstination à n'abandonner aucune de ses conquêtes. Enfin une triste réciprocité de défiance s'était montrée. Il apprenait qu'il venait d'être impossible de faire sortir la garde nationale hora des barrières pour escorter, de Meaux à Paris, les prisonniers, et laisser nos ioldats disponibles. Dans cet ordre, pourtant ai convemble, cette garde parisienne, quoique déclarée sédentaire, ; cm voir un moyen de recrutement pour l'armée e : a On vonlait, s'écriait-elle, l'entraîner sur les I champs de bataille, et, comme les cohortes de 1793, la t sacrifier à une ambition sans mesure ! »
Bien pins, dans plusieurs de ses généraux l'Empereur
A oru reconnaître la fatigue, le dégoût d'une carrière sans
terme, et que, rassasiés de dangers, ce n'était plus que
F "comme des préliminaires d'nne paix indispensable qu'ils
I acceptaient les périls et les joies de la victoire.
Mais ici, qu'ajouterais- je au récit dn témoin le plus intime des soucieuses préoccupations de notre chef? t Tandis que nos succès, dit-il, réjonissent la constance t iniatigable des soldats, redoublent l'ardeur civique des
MÉMOIRES DTS AIDE DE C.iilP.
a habitante des campagnes, et portent jn^tja'à l'exaltabioa € le dévonemenl de nos jennes officiers, il remarque avec < inquiétude qu'un retour d'espérance n'a pas encore pé-
f aétré dans k cœur des chefs de l'année et ilearea-
H sent toute Tamertume (1 1 ! s
Elle ne tarda pas àéclater. La naît était teane. Senl,et reufenné dans le grand appartement du chàteaa de Sar- TîUe, dont la commotion produite par lu batterie de dooxe, seirie par lui-même, avait brisé toutes les vitres, il le parcourait avec agitation ; sou air était sombre ; l'éniotion dn champ de bataille l'y avait suivi. On eût pu cnin qu'il allait ordonner et combattre encore ; mais à c^te exclamation : < On ne m'obétt plus ! On ne me crunt 1 pltta ! Il faudrait que je fusse partout à la fois, > on vit bien que l'orage, prêt à ee déclarer, grondait contre lee siens.
En effet, le dépit dont il était plein déborda bientôt en ordres sévères. Le premier atteignit 'SI...., qa'ilaccnsait de la perte, sans combat, de Fontainebleau; nn second, le général d'artillerie à qni les munitions Tenais de manquer- Le troisième anathématisa les généraox qni, dans SoisBons, araient survécu au brave Rnsca. II ronhit que tous fussent traduite devant des conseils de gaerre; et anssitôt, jugeant d'avance dans le bulletin qn'il dîcbt rapidement, il stigmatisa le découragement des une, càù des villes comme des individus, et exalta le dévouement io&tjgable des antres. Un certain désordre, qu'on a re-
fi> F»û
irqué dans cette proclamation, atteste l'irritatiou qui
ispira, Mais, comme il entrait àa calcul dans toutes
actions, même les plus passioDuéea, tout, dans
« dictée de colère, tend à un but, celui d'exciter par
r ou la crainte, et de montrer ce qu'il attendait de
a reste, il en fut de cet emportement comme de la
art de ses colèrcB : l'effet produit, il s'en tint aux
macea. Mais, il en faut convenir, si de pareilles incri-
inations publiques n'étaient pas toutes méritées, ai,
1 moins pour quelques-uns, la part des circonstances
t pas été appréciée suffisamment, qu'était-ce que
e clémence pour les peines matériellea, après les dou-
E morales que ces publications venaient d'infliger ?
renr avait, sans doute, raisou de s'écrier ;
[ Qu'il fallait donc qu'il fût partout à la fois I Que par-
I tout où il n'était pas tout allait mal ! li Mais il eût
u ajouter : partout où l'effet desa présence ne décuplait
i forces trop insulBsantes, et ne frappait pas de
temation nos adversaires ! Or, c'était là justement ce
, dû être à ses yeux une excuse suffisante pour
3s nôtres qui, loin de lui, à la tête de quelques re-
is ou de populations effrayées, se trouvaient frappés
l'impuissance.
[ Toutefois, quant à Victor, on s'accorde à dire que w, tolère ne fut point injuste, et à en louer l'apaisement. e maréchal, dans le premier dépit de sa disgrâce, avait internent affecté une singulière indifférence ; mais la mtoire de Montereau, remportée sans lui, avait dompté
itS ^ESOISËS D'CK AIDE DE CAUP.
ea révolte. Des lors, pénétrant jusqu'à l'Empereur, il osa venir, les larmes anx yenx, reclamer contre une réprobation désormais pour lai si cruelle. Je laisse encore ici parler ce témoin sincère, cet ami dont je me plais à mêler les récits à mes souvenirs.
a A la vue de Victor qu'il repousse, un cri d'indignation * échappe à Napoléon. 11 l'apostrophe avec emportement.
< Qne Ini veut-il ? Qn'a-t-il à faire à l'armée ? La seule ( place qui lui convienne est nus Invalides ! Et s
■ champ, mille imprécations de déconr^ementebd'inca- « pacité jaillissent, à âota pressés, de sa boii<!lie. Dans ce
< débordement des douleurs dont son âme est pleiue, une « foule de griefs, cachés jusqne-Ià, apparurent. Il lui re- Œ procha de servir de manvaise grâce ; de fuir le quar- « tier impérial ; de ne pas même dissimuler une secrète
■ opp(»ition, qui sied mal dans les camps ! Ses plaintes € s'adresseut à la maréchale elle-même : elle s'éloigne de « l'Impératrice, qu'il semble que la nouvelle Cooraban- I donne!
« Courbé sous les coups d'un si violent orage, œ n'est B d'abord que par une attitude soumise et des larmes A que le malheureux Victor demande grâce, S'il essaye s quelques protestations de dévouement, elles ae perdent « dans les éclats de cette tempête. Mais enfin, saisissant a un intervalle, il invoque de glorieux souvenirs, et.s'en- € hardi saant d'être écouté, il repousse l'ordre de se retirer : « il s'écrie que l'un des pins aucieua compagnons do Bo- « naparte ne pourrait quitter l'armée sans déshonneur I « Les aouvenira de l'Italie, dont Napoléon vient de re-
fcc nouveler la gloire, ne sont pas invoqués en vain. Sa fM colère se radoucît ; il n'oppose plue au maréchal que ses «ures ; elles veulent du repos, lui dit-il; elies ne lui !■* permettent plus l'activité de l'avant-garde et les pri- [ '«[ vatioDB des bivouacH ; ce sont elles qui, sans doute, for- K.X cent les fourriers du maréchal de s'arrêter aux lieux I t où l'on trouve un lit. Mais plus lus i-cproches s'affaif « blissenfc, plus Victor en parait ressentir l'amertume ; I .K ilosaitmême risquer an commencement de justification I f qui peut-être l'eût perdu, quand heui-eusement, les san- L« glots l'interrompant, il ne lui resta plus que la force
( d'ajouter : que s'il avait fait une faute, il la payait a chèrement par le coup qui venait do frapper son
[ malheureux gendre !
r An nom de Château, Napoléon l'intei'rorapt avec la l« plus vive émotion ; il s'informe si l'on conserve encore
r quelque espoir de sauver ce général ; il n'écout« pins la donlenv de Victor, il la ressect tout entière. Le l X duc de Belluno, reprenant confiance, proteste de nou- Itt vean qn'il ne quittera point l'armée : il va, dit-il, prendre
[ nn fusil, il n'a point oublié son ancien métier ; Victor
[ Be placera dans les rangs delaUarde. Ces derniers mots ftv achèvent devaincreTTapoléon. a Eh bien, Victor, restez,
■ dit-il en lui tendant la main ; je ne puis vous rendre vo- Ic tre corps d'armée, puis(|ue je l'ai donné à Gérard; mais l< je vous donne deus divisions de ma Garde, allez en
t. prendre le commandement ; qu'il ne soit plus question rien entre noua. » Et, comme il allait commencer
I son repas, il le fit placer à sa table. »
250 UEM0IBE8 D'DH AIDE DE CAMP.
Telles étaient les colères de Napoléon : cmelles en menaces, mais s'exhalant, e'épuisant en paroles. Toatefois, danBaoncœnrrongédesoiicis, tout grondait encore. Aussi, quand Eomigny, revenant pour la troisième fois de Châtillon, repaiTjt devant lui, le trouva-t-il inabordable. Dés que l'Emperenr l'aperçut ; « Retirez-vous! cria-t-il ; je « ne vens pins entendre parler de votre Congrès! On « m'y déshonore ! C'est nne honte que de pareilles pro- «t positions ! Qu'on les porte aux Bourbons, c'est à eux « seuls qu'elles conviennent ! »
Quelques mots, lancés dans une des bourrasques de cette journée du 18 février, et qu'on interpréta mal, montrèrent encore que le spectre de la France ravagée, en oppressant son cœur, ajoutait ft l'amertume qui le déchirait. Et réellement ce qu'il avait vu, ce qui lui revenaitde toutes parts était effroyable ! Depuis deux mois, et sur un tiers de la France, les alliés concentraient plus de maux que nos dix-neuf années de gnerres et de conquêtes n'en avaient répandu sur l'Europe entière. TJn grand nombre d'habi* tants, arrachés à leursfoyers, avaient disparu ; les uns avec leurs charrettes et leurs chevaux, les autres commegnides et, le plus souvent, pour aider ceshordesàdécouviir les vivres, le vin, et l'or surtout, qu'elles convoitaient. D'antrea encore, traités comme leurs propres bêtea de trait ou de somme, avaient été abandonnés, roués de coups, estropiés, et exténués de faim, au milieu des neiges et des boues de ce rude hiver ; ila y avaient péri de misère et de désespoir. Ceux qui servaient de guides n'avaient pas m oins souffert : soit que la fatigue dos marches eût irrité ces étrangers.
Aoit (^uu, dans leurs canton nemuiits, leur avidité eût été ;d^ne, on n'eût pas été BuftiBamment assouvie, leur désapj>oiQtenieiit s'en était pris à nos infortunés compatriote s, •Koos retrouviotts les corpa de ces malheureux, gisant en- BBOglantéssurlescliemins, assommés par le boisou percés parle fer des lances ; un grand nombre était mutilé, ou à i consumé sur les cendres des bivouacs, et dans les csaisoDS dévastées.
De même qu'à Monterean, partout où les Autrichiens nô dominèrent pas, rien n'avait été épargné. Combien de 6»B, dans nos villes et villages désolés, que re traversaient aoB colonnes en chassant devant elles ces pillards, de ré- •Voltants spectacles nous indignèrent ! Partout, les portes arrachées, les fenêtres brisées, toutes les armoires enfon- «âes ; les meubles brûlant encore sur les places et dans les « des champs d'alentour, les vêtements et le linge iffonillés, déchirés par lambeaux épars sur le pavé on dans 8 ruÎBseanx des rues ; les rues elles-mêmes obstruées par mille débris qu'avait dédaignés le pillage, ou qu'il n'avait ^ emporter.
On citait quelques-uns de leurs chefs comme les plus
«I à cette odieuse curée; l'un entre autres, que, pour
\Sës indignités semblables, Napoléon, lorsque ce prince
l^tait BOBS ses oi-dres, avait rudement réprimandé. Des té-
loins l'ont attesté : ils l'ont vu faire entasser, lui-même,
ar ses chariots tout ce qui avait tenté son avidité, k
Pont-BUT- Seine, propriété de lamère de l'Empereur. Après
avoir ainsi dépouillé ce château, il y avait mis le feu de
18 prapres mains, soit dans un emportement de passion
2il MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP.
OU plûtât pour décorer de haine son avarice ! En effet, on le vit, avec une avidité pareille, piller ses autres 'Quartiers, tels celuide Mesgrigny, qn 'il dévalisa tout entier, quoiqu'il en eût connu l'aimable et jeune châtelaine.
Ces excès peuvent Mre juger du reste ; l'exemple. Tenant d'en haut et descendant dans tontes ces hordes, eu avait fait un toiTeut dévastateur. C'était une émulation de violences et de rapines. De même que les châteaux, les maisons les plus apparentes, quartiers des che& ennemis, et quoiqu'elles eussent été placées sous leur sauvegarde, n'avaient souvent pas été plus épargnées. La soamiasiou, l'empressement des serviteurs qu'on y avait laissés furent inutiles. A l'issue des longs festins que ces chefs s'y étaîeot fait aerïir, le vin, le linge, l'argenterie, tout avait été enleTé;d'insultantesrailleriesrépondaientseulesanï plaintes que parfois on avait osé leur adresser. Bientôt ensuite, ils étaient remplacéâ par leurs bandes, plus brutales et auBBi avides; etcomioecesi nouveaux venus exigeaient.^ grands coups de knout, ce qu'on n'avait plus, dans lenr colère ils torturaient nos malheureux compatriotes pour leur arracher des aveux impossibles, renouvelant ainsi lee, atrocités de nos anciens chauffeurs, écume de noagaerrea. civiles ! ;
Dans beaucoup d'autres lieux, leurs joies noua avaient été plus funestes encore. Avertis par le bruit de leutacruautés, on avait prévenu leurs déairs par des contributions recueillies d'avance et des tables promptement aeiv vies. Lenr cupidité ainsi satisfaite, leur voracité rasaaBÎée, ou espérait quelque repos ; mais alors, gorgés de pillage
NAPOLÉON BAT LES AtJTRICHIEt
et de vin, ils ae saisissaient des filles et des
quand les pères, les maria désespérés accouraient aux cris
de ces infortunées, ila ae débarrassaient de ces importuns
L à coups de pique, ou bien ila les garrottaient, et, devant
(, après avoir enivré d'ean-de-vie leurs victimea, ils aa-
I Bouvisaaient aur ellesleurbnitalité.Plnaieurs d'entre elles,
I ae faisant des armes de tout ce qui se trouvait aous leura
I mains, osèrent essayer de se défendre ; mais bientôt, sai-
I sies, renversées, après en avoir abusé, onles acheva à coups
le lance,
Et qn'on ne croie point qu'ici, comme il aiTive souvent,
I la douleur exagère ; chaque soir, lorsque, harassés par les
travaux du jour, noua nous arrétiona, et qu'autour de nos
' feni DOS repas se préparaient, rinsouciante gaieté du aol-
dat, la satisfaction de quelques succès, l'habitude de vivre
sans lendemain et de souffrir, de tout braver, de ae railler
des maiix pourles mieux suppotter, nenona portaient que
■ trop k l'endnrciasement. Et puis, quelle que soit l'humeur
Ldonce et généreuse des armées Irançaises, nous nous rap-
Ipelions bien aussi que, ans temps de nos conquêtes, nous
iona point été aana repi-oches; des représailles, des
vengeances, mémeplus qu'ordinaires, ne nonaeusHeut donc
pas étonnés ; mais ici, toutes lea bornes étaient fiiinchiea ;
il n'y avait pas même à douter, à fermer les yeux ; quel-
l' qu'invraisemblables que fussent les récita de noa com-
r patriotes, nous ne pouvions noua retrancher dans une
T incrédulité plus commode à noa courts repos.
En effet, trop souvent ces monstruosités furent prises F par nous-mêmes en flagrant délit. Et par exemple, un soir.
KËMOIBES DITS AIDE DE CAUP.
du côté de Chitaau -Thierry, à CresaDcv. l'nn de mes escadrons, qae commandait d'Ândlaii. attiré par les cria de
ce village, j était entré k toutes brides : le maire, accroché et étranglé à l'ime des colonnes de son lit : à ses pieds, et sur un matelas jeté par terre, sa jenne femme violée et sans connaissance : sous le berceau de l'enfant un fagot déjà embrasé, voilà le spectacle qui frappa nos yeux. En même temps, et dans le vei^r voisin, de sales Cosaques, ivres et hurlant leurs chants sauvages, dansaient en forçant, à conps de knout, les maris, les sœurs de leurs victimes, et le ménétrier du village à partager leur orgie 1 Ces misérables, h notre aspect imprévn , s'élancèrent bot leurs clievaux, mais si effarés, qu'ils fouettaient et talonnaient leurs moutores, sans s'apercevoir que, attachées encore aux arbres du verger, elles ne pouvaient leur obéir, Genx-ià expièrent leurs crimes sans merci ; et cette fois, du moins, une prompte et juste vengeance put adonoir le désespoir de nos malheureux compatriotes.
Eh bien, toutes ces douleurs de la France, réunisBezles dans un senl cœur; ajoutez-y le malheur d'en être la cause. Sons un poids si déchirant, qu'on ne s'étonne donc plus de voir ce grand cœur, au lieu de faiblir, se soulever, s'irriter parfois, s'indigner surtout quand ses refus d'une paix honteuse et mensongère sont accusés d'ambition ; quand les siens eux-mêmes, lorsqu'il s'agit d'arracher la France k tant de maux, résultats d'excès de guerre qu'il n'est plu» temps de lui reprocher, ne veulent point comprendre qu'il ne lui reste plus d'antre ressource qu'un dernier, nu suprême effort de guerre !
NAPOLÉON BAT LES AUTRICHIENa. Tab
Ique invraisemblable ijue parût être cet espoir, on
rra que ce miracle aurait pu s'opérer encore.
li l'on doit croire quelques-uns de ses serviteurs inti-
:, un antre souci rongeait secrètement le cœur de Na-
. Dans ces derniers jours, le rapide enchaiiiement
m faits m'a entraîné : Je n'ai paB dit que, le IC février,
Guignea, le jeune Tasclier, aide de camp du Vice-Roi,
présenté devant l'Empereur. Plusieurs témoins
mt qu'à sa vue Napoléon, s 'épanouissant d'un aon-
!, s'était écrié : « Eh bien I où est Eugène ? Quand
e-t-ii à Lyon ? v Mais l'aide de camp avait répondu :
il avait laissé le Vice-Eoi sur le Mincio, aux prises aveu
mée antrichienne, et que, le 8 février, ce prince avait
rté sur elle une victoire.
s témoins ajoutent que, sur cette réponse, la figure
t Napoléon s'était assombrie, et que sa première répli-
e avait été un geste de mécontentement. Quant à cette
, par un singulier hasard, )e Vice-Roi et M. de
lllegarde s'étaient attaqués simultanément. Tous deux,
n Vnn de l'antre, avaient passé le Mincio sur deux
Binta opposés. Chacun d'eux avait donc eu d'abord de-
»i un succès facile. C'était alors que, la nouvelle
r attaqua réciproque les arrêtant, une inquiétude
e les avait fait i-epaaser le fleuve, et rentrer tous
X dans leurs positions de la veille. li était vrai eepen-
fc que le prince Eugène, malgré cette bizarre coïnci-
snee et un nombre moindre de moitié, avait eu sur son
e un avantage remarquable.
i, quand l'Europe menaçait Paris, qu'importait, à
ÎÛii UEMOIKBS DT.V AIDE DE CAMP.
près de trois cents lieaes de Jâ, un succès pareil ? L'Empereur y dut surtout Toîr que, ses instructions, depuis novembre 1K13, sur l'éventualité dn retour en France dn prince Eugène , ayant été indécises et conditionnelles, et conBéquemment n'ayant pu jusqu'alors être exécnt^, l'occafiioD de les accomplii était perdue ; qu'Engène, resserré, en fkee et sur ses deux flancs, par les armées autrichiennes et napolitaines, n était plus libre de ses monvements, et qu'il ne fallait pins compter sarrurmée d'Italie ponr le salut de la France et de l'Empire.
Qu'alors, comme on l'a supposé, un doute cruel sur l'entier dévonement du prince se soit ajouté aux chagrins de Napoléon, c'est ce qu'on ignore. Cette triste snppoffltion est, dit-on, fondée snr ce que, précédemment, soit défiance naturelle à l'infortnne, ou par une inquiétude excusable après tant de défections, TEmperenr, voulant se faire un otage de la vice-reine, avait successivement essayé de l'attirer d'abord à Paris, puis ii Montpellier, et enfin â Gènes : « Tous les honneors l'y accompagne- « raient; la vice-reine y sei-ait entourée d'une partie de <i la garde italienne ; le général Frézia, homme à la fois de a cour et de guerre, et qa'on savait lui être agréable, y <t commiinderait. » Telles, assnre-t-on, avaient été les prévenances dont cette proposition fut entourée, mais ini^ilement, le prince ayant refusé, eu alléguant : t Que cette' fuite prématurée serait d'un fâcheux: exemple, tandis que, , au contraire, la présence de la vice-reine au milieu dM- ' ItaUens les encouragerait, fl
Il se peut, en effet, que, après la trahison de la Bavière
I ]a fin de 1813, l'Empereiir ait craint l'influence d'une
incesse ]'efetée peut-être plus Bavnroise qu'elle n'éfcRit
: Française; mais pour ceux, comme moi, aux-
Riela une ancienne intimité a fait connaître la noblesse
^'&me et la générosité des sentiments du prince Engène,
^nt fait espérer qu'aucun doute sur sa fidélité n'assora-
^t jamais Napoléon, qni le connaissait mieux encore.
I Quant au mouvement rétrograde sur la France, que le
pince anrait dû faire , convenons-en : l'époque, anté-
fenre d'un mois à l'invasion de lîâle, où cette manœuvre
it conçue plus qu'ordonnée ; le penchant qn'avait l'Em-
k compter sur lui seul et sur la TÎctoire ; sa répu-
isnce à prescrire l'abandon de ses conquêtes; son
! confier beaucoup à l'appréciation de ses
fentenants et à la fortune ; l'inaction où, d'antre paît,
mabile Suchet fmt laissé, tout doit faire penser que cett€
robe d'Eugène sur Lyon ne fut pas prescrite d'une
jâni^ assez positive.
f II s'hissait, ponr le Vice-Hoi, de l'abandon d'un Or, pour ce lieutenant accoutumé à obt^'r, î&t&it là une résolution trop grave, trop pénible, trop mpromettante, pour n'exiger pas au moins une insnicti on écrite et des plus formelles.
; Ajoutons qu'Eugène fit observer à Napoléon : ir Qu'au i. lieu de trente-sept mille Français, qu'on supposait t être sons ses ordres, sou armée n'en comptait pas plus t de douze mille ; que le i-este était Komain, Toscan, (.Milanais ou Piémontais, et mal dispi^é à passer les t monts; que, s'il faDait rétrograder, il en demandait
MÉMOIHEB CDS AIDE DE CAMP.
s l'oi-dre très prôoia, qn'ilexécaterait aussitôt, quoiqu'il « pnVvit qu'alors il attirerait sur ses pas cent mille ennea mis de plus que sa présence en Italie contenait loin de a la France. »
Je ne cherche point à excuser le Yice-Roi, d'abord par respect pour la vérité, qui doit passer avant tout, puis parce que, en ce cas, ce serait aux dépens de l'Emperear ; et, j'en conviens, l'Empereur me tient encore plus an cœur que le prince Eugène. Mais plus je consulte mes comp^nons d'armes, les serviteurs intimes de Napoléon et du prince, et mes souvenirs, plus j'examine, plus je me persuade que, soit incertitude sur les conséquences de sa première détermination. Boit qu'il lui en ait trop coûté, l'Empereur ne put s'arracher à lui-même l'ordi'e positif de Tabandon de l'Italie, et que, s'eu tenant au vague de ses premières instructions, il avait remis à en décider au temps, aux inspirations du prince et à sa foriiune.
Quant à une trahison, certes, jamais le prince Eugène n'en fut capable ! Sa fidélité est démontrée : par l'indignation qui dicta sa noble réplique aux propositions que lui fit la Coalition, â la fin de 1813 ; par sa proclamation en réponse k la déclaration de Murât ; par ses combats contre les Autrichiens à Valeggio, Salo, tlardonne et SuBtinente; par cens qu'il soutint contre Hurat, Nngent et Stahreraberg, depuis le 2T février jusqu'au 9 mars, et du 13 au Id avril : combats peu reiuurq (tables, mais par lesquels il fit respecter sa position et s'y maintint.
Néanmoins, une lettre de l'Empereur, du 17 janvier, avait encore rajipelé en France !e Vice-Roi. Ou y lit oes
: « Aussitôt que vous en aurez la nouvelle oifi- ( cieile (celle de la défection de Murat). il me semble f « important (^ue tous gagniez les Alpes avec toute votre L « armée. » Mais pour une détermination aiLssi grave, quelle insuffisante instruction ! Combien la foiine en est ^ indéterminée ! Et qui oserait faire un crime an prince l> d'en avoir demandé et attendu une plus positive ?
Ceci explique pourquoi, le soir do 16 féVTÎer et le leu- I âemain matin, on remai'quu dans les gestes, dans l'attit tude de l'Empereur, et plus tard dans sa réponse datée de i.îiftngiBle 18, un fond de mélancolie, un air de contrainte enant sans doute de sa propre indécision plus que f 3b celle da ¥ice-Roi. Dès lora, il parut se contenter d'nne ■ «UTersion lointaine. D'ailleurs, à Nongis. d'où il expédia f Tascher, son nouvean succès de Mormant, l'attente de I «lui de Monterean sans doute plus décisif, l'orgueil de [ ' l'écraBement de Bliicher, l'effroi de l'ennemi, qui se dé- Lselaitparla demauded'un armistice, tout cela avait relevé F Bon espoir. Seeparoles à l'aide de camp du prince Eugène, H le congédiant, en sont la preuve. « Ses quatre victoires sur ^■<( h Marne, luidit-il, lui avaient ramené toute sa fortune. > L'élite de l'armée ennemie, sous Bliieher, était détruite. [■«"La coalition était rompue. Se venait-on pas de voir sur 1 route de Troyes, comme sur celle de Ohàlons, reommencer sa déroute ? Dans quelques heures, l'attaque ■'« de Victor sur Monterean allait faire justice des Barar,c rois et des Wnrtembergeois. Qu'était-ce que le reste? P < des Antricliiena effrayés, cherchant à gagner du temps ' c et implorant un armistice ; son fouet pour ceux-là suf-
3M MEKOIKES DTTS AIDE DE CAMP.
€ firait t Qu'Ai^rean sorte donc enfin de Lyon et de sob ■ inactioD honteuse ! Qa'3 marche, tête baissée, sor U£-
< cou et Chi]on5!Qn'£ngène défende pied i pied, et à tool
< pris, l'Italie' Qu'importe Mnrat et ses XapoUtaine?
< qu'il n'en tienne compte ! Qa'il ne $ODge qu'à Belle-
< garde, et qu'il livre, sons Milan, nne grande bataille ! » Ces paroles, dites ponr être répétées aa Vioe-Roi, je
les tiens du brave et loyal Tascher Ini-méme : il fat chargé de les Ini transmettre. Napoléon a'avaic pins d'antres instructions à loi donner ; elles étaieDt conformes aux circonstances et à son caractère. Mais, quelques jonis plus tard, il dut r^retter de n'avoir pas formellement rappelé ce prince.
Telles furent, les 16, 17 et 1k février, à Onîg:nes, Nu)' gis et Survilte, les préoccupations diverses de Xapoléon. Voilà aussi pourqnoi, dans Surville, toute cette journée décolère. Le sommeil le cal ma. Le lendemain 19 différa de la veille. L'Empereur reparut satisfait et radieux : réaction assez naturelle, soit que, par habitude de bonheur, il eût réelleroent repris confiance, soit que, fatigué d'appréhensions, il cédât au tiesoin d'espérer.
Tout y contribua : un soleil pur, un premier jour de repos aprèfi tant de journées laborieuses, enfin d'heureuses nouvelles, qui parfois, telles que les malheurs, arrivent par troupes. Elles affluèrent ; il eu perça même jusqu'à lui des provinces conquises. Dans le Morvan, derrière Sdiwartzenberg, Forbin-Janson venait de lever des partisans; i'Ain tout entier se soulevait. D'autre part, Sois- Hona était évacué; Montmirail, Fontainebleau étaient
NAPOLEON BAT LES AUTRICHTESS, 2Ct
jpris; Blûcher avait disparu; nos avaiit-gardes , nos P;^n8 ramassaient des multitudes de fuyurds : partout li était en retraite ; la Seine était reconquiae, Pa- ! sauvé; ses habitants, ceux des campagnes, l'armée, cance entière semblait resBaisie d'admiration pour sa fetrel
t Autour de lui, tout exalta son espoir. On triomphait, on iourait de tontes parts : députations, maires, citadins, Qlageois, tous apportaient ou des nonvelles ou des vivres, I et nn grand nombre amenait des prisonniers, demandait des armes. Les uns sortaient des bois où ils s'étaient réfugiés ; d'autres, ceux de Montereau, de leurs demeures dévastées, qu'ils venaient de noua aider à reconquérir. Ils entouraient, ils charmaient Napoléon de leurs élans de haine et d'ardeur contre l'étranger et de l'ivresse d'une joie trop confiante,
A ces transports si naturels un adulateur enthousiaste joignit ses exagérations. Eumigny, revenu de Cbâtillon, en fut témoin. Il entendit, m'a-t-il dit lui-même, ce per- » Bonnage surexciter son maître parle récit de l'entrée de ^Hms prisonniers dans la capitale : i Vingt mille captifs, ^^Han milieu d'acclamations triompliales, venaient de U ^^ft traverser. A l'aspect de la colonne d'airain et de la ^^Bstaboe de notre Empereur, tous s'étaient découverts. ^^HUn grand nombre même s'étaient prosternés ! s A en- ^Hbiâre ce courtisan, on eût dit l'Empereur remonté, pins ** hant que jamais, sur le trône de ses victoires !
Quant à Napoléon, soit espoir dans l'ascendant réellement prodigieux de sa renommée si puissante encore, on
qu'il voulût propager jusque dans Cfaàtillon l'effet du récit qu'il venait d'enteudre, se retournant vers l'envoyé de Oaulain court, il lui deraauda, en souriant : « Si le •c Congrès n'allait pas être saisi d'étonnement et d'effroi, er à la nouvelle d'un changementde fortune aussi impréva « et aussi subit ? »
Pourtant, quel effî'oi pouvaient raiBonnablement inspirer soixante mille hommes, dont les dens tiers étaient des recmes, à pins de cent mille soldats éprouvés, qu'on avait en face sur la Seine, et bientôt à quatre vingt-dismille autres vers la Marne et l'Aisne, quand il ne pouvait opposer à ceux-ci que les dis à onze mille hommes des ducs de Trévise et de R^use ? Mais Napoléon, confiant dans l'ascendant qu'il venait de ressaisir, comptait triompher des premiers par une offensive active et imprévue, aossî confonne au génie français qu'inaccoutumée à ses adversaires, gens froids, pen dispos d'esprit et de corps, et à qui des manœuvres longuement préméditées convenaient seules, leur méthodique raideur se plojanb mal à des mouvements subits et inattendusqui le s déconcertent.
Son but était donc, après avoir jeté le trouble dans cette masse de coalisés, de fmpper coup sur coup dans oe désordre, d'eu i-edoubler la confusion, qu'accroîtraient leur nombre, la multiplicité des chefs, la diversité des nations, enhn le soulèvement de nos provinces frontières les sorties de nos garnisons et l'attaque d'Âugerean sur leni-s derrières ; toutes choses qui transformeraient leur ~ retraite jusqu'au delà du Rhin en une irrémédiable déroute!
Ce qnî va suivre prouvera qu'il n'y avait à cela rien mpossible.
Ce retour àa confiance dura les jours suivante, mais la abandon, en y faisant tout concourir, en raaaemint, en employant tonb ce qu'il avait de ressources. tedant que, k Surville, il réorganise ses corps, 11 donne l'Gronchy, à Levai et à leur sept à huit mille liommes chevauï, le temps de le rejoindre. Ces généraui accou- Ùent deMontniirail, d'où ils venaient de chasser Diebitch ses douze mille hommes. L'Empereur s'était peu iuliété de cette tardive diveraion, lancée par Sehwartzen- 1^, sur son attaque contre Bliicher, sachant bleu que le Wp qu'il courait porter sur la Seine à la grande année liée en ferait justice.
Cependant, la marche en avant de l'Ëmpereui avait été lentie, d'un côté par les contre -marches d'Oudinot et I Macdonald sm Montereau, et de l'antre par leïten- 6n forcée de notre aile droite. Gérard la conduisait ; i! rait trouvé détruit le pont sur l'Yonne ; il lui avait doue lia remonter, jusqu'à Sens, cette rivière. Ainsi non blement la tête de colonne de gauche de l'ennemi nous ^it échappé, mais notre poursuite, errant sur la Seine : retardée par l'Yonne, laissait à l 'arrière-garde de âiwBttzenberg le temps de se reconnaître, de se raffër- | îr, et de se préparer à se défendre. Ce contre-temps na k»nteaança point Napoléon dans son espoir. Bans le innbre des heureuses nouvelles de ce jonr, i! y en eut qui arent lui paraître décisives : la Savoie, le Danphiné, le (yonnais, s'étaient, disait-on, levés en masse. Marchand,
MEMOIRES DTS AIDK DE CAMP.
DeEaix, S^rae, à la tête de lenrs conscrits et de tant de bmr Ë6 citoyens, avaient repris t'avantage. Depnis le mont Cenis jnsqo'à Lyon, et de Lyon à Genève et à Màcon, le BOl français devait t^tre nettoyé d'ennemis. Bnbna venait de lâcher prise, il reculait ! Lee vieilles divisions Mosnier et Pannetier, envoyées par le maréchal Sachet, arrivaient à Lyon. Ces forces réunies composaient une armée : Àugereaa la commandait; elle pouvait, par un monvement hardi, couper la ligne d'opérations de la grande armée ennemie, déjà ébranlée, et que Napoléon, à la tête de soixante mille hommes, allait ponranivre.
L'ordre en fut, ce jour-là même, Cipêdiéà ce maréchal. Rien en même temps ne fut oublié pour ranimer ce chef vieilli et le rendre à son â^e héroïque. Dans Paris, ra jeune femme fut honorée de la visite de rimpcratrîoe. On la fit écrire à son mari des lettres pressantes pour rallnmer son ardeur éteinte. Vaine illusion qui acheva de tout perdre, et dont les sonvenirs de Rastadt, dn 19 brumaire, d'Eyku et de Leipsick, auraient dii préserver notre Empereur!
C'était Suchet qu'il fallait là, et avec son armée entière. Mais Napoléon cmt trop an patriotisme du héros de Castiglione. Ce maréchal avait, il est vrai, tant à craindre d'une restauration, tant de gloire à recueiUir par ce dernier eifort, et si peu de vie à perdre !
Le 20 février, tout, du côté de l'Empereur dn moins, parut confirmer les espérances du 19. L'armée, divisée en cinq corps, marcha sans obstacles sur Troyea, par les routes de Sens et de la Seine : Gérard à droite, Macdonald
NAPOLEON BAT LES AtJTRICHlEHS. 3(!B
'fin centre, Oudinot à gauche. La Garde, aus ordres de Ney, Victor, Nansoiity et Drouot, formait la réserve. Grouchy et sa cavalerie, Levai et sa division étaient encore en arrière ; ils se hâtaient.
Le21,mémeencliantemeQt.Gérardcontinuasurlegrand chemin de Sens ; les autres corps remontèrent la Seine par la grande ronte, et par les deux chemins qai s'en séparent à la sortie de Nogenfc, pour la retrouver devant Troyea. L'ennemi fuyait toujours et de toutes parts. Partout on ses arrière -gardes essayèrent quelque résistance, elles laissèrent des blessés et des prisonniers. Schwartzenberg avait ordonné une forte reconnaissance : elle fut prévenue et culbutée sans avoir pn rien i-ecounaître.
Le 22, la marche en avant, sur quati'e colonnes, ne fut pas moins victorieuse. Toutefois, à l'extrême gauche, à Mesgrigny, la r eu contre imprévue d'une avant-garde et sa résistance furent remarquées. Bientôt, pourtant, la division Boyer déposta ces cunemis mattindus : ils s'enfuirent par Mory, où, poussés par les baïonnettes de la brigade Gruyère, ils mirent le feu, et rEiiasserent sur la rive droite de la Seine. Gruyère se précipita sur leurs traces, au travers des flammes et du fleuve, mais, arrivé sur l'autre bord, on lui tint tête ; et ce gênerai, étonné, vit se déployer devant lui une armée entière.
C'était Blucher ! C'étaient qnarante-liuit mille hommes I Cette armée, déjà réorganisée à Chàlons et renforcée par Laiigeron, accourait sur la Seine aux cris d'alarme de Schwartzenberg. Gruyère, bientôt blessé, se jaintint sur la rive droite jusqu'à la nuit, dont il pro-
lita pour remettru le fleuve entre loi et le maréchai pruBsieB ; puis il acheva la destruction dii pont qui venait de servir à sa retraite.
L'Empereur, doutant d'abord de cette apparition imprévue et si meuaçante, était accouru. Il e'eu assura par ses propres yeux, aux aborda du pont et an travers d'ane grêle de balles et de mitraille. Quand elle Inî fut prouvée, il ne s'en émut point. Il savait que Schwartzeuberg l'attendait devant Troyes. Il comptait sur une bataille pour le jocr suivant, pendant lequel la Seine retiendrait Bliicher derrière elle. Ces vingt-quatre heures lui parurent devoir suffire pour frapper sur la tête de la Coalition un coup décisif. Il ponasa donc outre, laissant, en arrière de son flanc gauche, ce rude adversaire.
En ce moment- là même, il arrivait à Châtres, d'où la plaine, qui le séparait de Troyes, lui parut couverte d'ennemis. Il se persuada, de plus en plus, que la journée du lendemain 23 déciderait du sort de la France.
Ainsi, Napoléon s'avançait sans balancer, avec soixante mille hommes; an milieu de près de deni cent mille : cent trente mille devant lui, quarante-huit mille eu arrière, à gauche, ceux-ci hore de portée. Et pourtant cette Coalition, étonnée, allait reculer encore !
Passons dans son camp ; et, en ces derniers instants de joie victorieuse qui nouB restent, jouissons de sa confusion, du découragement même que nous y avions jeté, et qui faiUit, en ce moment, sauver la France. L'épouvante y régnait, avec la désunion et la déliance, maladies habitueîlea et ai souvent mortelles anx coalitions. An re-
Ile lei
NAPOLEON BAT LES AUTSICHIEN8. Bl!7
Ltiasement du premier coup porté à Charap-Aiibert mr la Marne, ragi'esaion de Schwartzenberg sur la Seine &TBit hésité. Puis, raasuro par l'éloignement de Napo- \Soa, le feld-mai'échal avait laissé s'avaDcer ses lieute- I QantB. Mais alors Jee échos des détàites de Montmirail et éa Ch&teau-Thierry l'avaient aiTêté. Bientôt coeme, anx wii de détresse de Vauchamp, il avait donné l'ordre de I Tflonler jusque derrière l'Aube. Toutefois, le soir de ce
ir, un dernier cri de BHicher, parti de Châlons.cri
fpoir cette fois, quand lu Prussien se sentit délivré de ■e poursuite, avait décidé le général issi me à attendre
'énement.
Au milieu de cea hésitations, et des ordres, des contreordres qui en étaient résultcB, ses avant-gardes, comme on l'a TU, s'étaient trouvées aventurées, hors de sa portée, la Seine et l'Yonne à dos. C'était alors que, par une marche de trente heures consécutives, Napoléon, quittant Bliicher, avait si soudainement reparu dans le bassin de la Seine, où il venait d'arraclier encore eu quatre jours, aux coalisés, vingt canons, un immense attirail, douze mille hommes tués ou prisonniers, et trente lieuea de leurs conquêtes !
Cette atteinte, sur ua aussi vaste corps, était peu de
iBB matériellement, mais Teftet moral qu'elle avait Init était pins grave. Alors, comme dans toutes les tions qui deviennent soudainement critiques, resaortirenfc des inconvénients jusque-là inaperçus. C'étaient les antipathies, les incompatibilités, les jalouses défiances
tant d'intérêts et de tant de chefs divers. Ajoutez
vxxDisis VLS ahh de CAMTl
^te
t d^ cks k nî de Praae. m «wnf vmai
v; 0 cnût u ■eom T n UU, de <r cM^Më^
He iiftKte dmnt txtie vaée de Lyon p*»à r h Fnacfae-CoBa«? Dérinatt-oa «■ httnim
HAPOLÉON BAT LES AUTIIICHIENS. Still
et en Alsace, poar l'éviter ? Mais quoi ! se risquer cotre iea citadellea de c«s provinces, au travers de leurs fleuves, de leurs montagnes, de leurs défilés, et de leurs populations guerrières, déjà soulevées? Il était donc plus prudent de se rapprocher de sa base, de racconrcîi" ainsi cette trop longue ligne d'opérations, et, dans le cas d'un revers, la longueur d'une anssi périlleuse retaiUt,
Metternich appuya ces considérations de raisons encore plus puissantes : cet avis passa : et aussitôt, malgré leur force quadruple de la nôtre, les coalisés n'hésitèrent plus à se retirer.
Ils poussèrent encore plus loin la prudence. Pendant que, derrière un rideau de troupes légères, laissées sur les hauteurs de Barberey, l'armée eunemie achevait de repasser Troyes et la Seine, un parlementaire se présenta à nos avant-postes. Il apportait, au nom de Schwartzenherg, t'offre réitérée d'un armistice, la promesse d'une prompte paix, et demandait à parler à l'Empe-
II n'alla pas loin : il le trouva au hameaa de Châtres, entre les quatre murs tout nua de la chaumière d'un charron, où il venait de passer la nuit. Cet envoyé était un prince de Lichtenstein. aide de camp dn généralissime. Sa mission en panit plus significative. Il apportait une réponse de l'empereur d'Autriche. Elle était pacilique ; elle avouait le désappointement résultant de revers inattendus ; elle reconnaissait dans notre Empereur l'ascendant d'une éclatante et ancienne supériorité renaisinte. L'attitude, les paroles de l'aide do camp furent
MÉMOIRES D'UN AIDE DE CAMP, d'accord avtc l'esprit de cette dépêche et ce qifil ■*
Quelque peu sûre que fût cette occasion de sonder les intentions do ses ennemis. Napoléon essaya de s'en servir. Il interpella ce parlementaire. « Le plan favori de M l'Angleterre avait donc enfin prévalu dans les conseils « dea coalisas ! Leur guerre était devenue personnelle. « C'était décidément ft sa dynastie qu'on en voulait. »
L'aide de camp protesta vivement contre cette supposition. Mais l'Emperenr lui en pronva la réalité : il lui montra le duc de Berry k Jersey ; le comte d'Artois, le duc d'Ang;ou]ême, l'an, suivant de loin l'armée coalisée ; l'antre, marchant avec le quartier général anglais î et, ce qu'il ne pouvait se persuader, l'empereur d'Autriche, son beau-père, paraissant lui-même concoorir au détrôneraent de sa fille !
Ici l'Autrichien se récria ploa fortement encore : « tJn. « semblable projet serait nue idée contre nature ; son a empereur ne s'y prêterait jamais ! Quant à la pré- «. sence des Bourbons, on ne devait la considérer que rt comme un moyen do gnerre, on plutôt d'obtenir nne « paix dont sa mission prouvait assez le désir, b
Napoléon, satisfait, répondit qu'il voulait coucher à Troyes ; qnc, le lendemain, il enverrait un général négocier l'armistice ; et, Berthier ayant écrit dans ce sens an généralisaime, on congédia le parlementaire.
DÉROUTE DBS ALLIÉS,
Aloiiâ, plus que jamais dans cette fatale compagne, on vit Napoléon ressaisi d'un espoir bien différent de celui dont plusieurs des maréchaux, qui se pressaient à sa porte, étaient ngités. Lui, tout enflammé de passé et d'avenir, dans ces abaissements des coalisés semblait déjà reToir l'Europe vaincue, prosternée devant son génie, comme aux plus beaux jours de sa gloire ! Eux. au contraire, plus pi-ès que lui de nos misères, fatigués d'années, d'émotions, et de recommencer sans cesse à tout compromettre, n'envisageaient que la disproportion des forces et l'affaiblissement journalier de leurs faibles corps : leur Téritable ennemi, ce qu'ils voulaient vaincre iiiirtout, c'était la gnen'e, de quelque part qu'elle vînt, même de leur cbef !
11 fant dire ici que, l'avant-veille, nn effort, tenté
dans ce but par deux de ces maréchaux, avait avorté.
Dans Nogeut, te 21 février au matin, Ney et Ondînot.
Éehaulïant mutuellement, s'étaient présentés devant
aZXOŒ DXS UBt DE CaXP.
i k pus: 5ey s'êsu «d
t. aoifi flittAt «{S'a j tft Imt, ci dont riinhâiiM. dtfnH loB^ta^s néciwA
était nx pnes stcc remieiBL
FleÛH de cette rénlntieit, ks deux anrécfaaox teii «rirév b tête et !■ parole faaittea^ jo^n'à ]a porte < rEmperenr. Ma>a des que, m ùet àa «nnd bomiBe aifermés, seuls avec lui, Qi avaient routa parler, tUA tutt Eom t'aaceDdant de son i^aid, Irars roix soT 1m lèn» avaient expiré. Toatefoia, à lenraUitade inwrdite^ k qaebjaea mots balbutiés par Xev, sur les iosombridiks forces des alliés et snr notre biblesse, rEmperenr anit entrevu tenr inteniion ■ Que dites-voaa là ? aT«h-il lé- « pondn en l'interrompant; vons ignorez donc rotre < tnatioQ ? Je vais vons la montrer. Qui de vons sait b « mieux écrire? > Le dnc de Reggio répliqua qne N^ avait une main de maître, ce qui était vrai. ■< Eh bies, « Nej, reprit Xapoléon, afsevez-vouB là. > Et lai-mém^ debout, le dos au feu, ayant le dnc de Keggio à côtà de Ini, avait dicté la récapitulation des forces de tous ses corps. Ce fut hbdb doute d'après leurs contrôles de |Mmiére formation, car les nombres qu'il indiqua, selon le récit du dnc de Keggio de qui je tiens ces détails, se rapportaient précisément â ces contrôles.
! fait était ([ne, depoia qu'ils avaient éti- dressés, lit erre, les marches et la désertion ui'aient dimiDné ces lations de plus d'un tiers. Néanmoins, lant qn'il ne it question que des antres corps, Nej avait écrit sans lerration. Mais, quand rEmperenr en vint à ceux ([ue mandaient ces deux maréchaux, et qu'il eut dicté «mille hommes pour l'un, et neuf mille pour l'autre, tee récrièrent, ils soutinrent : Oudinot, qn'il n'en avait I dix mille, et Ney, trois mille seulement. La contesbafut vive. MalheureuBement, Ney n'avait pas compté nvalerie ; elle était d'environ quinze cents chevaux, t obligé d'en convenir. Cela même ne composait pas q mille hommes ; mais Napoléon, triomphant, reprit : hl vous le voyez, je vons disais bien que vous en ^viez neuf mille! »
En ce moment, un tison roula sur les pieds de l'Empenr, et comme le duc de Reggio s'était baissé pour le repouBiSer, Napoléon, eu lui appuyant la main sur le cou, maintint courbe ce maréchal, et lui dit avec un demisourire : a Ah i ah ! monsieur, je vous tiens là ; avouez i< que Ï0U8 vous étiez entendus tous les deux pour venir « ici me décourager ! »
Les deux maréchaux alors, sans céder, sans trop insister, n'avaient plus songé qu'à protester de leur dévouement, quand, sur l'annonce qu'il était servi, l'Empereur avait ajouté, sur le même ton, « que, quoi qu'il en fût, « ils allaient déjeuner ensemble. » Mais à peine étaientils à table que Grouchy lut introduit. L'Empereur l'interi)clla aussitôl^ sur la force du corps qu'il amenait de
Muutniiruil. Méw^ntent de sa réponse, ii le contredit sècliemont, lu Iniosa debout devant lui, et, s'irritant de plue on pliifi, il «'umporta jOBqu'à s'écrier : u: Qu'il voyait bien " (|u'im WMldriimit lemot pour le tromper ;que le complot « i^tuit ôviiiuiit; qu'on était convenu de venir chez Ini Il |Mmr ébranler bh conetaiice, pour le démoraliser ! a Ce l'iil l'iuijireiiMion dont il se servit ; elle commanda le sîli-nce, et dt''» lors chacun ne pensa plus qu'à échapper à un riK^oiitontement que personne n'osait affronter encore.
'l'ellâs étitieiit les dispositions diverses, quand, le 33, diinn Cbàtrt's, un double incident fit éclater encore plus wtto disuoi'dauce. Ce ftit, d'un cûté, l'arrivée de Lichli'iistcin, do l'autre celle du baron do Saint-Aignso. An Ultime instant i>ti le parlementaire était sorti du quartiv iuiiK-rial, Saiat-Aiguan y arrifait de Paris avec de» jMr rtiKt bi«n différentes. C'était ce même mînîâtre de France À W«imtir. iiu'uu a tq pris dans cette ville pir les alIiâL Ou sw souvient iiu'il a\'ait été renvoyé de Francfort A Siiat-CUmd ai'ec des ptuolee pacLfiqQe&, reecée uaa rvnultats, st>it nu't^tes u't^ussent pas été aincén», qnaiA aux .Vu^taki sortooti ou qu'on ne Les eût point amm prwmpcertieut iM.'Cueiliiee.
^ui-Ai^'ian. le beau-frère dodue de Viv.-etii.-«.(fciâÉBfe la iJttlx, unis ils dtJKnu«n£ d'iptnioa sur la. nuioiûe de hi h.vaoïarv. Saint-Aignan poussoÎE son beuii-frm k Ib st^otit iuo^iuétuent. {uellus <\ae îassvat ses înêcmiicùaB» uEi l'ifculitiii court. KitLsait i se dàvuiier uuëi. sût f ttM dtfauvouu VM V&mpKTtae.Qt tu voniaDC pas t'Qint par aa^ tii^isv^
Dès lors, Saint-AignaD, resté à Paria sans occupation, mt devoir ae faire rappeler, en aa qualité d'tkiuyer, prèa e l'Empereur. Son départ parut une occasion dont les B du conseil s'empressèrent de profiter ; car, à Pa- 1, comme au quartier impérial, la pais était le seul ea- ■i général! C'était, à tous les ux 1 ul ie e aalut qui restât encore. Chacun des m n t lu ait 0 dépeint sa situation de la façon 1 p! ff y te. e duc de Eovigo avait paru le plus des p T ut
< lui échappe! La gendarmerie ne utiit fin t t- (. elle dix fois plus nombreuse, la désertion aérait plus ( forte qu'elle. Dana Paria, l'agitation des uns, l'abatte- I ment des autres est extrême. Chez les amis du gouver- ( nement. un découragement nnivereel : l'audice ouverte
< chez ses ennemis ! De toutes parts des défections ! Lui- I même n'eat environné que de traitreE. n Saint- Aignan n'a dit que Rovigo les lui nomma, et qu'il n'exagérait
, jwint, lea faite ayant confirme, depuis, ces désignations. , Dans cette uotcenclature,Talley]'and ne fut pas oublié. tnant à celui-là, Kaint-Âignan n'avait pas besoin, pour 3 convaincu, de cet épaachement du ministre : oe ionnage, lui-même, venait de le presser de partir, sans !, pour le Congrès. «Et qu'y divai-je? avait repondu pfiaint-Aignan. — Deux mots aeulement, avait répli- ^.qné le vieux diplomate; que Caulaincourt dise aux (; ambassadeurs : Vous ne voulez pas traiter avec Napo- ( léon ? Eh bien, avec qui voulez-vous traiter ? k Saint- [uan, dont j'ai les notes sons les yeux et le récit présent h mtii mémoire, s'était refusé à mettre le pied dans une
MEMOIHES D'US AIDE DE OAMP.
voie aussi coupable ; alors Talleyrand avait repris : « En- (1 fin, puisque vous allez au qaartier impérial, qaand « l'Empereur passera derrière l'armée alliée, ne manquez « pas du moins de m'en avertir. » Ce à quoi, comme on le pense bien, Saint-Aignan ne s'engagea pas.
Au reste, Savary et ses collègues Ini en avaient dit plus encore. Mille détails plaa alarmants achevèrent le tableau de la situation dans laquelle il allait laisser la capitale ; puis ils lui firent promettre de les rapporter fidèlement à l'Emperenr. Mais nul d'entre eux n'avait osé lui donner par écrit ces renseignements. Quand Saint- Aignan leur demanda ce gage de créance, cet indispensable appui dans une mission aussi délicate, tous, le duc de Eovigo le premier, s'y refusèrent 1
Néanmoins, sa parole donnée, il part, il arrive accablé d'appréhensions au quartier impérial. A peine a-t-il mis pied à terre que Ney, Ondinot et Berthier l'entourentî ils le pressent de questions, où se peint l'anxiété la pins rive. Sur ses réponses, ces maréchaus s'efforcent de lui inspirer le courage dont ils manquent : ils l'excitent, ik le conjurent, avec les gestes les plus expressifs et de tontes leurs mains dont ils pressent la sienne, de dire la vérité tout entière à l'Empereur.
Ija porte de la chambre dn charron s'ouvrit en ce moment. Lichtenatein venait d'en sortir; Saînt-Aigoan tat appelé, et se trouva en présence de Napoléon. Fain seul était là, rangeant des papiers. L'Empereur était assis, l'air animé, radieux, dans une disposition d'esprit évidemment bien contraire à ce qu'il allait entendre. « Eh
s bieu, commença-t-il d'iiu air délibéré, vcuh arrivez de « Paria ; qu'y fait-on, et que venez-vouB m'apprendre ? » Saint-Aignan, quoique son élocution fût babitaellement facile et spirituelle, pressentant anssitût le sort de sa mission, commença, m'a-l-il dit, gauchement et avec embarras,- maia cette timidité, espèœ d'hommage, ne déplaisant pas, il fut d'abord écouté sans interruption. Alors, s'enhardiasant, il peignit les ten-eura de la capitale, indiqua les trabisons sans nommer les traîtres, et déroula conBciencieusement le tableau sinistre que Savary lui avait tracé ; mais il convient que, dans sa hâte de finir, il négligea d'adoucir le fond par quelques formes.
Chaque mot d'un si cruel refit s'enfonçait dans le cœur de Napoléon, silencieux mais irrité, lorsque tout à coup, échappant au chagrin par la violence, il se leva brusquement, et jeta ces brèves et rudes exclamations : x Allons f doBc, vous ne connaissez rien aux Français ! Et la ba- « taille de Cannes ? » Puis, il se mit à marcher à grands I pas, en lançant sur son écuyer des regards farouches. [ ToQtefoiB,illelaissait parler encore, mais quand, appelant à son aide ce loyal courage dont Pain a consigné l'éloge, Baint-Aignan peignit les angoisses de Paris; quand il le dégoût même de la victoire, la défiance des succès [ égale à, l'efft'oi des revers ; qu'enfia, de toutes parts, il n'y [, jivait de vœux que pour la pais. Napoléon, a'arrétant aur bitemsnt, s'écria : « La paix ! la paix ! Les voilà tous ! i Lapais! Eh, Monsieur, n'arrivera- t-elle pas toujours t assez tôt si elle est honteuse ?» A quoi Saint- Aignan • ayant répliqué : a Sire, la pais sera toujours assez bonne
MÉMOIRES VVm AIDE DE CAMP.
1 ai elle est assez prompte 1 — Qnoi, JVIonfiietir ! tepril Œ l'Empereur, et ITiooneur de la France ? Ah! BorteiC]
« sortez ! Je ne veus plna rien entendre, i Et da geste le pins impérieux, il le contraignit à se retirer à l'instant même. Saint- Ai gnan, à sa sortie comme à son entrée, retrouva les mêmes personnages, assiégeant de lenr ansiété la porte de cette chaumière. Ils l'entourèrent ; mais, accablé, il ne répondit à leurs interpellations que par le trouble de ses traits, par un morne silence et un geste de décom'agement.
Pendant le reste de ce jour, tout s'aggrava : l'irritatiou da Chef et les appréhensions de ses entours. L'Empereur, après les grands coups qu'il Tenait de frapper, révolté de voir plus de foi en son génie guerrier chez ses ennemis que parmi les sieus, sortit brusquement de son quartier. Quand Saint- Aignan Ini présenta son cheval, illerepouma d'un regard foudroyant, et, d'une vois rude de colère, il appela Mesgrigny, son autre êcuyer. Alors, poussant violemment ses colonnes sur Troyes, il voulut engager le combat ; mais tout se dissipa devant elles. Seulement, vers Fontvannes, du côté de (îérard, le plus jeune, le pins mordant, en ce moment, de ses chefs de coqjs, les Autrichiens, ayant voulu résister quelques instants, perdiieot trois cents ciivaliers et six canons attelés.
Dès quatre heures, Troyes était sommée, ses portes te^ foncées à coupa de canon, ses faubourgs en feu. Si le général ennemi n'eût demandé la nuit pour se retirer, menaçant, en CHS de refus, de brûler la ville, l'Empereur, ce soir-là même, en combattant y serait entré. Il s'arrêta.
Wtâs li'i encore les exclamations qui lui échappèrent indii|nèrent une irritation croissante. On l'entendit s'écrier : « Que de tels affronts voalaieDt être lavéa dans le sang ; n (ju'il ferait repentir les Alliés de leur insolence; qu'ils II allaient voir qa'îi était plus près de leurs capitales IX qu'eus de la sienne! Oui, nous sommes plus près de « Munich qu'ils ne le sont de Paria ! » ajonta-t-il, et cela à si haute voix, que tous ceux qui le suivaient l'entendirent et me l'ont redit.
Tl y avait là moins d'emportement d'orgueil et d'ambition que de colère, et surtout de volonté de relever, autour de lui, les courages ; mais il dépassait son but t chacun, dans ces exclamations, ne \itque ce qu'il redoutait le plus, une guerre sans terme 1 Loin d'encourager, elles effrayèrent. Le lendemain, 24 février, il parut plus animé encore. Eetiré aux Koes, il y attendit le jour impatiemment. Le fauboui^, d'oii les Alliés se retiraient, et les villages environnants, brûlaient de tontes parts. Ces incendies et les bivouacs formaient un triste horizon de flammes : lueurs cruellea qu'enfin les premiers rayons du jour vinrent effacer. Ils éclairèrent la rentrée de l'armée irançaise dans la capitale de la Champagne.
L'Empereur lui-même y pénétra vers dis heures du matin. Il y reçut bientôt un troisième parlementaire. Schwartzenberg s'empressait de lui annoncer que les généraux alliés choisis pour i-c'gler l'armistice étaient, pour la Russie, la Prusse et l'Autriche, Schouvaloff, Rhauch et Duco, et le lieu proposé, Tjusigny, près de Vandœnvres. hpoléon accepta et ce lieu et ces négociateurs ; le gêné-
rai Flahaufc, son aide de camp, fut celui qu'il envoya. Mais son entretien ayec le parlementaire fut plus vif qne celui de la veille avec Lichtensteîn. Plusieurs foia, sa voix s'éleva aese^ haut pour retentir au ileliora, et ces mots : M Je ania plue près de Vienne que voua de Paris ! » afSi- Çèrent encore l'un de aes Berviteurs les plus intimes.
Bien plus, à la nouvelle de ces pouriiarlera, Gérard, alors en tête de colonne vers Lusigny, était convenn d'nne suspension d'armes de vingt-quatre heures ; mais l'Empereur n'en tint compte. Il ordonna d'attaquer toujours. Cependant, Gérard, qu'enchaînait sa parole, hésitait embarrassé, et Flahaut, que cet ordre empêchait de passer, en demandait vainement la révocation au nom du salut de la France. Le duc de Ee^g;io courut alors, m'at-il dit, chez Napoléon ; il lui représenta sa parole donnée : a Que c'était Lusif^ny même, pnis Châtillon, qn'il s'agis- « sait d'attaquer ! Qu'on allait donc, au milieu des conféti rences de la pais, porter la gnerre ! n Mais l'Erapereur, «'emportant, répliqua : « Que Gérard n'avait qu'à préve- (( nir l'enoemî de son agression. Quant au Congrès de a Châtillon, qu'il ne s'en souciait nullement ; que c'était '( de l'autre côté du Rhin qu'il voulait traiter ; que déjà « les alliés fuyaient en déroute, et qu'il allait faire pri-
Le duc de Reggio se retira, consterné. Il savait qnej dans la chaleur de l'action, il ne fallait pas jagerlCB hommes d'action sur paroles, et surtout Napoléon ; mais ici, comme l'Empereur ne s'en tenait pas k des jmroles, cet emportement d'espoir parut à ce maréchal d'une exa-
^ration si intempestiTe. que, dès lors, lui comme bien F> â'antres se résignèrent à une catastrophe désonnais à leurs f yeux inévitable.
Et cependant, en dépit de tonte vraisemblance, cette
r révolte de la, fierté blesBée de notre Emperonr contre des
, négociations dont il n'attendait (|ue des humiliations ; sa
Confiance dans l'ascendant de sa renommée ; son opinion
de l'effroi dont il venait de frapper les coalisés et de leur
désordre, étaient moins exagérés qu'on ne le pensait. C'est
n fait oertain que, en ce moment, la balance de notre
rtune tenait à un fil. Un élan de plus, un choc heureux
lanné à propos, et la Coalition, déjà ébranlée, s'écroulant
s son propre poids, en eût d'elle-même déchargé la
[ n n'y a iwint là d'illusion. Depuis la défaite de Mon- »n, les colonnes étrangères, ramenées, renversées l'une j- l'autre, étaient venues, teintes, aboutir sur le grand ^emin de Troyes, où leur masse avait augmenté leur jordre. Leurs dehors conservaient encore quelque con- ~ienance, mais au dedans régnaient le trouble et la confusion, précurseure des catastrophes. L'attitude découragée des plus présomptueux, les défiances intestines, les reproches mutuels, tout annonçait que cette machine, disproportionnée à ia main chargée de la faire ^ir, et composée de parties hétérogènes, était près de se dissondre.
Elle ne tenait plus ensemble que pour reculer. Les 24 «t '25 février, cette coalition s'était laissé arracher Troyea, la Seine, l'intervaile de hi Seine à l'Aube. Un parc entier
et piuBieurs milliurs de malades, de blessés et de prisonniers étaient restés entre nos mains. De ces débris, lea uns avaient été abandonuca dans Ti'oyes; les antres, atteints BU delà par les charges de Keilermann et de Nansouty, venaient d'être enlevés sur les routes de Bar-anr- Seine et de Bar-snr-Aube, Le 26, même phénomène : Gérard et T.ïuhesine reconquirent, an pas de charge, le pont de Doulancourt et Bar-snr-Aube ; l'Aube elle-même (ut affranchie. L arrière -gai-de bavaroise, eu voulant y reprendre pied, attendue à bout [rortant sur la place de Bar par Duhesme, se brisa contre nos baïonnettes : cinq k six cents morts et prisonniers avaient marqué cet avantage. Et pourtant l'Empereur et sa Garde étaient restés dans Troyes en observation de Elùcher. C'étaient donc cent cinquante mUle Jiommes qui fuyaient devant trente mille! Mais qu'importe le nombre des bras où manque la tête ? Nos coups redoublés sur la Marne, l'armée rasseçiblée à Lyon, et cette réapparition de Napoléon sur la Seine, semblaient îa leur avoir fait perdre.
Pozzo-di-Boi^o, l'ennemi personnel, le plus acharné, de Napoléon, ce Corse devenu Eusse, celui dont la haine avait le plus encouragé les alliés à pousser la guerre k ontrance, nous l'a souvent attesté. Combien de fois ngns a-t-il raconté toutes les invectives qui remplacèrent alors la hante considération que lui avait acquise, jusque-là, Ifr succès de ses conseils I Hors les Prussiens, les états-majors ennemis, dans leur eSrot de se voir engagés si avant au cœur de la France, s'y croyaient pria comme dans un piège. lia l'en accusaient, ils le chargeaient de malédic-
^hb. Ce ministre était devenu l'objet de h réprobation uaivereelle. Chacun, à Bon approche, ou s'écartait, ou tournait la tête ; tous le f uyaieut, et, du faite de la plue haute faveur, il se voyait tombé, tout à oonp, dans l'isolement de la disgrâce !
L'Empereur Alexandre lui-même, entièrement découragé, l'avait alore appelé ; il lui avait déclaré : a Que c'en « était assez, qu'une marche victorieuse de Moscou jus- " que sur le bord de laSeiiie suffisait : qu'il ne fallait pas 'i exposer à une seconde journée de Marengo de tels avan- •( tiiges. Qu'évidemment Napoléon, soutenu par la France, o se relevait 1 Kc venait-on pas de retrouver en lui le « général de l'armée d'Italie? Il conveuait doue de lui « céder un champ de combat pour lui pleiu de ressour- <T ces, et d'aller se replacer au milieu de celles de ]& Coa- « lition, où l'on traiterait de la paix sur des bases plue « larges et plus acceptables. »
En effet, dans Bar-sur-Aube, le 25 février, un conseil de guerre s'était encore réuni. Les chefs alliés y étaient coDvenuK, que, se détachant à leur gauche, le prince de Hesse-Hoœbourg irait, sur la Saôue, s'opposer aux progrès d' Augercau ; que, à leur droite, lîliicher reculerait sur Châlons ; qu'au centre, et sans doute afia de gagner du temps pour recouvrer du courage et de la pensée, la grande armée se retirerait sur Langres, oii se réunirait un nouveau conseil.
Ces ordres aocrarent le désordre. Le découragement des DUS, le mécontentement des autres, en s'entre-choquant, éclatèrent. On a vu la terrem- du plus grand nombre ;
■m MÉMOIRES D'UN AIDE DE OAMP.
plusiears, au contraire, se demandaient pourquoi, lorsqu'on était les plaa forts, suspendre Tattaque, reculer, Jaisser respirer rennead ? Pourquoi se disperser ainsi, n'agir que par des ailes aussi distendues, et e'aunaler au centre ? Les alliiis ctaient-ils donc le jouet de la politique autrichienne ? Ces clameurs furent vives sans doute, puisque le généraJissime se crut obligé de comnienter, d'excuser même, dans une circulaire, la décision du dernier conseil.
Mais, en arrière de lenr ligne de bataille, l'effet eu fiit bien plus grand encore. La retraite précipitée de ces trois grands quartiers généraux de souveraina nécessitait des ordres d'évacuation, ans hôpitaux, aux réserves et renforts, et aux dépOts intermédiaires. La peur prit k cette longue traînée, disséminée de Troycs à Bâle, au miJien d'une population menaçante. Ce mouvement rétrograde, se propageant par les récits exagérés de tous les échappés de défaites, par l'aspect des longs convois de blessés, de malades qu'avaient faits les marécages de la Champagne, les rigueurs de l'iiiver et les excès de la victoire, toama en déroute.
La commotion de l'ébranlement, reçu à la tête, vibra ainsi, de plus en plus fortement, jusqu'à la base de la ligne d'opérations. Sur ce parcours, l'éloignement grosHÎssant le danger, à mille interprétations, à tous les brnîts les plus sinistres se joignirent les appréhensions d'une insuiTection générale. La confusion devint extrême. Ces dépôts, ces convois, et jusqa'aus parcs de réserve, partaient en toute hâte et en désordre. Ils reprenaient préci-
DEROUTK DES ALLIES. 386
pitamment la direction de Bâic, Us couvrirent toutes les TOutea des Vosges : leurs escortes s'écoulaient la tête basse, muett«s, dans l'attitude la plus humble, au milieu de nos populations accourues sur leur passage, et qni, la veillu, écrasées par leur insolence, jouissaient avec transport de leur humiliation ! Ces étrangers, quelque nombreux qu'ils fussent, subissaient en silence toutes sortes d'insultes; ils pressaient le pas au biniit de mille imprécations. Et l'on ne s'en tint pas à des menaces : dans les Vosges, nos montagnards tuèrent un génénd russe et mirent son escorte en déroute ; partout aiUeurs, tout co qui s'écarta des colonnes fut saisi et entraîné hors des chemins, au milieti des bois, où le plus grand nombre disparut.
Dès Champ-Aubert, Napoléon avait pressenti le découragement de cette foule d'envahisseurs; dans Troyes, tout le lui confirma : ces retraites précipitées, cet empressement pour obtenirun armistice, enfin les aveux qne, dans ce désir, plosieurs de nos ennemis laissèrent échapper.
Ceux de Schullem bourg, entre autres, furent remarqués. Aide de camp de Hchwartzenberg, il avait été envoyé le 2i, en parlementaire à nos avant-postes. Ce Saxon, s'étant présenté chez le général Gérard, sous lequel il avait servi l'an précédent, en avait été bien accoeilli. L'Empereur sut que, dans les épancbcments de la &n d'un repas, cet officier s'était t'crié, à plusieurs reprises : « Que toute leur armée demandait la pais ; qu'elle était e de la gueiTe et dans un te! désordre, qu'il la
« voyait tout près de donner une seconde representatiort de la retraite de Moscou ! n Ce furent ses propres paroles, et il confirmii cet aveu par le récit de mille détails irrécusables. Les jours suivants, à Lusi^y, les ouvertures, que fit à Flahaut le général Duca, aide de camp de l'Empereur d'Autriche, ne furent pas moins significatives. Il lui conseilla, à propos de quelques difficultés, de signer toujours l'armistice, ajoutant que de leur côté il n'y aurait plus à y revenir ; qu'une bonne poix s'ensuivrait infailliblement ; qu'ils étaient las de la domination russe; '|tie, une fois le feu suspendu, rien ne pourrait les décider à recommencer la gnerre, et que pas un Autrichien ne voudrait tirer un coup de fusil de plus contre la France. Napoléon ne s'abusait donc pas en tenant ces Alliés pour vaincus, puisqu'ils croyaient l'être. Dès lors, comment n'en pas profiter, soit eu poussant la chance des armes, soit en obtenant, par cet armistice, les bases d'une paix honorable ? Mais il ne put ni l'un ni l'autre. D'une part, la clause des baaes offertes à Francfort, qu'il mit, avec trop de raideur peut-être, pour conditions à l'armistice, fut, après une longue hésitation, déclinée, comme prématurée, par les commissaires ennemis; de l'autxe, « fatal Bliicher, qui, de même que la plupart des hcmimes. opiniâtres, n'avait qu'une idée en tête, celle d'envahir Paris par la Marne, y étant revenu, força l'Empereur 4 le suivre une seconde fois dans cette direction, et à l&cber prise sur la Seine et l'Aube ; en sorte que la négooiation do Lusigny demeura presque abandonnée j^ ellemême, au moment où, plus que jamais, la présence et
DEHOUÏE DES ALLIES. 287
l'appui des armea de Napoléou y étaient indispensables. Pendant que ia grande armée ennemie, déconcertée, reculait ainsi, l'entrée de Napoléon dans Troyea n'avait été que trop remarquable. Les habitants s'étaient précipités en foule autour de lenr Empereur. C'était, a écrit un témoin, à qui baiserait ses mains et se presserait contre sa botte! Ils s'enorgueillissaient du moindre contact, criant de bonheur, comme si tous les maux de la guerre étaient finis, et que, désormais affi-ancbis de toutes craintes, ils voulussent improviser un tiiomphe à lenr libérateur!
Malheureusement, àcestransporta de j'oie s'étaient mêlés des cria de vengeance, non contre l'Étran^r mais contre des compatriotes. A les entendre, des lâches s'étaient bassement prosternés devant les oppresseurs. D'autres avaient été pins coupables : trahissant les couleurs nationales, ils s'étaient ralliés aax ennemis de la France. Pins Napoléon s'était avancé, plus ces cris dénonciateurs s'étaient multipliés, et bientôt les assertions, l'indignation descitoyens les pins honoraires, avaient coniînné ces accusations.
11 n'était que trop vrai, des royalistes, déjà coupables par les éclats d'une joie odieuse à la vue de l'Invasion, puis snreicités par deux émigrés français au service des Russes, avaient osé arboi-er la cocarde blanche. Deux d'entre eux, encouragés, disait-on, par le prince royal de Wurtemberg, avaient, dans nne adresse charç;ée d'une vingtaine de signatures, demandé à l'Empùreur russe le rétablissement des Bourbons sur le trône de lenrs ancô-
S88 MÉMOIBEB DTX AIDE DE CAJIP,
très. Vainemeut Alexaadi'e, leur refuBant son les avaitavertis de leur imprudence. L'un avait été porter sesvcfiux au comte d'Artois, il s'était mis hors d'atteinte; le second était resté.
L'Empereur, à cha^jne pas arrêté par la foule, entendit cea dénonciationa ; il s'en émut, s'échauffa à leur chaleur, promît justice ; et, rentré chez lui, le fouet encore à' la main, il ordonna la rènnion d'nn conseil de guerre^ Le coupable y fut livré. Quant à bcb complices, l'empereur Toulutlesignorer; seulement, l'hôte de l'empereur Alexandre fut, dit-on, mandé, sa conduite vivement censunée, et le présent qu'elle lui avait attiré, transmis aux hospices, ija destitution du préfet du département, dont l'absence remarquée n'était qu'on accident fortuit, montra aenle, en ce moment, quelque colère.
Le malheureux royaliste avoua tout : il fut condamné. L'acte dont il s'était rendu coupable eoïncidait avec l'entrée en Frauche-Gomté du comte d'Artois, avec l'airiTée de plaaieura lettres secrètes du Prétendant aux prinoipaux fonctionnaires de l'Empire, enfin avec la révolte ouverte des royalistes de l'ouest et du midi de la France. Napoléon crut à la nécessité d'un exemple. Quant il fiillaît prodiguer à flots le sang le plus généreux pour défendre notre indépendance, il crut que <.e E.ing crimÎEGl ne devait point être épargné. Pourtant, comme autour de lui l'un savait que les cris de grâce prévalaient, on espéra le fléchir; mais cette fois, se redoutant lui-même, il ne prit que trop de précautions poui ne ncu entendre.
Les premiei-s efforts furent donc viuns. Toutefois, l'un
des compatriotes du condamné, écuyer de Napoléon, que d'autres officiera s'offrirent à seconder, promit de les renouveler. Mais bien malheureusement ceux-ci crurent de- YOir attendre que l'Empereur, en ce moment endormi, se fût réveillé. Dès qu'il ouvrit les yeux, aux premières inataucea de Meagrigoy il s'émut, céda, et un officier courut au lieu du supplice ; mais bientôt il roparat constemé, il était arrivé trop tard de quelques secondes ! A cotte nouvelle, l'Empereni' tomba dans un immobile et long silence. II en sortit par un geste résigné et ces mots : a; La loi le « condamnait ! n Puis, a!in de prévenir ces nécessités cruelles, il rappela par tin décret de ce même jour, que la loi fi-appait de mort les actes semblables.
Au milieu de ce triste épisode, uojé dans tant d'autres malheurs, une préoccupation bien autrement grave absorbait l'anxiété générale. Nos négociateurs, comme nos avant-gardes, étaient aux prises, et celles-ci toujonrs victorieuses. Lusigny, ce lieu désigné pour la paix, Gérard et la gueii'e venaient de noua en rendre maîtres j Cbâtilion même allait tomber en notre pouvoir : Châtiilon, séjour de ce Congrès où dominait l'Angleterre I C'était là qu'on prétendait arracher à Napoléon Anvera, la Belgique, nos départements du Rhin, ceux des Alpes, et qu'enfin on voulait sa honte et celle de la France ; tandis qu'à I.uaigny, point d'Anglais, des généraux prussiens, russes et autrichiens seulement, désintéressés sui' l'importance maritime des bouches de l'Escaut, et, comme leurs armées, désappointés par six revers. On pouvait donc eapé-
I de surprendre au découragement de ceux-ci un gage
HÊMOIIIKS, — T. m. 17
VeXOISES DXS AIDE DE CAIEP.
e talnt, e^ par cet «rmiâtice qa'îk demaoàaiem, de Leur arracber les basée d'une paix sapfxxuble.
Cest poorqaoî XapoléCHL, dès ie ti féTiier, avait ^i^ dié Flabaot vers hasàgay, &a tr&vers do fea de H» avant-gardes, qn'il ce touIuc pas qn'oD soApendit ; c'est enene poorqaoi, le ib, fidèle à ses ïnâtracdons, ce général avait rèponda à la propceàtirm da itatu qua pooiUgoe d'armistice, en exigeant celle d'Anvers aux Âlpea; et mrtoat en prescrivant l'engagement prtalable, ponr la paix à snivre, de traiter d'après les bases oH'ertes à Francfort. Hais cette dernière clanse. inattendue, avait snspendn les débats : les commissaires étran^rs, pris ait dépoorvn, av'aienC demandé à en conférer entre eax.
L'ébranlement était si fort chez ces alliés, la lassitnâe de la gaerre ai grande, qn il y eut dens heures d'hésitation de leur cûtè et d'espoir dn nôtre. (Jette espérance se prolongea même dans Troyea ; l'anxiété de notie Eîiiiperenr y fnt remarquable. Dans sa perplexité, fatigné d'une attente aussi pénible, il cou\Tit de mouvements la chaussée de Troyes à Tandœuvres. Pendant les joamées des 25 et 2li, des courriers, des ofScîers d'ordonnance, des aides de camp, partant et revenant sans cesee, s'y snccè- (Icrent sans inter\'alle.
En considérantr l'activité du génie de notre malhenl'oux Empereur, concentrée tout entière dans cette Bttu-nte, on croit voir, malgré ses exclamations précédentes, (|u'au fond ses prétentions Be bornaient à conaeryer la France de la République et nos frontières légitimes. Pourtant, comme les bases do Francfort laissaient etpé-
DEROUTE DES ALLIÉS. 2ni
X plus ; comme eufin, dans les négociations eubséquentea, ses prétentions, quant an royaume d'Italie, dépaësèrent ces Ijornes, on ne peut là-desBOB rien préjuger. Un fait certain, c'est qne, Ioîq de s'avengler comme on le pensait, il montrait en ce moment par son anxiéti^, que, à ses yeux, sa perte ou son salut dépendait de cet armistice,
8a proposition fut éludée. Les trois généraux étrangers se récusèrent : ils alléguèrent que leurs pouvoirs su réduisaient à traiter d'une ligne d'armistice. Dès lors, la nègfociation vagua, elle traîna eu longueur ; Napoléon perdit confiance dans la pais ; et, comme la guerre nous était alors favorable, il continua à en appnyer les conférences. Et vi-aiment, quand à la grande armée fuyant devant lui, le temps pressait, on n'en pouvait donner à des ennemis qui n'étaient réellement vaincus que par eus-mêmes, et auxquels il ne fallait pas laisser le loisir de se reconnaître.
Mais en était-il de même à notre gauche, du ciité de Bulow, de Wintzingerode, de Bliicher et de leurs cent mille hommes? Sur cette autre ligne d'opération, appuyée par l'armée de Bcrnadotte, une poignée de soldats, chargée, depuis Sézanne jusqu'à Soissous, de défendre l'Aisne et la Marne, arrêterait- elle leur triple effort ? Ces trois armées ennemies étaient-elles aussi sous ie charme ? Et pourtant la tréve proposée les aurait enchaînées sur place ! Elle eût même fait bien plus : elle les eût fait reculer I Flahaut affirme qu'à Lnsigny le statu quo
i abandonné, qu'on s'y résignait à une ligne d'annis-
•m MÉMOIBES DUN AIDE DE CAMP,
lii'e )iartant d'Auvers, et qui3ai%Tait d'abord l'Eseant. uQstùte la Meose, enfin le canal de Boorgo^e. C'était là, m'u-t-il dit Ini-même, ce qne le °;écéra! Dooa l'a-rait pressé de sî^er, en dépit même de Napoléon, lai répoodtmt de la paix, lai montrant les Antricbiens, set cotnpoUiotes, dégo&tée de La guerre, choqués des prétentîom des Rosses, et si indîgi>& des urs de sopérwcîté q^V* hcteit cette oatiim «goeilkaBe. qa'tb eR êttieat dn»na phiEWinwniB que de U RanK.
L'finpcnor, mal^ on de VABtridtBr poaieta dm >» rèsohtkn dâaespML tSUL, les fcae» de Fiutfivt ten dfclww^ ■■ umi xk». as s«B de k FnKB, H k fimàhîl p» «■■■ nfttw à Tadîtttx ftagiâu * k bât Miic e
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DÉROUTE DES ALLIÉS. a!l3
s'insnr^er contre riayaaion. On voit qu'il restait en dehors de Ja ligne d'armistice proposée ; Napoléon exigea qu'il y fiît compris. Il déclara : « Que jamais il n'aban- « donnerait volontairement à l'ennemi des Français qui i( s'étaient dévoués à sa cause ! » C'était demander aux Alliés l'évacuation de la France ; ou, si l'on veut, c'était lonjourB les bases de Francfort, que, à défaut de la dé- .«laratiOE refusée, indiquerait cette ligne d'arraistice. Cette réponse termina tont. Dès Inrs, Flabaut, de qui je tiens ces détails, n'attendit plus que son rappel. Évidemment, m'a-t-il dit, à ses yeux mêmes, l'Empereur ne voulait pins d'armistice .'
D'ailleurs, en ce moment, et dans le Conseil dea Coalisée, de grandes résolutions venaient d'être prises. Une voix prédominante, la voix la plus ennemie de la Pnince, li^lle de l'AngleteiTe, s'appuyant des passions vindicatides Ptussiena et de l'orgueil russe, venait d'y relever cœurs, d'y ranimer les courages, et d'y rétablir l'enible. Castlereagh avait décidé les souverains alliés : lièrement, à autoriser Bliicher à reprendre son attale sur la Marne ; secondement, à appeler du nord, à IHude de ses quarante-huit mille hommes, les cinquante lille Russes et Prussiens de Bulow et de Wintzingerode ; lisièraement, il les avait, à force de subsides, détermi- 1^ à signer, le 1" mars, le funeste traité de Chaumont, lureenr de celui de la Sainte-Alliance ! Son exécution itre la France, depuis la chute de l'Empire, en a trop montré les clause pour qu'il soit besoin ici de les re- :oduire. Quatrièmement enfin, il venait d'obtenir que, à
-2H4 MÉMOmES D'UN AIDE DE CâMP.
Cliâtillon, un dernier ultimatum, avec un délai fetal, serait imposé à Napoléon.
Arrêtoua-uons ici; reprenons haleine sur ce dernier i plus qu'à descendre. Les dernières lueuTH de notre fortune sont près de s'éteindre ;'le sort, trop tenté, va se montrer contraire. Ou plnlôt, et pendant les derniers instants d'une lutte si inégale et si sanglante, nos anccès, tout glorieux qu'ils vont être encore, seront ou si cher achetés, on tellement entremêlés de rêvera et de découragement; ils seront si disproportionnés avec le danger, et st activement combattus par les trahisons de l'intérieur, qu'ils n'auront pu retarder que de quelques jours seulement la captivité de notre capitale, la chute de Napoléon, et la premiÊre et si déplorable mutilation de la France !
BLflOHEB ET l'armée PRUSSIENNE SUR LE POIST D'ÉTRE
PRIS s'Échappent.
Maintenant reprenons ce triste récit, et qne chacun, â'^près leB faits, juge les hommes. A la fin des trois pre- ÏDièreB journées du séjour de Napoléon à Troyea et des
xiétés de cette vaine négociation, dans ia nuit du 2G ^ii 27 février, quand des renforts, quand soixante mille Français réunis, quand les eaccès de nos avant-gardes Vers Bar et ChfitiUon,' et la fuite des Aliiéa sur Dijon et langres, soutenaient encore i'espoir, tout à coup l'Empe- (Bur apprend que Blûcher, qu'on crovait blessé dans 'Jréry, en a disparu, et que, une seconde fois, il menace Veaux et la capitale.
On se souvient que, le 22 février, ce feld-maréchal, lenforcé d'un corps nouveau et alléché par l'espoir d'une grande Ijataille, était acconru de Ohâlona à Méry-sur- Beine. Maîa le 23, dès qu'il apprit que Schw-artzenbevg refusait le combat, il avait voulu s'en séparer. « Qu'avait- )esoin de lui pour fuir ? Est-ce pour cette honte qu'il
*>S MEMOIHES DTS AIDB DE CAMP.
« doit reprendre le jong. odienx ponr on Prossien. d"nn
< chef ttntricbïen? Qn'on toi rende ».<n indépendance.
< QnVn le laise renouveler sa première attaqne. d^ïger « ainsi la grande aimée, et venger sar ta Marne, joâqoe • dans Meanx. ses quatre reTers '. >
On a m qoe Oastlereagh renaît de décider les ABiés à le hiser fiiire en appelant dn nord, à l'uâe de nn. agrecaion, Bolow et Vintzingerode. Mais le Kûcher ne ks a\~aii pas uiendo!. Il avwt passe l'Anbe, détruit les ponts denièie loi. et, dès le U février, poussant sor Sézacn« et le Morin. il j aistt atteint UarmoQt, fiûble de ctaq à six mille boaunes.
De ara càtê, depais le leCeor de Xapoléaa de h Maift «r la Sone, Uoctier avait reprê âobnns. II t anA fiacé qoatorsî cents hcam PiAwas sons im gimMl' MoRan, da bioi f imsta mnacire. C^àiea^-TMeny, ^r mm arin, foît cwespé par YîtKcat et qwli)aa cofe^ an da davaax. LumbAbc fcsaiit fr w poHcr aA* ka deax, à TtOus-CotmetE, arec qnaCR i cinq t^Êà
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