BATAILLE D'ARCIS- SUR- AUBE
regarda. De moment en moment, l'orage autour d'eus grosBissait. Pomtant, vers une heure après midi, toat paraissait calme encore, ioraqae Napoléon, arrivant, les in- ^bgrrogea.
^^ft Ils lui montrèrent, devant eux, le terrain vers Troyeg ^^n Lesmont s't'levatit graduelletnent, et tout hérissé d'en- ^^pemis qui les dominaient; tandis que, en arrière d'eus, ^H|a n'avaient sur l'Aube qu'un pont étroit, suivi d'une ^^(hauBBée sur des marais, longue et entrecoupée de trois antres ponta, pour toute retraite. Comment donc, entre ces deux dangers, oser demeurer, et risquer nn combat j«Tec moiiiB de dix raille soldats et cavaliers contre cent ille hommes ? Car on n'était réellement pas davantage, e partie de notre cavalerie avait été, ]5ar erreur, laiBsée liGrès, et la Vieille Garde, qu'on attendait, n'était point ibcore arrivée.
. Le péril de cette position était incontestable; mais
EEmpereur, eoit confiance dans son étoile, soit mépris
■s adversaires, pereistait dans son incrédulité, lors-
Hi'on oiEcier d'ordonnance, revenant des avant-postes,
mdit n'y avoir vu que des Cosaques. Napoléon saisit
iridement cette assertion ; il se retourna vers Ney et Sé-
a'écriant : n Qu'ils le voyaient bien ; qu'ils 8e
Il laÏBBaient effrayer ! Que l'armée alliée ne ciierchait qu'i
', et que Schivartaenber^î ne faisait parader devant
Lenx quelques flanqueurs que pour lenr dérober sa re-
b traite I »
^ Le génie de Ney, bI audacieux et si tenace devant l'en* i, fléchissait devant le génie de l'Empereur : quelque
ma MÉMOIRES D'CN AIDE DE CAMP.
conTaÎDcn qu'il fut, il n'insista donc point. Mais SébsBtiani, (jne la contradiction irritait, trop certain de l'imminence dn danger et déseBpéréd'anc telle illuBion, poussa sur-le-champ au galop jnsqii'à ses tirailleurs. Il revint, pins rapidement encore, annonçant l'attaqne, et qu'on allait être écrasé sur place, ou jeté dans l'Anbel ÂIotb Beuleraent, Napoléon, enfin persuadé, remonta promptemcnt à cheval, en appelant k Ini ses qnatre escadrons d'eecorfce.
Il n'y avait plus besoin de rapporta ni de conjectures, les regards suffisaient. Une effrojable canonnade annonçait les charges ! Les masses toutes noires de cavalerie ennemie croissaient à vue d'œil ; des nuées d'escadrons se déplojaient. Bientôt Colbert fut culbuté, Ëxelmans lui-iugme ébranlé; une multitude de fuyards revinrent éperdus, sur l'Empereur, se précipitant vers le pont déjà encombré ; Napoléon se jeta au devant d'eus, les menaçant, leur criant : « Qu'il voulait voir s'ils oseraient lui s passer sur le corps, et l'abandonner ! » C'étaient sea Gardes ! A sa vue, à ses reproches, ils se rallièrent, et pendant quelques instants l'ennemi fut contenu.
Au milieu de cette première échauffourée, il s'était vainement efforcé de mettre l'épée à la maiTi. Cette épée était si rouillée dans son foun-eau, qu'il fallut ses deux ècuyera. Foulera et Saint-Aignan, pour l'en tirer, et ce fut avec tant d'efforts, que, en l'arrachant enfin, le premier en fut blessé. Un obus tombait en ce moment devant l'Empereur; il poussa son cheval dessus ; Exelmana allait s'écrier pour l'avertir et le détourner, quand Se-
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"baatiani retint ce général : « Laiesez-le donc, Ini dit-il, c TOUS voyez bien qu'il le fait exprès ; il veut en finir ! i Sébastiaui ne se trompait pas ; Napoléon, là comme à Saint-Jean d'Acre, désespérait de sa fortune. L'obus éclata, l'Empereur disparut un moment dans la famée, mais les éclats ne blessèrent que son cheval. Il en changea, et pi-eaque aussitôt le péril, un moment suspendu, redoubla. Une masse de Davalerie russe et bavaroise revenait à la chaîne. Cette fois, tout sembla perdu. Exelmans s'était reporté en avant, il f nt renversé; tout »lors redescendit pêle-mêle, et déjà la déroute atteignait l'Empereur, quand soudain plusieurs décharges de mitraille, partant de notre me, éclaircirent cette nuée, et Niipoléon, chargeant à 1 tête de ses quatre escadrons de service, acheva de la âîesiper dans la plaine.
I 11 devait son salut à Drouot plus qu'à lui-même. Ce géiral, a,u plus fort de la tempête, toujoui-s calme et clair- ^ant, avait jugé l'excès du péril, et qn'il n'y avait plus ien à épargner. Apercevant, sur le flanc de la déroute, lue batterie que nos artillenrs étonnés délaissaient, il s'é- ^t élancé à terre, avait abandonné son clieval, et, rai- 13 canonniera, lui-même avait pointé les pièces sur I mêlée, à bout portant, sacrifiant tout pour tout sauver, ib abattant amis comme ennemis ! Il avait ainsi tout ar- I, la fuite des uns, la poursuite des autres. La nuée "Binai crevée et dispersée, Sébastiaoi, Exelmans, Colbert et l'Empereur lui-même, avaient achevé.
L'infanterie de la Vieille Garde arrivait au paa de courge, Kelle asettra la position ; bientôt même parat la tPte de eo-
3M MEJfOIBBS DTX AIDE DE CAVP.
lonne de six mille hommes de Des Nonettefi. L'Empereur aloi^ reœaisît soa premier espoir. Il traits d'échanffootée d'aniére-garde cette aiidaciense agression de ^churartzenbet^. La nuit était renne ; la ligne ennemie^ Tetonoéey restait en présence ; cela contredisait sa persuasion; H lança contre elle le maréchal Lefebvre avec Sébastiani, ses Gardes et denx mille chevaux de Des Xonettes. Cette ligne fnt sabrée, enfoncée, et poursuivie jusqu'à Xoe^, où la rencontre d'un grande partie de l'armée alliée arrêta Ijefebvre.
Ce maréchal revint, vers nenf heures du soir, à JLkm^ rendre compte à l'Ëmperenr du succès de cette demiim attaque; mais, soit erreur oa excès d'une ardeur jeatk encore, soit qne, sous l'agreste et rade écorce d'un neax soldat, l'instinct des cours se fut &it place, abondait dans l'illusioa à laquelle s'attachait si obsunémcnt le Chef qui l'écoutait, il exalta l'action de Xapoléoa efc na résnliat, affirmant qne tout fuyait, que tout était diaa^ qu'on n'avait pins rien senti derani soL, qu'enfin la Imsïtnde et rob^miié seules avaient arrêté. Et ootre malheureux Empereur, dont cette illusion était le deraer espoir.accneillit cette coupe trompeiKe et s'enalnor^
Pourtant, à sa gauche, Xey, tout seul avec JaMBm et huit à neuf mille honmes, avait en saixe^xeimatmr les bras une armée entière. Deux fois, le grandTflRyhi avait été arraché. Ce village brûlait. Arcis failli être enlevé en arriére de Xapoléon. Ji taé ; et, sans le secoun de deux batailloos de rie de la Garde, l'intrépide et opiniâtre marécfaal
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sa position. Ses canons, dont il s'aida, en ce dernier moment, avec un habile à-propos, et son héroïsme avaient enfin rebnté Wrede, et jnsqn'ans réserves de Schwartzenberff. Dana cette journée glorieose, soixante mille combattants ;;ontre douze mille d'abord, pnis quinze, puis vingt et un raille, avaient été repousses. On ne pouvait appeler cela un combat d'arrièra-garde ; pourtant, ce succès fit persister l'Empereur dans l'espoir que la grande armée ennemie n'avait ainsi défendu que sa retraite, ou que, à force de témérité, il avait rendu vraie cette invraisemblance. 11 s'ubstina donc à passer la nuit an fond de cet entonnoir et acculé sur ce défilé, avec moins de vint^ mille combattants hai-assés, contre plus de cent mille hommes !
Vers deux heures après minuit, il envoya l'ordre aux ducs de Keggio et de Tarente de l'y rejoindre. Il comptait à tort que tous ces renforts arriveraient h temps, qu'il réunirait quarante mille hommes, et qu'il n'allait avoir qu'à poursuivre l'avantage obtenu la veille. Le 2 1 mars, à neuf heures du matin, il n'avait rallié et rangé en bataille que trente mille liommes. C'étaient, avec ses combattants de la veille : le reste de sa cavalerie, les Gardes d'Honneur, Letort, les chasseurs et les grenadiers à cheval de la Vieille Garde, attardés la veille aux Grès, et qui s'étaient fait jour, avec perte de deux cents chevaux, au travers de l'aile gauche wnrtembergeoise, enfin Oudinot, avec trois vieilles brigades, récemment arrivées d'Espagne.
Hais qu'importait cet accroissement de nombre, si
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iaible encore ? C'était an danger de plus dans cette posi* tion dominée et sans retrait* ! En effet, la veille an bout, la gauche des alliés était arrivée en vue de Plancy; lenr droite, reponseée par Ney, mais arrêtée à Chaadrey, venait de s'y renforcer; leur centre s'était avancé, entreces deux ailes, sur la. plaine haute qui domine Arcis. Enfin, dès le point du jour, loin de fuir, ils venaient de mettre en mouvement, de faire converger à la fois snr Arcis toutes leurs forces.
Alors, du fond du bassin de cette ville, d'où l'horison paraissait libre encore, importuné par les rapports alarmants de sea avant-postes, Napoléon, montant k cheval, poussa jusque par delà Torcy, et, n'apercevant dans le lointain que quelqnea cavaliers, il revint, plus que jamais persuadé que le gros de l'armée ennemie se retirait, qu'il n'avait en face qu'un corps détaché entre Troyea et iai, et aussitôt il en ordonna l'attaque.
II était dix heures, Key, Oudinot et Sébastian], avec toute l'infanterie et la cavalerie, s'ébranlèrent. En pen d'instants, le rideau ennemi, qui couvrait les pentes, fut déchiré; maie, parvenus sur la crête, nn spectacle imposant les consternai C'était toute l'armée alliée, avec ses réserves et ses souverains, plus de cent mille hommesl Ils appelèrent l'Empereur.
Derrière une nuée de troupes légères, protégées par une artillerie formidable, leurs yeux exercés lui monti^ rent, atitonr d'eux et de toutes parts, l'horizon chai^ d'ennemis. C'était, de l'est à l'ouest, sur un Taat« demicercle, une multitude de masses noires et mouvantes,
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d^où jaillissait, aux rayons du jour, Iq reflet des armes. D'instant en instant, ces têtes de colonnes profondes, marchant à grands capaces, et se rapprochant de plus en plus entre elles et de notre position, resserraient l'enceinte. Et néanmoins Napoléon, s'opiniâtrant encore, niait l'évidence. Il leur répondait : a Qne c'était une vision ; que « ce qu'ils apercevaient à droite ne pouvait être qne la « cavalerie de Groachy 1 Ce mouvement, s'écria-t-il, se- « rait trop leste ; c'est une manœuvre trop hardie pour « de« Autrichiens ! Je les connais ; ils ne se lèvent pas si t vite, et si matin, »
C'était pourtant bien l'aile gauche de Schwartzenberg. t Qnant aux autres colonnes, se débattant contre la réalité, l-Hles traita «de troupes disloquées! de corps en désordre! i'.« Ils se retiraient! o Puis, appelant Ney : a: Vous le [ voyez, ajouta-t-il, c'est une déroute ! Ce sont des priars ; amenez-les moi ! » Ney, derrière lui, venait B dire ; « Que ces pointa noirs isolés, qu'on apercet Tait à peine, allaient devenir des colonnes, puis une (. armée, et qu'on verrait bien tout à l'heure qui, d'eux t ou de noua, serait en déroute ! » Mais, toujours subjuê par l'ascendant de l'Empei'eur, la seule réponse qn'il a. lui faire fut : s Oui, Sire, s Et, faisant charger sans éaiter, il loi ramena bientôt plusieurs officiers antrihiena, qu'en eflét il venait de prendre.
C'était, au reste, le meilleur moyen de l'éclairer. Ea ce moment, l'Empereur avait mis pied à terre. Il fit approcher ces Allemands. Mauboorg, diplomate jusque-là, mais que son patriotisme venait d'attirer dans nos rangs,
MÈMÛinES. — T. Ili, 33
et Flaliaalt, aide de camp de Napoléon, lea interrogèrent. Leurs réponses furent accablantes, a Là, dirent-ils en « étendant la main vers notre gauche, étaient les Bava- « rois ; dn côté opposé, les Wortembergeois ; ici, les ■( EasBes, puis, les Autrichiens; plus loin, en troisième « ligne, Schwartzenberg et les i-éaerves; enfin, le roi de (( Pi'ugse, l'Empereur Alesandre et toutes leurs Gardes. » A chacune de ces désignations. Napoléon, les interrompant, se récriait. I! les accusait, ou d'être troublés et de ne savoir ce qu'ils disaient, on d'imposture. Mais, intérieurement vaincu par l'évidence, par l'imminence dn péril, à sa contenance, à ses regarda, baissés vers la terre qu'il fouettait précipitamment desa cravache, geste qu'on a va lui être habituel dana ses agitations lea plus vives, on comprit qu'il n'y avait plue rien à ajouter pour le convaincre. En même temps, il redemandait son cheval, Alors, se portant k gauche, puis à droite, il se rapprocha iusensi blême nt d'.irois, où il rentra enfin, et ordonna promptement la retraite.
Le duc de Reggio, avec moins de sept mille hommes, fut chargé de la soutenir. Onze heures sonnaient ; il fallait jeter «n pont vers ViUette pour la cavalerie, après quoi se retirer succesaivement : d'abord, l'artillerie, ses voitnres, les bagages ; puis, vingt-cinq mille hommes et chevaux- Il y avait à passer la rivière, à défiler dans les rues, sur les ponts, et an delà encore au travers d'un marais impraticable, sur une chaussée, longue de douze cents pas, où le moindre accident, un chariot renveraé, des chevaux abattus, pouvait tout arrêter. Était-il vraisem-