SOUVEWHS PERSONNELS DE ISI».' IS
inveloppant daua ma pelisBC, je me hâtai de B^parei'Ieur bonheur de mon infortune.
Véritablement, après tant de mortelles impressions, regret de manquer une pareille occasion d'aller se rérafFer le cœur et le reposer à ses foyers, était d'autant i naturel.qne, seuldesoffloiers générauxattachésà la personne de Napoléon, je me voyais sdparé de lui, et comme abandonné au désastre universel. J'étais giité par l'habitude de ne servir que sous ses ordres. Désormais sous quel anti'e chef allais-jc continuer, pas à pas, la marche fnnèbre de notre retraite, sans mes compagnons habituels, et forcéd'en accepter de nouveaux ? Car, entre maison de l'Empereur et les états-majors de Berthier, Mnrat et dn prince Eugène, il n'yavait rien de cornm : la distance avait toujours été grande, les habitudes (lifféreutes, et k séparation entière.
Je l'avonerai, ce changement subit de position, cet ilement, cette prolongation d'esi!, à l'instant où, près iteindre des terres alliées et hospitalières, la France immençait à poindre à mes yens, comme nn fanal au 1 de la ploa rude des tempêtes, tout cela me déses- Qiiant à l'instruction que Napoléon me fit remettre, ne laissait sous les ordres du roi de Naples, et du de Nenfchâtel malade, rebuté, et qui n'était plus le l'ombre de lai-même. Je devais d'abord rester à la du quartier impérial, prendre ensuite le commandement de la première brigade de cavalerie qu'il serait possible de rallier, et feire à Vilna le coup de sabre. L'instruction, pour le ralliement de cette brigade de
\r, MEMOIRES DTTlf AIDE DB CAMP.
cavaleiie, était inexécutable, puisque tout était anéanti, et tout à refaire, ailleurs, au loin, et avec d'autres éléments. J'Étais donc sacriHé à une vaine appai-ence, aa chimérique espoir que la Eussie et l'Europe croiraient à la réalité de ce semblant de quartier impérial au milieu d'un iàntomc d'armée, et qu'il leur ferait redouter, chaque jour, le retour subit de l'Empereur 1
Il n'y avait pourtant là rien de mieux à faire. L'Empereur avait raison. Dans cette chute, tien n'était i négliger. Ce simulacre de quartier impérial était nécessaire. C'était un dernier point de ralliement pour les siens ; ce pouvait être une vision redoutable pour ses ennemis. Quant k moi, officier général d'un nom connu en Russie, j'étais de sa maison ; il n'en avait pas nn autre a choisir pour ce commandement, et peu d'autres, en ce moment, pour cette brigade de caTtilerie qu'il me destinait. Tonte plainte eût donc été injuste et déplacée ; il n'y avait qu'à obéir et à se taire, l'honneur et le devoir le dictaient. Aidé par la nêcesaitè, je me résignai ; le bon sens l'emporta anr tous mes autres sens, et, s'il uie fut impossible de dompter leur révolte intérieure, je sus du moins, au dehors, cacher ma faiblesse, et dévorer en silence mon désappointement. Je fis même plus: au moment du départ de Napoléon, quand, par ses gestes et quelques paroles, il nous fit, en passant, ses adieux, mes yeux loi exprimèrent que je comprenais la nécessité de son départ et celle du sacrifice qu'il m'imposait.
Toutefois, lorsque, le 6 décembre, eu sortant de oe dernier quartier impérial, je rencontrai le colonel Fenn*
SOnVEXIRS PEHSONKELS DE 1812. 17
fi avec l'aigle de aon régimeut, qu'eacortaieut quelques iBciers et sous -officiera, seuls reetes du corps qu'il commdait, ce fut d'une vois eacore omuc que je lui appris art de l'Empereur. Ce colonel, d'abord muet et pea- E répondit bientôt : « Il a bien fait ! » La position (FeEemacetlamienuG étaient différentes; mais ce mot me, dit en passant, me raffermit; ce sang-froid me t le mien : j'acceptai tacitement ce noble exemple, t je me plais anjonrd'hui à lui rendre honuuage.
e journée fut l'une des plus glaciales et des plus irtrières de fa retraite. Le lendemain 7 décembre, soit sordre autour de Murât, soit en moi préoccupation, je perdis la trace du quartier royal. Yers la fin de ce funeste jour, eicédé par une marche à pied de douze lieues r nne neige miroitée, écrasé sous le poids de soixante kqainze livres, celui de mes armes, de mon uniforme et e deuï énormes fourrures, j'essayai de me remettre en ■le ; mais, presque aussitôt, mon cheval versa sur moi, rudement, que je restai engagé sons lui. Plusieurs centnes d'hommes passèrent sans qu'il me fut possible d'en ^ider un seul à me dégager. Les plus compatissants »rtaient un peu, d'autres enjambaient par-dessus ma I, la plupart me foulèrent aux pieds. Un gendarme d'élite enfin me releva.
Cette journée s'était écoulée pour moi sans nourriture. La unit suivante, la plus froide de toutes, je la passai iB manger encore, dans une cabane ouverte à tous les «ite, entouré de morts, près d'un feu mourant, laflnmrae e pouvant mordre sur un gros sapin tout entier, qu'on
avait traîné dans cet abri, et dont les deux boots sortaient l'un par la porte, l'autre par la fenêtre. Un viens général da génie vint partager avec moi ce triste gîte. It dévora devant moi on reste de provisions, sans me rien offrir, et sans que je pusse me dccerminer à lui demander une faible part du chétif repas auquel il Était réduit. Cette chambre tenait à ane énorme grange encore debout. Pendant cette nuit cruelle, quatre à cinq cents hommes s'y réfugièrent. Les trois qnarts au moins y périrent gelés, quoiqu'ils se fussent entassés les uns sur les autres autour de quelques feus, les mourants, pour s'en rapprocher, étant montés sur les morts, successive-
Lorsqne, avant le point dn jour, je voulus sortir à tatous de l'obscurité de ce tombean, j'en heurtai du pied les premiers hahitants: surpris de leur imijassiljle taciturnitc, je m'arrêtai ; mais, un autre obstacle m'ayaut fait tomber sur les mains, les membres raidis, les fifrures glacées qu'elles rencontrèrent, m'expliquèrent le silence qui m'environnait. Après avoir vainement cherché nu passage, il me fallut surmonter péniblement ces différents monceaux de cadavres. Le plas élevé était proche de l'entrée : il était si haut, qu'il cachait entièrement la sortie de cette grange.
Ce jonr-là même, j'arrivai, défaillant de faim et à demi gelé, ans poi-tes de Vilna. Ce fat par bonheur avant la cohne. J'y pénétrai facilement. Une heure pins tard, j'eusse été forcé de m'ajouter à la foule qui eucombr» ce défilé et qui y périt.