‹ Un aide de camp de Napoléon; mémoires (volume 2)Chapitre 20 sur 41 · BLUCHER ET L'ARMEE PEDSSIENNE · texte numérisé non relu

BLUCHER ET L'ARMEE PEDSSIENNE

Èrie fait sentir à celui-ci qu'ii n'a d'autre ressource qa'otie retraite précipitée. ToQtefois, atteint sur le Morin, il a fait, à coups de canon, respecter ba fuite ; puis, la dirigeant habilement vers Mortier qu'il a prévenu k temps, il a rejoint ce maréchal, le 26, à La Ferté-sur- Marne. Mortier accourait par ia rive droite; !a Marne le couvrait, il la passe, en Lriae le pont derrière lui, et, devant les cinquante mille hommes de Bliicher, il vient ranger, à côté des cinq à six mille soldats de Mannont, ses quatre mille hommes.

Tous deox devaient s'iiiderd'un obstacle pour se mettre en travers de l'Invasion. C'était à Trilport et à Meaux qu'il fallait aller l'arrêter derrière la Marne; à peine le lendemain en eurent-ils le temps. L'ennemi nous serrait de si près, que ma In'igade, en arrivant de Vi liera- Cotterets, jetée dans Renil !e 26 an soir, n'en put sortir le 27, et rejoindre le duc de Trévise à Trilport, qu'en se fiiisant jour à coups de sabre. Le pont de Trilport nous sauva ; mais il était si mauvais, qu'il fallut le passer pas à pas, â pied, sur une file, et avec intervalles. Pondant ce défile l'ennemi arriva, Ricard nous défendit ; après quoi, traversant la Marne k son tonr, il en détruisit ce passage.

Nons contiunâmes ; et bientôt, en vue de Meaux, Marmont et Mortier prirent position. Là, nous figurant la guerre finiepour cette journée, mabrigade fut placée sur deux figues, en dehors du faubourg, face à Trilport, sa gauche aux dernières maisons qui bordaient la grande route, et sa droite prolongée vers le Cornillon: c'est nnfanbonrg de

ïaux, que la Marne sépare de cette ville. Tranquilles k

MKM0IRE3 D'UK AIDE DE CAMP.

l'abri de cette

rivière nous nous reposions, quand toot les hautenrs à ma droite, nue h&

eonp, de l'aatre terie raese, se démasquant, me tua plusieurs chevaiu puis, se retournant, elle protégea contre le faubourg d Comillon une rive attaque. C'était Sacten ; sou premîc élan, en renversant deux bataillons de aos g^t nationaux mal commandés , leur enleva ce faubourg, pont et la porte même de la ville, dans laquelle ilpéni

Marmont s'était chargé de la défendre ; on venait de f surprendre, ce qui lui arrivait souvent, soit que son o^cr-*Pj guei! répngnilt à croire qu'on osât s'attaquer à lui. onqi^'~** se plaisant surtout dans les hauteurs du oommandement^V -^^ il en négligeât les détails. Mais alors, et comme s'il ava^S" ■^ à punir une insulte, d'autaut plus impétueux il courut, l'^^^l pée à la main, à cette porte avec ses officiers, et. gan-^**) compter, chargeant aussitôt, il culbuta l'eunemi dan» **■ le tauboni^, et en reprit le pont, qu'il avait dédaigné d^ rompre ; lui-même le fit cette fois détruire sous ses yeux Pelleport, qui le secondait, ayant été biossé. Notre positioc^ ainsi assurée pour vingt-quatre heures, il envoya Fubviec^ à Paris demander un prompt secours.

On n'y songeait qu'à l'armistice, et à célébrer l'arrivé» des prisonniers et des drapeaux ennemis pris sur la Seine, Le canon de joie des Invalides empêchait d'entendre celui de Bliicher, menaçant la dernière ville qui se trouvait entre l'invasion et la capitale. Six mille conscrits seulement, et huit batteries prêtes, s'y trouvaient alora. Fabvier alla les demander au duc deFeltre. Ce ministre l'envoya

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. roi Joseph , lequel, par sueceptibilité oo incertitadt . e retranchant sur ce qu'on ne s'était pas d'abord adresse lui, le reuvoya auministre. Le fait était que tous les deuï, ' surpris et effrayés, ne BavaienL à quoi ae rifeoudre. Quelque pressant que fût le danger, ils craignaient, avant tuTit, le mcuontentement de l'Empereui'. et d'iigir sana ordre. Enfin, contraints à se décider, mais ne iâisant rien qu'à demi, ils partageaient ce reste de forces de roanièi-e à les rendre partout insnffÎMintes, quand arriva de Troyea l'ordre du maitre, qui avait prévu le danger et fit tuut marchera notre aecours-

Oependant, .Sacken lâcliait prise en face de nous ; il se prolongeait Ters Lagny, par delà notre droite. Mais noa maréchaux, peu inquiets de ce côté, songeaient plutôt à leur gaiiche. Quelque étroite que fùti'Onrcq, cette rivière étant aurce flanc leur seule sauvegarde, ils en firent rompre tons les passages, sans tes garder, même celui de Liay, par où le général Vincent, en se retirant de Château- Thierry, venait de noua rejoindre. Le temps leur manqua pour cela, et aussi les hommes. Xéanniùina, ma brigade fut poussée, isoir même, sur Vareddes, mes granda gardes vers Ourcq, et la nuit ainsi que les premières heures du lenmain 28 furent tranquilles. Mais, vera onze heures, une b mes reconnaissances, longtemps attendue, rentra inmplète : lea Prussiens l'avaient surprise entre mes post la Thérouanne. Cette rencontre n'était que trop aignificative :1a Marne, rOurcq, la Thérouannemême, étaient .. donc franchies, Meaux tournée et prise à revers, Claje jj^BUissi menacée, et dès le lendemain Parts . d'où le secours

de sii mille recrues Bortait k peine, pouvait voir Blûcher à SCS portes.

Mortier n'héaita point. Avec quatre mille hommes il ne pouvaiteongeràse défendre :il attaqua îNous marchâmes aussitôt ; Vincent et sa cavalerie, à gauche dans la plaine ; Chrietiany et son infanterie, à droite sur la grande ronte ; les Gardes d'Honneur, entre deus. La cavalerie Prussienne fut d'abord rejette par la nôtre derrière la Thérouanne ; leur infanterie, postée à gué à Trêmes, fut attaquée de front, tournée à droite par Chriatiany, et dépostée de vive force.

C'était l'avanb-garde de Kleist. Paris alors impoaait encore. Ce Prussien était de tous les alliés celui yui venait de menacer de plus près notre capitale. Déjà étonné de son audace, quand il vit son avant-garde battue, et du même coup sa retraite coupée sur Lisy, le pont de cette ville, qu'il avait fait rétablir, il l'envoya rompre on ne eait pourquoi. Quant à lai-même, avec dix mille hommes contra trois mille, acceptant la défensive, il recula, depuis qnatre heures du soir jusqu'à minuit,surla grande route de Sois- Bons, en remontant l'Ourcq jusqu'à Neufchelles.

Nous le poursuivîmes avec tant de bonheur que, àonze heures du soir, les Gardeslui enlevèrent encore un dernier poste. Les cavaliers ivres, qui le détendirent, se rnèrent au milieu de nos escadrong que, en avançant dans l'obscurité, je venais par précaution d'échelonner à grandes distances, sur la gauche de la ^fraude route. On enveloppa ces furieux ; il fallut les tuer pour s'en débamisser, car ils no voulurent pas se rendre.

BLUCHER ET L'ARMÉE PR09SIENNE. flol

Il était minuit quand Marmonb nous rejoignit à May. où il s'arrêta. Mortier était resté en observation à Beau- Tal et devant Liay. Cette poursuite acharnée inquiéta l'ennemi i elle accrut sa crainte. Nous jouissions de notre snccèa sans le comprendre. Dans cette j'ouméo critique, où nous eussions dû être culbutés sur Glaye par trente mille hommes, la perte de l'ennemi avait été triple de la nôtre ; à quoi, il faut ajouter celle de plusieurs lieues de terrain, du pont de Lisy, et de l'offensive.

Un jour était gagné sur l'Invasion, et c'était beaucoup sans doute ; mais ce répit donnerait-il àSapoloon le temps d'arrivorà notre secours ? Dans quelques heures, Blùcher, d'autant pins pressé d'en finir, n'allait-il pas nous accabler de toutes ses forces? En effet, le lendemain, 1" mars, rOnrcq se montra bordée d'une multitude d'ennemis. Quelques milliers de Russes nous fusillèrent à Lisy, de la rive gauche, comme pour préparer un passage; quinze mille autres et seize mille Prussiens, remontant ce cours d'eau, se présentèrent, eu colonnes profondes, à Crouy et à Gévres. En même temps, Kleist, sur la même rive que nous, et plus fort à lui seul quenoadeusmarcchaus, resaortaitdudéfilé deNenfchelles s'apprétaut à fondre sur Marmont.Ainsi, menacés en tête, en flanc gauche, et dans nos intervalles, nous reatîVmes déployés, faisantface de toutes parts et la meilleare contenance qu'il nous fut possible, mais fort inquiets. Nos maréchaux, attentifs, étaient décidés à tomber sur les premiers qui tenteraient un passage, C'était là, en effet , notre seule ressource ; mais qu'en espé- II? Que faire contre une attaque, sur quatre points, de

MÉM0IEE8 D'Uy AIDE DE CAMP,

cinqaante mille bommes outre hnît à dis mille, et quand cette agresMon semblait devoir être simaltanée?

Heureusement, ils ne la testèrent qae partiellement, vers la findelajournée, et à Gé^Tes seulement. Langeron, k la tf tede vingt mille hommes, en ayant rétabli le pont, lança Kapsewicz sur notre rive, cinq mille hommesoontre deux mille. D'abord, notre cavalerie fut reponsaée ; mais Marmont accourut, il préoipitasi résolument son infanterie contre ces Eusses, que Kapsewicz mesura la force de Marmont à l'audace de ce maréchal, se tint pour vuincn, repassa rOurcq, et laissa sur place six ou sept cents morte, blessés et prisonniers.

Le jour, qui semble si lonî^ à la défensive, s'écoolait ; la nnit enfin arriva et suspendit tont. Ce second jour d'une Intte si inégale eût dû être notre dernier jour, et non senlement nons étions encore debout, mais entiers, mais victorieux et maîtres du champ de bataille ! Etonnés, nona nous félicitions de tant de fortune ; nous en rapportions le bonheur à nos maréchaux. Et en effet, dans une position aussi périlleuse, leuraudacieasehabiletéavait été au-dessus de tout éloge. La confiance des nôtres s'en accrut ; aussi, quand, vers dix heures du soir, les fiix mille recrues de Paris et leurs huit batteries nous rejoignirent, ce fut avec une fierté de vétérans qne nos plus jeunes Gardes las accueilli rent.

Cette déposition des esprits fut henrensc, car l'aspect senl de ce secours n'était qne trop fait pour nous montrer l'excès de notre détresse. Qu'on se figure des iilea allongées et traînantes d'adolescents, la plupart grêles, àdemi vêtus,

BLUCHER ET L'ARIŒE PKtTSSIENNE. SOS

^yaut sous le poids de leurs sacs et de lenrs fusils qu'ils e Bavaient pas charger, (ju'ils pouvaient k peine porter, et Ujt la plnpart se servaient pour soutenir leur marche chancelante, en sorte que, remplis de terre, ila devenaient entre leurs mains une arme inutile. Leur halte au milieu de nous fut plus déplorahie encore. Ces pauvTes recrues, mourantdc faim, grelottant de froid, nesavaient comment . établir leurs bivouacs et les approvisionner : ils erraient I dispersés autour des nôtres, implorant notre aide, nous demandant un refuge, se désespérant, se perdant dans l'oba- , GUritê et s'appelant à. grands cris les nus les autres.

Ce renfort était nn nouveau danger, c'étaient des gens I de plus k défendre : et pourtant leur arrivée, ai peu mar- 1 tiale, eut un succès dont nos efforts des trois Jours précédents furent couronnés.

Pendant que le spectacle décourageant de leitt impnia- , sauce redoublait notre inquiétude pour le Jour suivant, | le tumnlte de lenr désordre, leurs clameurs, le bruit des | qnarante-huit canons et des nombrens caissons qi traînaient avec eux, avaient éveillé l'attention des Coa- | lises. Us crurent que de formidables renforts, sortant de Paris, venaient d'accourir à notre aide. Dès lors, Bliichet, renonçant k forcer le paœage de l'Ourcq en face de noua, I et à noua envelopper, retire aes corps de Iiisy, de Crony I et de Gôvi'es; il les concentre vers Fublaines. Dès le ma- , m, il leur fait pa^er la rivière derrière Kleiat ; il ae pere qne désormais, pour noua attaquer de plain-pied |f notre rive, il lai faut la réunion de toutœ ses forces, e premières lueurs du jour du 2 mars montrèrent donc

Il nos yenx, de pins en pins émerveillés, tout le coure de rOui'cq, jusqu'à FnblaineB, entièrement dégagé d'ennemia! Nous ignorions, il est vrai, que quaraote-aix mille hommes, s'entassant dans le défilé de Nenfchelles, s'apprêtaient à en déboucher enr notre flanc gauclie. Noos aurions dû, au reste, le désirer. Il n'était plus temps d'enlever Paris par surprise à notre Empereur, l'ocGasion en étaitpassée. Napoléon, en ce moment, arrivait àla Fertésur-Mame, et Bîiicher, s'engageant un jour de plus entre nous et loi, pris entre denx feux, n'aurait plus été maître de sa retraite.

Ainsi, dans cette marche dérobée de Bîiicher, et qui devait 6trc si rapide, on avait vn dix mille hommes, pendant trois journées entières, en repousser et maintenir de plain-piedàlenrganche un nombre pareil, et en même temps, couverts par un filet d'eau large de quelques mètres, en tenir quarante mille auti'esen échec devant cet obstacle! Paris avait été sauvé cette fois encore : nos maréchaux avaient donné le temps à l'Emjiereur d'accourir de Troyes, et, sur l'Oarcq et l'Aisne, comme une première fois sur le Morin et la Marne, d'accabler Bîiicher d'un second désastre.

Pourtant, quelle qu'ait été l'habile audace de nos maréchaux, de même que dans bien d'autres succès de guerre, il faut chercher l'explication de celui-ci moins dans nos mérites que dans les fautes de notre adversaire. Le 27, après avoir poussé Sacken à notre poursuite sur Trilport et le Cornillon, arrivé à La Perte- sous- Jouarre, lorsqu'il avait vu tons les paaeagea détruits sur la Marne, in-

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[triet, et se aouvenaiib de ses quatre défaites, il avait plutôt regardé derrière lui qne devant lui, et, rappelant ses corps à la Ferté, il y avait passé la Marne, Son but avait été do se couvi-ir de cette rivièi-e contre l'arrivée possible de l'Empereur, et tout à la fois de tourner nos deux maréchaux dans ileaus, par Lisy, pour les couper ou les repODBaer aar la capitale. C'était prétendre, en se mettant en défense d'un côté, attaquer de l'autre, et marcher, comme en fiiyant, à la plus grande des conquêtes.

Le "28 son armée, comme son esprit, avait été partagée par cette double préoccupation. Une moitié, sur la rive droite de la Marne, avait marché sur Lisj- ; l'autre moitié était demeurée sur la rive gauche, de La Ferté à Samcron; écoutant sans doute si, du côté de la Seine et de Napoléon, il n'arrivait pas derrière elle quelque bruit de guerre. Il en était résulté cette attaque, sans ensemble et mal soutenue, au travers de Lisy et de l'Ourcq, sur Gué-à-Ti-éme, où son avant-garde s'était fait battre.

Le l" mars, même spectacle et plus extraordinaire encore. Cette fois, il a, tout entiei", passé la Marne, relevé son pont, et plus tranquille sur ses derrières, i! a réuni contre nous tontes ses forces. Un mince cours d'eau seul sépare sou armée d'une poignée d'hommes. L'un da aea corps, maître du passage de Neufchelles, est même sur l'autre rive et sur notre flanc gauche î et poartaut, pendant tout ce second jour, errant indécis sur ce ruisseau,

land vers Gêvrea seulement il en tente le passage, cet a été si mal soutenu, qne les cinq mille hommes

s'il a risqués se sont laissé battre par deux mille !

cbaqtui jour entendre, il liefae {vise, iJ m faite éperdue nom promT que. pendant ea MMgfce 9gnmi-n, si andacieiae et en réalité â timide, ee «MCècbal. santommé Eti Arant' a été bien iboô» pcfaccapé d'arancer que de ponvoir recoJer et de emhiri d'âne retraite!

Cette retraite ne valut pas mieur qae soa aitâijae. Daaa ■on effroi, il iodiqna pour refiige à aes quatre corps Sots- ■oiM, dont il n'était pas le maitre. fêtait senTwaBot k veille "la'il avait donné celte même ville poor poiW fflfctaqne à Bnlotr et à Wintzingerode, s'arisuit Uen laid que le coocoors de ces cinquante mille hommes poomft De Inl être ps^ inntile.

Dên lors, entraînant après Im Yorck et Sacken par La Ferté-Miion, Q gagna precipitamiDeTit, vers NeniQT-Saialr- Front et Onichy, les ront^ qni de Chitean-Thierry «mdnisent à Swssons. Ses deoi ancres corps, Kieisi et Longeron, eurent l'ordre de le saivre ; mais, engages devant noua an delà de l'Oarcq, ils avaient à se retira des défilés de Xeofchellcs et de llar^iil, où îU se trwnaînit entas^. Kleist paya d'audace : il nuas masqia sa re-

BLDCHEn KT L'ARMER rRUSSIEXNB. HO:

' tiatte par one attaque. Cependant, forcé de combattre tont le jour pour protéger, derrière Ini, l'écoulement de Langeron par Fublaines, il fut repoussé par Mannont, et au moment d'être entamé. La valeur du jeune Blûcher, fils du maréchal, et la défense dn village de Mareail cachèrent le désordre de !a fui te de ce corps, et en Bauvèrent l'arrière-garde. Elle noua échappa, dans la nuit du 2 aa S mars, jusque vers Nenilly-Saint -Front, où nous la retrouvâmes ainsi que l'Oarcq. Cette rivièrej quelque faible qu'elle soit à cette hauteur, nous l'eût livrée, si l'un de nos généraux de cavalerie n'eût manqué de promp- ^titnde.

Mais enfin l'ennemi était rejoint, et obligé de se renier pour se défendre. Il s'arrêtait : il lui fallait dismter rOarcq à son tour ; nous nous en applaudissions ; uns savions que l'Empereur accourait, suivi de vîngt- Jiinq mille hommes ; que, en trois jours, du 27 février an imars, il avait franchi, par Arcis,Herbisse et Esternay, intervalle de Troyes à Ii* Ferté - sur-Marne ; que, en me temps, Victor et le duc de Padoue avaient, de iusaièrea et de Vieux- Maison s, gagné directement Châra-Thierry; et que, en cet instant, le 3 mars, atteimt lui-même, à toute coni-se, Bcza et Ëocqurt sur la rate de Boissons, Napoléon, pendant que Bliicher nons it tête, le tournait, et qu'il dépassait la gauche de ce rpruBsien, en se précipitant sur Micy, par Fère, Fismea et Braisnes. Dès lors, prévenu sur la Vesle et l'Aisne, enfermé entre nous et ces deux rivières, Bliicher, dans le dé- ~vioidie de sa fuite, acculé sur l'Aisne et sur Soissons, allait

308 MflMOIKES D'UN, AIDE DE CAMP.

enfin être ou détmit ou contraint de mettre bas les armes.

Déjà le vieux feld-maréchal, troublé, cherchait des yeux nn passage pour a'échapper ; ses regards, de toutes parts repousses, étaient forcéa de se reporter snr l'Aisne; maiB le pont de Soiesona lui était interdit. Quant à seB pontons, ils étaient engravés dans nos traverses : il les appelait vainement à son secours. Le temps, l'Aisne, Soissona et nos routes défoncées, nous le livraient donc ; il était vaincu d'avance, quoique toujours plus nombreux que nous; Napoléon était là, sa présence uous valait une année. On a donné cent voix à la Renommée, mais elle a piuB de braa encore !

Ainsi, la Coalition, mutilée dans l'une de ses armées les plus lest^B et dans son chef le plus acharné, allait être frappée mortellement, quand l'un des nôtres, Moreau, ce funeste commandant de SoJssoiis, la sauva ! Blùcher, éperdu et sans refuge, était déjà sous notre main, Moreau lui li\Ta ce passage ; et, de vaincu et pris qu'il était, avec cinquante mille hommea aur la rive gauche de l'Aisne, ce maréchal se retrouva sur l'autre rive, non seulement à couvert de nous, mais à la tête de cent dix mille hommes 1

Ce fut le 3 mars que ce cruel malheur arriva. Nous l'ignorions. Comment supposer que Soissona, tombeau du brave Rosca, dont la premièie reddition venait da faire liiTcr deux de nos généraux à des conseils de guerre. reprise, réparée depuis quinze jours, et qu'un nouveau commandant défendait avec une artillerie nombreuse et une garnison d'élite, ne fût pas itstée Française! Lfi

BLUCHER ET L^ARMÉE PRUSSIENNE, .w.l

lendeiuam, 4 nieirs, ma brigade, uprèa avoir franchi le derniei lepli de l'Ourcq, poussait avec confiance l'amèregarde r^nuemie contre les remparts; nous nons étonnions de ne plus trouver de résistance, lorsque, arrivés ea vue de cette ville, uu coup de canon en sortit et me couvrit de terre, au moment où mou cheval, en franchissant le fossé, s'abattait sous moi. A ce coup imprévu, un cri de surprise partit de nos rangs ! « Quoi ! Soissona tirer sur nous I Soiasjjns ne serait plus à nous ! Soissona serait prise! » I! n'était que trop vrai. Déjà Bliicher, saui^é, s'y abritait. Ses remparts, contre lesquels toutes nos manœu^Tes tendaient à l'écraser, étaient devenus son refuge. Saisis de dépit et do douleur, nous demeurâmes consternés, Alcira commença contre Morean ce murmure de lalédictions que bientôt répéta l'armée entière. i L'avant-Teille an soir, 2 mai's, aux pi-emj ères attaques, r lu rive droite, de Bulow et de Woronzow, le canon de i avait victorieusement répondu; et pourtant, s la nuit suivante, les sommations insidieuses d'un tain Martens, capitaine prussien, en avaient ébranlé le mmandant. Le malhenreux Moreiiu, l'esprit frappé, dit- [, du sac d'Auxerre, dont il avait été cause en voulant b vain la défendre, n'avait songé qu'à ne plus renouveler Jeurs un pareil désastre. Dans l'importance de sou I, il avait donc, avant tout, vu le danger du pillage de e ville, ia conservation de quelque artillerie confiée à sa garde, et le saint de sa garnison. Comme si la citadelle était là pour la garnison, et non la garnison pour la civtaâelle ! On l'avaitlaiasé libre de sortir avec armes et bn-

nlO MÉMOIEES D'UN AIDE DE CAMP.

gages. Ces concessiona eussent dû l'éclairer, elles l'aveuglèrent : dans la matinée du 3 mars, il avait signé notre perte et eou déshonneur !

Jusqne-là cette Ikute, quelle qu'en fût l'énormité, avait d!:s exemples ; mais iei s'ajonte une sorte de fatalité. Elle se montre par l'inconcevable obstination de ce général dans l'aveuglement le plus manifeste. En effet, cette funeste capitulation convenue, l'ennemi lui-même eu avait suspendu la consommation. Bulow, qui le croirait ? avait ajouiTié !a prise de possession de ce passage ! Il avait disputé sur quelques canons, qu'il ne voulait pas laisser échapper. Eu ce moment, le bmit des nôtres qni ae rapprochaient, les imprécations, l'indignation de sa brave garnison polonaise, tout semblait ae réunir pour éclairée enfin Moreau, et le rappeler à son devoir. Mais cet insensé, qui eut le courage de défendre sa capitulation contre Bulow, n'eut point l'inspiration de saisir cette occasion pour la rompre. C'était "Woronzow qui avait mis fin à cette vaine contestation : a Laissez, s'était-il écrié, laissez « il ce commandant toutes ses pièces ! Donnez-lai les « miennes même, a'ill'exige; mais qu'il parte! Qu'il nous H liïTe à l'instant ce passage, et, croyez-moi, le marché « sera trop l»n encore I » Bulow céda ; Moreau fut satisfait, et k dernière chance de notre salut, perdue Mns retour !

Voilà comment, le 3 mars, vere deux heures de l'apFè» midi, l'heureux Bîucher, qui ne savait plus où fuir, avait vu les ponts-levia de Soisaons s'abaisser, et ses portes s'ouvrir à sa retraite. Aussitôt, appelant tous les siens, il

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é'était précipité dans ce refuge. C'est encore pourquoi, ce soir-là même, Kleist et Langeron, que noua arrêtions sur l'Ourcq, pendant que l'Empereur arrivait sur leurs derrières, ayaieut dispam devant nous, lia nnit, le jour qui snifit avaient à peine eulS nu ralliement de cette armée eiEi-ayée et à l'écoulement, par Soissons, au delà-de l'Aisne, de ses corpset de ses bagages.

Le lendemain de ce malheur, le 4 mars au matin, l'Emperenr l'ignorait encore. Dès la veille, â mai's, et depuis deux heures après minuit, il avait, de La Perté- Bur-FismcB, par Château-Thierry, Bezu et Rocourt, entraîné, au pas de course, toutes ses colonnes. Pendant qu'il se hâtait sur une route solide, le trouble, la précipitation de Bliicher fuyant à travei-s champs, le désordre de ses corps, une foule de traîueura égarés et d'équipages embourbés, tombant entre nos mains, avaient persuadé Napoléon qu'il allait enfin porter aox alliés un coup décisif. Il pensait que, en raison de nos dé&uts comme de nos qualités, dont l'effet est partout le même, la destinée de chaque homme est constante, et que l'imprévoyant Bliicher, coupé de Reims, de Berry-au-Iîac, et accnlé contre Soiasons, allait,, en succombant au pied des murs de cette ville, y retrouver une catastrophe pareille à celle de Lubeck, en 1S06, et un désastre plus complet que celui de Montmirail,

Agité de cet espoir, dans la soirée du 4, il avait atteint Fiâmes; et impatient, malgré la marche forcée de ces deux j'oui-a, il venait de lancer sur Braisnes, sans leur p^ermettre de repos, ses quatre escadrons de service, lors-

ijne, à peine avait-il misliiî-inênicpiedàlerre, un officier àe UarmoQt arriva. Alurs retentit dsna te quartier impérial la fatale nouvetle ! A ce coop de foudre, toat s'y Lfiinsforma : l'ardeur, en indignation : le bonheur, en anxiété : Dana ces moments extrêmes, où de chaque beore pouvaient dépendre de si grandes destinées, six jonmces entières de fatigues excessives étaient perdnes. La poursuite décisive de la grande armée ennemie, déjà si décontenancée, se trouvait avoir été vainement altandonnée. Le juste espoir qui en avait si inopportunément détourné l'Empereur, était déçu. Tel que les spectres d'Homère, cet espoir s'évanouissait devant ces mêmes remparts, au pied desquels Napoléon avait cm qu'il allait enfin se réaliser !

Dès ce moment, sa figure s'assombrit. Ses secrétaires, ses serviteurs les plus intimes, le remarquèi'ent. Kabert, eutre autres, l'un de ses valets de chambre, et le plus distingué par son éducation, son esprit, ses talents et son caractère, m'a répété maintes fois, ce sont ses propres paroles : ic Que, à dater surtout de ce jour fatal, un sen- 11 timent pénible, une empreinte de mélancolie, de mal- « heur même, contracta coustamuient les traits de son « maitre infortuné; que depuis, il y chercha vainement tf ce sourire bienveillant et d'une si attrayante aménité, n qui donnait à sa physionomie, parfois terable, une ei- 1 pi-ession d'une grâce si touchante, qu'on eu conservait ï le souvenir comme d'un bienfait, ou de lu plus douce t des récompenses. Dès lora, ajoutait-il, ses sonrires « fuient forcés, pénibles, et, dans son intérieur, une pro*

BLL'CHER ET L'ARMEK PRUSaiENXl. SIrf

fonde tristesse devint le fond le plus habituel de la plupart de sea mouvements, de sa voix et de toutes ses habitudes. i>

Quant à ses paroles à cettefuueste nouvelle, on distin-

cellea-ci ;a Je tenais ce fuu de Blûcher dans les replis

de l'Aîaue ! Et voilà (|u'on lui ouvre Soiasoos ; qu'on

« lui- en livre le pont même sans le rompre ! Iin mort de

« Ruaca a dérangé tous mes plans. C'est ce malheureux

« Moreau qui nous perd. Ce nom-là est devenu fatal à

]a France ! »

Ces dentiers mots, Rumigny m'a dit que, peu de jours m, il les lui entendit répéter avec un dépit concentré. A Fiâmes, on remarqua qu'ils furent prononcés avec une sorte de résignation. On comprit que, tels que les hommes grandes destinées. Napoléon comptait avec le sort. II 'ait vu, avec un surcroît d'inquiétude, que, dans ces six jours, deux fois la saison lui avait manqué. Il ae plaignait de ce que, ainsi qu'àBrieuue, une ploie malencontreuse, à son départ de Troyes, venait de ralentir sa marche dans les boues d'entre la Seine et la Marne ; puis, que, ayant atteint entre la Marne et rAisne des 1 solides, quand ce dégel, sans noua arrêter, aurait rave Bliicher entre l'Aisne et l'Ourcq, un retour subit iver, favorisant son ennemi, venait d'en hâter la fuite. ;, d'ailleurs, lui indiquait que l'époque critique de lutte désespérée était arrivée. Depuis le 27 février, it six journées de vaines manœuvres, l'horizon s'échargé, de toutes parts, de nuages de plus en plus ] taçanta. L'arsenal de La Fère venait de s'ouvi'ir, sans ] méiioiheb. — T. iii. 18

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SIÉilOmES DTTN AIDE DB CAMP.

résistaDce, devant qaelqaes cencaines de Prussiens : cent canona, nn matériel de vingt milHons, y étaient tombés entre tenre mains. En mf me temps, nos deux ennemis les moins ardents, l'on, Bemadoite, (jn'nn souvenir mal éteint de la patrie et, dit-ou; le fol espoir de remplacer Xapoléon portaient à nous ménager, se trouvait contraint de jobdre à Bliicher nne part de son contingent ; l'autre, l'empereur d'Autriche, que son caractère et Mettemich faisaient hésiter à renverser dans son gendre le rival d'Alexandre, l'ennemi de Frédéric, et le génie dompteur de l'esprit révolutionnaire, allait être entraîné dans la politique haineuse et intéressée de l'Angleterre.

De ce coté, nn autre malheur, nne défaite du duc de Eeggio, venait d'être la canse de ce revirement de notre fortnne. Le 27 février, jour de son départ de Troyea, l'Empereur, a&n de cacher son alsenee à Sehwartzenberg, avait envoyé aux corps séparés de Macdonald et d'Ondinot l'ordre de marquer sur leurs positions son quartier impérial, d'en menacer l'ennemi, et de le contenir par ce simulacre de sa présence. Il espérait ainsi gagner le temps d'anéantir Bliicher ; et c'i^tait ce jour-là même qoa le maréchal Oudinot, surpris et battu par Wîttgenatein, avait perdu l'Aube et l'offensive !

Le corps de ce maréchal, fort de seize mille hommefl, arrêté dans le val de l'Anbo, en colonne de marche, s'y reposait. Des hauteurs bordaient son flanc jrauche depuis le pont de Doulaincourt, qu'il avait passif et qui était sa seule retraite. Ces hauteurs le dominaient ; elles étaient à portée de l'ennemi, et le lui cachaient. Malheurensemeot

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